Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

25 janvier 2017

France Culture: « Idéaux politiques » de Bertrand Russell

Filed under: livres, Mathématiques, Philosophie, Sémantique générale — Étiquettes : — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:18

https://www.franceculture.fr/emissions/deux-minutes-papillon/ideaux-politiques-de-bertrand-russell

Réécouter https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=edac43b1-5a36-4bdc-9b31-60664dbf445f

Dans ces Idéaux politiques qui paraissent pour la première fois en français, il n’est question que de politique, comme si Russell militait pour la vérité, pour les faits, comme si devenir raisonnable était devenu le combat de son temps, et peut-être du nôtre encore.

Voici le conseil donné par Bertrand Russell en 1959 pour les générations futures : se demander ce que sont les faits et la vérité, et ne pas se laisser embrumer par ses croyances. Un conseil qui porte d’autant plus qu’il est formulé par un philosophe d’abord mathématicien : Russell a en effet été à l’école de la logique, et ses premiers écrits portent sur la géométrie et Leibniz. De lui, on peut ainsi retenir ses importants Principes des mathématiques.

Mais c’est un conseil qui pose cependant un problème, et d’abord, aussi, parce qu’il est formulé par un philosophe dont on peut également retenir l’engagement et le militantisme dès la 1ère Guerre Mondiale, comme en témoigne, cette fois-ci, ce texte intitulé Idéaux politiques. Voici alors la question que nous posent Russell, sa pensée et son parcours : comment s’est-il, lui, engagé rationnellement ? Comment, lui, a-t-il milité sans y croire ? Ou encore, et plus généralement : un engagement politique est-il vraiment possible sans un minimum de croyance et de foi ?

Dans ces Idéaux politiques qui paraissent pour la première fois en français, texte construit à partir d’une conférence que Russell aurait dû donner en 1917, il n’est question que de politique, et pas du tout de logique, de mathématique, de géométrie : le capitalisme et le salariat, les pièges du socialisme, liberté individuelle et ordre public, ou encore indépendance nationale et internationalisme, en constituent le développement. Et pourtant, à travers ces pages, c’est comme si Russell militait pour la vérité, pour les faits, c’est comme si devenir raisonnable était devenu le combat de son temps, et peut-être du nôtre encore.

Faire le partage entre les pulsions de possession et les pulsions de création, donner une impulsion à l’imagination contre les croyances et contre le conformisme, voici les propositions de Russell, ou encore, je cite : « n’empêcher personne d’avoir des idées, d’exercer sa pensée, et encore moins d’énoncer des faits »

En savoir plus sur Bertrand Russell :

11 novembre 2016

L’île logique

Filed under: Actualité, art & culture, clowns, Enseignement, Mathématiques, théatre — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 5:41

Bonjour à tous,

D’abord, info de taille : comme chaque fois que nous vient l’automne c’est aussi le festival Clown Hors Piste dont L’île logique est partenaire depuis le début : 18, 19 et 20 novembre à Theix(56)
Aussi vous trouverez bien sûr toutes les infos sur : www.clownhorspiste.fr et surtout, je vous mets en bas de ce mel un courriel type de communication que je vous invite à diffuser le plus largement sur vos réseaux !!
Vous y verrez notamment, en plus de Didier Super, Los exentricos et de nombreuses compagnies, que L’île logique y jouera son spectacle PILOUFACE le dimanche à 15h30 à la salle Ty Théâtre, aussi pour ceux qui ne nous ont pas encore vu n’hésitez pas à réserver !!

Par ailleurs, la parution de mon livre A l’endroit de l’inversion, petit essai en clownologie mathématique, préfacé par Cédric Villani et Bertil Sylvander, qui traite entre autre de l’importance de la démarche clownesque de celui qui cherche en sciences est bientôt prêt à paraître, aussi n’hésitez pas à revenir vers moi si vous souhaitez le recevoir (prix pas encore fixé…)

Enfin, L’île logique propose désormais un 8e spectacle clown et sciences : Un océan de plastique. Il s’agit de voir, scientifiquement et clownesquement, les dangers et les solutions de la pollution des océans par les plastiques. Bientôt un petit clip de présentation, mais dès à présent une page dédiée sur notre site.

Par ailleurs, les cours et ateliers de théâtre scientifique continuent (projet maths et sport à Maubeuge, cours à l’UBS, nombreux projets dans les collèges…) nous espérons un stage (adultes) pour 2017 !

Au plaisir et à bientôt pour d’autres nouvelles…

Bien à vous,
merci,
Cédric.
www.ilelogique.fr

 Ça y est, le mois de novembre est là !
et avec lui c’est l’automne qui s’installe, les jolies couleurs et les pêches aux champignons et autres parties de chasse aux palourdes qui s’organisent…
Mais qui dit novembre, dit aussi une nouvelle édition du Festival Clown Hors Piste !
Alors pendant qu’on ressort les écharpes, bonnets et autres grosses chaussettes molletonneuses, on en profite aussi pour aller chercher son nez rouge au fond de la malle !

ilelogique

Pour ce huitième festival, qui se déroulera les 18, 19 et 20 novembre à Theix, le collectif Clown Hors Piste vous a concocté une édition haute en couleur ! Avec entre autres Colette Gomette (et son tout nouveau spectacle Prézidente !), Les Acides AnimésLas PolisPilouface, les compagnies Content pour rien et Face ô nez,… sans oublier la venue exceptionnelle des Espagnols de Los exentricos et de l’inqualifiable Didier Super !!!

En résumé, le festival Clown Hors Piste c’est : 11 spectacles en salle, des animations gratuites dans l’espace festivalier (maquillages, concerts, clowns, scène ouverte,…), petite restauration, buvette, goûters, conférence-rencontre, projections de films,… mais aussi des animations clownesques et de nombreuses surprises en amont du festival dans le pays de Vannes. Une occasion de découvrir un autre clown, accompagnés (ou pas !) de vos enfants…

Pour ce qui est des informations complémentaires (tarifs, horaires, programmation complète,…) vous pouvez aller faire un tour sur :

 ↝ Petite précision : les réservations sont ouvertes et fortement conseillées (surtout pour les spectacles du soir…). Il n’y en aura -peut être- pas pour tout le monde, alors n’hésitez plus ! & ça se passe par ici : https://sites.google.com/site/clownhorspiste2014/actualite/archives-depuis-2009/clownhorspiste2012/programmation/presse/reservations-2012

↝ On en profite également pour vous glisser qu’il nous manque encore des bénévoles… Donc si certains d’entre vous souhaitent passer du côté organisationnel de la force, n’hésitez surtout pas à nous faire signe (via la page facebook : https://www.facebook.com/Festiclown56/ ou en vous adressant directement à Anne, la responsable bénévoles : <jeurisanne@orange.fr>)

Au plaisir de vous croiser prochainement,

Clownement vôtre,
Cédric

8 novembre 2016

Bruno Dubuc, Eloge de la suite: La linguistique cognitive (et relative) et l’influence de Korzybski sur Laborit

Publié le 4 novembre 2016

http://www.elogedelasuite.net/?p=3322

Comme je l’ai expliqué ici, je donne cet automne un cours sur la cognition incarnée à l’UQAM. Chaque lundi, je publie dans le blogue du Cerveau à tous les niveaux un résumé de la séance que je donne le mercredi suivant. Et chaque vendredi, je fais ici des liens entre le travail de Laborit et le thème de la semaine (les présentations des séances du cours en format pdf sont disponibles ici).

Cette semaine, on a fait une brève incursion du côté de la linguistique pour montrer comment le courant de la cognition incarnée ne l’a pas épargnée. Je crois que Laborit aurait été intéressé par les idées de la linguistique cognitive contemporaine où la sémantique et les métaphores à partir du corps ont pris une grande place. Car Laborit a été très influencé par Alfred Korzybski et son concept de sémantique générale (qui lui-même peut être vu comme précurseur de la théorie de la relativité linguistique de Sapir et Whorf).

On n’a qu’à lire l’entrée en matière, que je reproduis ci-dessous, du texte traduit en anglais d’une allocution donnée par Laborit à New York  lors de la Alfred Korzybski Memorial Lecture de 1963 et intitulé « The need for generalization in biologicas research : role of the mathematical theory of ensembles » :

“Dear Friends : I am at a loss to express to you how honored I feel to be giving this lecture, and to find myself at this gathering dominated by the great figure of Alfred Korzybski . I did not have the joy of knowing him personally as did some others here, most particularly M. Kendig, who continues his thought and perpetuates his presence among us . However, his thought is written in books, and through them, I believe I can call myself one of his disciples . Although the following exposition does not make frequent reference to his name as it should, this is not a necessity for you to understand that I wrote it to honor his memory and to participate, however modestly, in the continuation of his thought .”

Pour résumer sommairement la démarche de Korszybski (1879 – 1950), on peut le lire sur sa page Wikipédia que :

« L’œuvre de Korzybski tourne autour de la fondation de ce qu’il appela lui-même une « science de l’homme ». Interpellé par les problèmes récurrents rencontrés dans la civilisation occidentale de son époque (incompréhension, misère, guerre, etc.), il entreprit d’étudier le fonctionnement de l’homme dans son environnement, à savoir la façon dont notre système nerveux perçoit, interprète et modifie, entre autres, ce qui se trouve autour de lui, afin d’essayer d’établir une méthode permettant aux hommes de mieux communiquer, de mieux se comprendre, d’agir conformément aux faits et non à des représentations erronées, acquises ou innées, dont la plupart ne prennent pas conscience (« les prémisses »). Cette recherche culmine avec son œuvre majeure, Science and Sanity […], dans laquelle il jette les bases de la sémantique générale.

Le biologiste français Henri Laborit a élaboré sur la sémantique générale sa théorie de l’inhibition de l’action et ses recherches sur la structure des organismes vivants (voir La Nouvelle Grille, L’Inhibition de l’Action). »

Je ne sais pas si l’on peut aller jusqu’à dire que Laborit « a élaboré sur » la sémantique générale le cœur de son œuvre (il a quand même fait lui-même quelques expériences fondatrices…), mais chose certaine l’aphorisme de Korzybski : « une carte n’est pas le territoire », ou encore « le mot chien ne mord pas » est souvent cité par Laborit pour rappeler que les mots ne correspondent pas à des réalités mais ne sont que des étiquettes derrière lesquels chacun met son expérience passée de chacun de ces mots.

En googlant ce deuxième aphorisme avec le nom de Laborit, on trouve d’ailleurs des choses intéressantes comme cette courte entrevue de Laborit faite par Bernard Werber (l’auteur des Fourmis, etc., qui a écrit sur son site web que « Mon oncle d’Amérique […] a longtemps été mon film culte ainsi que le livre Eloge de la fuite« …). L’entrevue est intitulée « Le mot Dieu ne mord pas » et l’on y sent particulièrement bien l’extrême prudence avec laquelle Laborit manipulait des mots aussi fortement connotés que «Dieu» (ou « liberté », ou « amour »…). Détail rigolo dans cet article : le mot « agoniste » a été écrit à la place de « agnostique » ! Je ne sais pas si l’erreur était dans la revue ou si elle provient de la retranscription, mais un tel lapsus fait en tout cas du sens quand on parle d’un pharmacologue…

Enfin, en terminant, je voudrais mentionner le blogue d’Isabelle Aubert-Baudron qui fait un travail de recherche sur l’élaboration d’une économie non-aristotélicienne, à partir de la sémantique générale d’Alfred Korzybski et où Laborit est abondamment cité (souvent par l’entremise d’Éloge de la suite… 😉 ).

Bruno Dubuc

 

23 janvier 2016

L’île logique: Un joyeux tour autour du Soleil…

Filed under: Actualité, art & culture, clowns, Enseignement, Mathématiques, théatre — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:58

Bonjour à tous,
Toute l’équipe de L’île logique se joint à moi pour vous souhaiter une excellente, productive et paisible année 1+2+3+….+63 !!!

De nombreux projets se profilent pour cette année (sortie d’un livre sur clown et maths, projets audiovisuels…) nous vous tiendrons informés, chut….

Un reportage sur bip tv est désormais visible ici :
https://www.youtube.com/watch?v=_5Fli-JHhvw&feature=youtu.be

L’île logique sera dans les Alpes les 14 et 15 mars, le 31 mars et 1er avril vers Rodez ; nous vous invitons aussi dès à présent à réserver votre we du 2 juillet pour la nuit des maths (où nous serons
présents avec la pièce de théâtre L’Affaire 3.14) :
http://www.nuitdesmaths.org/presentation/en-bref/

Pour les stages que nous organisons, n’hésitez pas à diffuser, c’est nouveau et ça met du temps (manque de stagiaires !!) :
http://ilelogique.fr/index.php/stages-cours/113-stage-maths-clown

Enfin, n’hésitez pas dès maintenant à nous contacter pour la semaine des maths ou celle de la science !!

Merci,
bien vous,
et belle année 1+2+3+….+ 63 !!
Cédric
www.ilelogique.fr

8 novembre 2015

le logique et clown hors piste !!

Filed under: Actualité, clowns, Enseignement, logique, Mathématiques, théatre — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 4:37

Bonjour à tous,

– L’île logique vous convie à venir au festival de clown théâtre « Clown Hors piste » qui se tiendra à Theix (56) les 20, 21 et 22 novembre prochains.
Nous sommes partenaires et co-organisateurs de cet unique festival de clown en Bretagne, venez nombreux !
Plus d’infos sur www.clownhorspiste.fr
Ou aussi en bas de ce mail…

– L’île logique sera à Rennes le 4 décembre, avec L’affaire 3.14, puis en Bretagne avec Y a pas rien pour la tournée de noël, et enfin à Paris, dans les Alpes et dans le sud pour le premier trimestre 2016.

– Notre site a fait peau neuve, n’hésitez pas à le visiter et suivre nos activités !

– Nous organisons aussi deux stages « théâtre et sciences » les we du 20 et 21 février et celui du 16 et 17 avril, contactez nous pour réserver dès à présent, plus d’infos ici :
http://ilelogique.fr/index.php/stages-cours/113-stage-maths-clown

Au plaisir et à bientôt !
Merci,
Cédric
www.ilelogique.fr


La prochaine édition du festival Clown Hors piste, le seul festival de clown théâtre de Bretagne, se tiendra à Theix les 20, 21 et 22 novembre prochains !
Outre le réveil des clowns et la grande soirée gratuite d’inauguration le 20 novembre avec le spectacle « Coques en stock » et restauration sur place, il y aura une pléiade d’artistes clowns réputés dans toute la France à découvrir pendant tout le week-end !
Avec dès le samedi 21 novembre, le Nez d’or du festival de clown de Monte carlo, Rafistole dans son poétique et clownesque spectacle « Vello cello con vibrato » alliant finement magie, marionnette, musique et calembour…
Le coup de cœur du festival revient cette année à Rosie Volt (dont le nom laisse entrevoir toute l’énergie du personnage…) avec son spectacle délirant « La Natür c’est le bonhür » programmé le samedi soir à ne rater sous aucun prétexte …
Le dimanche matin sera comme d’habitude dédié aux enfants avec « Slow Clown le voyage » proposé par une compagnie Lorientaise.
L’après midi nous retrouvons encore un spectacle primé avec « Stoïk » de la Cie Les Güms qui a reçu le prix du public Mim’off 2014 à Périgueux et pour terminer ce festival de haut niveau cette année, le célébrissime Raymond Raymondson que certains ont peut être déjà vu à la télé au plus grand cabaret du monde..

Et encore bien d’autres spectacles originaux !!

Mais enfin, et c’est ça qui donne tout son charme au festival, il y a l’espace festivalier !
Avec des concerts, un espace buvette restauration goûter convivial, des clowns en liberté, la scène ouverte (nombreux spectacles gratuits), le coin déguisement pour les enfants, maquillages et autres surprises…

Alors guettez dès maintenant les clowns sur plusieurs événements en amont du festival, parlez-en autour de vous et n’hésitez pas à voir le programme et à réserver sur notre site Internet !!
www.clownhorspiste.fr

 

14 juillet 2015

L’île logique et nuit des maths

Bonjour à tous,

soyez les bienvenus à la nuit des maths, samedi 4 juillet à Tours, conférences (Cédric Villani), mathémagie, jonglerie, nombreuses surpises et théâtre scientifique,
L’île logique aura le plaisir d’y donner une représentation de son spectacle de clowns scientifiques, « Pilouface« , spectacle familial tout public à 15h,
ainsi que « Galois Poincaré, mythes et maths » à 22h15, sur les travaux de ces illustres savants.
plus d’infos ici :
http://www.nuitdesmaths.org/presentation/

N’hésitez pas, par ailleurs à nous solliciter pour la semaine de la science qui dure 3 semaines !!!

Aussi, il reste quelques places pour le stage théâtre et sciences que nous organisons en Bretagne les 24 et 25 octobre.

Pour ceux qui n’ont pas vu L’affaire 3.14, nous serons au théâtre de la Reine Blanche le 26 septembre (Paris 18e) et les 15 et 16 octobre à Montpellier.

N’hésitez pas à visionner le petit clip sur le la création théâtrale que nous avons faite avec une classe de 5e autour de leur programme de mathématiques, ce concept peut se décliner de multiples façons adaptées !!
https://www.youtube.com/watch?v=KFNUoj_D5-A

Toute l’équipe vous souhaite un bel été,
caniculairement….

Cédric
www.ilelogique.fr

7 mai 2015

L’île logique, suite

Filed under: Actualité, Enseignement, Mathématiques, théatre, vidéo — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 11:39

Bonjour à tous,

L’île logique est heureuse de vous présenter le petit clip de présentation du travail de création théâtrale que nous avons fait, en 5 semaines, avec une classe de 5e (Maubeuge) autour de leur programme de mathématiques :
Cette expérience est bien sûr renouvelable dans d’autres établissements, avec d’autres niveaux scolaires, et il est possible aussi, en moins de temps, de remonter la pièce avec des 5e !
https://www.youtube.com/watch?v=KFNUoj_D5-A

Par ailleurs n’hésitez pas à nous contacter pour la fête de la science ou tout autre manifestation !

Nous proposons, par exemple, en cette année de la lumière, un spectacle sur les principes de l’effet laser :

A quoi ce laser ???
Énergie, puissance, premier principe, onde, vitesse, fréquence, diffraction et compagnie, électrons, quanta d’énergie, photons, onde/corpuscule, laser (émission stimulée, inversion de population, fréquence et direction fixe, etc.) dans un truc loufoque où des personnages sortis de nulle part n’ont rien à faire ici, le côté obscur de la lumière…
http://ilelogique.fr/index.php/les-spectacles/82-aquoicelaser

Merci à vous,
bien cordialement,

Cédric
www.ilelogique.fr

9 avril 2015

France Culture: Gouverner par les nombres : comment en sortir?

http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-2eme-partie-gouverner-par-les-nombres-comment-en-sortir-2015-04-06#xtor=EPR-32280591

06.04.2015 – 12:55

Enregistrement de l’émission: http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5019933 34 minutes.

Alain Supiot, professeur au Collège de France et Directeur de l’Institut d’études avancées de Nantes, explique pourquoi la logique comptable de « La gouvernance par les nombres » est, à terme, mortelle pour la pensée.

Il signe notamment :

– La gouvernance par les nombres, cours au Collège de France (2012-2014), chez Fayard

La solidarité, Enquête sur un principe juridique, chez Odile Jacob

– L’entreprise dans un monde sans frontières, Perspectives économiques et juridiques, chez Dalloz

 

Alain Supiot © Radio France

« La gouvernance par les nombres entraîne, à partir de la Seconde Guerre mondiale, un changement d’imaginaire. On passe de l’image de l’horloge, métaphore du travail comme logique mécanique, à une image liée à la cybernétique, où le travail est une réponse à des signaux. »

« Quand on est dans un monde de symboles coupé de la réalité, on subit une déshumanisation du travail, qui peut se combiner à celle qui résulte du travail mécanique. »

« La quantification est un outil puissant de la pensée humaine. Je critique en revanche le fait que, du fait de la logique ultralibérale, la loi est placée sous l’autorité d’un calcul. C’est une restriction du périmètre de la démocratie. »

14 juin 2014

Isabelle Aubert-Baudron: Commémoration des deux guerres mondiales : De la sémantique générale comme base de résolution des problèmes humains

Nous commémorons actuellement les anniversaires des deux guerres mondiales.  Jamais autant de documents d’archives, de débats, d’articles, de reportages ne leur avaient été consacrés dans les média. Toutefois un aspect non négligeable est absent de ces documents: ce sont les mécanismes de pensée qui ont engendré ces deux guerres.

Dans le contexte de la première guerre mondiale, Alfred Korzybski, un ingénieur polonais, attaché au Service de Renseignements du Quartier général de la Seconde Armée Russe, fut envoyé comme conseiller militaire au Canada et aux Etats-Unis, après que ses blessures de guerre l’avaient rendu incapable de combattre sur le terrain. Il réalisa que les mécanismes de pensée qui avaient engendré cette guerre reposaient sur les postulats de la logique d’Aristote, générateurs de conflits, et sur une fausse identification de l’espèce humaine à l’espèce animale, selon la définition aristotélicienne qui concevait l’être humain comme  « un animal composé d’un corps et d’une âme ». Considérant que cette logique, qui reposait sur l’antique vision de l’homme et du monde et avait façonné nos langages, doctrines et institutions, était dépassée dans le contexte scientifique du XX° siècle, il entreprit d’en édifier une nouvelle, en partant des nouvelles recherches d’alors en mathématiques sur la géométrie non-euclidienne, en physique quantique sur les travaux d’Einstein. Sur ces bases il énonça de nouveaux postulats permettant d’échapper aux pièges de l’aristotélisme, à partir desquels il formula la « sémantique générale » ou « logique non-aristotélicienne ».

Il commença à enseigner celle-ci au Canada et aux Etats-Unis dans le cadre de l’armée, puis devint secrétaire de la Commission militaire franco-polonaise. Après la deuxième guerre mondiale, il devint secrétaire de la Commission Polonaise à la Société des Nations, puis fonda l’Institut de Sémantique Générale en 1938. La SDN fut remplacée en 1945 par l’ONU, dans le cadre de laquelle l’Institut de Sémantique Générale est toujours représenté en tant qu’organisation non-gouvernementale.

Au cours du XX° siècle, plusieurs auteurs, évoluant dans des sphères d’activité différentes, s’inspirèrent de ses travaux : le psychologue Gregory Bateson mit sur pied les bases de la pensée systémique, le philosophe Gaston Bachelard écrivit « La Philosophie du Non », le biologiste Henri Laborit étudia la structure des organismes vivants en situation d’agression (agressologie), élabora sa théorie de l’inhibition de l’action , et inventa, entre autres, dans le cadre de son laboratoire d’Eutonologie à l’hôpital Boucicaut, un inhibiteur de l’inhibition, la  minaprine (Agr1240), commercialisée sous le nom de Cantor (années 80 – début des années 90). En littérature, l’auteur de science-fiction Alfred Van Vogt écrivit la saga du non-A (Le Monde du Non-A, les Joueurs du Non-A, La Fin du Non-A) qui popularisa la sémantique générale, et l’écrivain américain William Burroughs l’appliqua en littérature, entre autres à travers son étude des systèmes de contrôle, dont s’inspirèrent Michel Foucault et Gilles Deleuze, et en expérimentant de nouvelles fonctions non-aristotéliciennes de l’écriture.

Or, 100 ans après le début de la première guerre mondiale, nous sommes toujours prisonniers des mêmes mécanismes de pensée et de leurs effets destructeurs, et reproduisons les mêmes comportements. Nos économistes, politiciens et autres « experts » et communiquants n’ont entamé aucune révision de leurs doctrines et continuent d’appréhender  le monde en 2014 avec des mécanismes de pensée antiques, pour notre malheur et le leur.

L’extrait ci-dessous de « Science and Sanity » (1933), l’œuvre principale de Korzyski, est plein d’enseignements concernant nos problématiques économico-politiques actuelles, les relations entre Etats-Unis et Russie, les événements qui se déroulent en Ukraine, etc.. Il nous ouvre des possibilités de résolution de ces problématiques qui existent potentiellement, mais n’ont jamais été utilisées jusqu’ici. Or ce n’est qu’en intégrant et en appliquant aux niveaux humains les avancées de notre évolution scientifique et en apprenant à utiliser notre cerveau correctement que nous pourrons les résoudre, mettre un terme à la logique du conflit qui nous maintient, en toute inconscience, depuis plus de 2000 ans, dans un état d’évolution fixé dans nos affaires humaines, et devenir des humains adaptés à ce niveau d’évolution scientifique en 2014.

Isabelle Aubert-Baudron

 

Extrait de CHAPTER XIX:  “MATHEMATICS AS A LANGUAGE OF A STRUCTURE SIMILAR TO THE STRUCTURE OF THE HUMAN NERVOUS SYSTEM”  (p. 269-274)

“La structure de nos vieux langages a façonné nos réactions sémantiques et engendré nos doctrines, croyances. , qui ont forgé nos institutions, coutumes, habitudes et ont, en fin de compte, conduit fatalement à des catastrophes comme la guerre mondiale. Nous avons appris il y a longtemps, à travers la répétition de tristes expériences, que les prédictions concernant les affaires humaines ne sont pas vérifiées empiriquement. Nos doctrines, institutions, et autres disciplines sont incapables de gérer de quelque manière que ce soit la situation sémantique, d’où la prédominance de la dépression et du pessimisme.

Nous entendons partout des récriminations concernant la stupidité ou la malhonnêteté de nos dirigeants, comme définis antérieurement (1), sans réaliser que, bien que nos dirigeants soient de l’aveu général très ignorants, et souvent malhonnêtes, toutefois les mieux informés, les plus doués, et les plus intègres d’entre eux ne peuvent prédire ni prévoir les événements, tant que leurs arguments sont énoncés dans un langage d’une structure non similaire à celle du monde et de notre système nerveux. Dans ces conditions, se répandre en imprécations, même en réponse à des provocations, ne peut être ni constructif, ni d’aucun secours. Les arguments présentés dans des langages d’une vieille structure ont conduit fatalement à des systèmes qui sont structurellement “non-naturels”, et en conséquence, sont voués à disparaître, et qui  imposent un stress inutile et artificiel à notre système nerveux. Les conditions de vie que nous nous imposons deviennent de plus en plus intenables, engendrant une augmentation des maladies mentales, de la prostitution, de la criminalité, de la brutalité, de la violence, des suicides, et de signes similaires d’inadaptation. On ne devrait jamais oublier que l’endurance humaine a des limites. Le “savoir” humain façonne le monde humain, il influe sur les conditions de l’environnement et les autres aspects de celui-ci – un facteur qui n’existe pas dans une telle mesure dans le monde animal.

Nous parlons souvent de l’influence de l’hérédité, mais nous analysons beaucoup moins l’influence que l’environnement, et particulièrement l’environnement verbal, a sur nous.  Non seulement nos doctrines sont toutes verbales, mais la structure des langages anciens reflète la métaphysique structurelle des générations passées, qui affectent les réactions sémantiques (2). Le cercle vicieux est bouclé. La mythologie primitive a façonné la structure du langage. A travers celle-ci, nous avons délibéré de nos institutions, de nos systèmes, nous les avons argumentés, et par ce biais les  suppositions primitives structurelles ou mythologies les ont une fois de plus influencées. On ne doit pas perdre de vue que les effets réciproques, les interactions et les échanges sur le plan affectif sont présents à jamais dans la vie humaine, sauf, peut-être, dans des maladies mentales sévères (pas dans tous les pays) et comparativement rares. Nous pouvons cesser de parler, nous pouvons cesser de lire ou d’écrire, et cesser tout échange et toute interaction intellectuelle entre individus, mais nous ne pouvons pas empêcher certaines réactions sémantiques ni les supprimer entièrement.

Un réajustement linguistique structurel  aura pour résultat, il est vrai, d’invalider la plupart de nos vieilles doctrines, et conduira ainsi à une révision scientifique fondamentale de nouvelles doctrines et de nouveaux systèmes, en modifiant de façon constructive nos réactions sémantiques. Ainsi par exemple il est incorrect d’opposer  les termes « capitalisme » et « socialisme », car ces termes désignent des aspects différents du problème humain, qui ne sont pas directement comparables. Si nous voulons utiliser un terme mettant en valeur le caractère symbolique des relations humaines (3), nous pouvons utiliser le terme « capitalisme » et ensuite nous pouvons comparer directement des formes de capitalisme individuel, de groupe, national, international,. Si nous voulons insister sur les aspects psycho-logiques, nous pouvons parler d’individualisme opposé au socialisme,. Evidemment, dans la vie les  effets interagissent les uns sur les autres, mais les implications verbales demeurent, empêchant toute clarté et induisant dans toute discussion des réactions sémantiques inadaptées.

En termes vernaculaires, il existe actuellement  une « lutte » et une « compétition » entre deux formes d’« industrialisation » entièrement différentes, et deux formes de « commercialisation» différentes, basées en fin de compte sur deux formes différentes de « capitalisme ». L’un est le « capitalisme individuel », qui se transforme rapidement en « capitalisme de groupe », en théorie  généralement poussé à l’extrême aux Etats-Unis d’Amérique et dans une moindre mesure dans le reste du monde occidental, et un « capitalisme social », prônée dans l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Ces deux tendances extrêmes, également liées à des perturbations  sémantiques, sont dues à une « déclaration d’indépendance » verbale (4) de deux pays qui étaient, jusqu’à  une époque récente, très isolés.  Les Etats-Unis d’Amérique ont proclamé la doctrine selon laquelle l’homme est « libre et indépendant », alors qu’en fait il n’est pas libre, mais fondamentalement interdépendant. Les Soviets ont accepté sans esprit critique et sans l’avoir révisée une  doctrine désuète basée sur la « dictature du prolétariat ». En  pratique, cela signifierait la dictature des masses non éclairées, qui, si elles étaient en réalité abandonnées à leurs croyances et privées du travail intellectuel des scientifiques et des dirigeants,  rétrograderaient à une forme primitive de vie animale. Manifestement, ces deux croyances extrêmes violent chaque caractéristique spécifiquement humaine. Nous sommes interdépendants en tant que  time-binders (5), et nous sommes interdépendants parce que nous possédons des centres nerveux supérieurs, bien plus complexes que ceux des animaux. Sans ces centres nerveux supérieurs, nous ne pourrions absolument pas être des humains ; les deux pays semblent négliger ce fait, car tous deux utilisent le travail intellectuel, et pourtant les travailleurs intellectuels n’y sont pas appréciés à leur juste valeur. La foule ignorante, avec ses réactions sémantiques animalières cultivées historiquement et psycho-logiquement, retarde le progrès et les relations de bonne intelligence entre humains. Les dirigeants ne dirigent pas, mais la plupart d’entre eux sous-estiment la psycho-logie des foules, surtout préoccupées par leur porte-monnaie ou leur estomac.

Dans les deux pays, les réactions sémantiques sont telles que le travail intellectuel, bien qu’exploité commercialement, n’est pas considéré à sa juste valeur et  qu’il est toujours persécuté ici et là. Par exemple, aux Etats-Unis, nous assistons à des procès et des résolutions contre le travail de Darwin, en dépit du fait que sans une théorie donnée de l’évolution, la plupart des sciences naturelles, y compris la médecine, seraient impossibles. En Russie, nous trouvons des décrets contre la recherche fondamentale, sans laquelle la science moderne est impossible. Les deux pays semblent oublier que tout progrès « matériel » chez les humains est dû uniquement au travail intellectuel de quelques travailleurs sous-payés et surmenés, qui utilisent correctement leurs centres nerveux supérieurs. Quand la science se saisira des problèmes de réactions sémantiques et de santé, nos relations humaines et notre bonheur  individuel deviendront également des sujets de recherches scientifiques. Si des chercheurs internationaux et interdépendants produisent des découvertes et des inventions, chacun, même au plus bas niveau de développement, peut utiliser leurs réalisations ou en abuser, quel que soit le « projet » ou le « non-projet » adopté. Les deux pays semblent ne pas comprendre actuellement qu’un grand développement des moyens mécaniques et une application des réalisations scientifiques tournée  exclusivement vers le confort animal ne parviennent pas à rendre les gens plus heureux, ni à élever le niveau culturel, et qu’ils font probablement tout l’inverse. Personnellement je ne doute pas qu’ils le comprendront un  jour ; mais si les dirigeants des deux pays étaient assez éclairés et avaient pu le prévoir assez tôt, une compréhension plus précoce de ce simple fait sémantique aurait, en attendant, évité à un grand nombre de gens une grande somme de souffrance,  de confusion et d’autres difficultés sémantiques,.

Le futur témoignera d’une lutte entre le capitalisme individuel et de groupe, comme cela se produit aux Etats-Unis d’Amérique, et entre le capitalisme collectif ou social, selon l’exemple des Républiques Soviétiques. Il n’y a pas besoin d’être prophète pour prévoir que certaines tendances de l’histoire sont inéluctables en raison de la structure du système nerveux humain. Tout comme les trusts ou les groupes ont remplacé le capitalisme en théorie « individuel » aux Etats-Unis d’Amérique, le capitalisme d’Etat remplacera les trusts, pour être remplacé à son tour par un capitalisme international (6).

Nous ne sommes pas choqués par le caractère international de la science. Nous ne sommes pas « patriotes à 100 pour cent » dès qu’il s’agit d’utiliser dans la vie de tous les jours des découvertes et des inventions provenant d’autres nations. La science est un produit sémantique d’une caractéristique symbolique humaine générale ; ainsi, naturellement, elle doit être générale et, partant de là, « internationale ». Mais le « capitalisme » est aussi un produit sémantique du symbolisme unique et général ; il est également un produit unique du système nerveux humain, dépendant des mathématiques, et destiné, en tant que tel, de par son caractère intrinsèque, à s’internationaliser. Il n’y a aucune raison pour que nos réactions sémantiques doivent être perturbées dans un cas plus que dans l’autre. Le problème ultime n’est pas d’ « abolir » ou non « le capitalisme », ce qui ne se produira jamais dans une classe de vie symbolique, mais de transférer le contrôle des dirigeants privés socialement irresponsables, non contrôlés, et pour la plupart ignorants, vers des serviteurs publics plus responsables,  formés professionnellement, et contrôlés socialement, et non à des patrons. Si un pays ne peut former des agents publics et des dirigeants honnêtes, intelligents, et dotés d’une formation scientifique, c’est, bien entendu, tout à fait désastreux pour ses citoyens ; mais cela n’est pas à généraliser, parce que c’est exceptionnel. Ainsi, dans les Républiques Soviétiques, le trafic d’influence est pratiquement absent au sens où il existe aux Etats-Unis ; mais la mentalité des hommes publics y est pratiquement paralysée du fait que le travail intellectuel est sous-évalué. Je me demande à quel point on réalise, dans l’un ou l’autre pays, que n’importe quel « travailleur manuel », aussi humble soit-il, est embauché exclusivement pour son cerveau humain, ses réactions sémantiques, et non essentiellement pour ses mains !

Le seul problème auquel le reste de l’humanité doit se confronter est de savoir comment cette lutte sera gérée et combien de temps elle durera, le résultat étant inéluctable, comme le démontre l’élimination impitoyable du capitalisme individuel par le capitalisme de groupe (trusts) aux Etats-Unis. Dans les Républiques Soviétiques, ils sont simplement allés plus loin, mais dans une direction similaire. Les luttes impliquent des souffrances ; et nous devrions nous réconcilier avec ce fait. Si nous voulons provoquer le moins de souffrances possibles, nous devrions en finir avec les méthodes animalières basées sur la compétition. Des méthodes humaines de résolution des problèmes dépendent d’ordres d’abstractions supérieurs, de recherches scientifiques sur la structure et le langage, d’une révision de nos doctrines. , visant à favoriser une adaptation pacifique aux faits de la vie, qui sont des réalités, que cela nous plaise ou non. Si nous voulons obtenir le plus de souffrances possibles, continuons dans la voie du tâtonnement stupide, aveugle, animalier et dépourvu de scientificité, comme nous le faisons actuellement.

Mon but n’est pas de prophétiser, mais d’analyser différentes questions sémantiques structurelles et linguistiques qui sous-tendent toutes les activités humaines, et de produire ainsi un matériau pouvant aider l’humanité à choisir consciemment sa destinée. Ce qu’ils feront ne me concerne pas directement, mais il semble que les deux pays, qui ont tant en commun, et qui doivent nécessairement jouer un rôle important dans le futur de l’humanité, en raison du nombre de leurs habitants, de leur superficies, et de leurs ressources naturelles, devront faire plus attention aux soi-disant questions « intellectuelles, ou, plus simplement, ne pas négliger les différences entre les réactions infantiles et adultes. Sans quoi, il en découlera des résultats culturels gravissimes et désastreux pour nous tous.

Les problèmes du monde en 1933 sont graves et se posent dans l’immédiat, portant en eux la confusion, l’amertume, le désespoir, et d’autres formes de troubles sémantiques. Sans des moyens – et dans ce cas, des moyens scientifiques et physiologiques – pour réguler nos réactions sémantiques, nous ne serons pas en mesure de résoudre nos problèmes assez tôt pour éviter des désastres. La similarité de structure entre les mathématiques et notre système nerveux, une fois mise en lumière et appliquée, nous donne un moyen unique de réguler les réactions sémantiques, sans lequel il est pratiquement impossible d’analyser de manière dépassionnée et avec sagesse les problèmes les plus cruciaux d’une importance immédiate.

La présente recherche démontre que les vieux langages, dont la structure n’est pas similaire à celle du monde et de notre système nerveux, ont automatiquement structuré nos doctrines, nos croyances et nos habitudes, nos réactions sémantiques, ainsi que ces institutions faites par l’homme qui reposent sur des controverses verbales. En outre, celles-ci façonnent à leur tour les réactions sémantiques et, tant qu’elles se perpétuent, elles contrôlent nos destinées.

Quatre questions importantes pourraient être détaillées, mais, faute  de place,  je me contente d’en faire un résumé révélateur :

  1. Dans le système aristotélicien, tous nos anciens sous-systèmes existants, avec toutes leurs qualités comme leurs défauts, sont le produit d’une nécessité sémantique aristotélicienne, psycho-logique et structurelle.
  2. Tout nouveau système moins défaillant se heurte à un handicap considérable, à savoir que de tels système manquent de nouvelles bases sémantiques constructives à valeurs infinies, et qu’ils se perpétuent sans alternative possible à travers des arguments à deux valeurs formulés dans un langage d’une vieille structure élémentaliste (7) ; pourtant ils aspirent « émotionnellement » à quelque chose de nouveau et de meilleur, alors que les deux sont inconciliables.
  3. Un discours basé sur l’ancienne orientation élémentaliste et à deux valeurs, indépendamment de sa véracité fondamentale et de ses bénéfices éventuels, peut être réfuté verbalement sur des base verbales s’il repose sur l’ancienne structure du langage. Quand nos décisions reposent sur des considérations psycho-logiques, elles ne sont jamais bien fondées : elles ne peuvent jamais susciter le respect qu’inspire la démarche scientifique, ni parvenir à la fiabilité de celle-ci. C’est pourquoi nous tâtonnons – la seule méthode possible consistant dans ces conditions à reproduire les procédés empiriques animaliers, qui consistent à manipuler les foules avec des diatribes enflammées dans lesquelles la raison n’a pas sa place, et qui demeurent, à travers la vieille structure verbale, prisonniers des conséquences antiques de postulats applicables aux animaux, mais fondamentalement inadaptés aux humains.
  4. Dans le cadre du vieux système dualiste aristotélicien, élémentaliste, il est théoriquement impossible de parvenir à un accord ; c’est pourquoi une rupture radicale avec l’ancien système nécessite principalement un système non-élémentaliste (8), basé sur une infinité de valeurs, sur des postulats de base négatifs, permettant d’élaborer une théorie de l’entente universelle, qui repose sur une révision structurelle de nos langages, engendrant de nouvelles réactions sémantiques non perturbées, évitant de calquer nos réactions nerveuses sur celles des animaux. »

__________

Notes:

1. Science and Sanity: PREFACE TO THE FIRST EDITION 1933 :

« Nos dirigeants: politiciens, “diplomates”, banquiers, prêtre de toutes sortes, économistes, hommes de loi, etc., et la majorité des enseignants demeurent actuellement largement ou totalement ignorants de la science moderne, des méthodes scientifiques, et des questions structurelles, linguistiques et sémantiques en 1933, et manquent également d’un bagage historique et anthropologique essentiel, sans lequel une orientation saine est impossible. Cette ignorance est souvent délibérée, car ils refusent, pour la plupart, sur la base d’excuses variées, de lire les travaux modernes qui traitent de tels problèmes. En découle un conflit, créé et entretenu, entre les avancées de la science qui affectent les conditions de vie actuelles, et les orientations de nos dirigeants, qui sont souvent dépassées depuis des siècles, ou un ou deux millénaires. Le monde dans les conditions actuelles est en proie au chaos ; sur le plan psycho-logique il en découle un état d’impuissance – de désespoir, engendrant souvent un sentiment d’insécurité, d’amertume, etc., et nous avons été témoins récemment de déchainements psychologiques de masse, similaires à ceux du haut moyen âge. Peu d’entre nous réalisent actuellement que, tant qu’une telle ignorance de nos dirigeants prévaut, aucune solution à nos problèmes humains n’est possible ».

2. Réaction sémantique : réaction aux mots, à la signification d’un terme que provoque son emploi. Elle affecte l’organisme au niveau cellulaire, engendrant des répercussions sur l’ensemble de l’organisme psycho-somatique pouvant entraîner certaines maladies. (Ndt)

3. Voir le chapitre VI de Science and Sanity  : Du symbolisme http://semantiquegenerale.free.fr/onsymbolism.pdf . (Ndt)

4. Voir le reportage Où va l’Ukraine ?diffusé sur Arte les 3 et 110 juin 2014 http://www.arte.tv/guide/fr/052427-000/ou-va-l-ukraine-un-pays-en-etat-d-urgence  http://videos.arte.tv/fr/videos/ou-va-l-ukraine-un-pays-en-etat-d-urgence–7869490.html https://www.youtube.com/watch?v=e05bNg81Y1Y . (Ndt)

you tube: http://youtu.be/e05bNg81Y1Y

5. Time-binders : reliés à travers l’espace-temps : grâce au langage humain et à l’écriture qui relient les humains séparés par la distance spatio-temporelle, les sociétés humaines élaborent des cultures et des civilisations qui évoluent. Chaque génération enrichit et refaçonne un acquis qu’elle transmet à la génération suivante, qui va le modifier et l’accroître à son tour. (NdT).

6. Ce capitalisme international correspond à la forme qu’il a acquise de nos jours, désignée par le terme “mondialisation”. (Ndt)

7. Elémentaliste : attitude qui consiste à séparer verbalement et à concevoir comme isolés  des facteurs ou éléments qui sont liés structurellement. Ex. :  « le corps » et « l’esprit », « l’espace » et « le temps », etc.

  • ce ne sont pas des réalités isolées,
  • ce ne sont pas des éléments que l’on peut séparer de l’ensemble formé par le jeu des relations,
  • la désignation qui les isole artificiellement ne recouvre qu’une fiction. (Ndt)

8. Non-élémentaliste : attitude non-élémentaliste : effort pour ne pas isoler les uns des autres des facteurs ou des éléments reliés les uns aux autres structurellement : l’observateur aborde ce qu’il observe avec la totalité de son organisme psychosomatique. Les caractéristiques de cet organisme sont liées aux influences reçues du milieu. (Ndt)

© Traduction (provisoire) : Isabelle AUBERT-BAUDRON

Pour en savoir plus sur la logique d’Aristote, voir Les différentes étapes de l’évolution de l’Occident: Aristote, Descartes, Korzybski, Trois visions de l’homme et du monde .

21 mars 2014

L’île logique à la BNF

Filed under: Actualité, clowns, Enseignement, Mathématiques, Recherche, Teaching, théatre — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 3:58

Bonjour,

Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale, Jean-Marc  Merriaux, directeur général de Canopé, Bernard Egger, président de l’APMEP et  L’île logique ont le plaisir de vous convier à la journée de clôture de la  semaine des mathématiques : les maths font  leur cinéma, le samedi 22 mars à partir de 14h30 au grand auditorium de  la Bibliothèque Nationale de France à Paris (ateliers, jeux, conférences et  spectacles gratuits).

L’île logique, notre compagnie de théâtre et clowns  de sciences théoriques, aura le plaisir d’y donner une représentation d’une  partie de deux de ses spectacles :
– 15h30 – 16h10 : l’Affaire  3.14, pièce de théâtre burlesque sur le programme de maths de lycée.
–  17h15 – 17h55 : Galois,  Poincaré, mythes et maths… sur les travaux de ces savants.

Pour  ceux, en Bretagne par exemple, qui ne pourraient pas venir, nous vous rappelons  la  journée en sciences inverses que nous co-organisons à Séné avec la salle  Grain de Sel et de nombreuses associations (Petits débrouillards, Ardoukoba,  opération Joconde…) le 17 mai à partir de 10h.

Par ailleurs n’hésitez  pas à nous contacter pour la fête de la science qui se tiendra du 26 septembre  au 19 octobre prochain, nous commençons déjà à mettre en place notre  planning.

Au plaisir de vous voir samedi !
Bien  chaleureusement,
Cédric
www.ilelogique.fr

17 janvier 2014

A non-Aristotelian logic : general semantics in the framework of evolution of the West

Je mets en ligne cet article et cette traduction pour le MOOC « General Semantics: An Approach to Effective Language Behavior » , Manchester University, qui se déroule actuellement du 13 janvier 2014 au 24 février 2014, animé par Steve Stockdale, Mary Lahman et Greg Thompson.

Korzybski called general semantics a “non-Aristotelian” logic. This requires clarifications on the meaning of this term and its origin.

Some important elements played a large part in the way Korzybski elaborated general semantics related to his experience of World war 1 : he found out that the mechanisms of thinking which had led to this war were based upon the premices of Aristotelian logic, elaborated 450 BC., which induced relations of opposition and conflict. This logic  rested upon the antique vision of mankind and of the world: the earth was conceived as flat, and at the center of the universe. Such a conception was of course obsolete and not valid anymore in the beginning of the twentieth century, as well as Aristotle’s logic. So Korzybski realized the gap between our evolution at the scientific level (XXth century), and in human domains (-450 BC and XVIIth century). He infered that, starting from the physics and mathematics of his time, he might elaborate a new logic fitting to the level of evolution of sciences, which would mentally free mankind from this logic of conflict. He built up general semantics, a a non-Aristotelian logic, upon the researches in modern physics : in the chapter XXXVII of Science and Sanity, “On the notion of “Simultaneity”  , he starts from Einstein’s work to integrate in his logic the role of the observer on the result of the observation, which was neglected in the previous logics (Aristotle and Descartes) and the physics they rested upon. This chapter seems to me very important because the reader can state the mathematical demonstrations and understand the scientific basis of general semantics.

Now, to understand what non-Euclidian geometry (XXth century) rests upon, you have to have a minimum of knowledge about Euclidian geometry (antiquity). Hence, before starting the GS teaching, what a non-Aristotelian discipline is about, a minimum of knowledge on Aristotle’s logic seems to me necessary, especially to to become aware of the ways it conditions our mechanisms of thinking and our behaviours, as well as its use in the domain of communication, so to become able to escape from its tricks. 

Here is in pdf a first draft of translation from my article “Les différentes étapes de l’évolution de l’Occident: Aristote, Descartes, Korzybski, Trois visions de l’homme et du monde”   .

It needs corrections and is not definitive (January 2014).

THE DIFFERENT STEPS OF EVOLUTION OF THE WEST Aristotle Descartes Korzybski

One point to avoid misunderstandings: “non-Aristotelian” does not mean “anti-Aristotelian”:  

The meaning of the terms “non-Euclidian”, “non-Newtonian” and “non-Aristotelian” does not mean that those domains would be “opposed” to the previous systems, but that the applications of the first ones, which appeared in the context of the sciences of the previous times, could not apprehend nor solve the new problems inherent in the level of scientific evolution at the Xxth century: for instance, Newton’s physic was helpless to solve problems created by modern technology: impossible to build or repair a computer or a radio with Newton, whose work was previous to the discovery of electricity.

 Non-Newtonian physics are not opposed to the one of Newton, they are used to solve problems which did not exist when he was alive.

 Those different systems are different element of the same set: without the Euclidian  and Aristotalian system,  the Newtonian and non-Newtonian ones could not have arisen.

 We can compare those steps of evolution of the West to the different ages of a human being: as adults, we do not think nor act anymore as we did when we were born, nor during our childhood. Though our life is different when we are a baby, then a child and then an adult, those different ages are parts of a human life and cannot be opposed.

17 décembre 2013

La Khan Academy débarque en langue française !

Filed under: Enseignement, Géométrie, Mathématiques, vidéo — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 4:47

http://www.khan-academy.fr

http://www.khan-academy.fr/index.php/a-propos 

LA KHAN ACADEMY, UN PHÉNOMÈNE MONDIAL

La Khan Academy est une organisation à but non lucratif qui a pour mission de donner accès à l’enseignement gratuit pour tous, à travers le monde. La Khan Academy met à disposition des contenus pédagogiques en ligne (leçons vidéo, exercices d’évaluation des compétences, outils de suivi pour les enseignants, etc.) qui permettent un apprentissage personnalisé et interactif pour les apprenants de tout âge.

Depuis sa création en 2006, elle propose chaque mois à 6 millions d’utilisateurs plus de 4500 leçons vidéo et transforme l’enseignement aux Etats-Unis, au Brésil ou au Mexique. Ces deux dernières années, les vidéos disponibles gratuitement sur YouTube ont été visionnées plus de 280 millions de fois et les utilisateurs ont effectué plus d’1,2 milliard d’exercices. La Khan Academy propose des leçons sur des sujets aussi variés que les mathématiques, la biologie ou l’histoire de l’art.

Plus d’informations sur : www.khanacademy.org/about

Cédric Aubouy: Clown et science abstraite

Filed under: Actualité, clowns, logique, Mathématiques, Recherche, Teaching, théatre — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:27
Clown et science abstraite
De l’intérêt et des moyens de vulgariser les sciences théoriques par le clown théâtre.

© Cédric AUBOUY

A lire en pdf:
clown et sciences abstraites
FESTICLOWN_1111100654.jpg
Le Télégramme: Festi’clown. Sous le nez rouge de Cédric Aubouy
 

6 décembre 2013

L’île logique

Filed under: Actualité, Arts, clowns, Géométrie, Mathématiques, Philosophie, théatre — Étiquettes : , , , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 11:51

L’île logique

Partons ici même… pièce burlesque pour les 8-12 ans
Pilouface, spectacle tout public
L’île logique est une compagnie de théâtre et clowns de sciences fondamentales tout public. Nous abordons le contenu des sciences théoriques par des moyens artistiques burlesques, d’une façon à la fois distrayante et pertinente, absurde et rigoureuse.
A ce jour, nous proposons 7 spectacles abordant des contenus scientifiques théoriques variés (zéro, énergie, relativité du mouvement ou du temps, logique, géométrie, mécanique, fonctions, infini, récurrence, théorie de Galois, travaux de Poincaré, matérialité de l’air, écosystème, forces, chaîne alimentaire, astronomie, ondes, structure de la matière, nature de la lumière, histoire des sciences, épistémologie…), des animations scientifiques, des créations de spectacles ou saynètes sur mesure, des ateliers ou activités pédagogiques, des interventions de clowns scientifiques lors de colloques, des concerts scientifiques, des conférences…
Mettre de la ludicité dans la lucidité…
Dé-pensons spectacle sur la pensée critique
L’île logique s’est produite au sein de nombreuses structures, établissements scolaires, centres de culture scientifique, festivals, collectivités locales, associations scientifiques, grandes écoles, comités d’entreprise… (liste exhaustive sur le site).
Nous avons notamment reçu l’appui chaleureux de Cédric Villani (médaille Fields 2010, directeur de l’IHP), de l’École Polytechnique, du CNRS, du département du Morbihan, de la revue Tangente, de Stella Baruk et Marie-Odile Monchicourt (France-Info). Nombreux témoignages sur le site…
L’affaire 3.14 pièce burlesque sur le programme de lycée
De nombreuses informations (détails par spectacle, contenus scientifiques, vidéos, photos, dossiers artistiques et pédagogiques, témoignages…) sont sur notre site.
Contact : Cédric 06 64 81 34 82 / cedric@ilelogique.fr

7 novembre 2013

Aristotelian and non-Aristotelian economies

Isabelle Aubert-Baudron
(Revised : June 2013)

In French: Economie A / économie non-A

Aristotelian economy

Non-Aristotelian economy

Assumptions:– Belief in the value of money as something real, and economic rules feature an existence in itself, independent of its users, Assumptions:– A concept of money as « a symbol of exchange between humans, whose value is based on an agreement between its users and the economic rules that depend on contracts between its users » (Alfred Korzybski: « Science and Sanity « : On symbolism (Chapter 6)
– The assumption that it is not possible to get rich without taking money from someone else, – The assumption that it is possible to make money without taking it to someone else,
– A structure of relationships based on exclusion, – A structure of relationship based on the inclusion of all elements in the same set, (« A structure is the set of relationships between the elements of a same whole. » Henri Laborit, « La Nouvelle Grille »)
– Relationships of competition, of conflict between insiders and outsiders, rich and poor, etc.

– This stucture of relationships leads to a mutual destruction of the respective forces and energies 1 + 1 < 2

– Relationships of non-dominance, complementary, interdisciplinarity and informational opening, similar to the structure of living organisms (Henri Laborit), leading to a higher result than the sum of the parts (1 + 1 = 3): mathematical principle of non-additivity : (Alfred Korzybski: » Science and Sanity« : On order” (Chapter 12) This principle has been applied by William Burroughs and Brion Gysin in literature (« The Third Mind »).
– A strategy based on intelligence of balance of power to get money. The advantage is to the strongest. – A strategy based on the strength of relationships of intelligence, which invalidates the logic of strength relations. The advantage is to the most intelligent.
This system is based on parasitism, the looting of resources, and the principle that consists in sawing off the branch on which you sit: once the resources have run out, there is nothing left to plunder, the system collapses. – This system is based upon a use of the resources adapted to the actual needs.Enrichment of ALL partners.
The people serve the company:– Absolute value of profit to the detriment of people. A company serving people:– function of the company: allow all elements of the set to make a living.
– Hierarchies of dominance ; a symbolic hierarchic power, without relation to the actual capacities of the people in charge. The people at the bottom, on which the whole pyramid rests, have no hierarchic power. – Hierarchy of knowledge and skill. The people at the bottom, on which the whole pyramid rests, have the real power :  » Power first depends on the necessity of the function, for the human set taken in account. Any individual or group of individual who is not indispensable for the structure of a set have no reason to be in « power », as this set can fulfill its function without them. » (Henri Laborit, « La Nouvelle Grille », p. 182).
– Absolute value of profit to the detriment of people. – Value of the individual proportional to his status, reduced to the money one can bring, to a resource. – Absolute value of the human person, – Relative value of money, depending on the services it can provide as « a symbol for human agreement » (Korzybski)
– Power: domination, manipulation, negative success. . – Power of performance: positive success.
– Problematic of guilt: Action based upon criteria « good / bad », concept of fault.

– Opposition between individual and collective interests.

– Responsibility: Action ddétermined according to the consequences of the acts, their outcomes. – The company as part of a whole: national and international economy, => base of relations in the interest of all.

– No opposition between individual interest and collective interest.

Staff management based on inferiority and manipulation of human beings (bullying) and on reducing the value of people to their diplomas and their status.

The purpose of this management is to exclude from the area of work as many people as possible to reduce salaries and their retirement pensions as much as possible, and limit the flow of money to a minimum of people,

Staff management based on mutual respect, appreciation, and consideration of the actual capabilities of each, and the absolute value of the human person.

The purpose of this management is to include as many citizens as possible in the workplace, according to his actual abilities.

Structure of hierarchical relationship of dominance. Structure of relations structurally similar to the human organism: complementarity, interdisciplinarity, informational opening.
Aristotelian mental structure: obsolete, corresponding to a vision of man and the world dating from 2400 years: mechanisms of thought structured by the principles of identity, contradiction and third excluded (see  A non-Aristotelian logic : general semantics in the framework of evolution of the West  & THE DIFFERENT STEPS OF EVOLUTION OF THE WEST Aristotle, Descartes, Korzybski ).Structure of static relations, based on the balance of power, obsolete compared to the structure of relations of our political model and in contradiction with the rule of law.

Non-A mental structure :

fitting in with our level of semantic evolution (a map is not the territory it represents, a map does not represent the whole territory, a map is self-reflexive), politics (Declaration of Human Rights and Citizen, 1789) and the rule of law.

Hierarchies of power: decision at the top, executors at the bottom. The capacities of individuals are limited to the ones of their function. Hierarchies of skill and knowledge: anyone can use his real capabilities at different levels, => people can work in what they can do well and enjoy doing. The individual skills are added to the skills of the set, the result, is higher than the sum of its parts, and becomes part of the wealth of the company.
Intensional attitude: economy based on theories, doctrines, developed in the interests of stakeholder, groups of economic actors (capitalism, market economy, liberalism, with their opposites: unionism, Marxism, etc..), => pressure groups always opposed in conflicts, unable to establish non conflictual relations, with a waste of the resources and energies in conflict. The amount of the wealth, resources and means taken in account is limited by theoric criteria of evaluation of the strongest. Extensional attitude: based upon the facts: – The real needs,

– The real means available to fill them: the sum of the resources of all countries at all levels, including those that are not considered as part of the economy A.

Allows to include all elements in the set, and build an economic framework that embraces them all.

The amount of the wealth, ressources and means taken in account is much higher than in the A economy.

No consideration of the will of the citizens: the economical orientations are decided in function of financial theories and the interests of lobbies, their human consequences remain hidden. Some aspects of this economy are occult, the rules are rigged. Integration of the citizens in decisions, and economical participation as actors in it and in accordance with the constitution. In decision making, favor an approach based on consideration of the consequences of these human level, and adjust the financial terms.
« Economics »: pseudo scientificity: no confrontation with the facts in front of unsatisfactory economic performance, no questioning of the directions taken. Does not rest on a given doctrine, nor political beliefs,but applies a real scientific approach: Apply in economy the step of the mathematicians of the XXth century (non-Euclidian geometry).
The economical maps are not similar to territories they are supposed to represent => the economical actual results do not fit with the expectated results => economical crisis.. There is no economical theory. The economical maps are drawn in function of the facts : the actual needs, the actual resources, and how to use those ressources to fulfill practicly the needs of the human set.
Planning of the shortage, created from scratch: the resources are presented as less important than the actual resources. No shortage : start from human needs and real resources at all levels.
Etc. Etc.

20 octobre 2013

La philosophie du non de Gaston Bachelard

A écouter sur France culture dans “les Nouveaux chemins de la connaissance” le quatrième volet des « Vertus du non »:
17.10.2013 – 10:00
Par Adèle Van Reeth
Réalisation : Olivier Guérin
Lectures : Georges Claisse
Invité(s) : Didier Gil, professeur de philosophie en hypokhâgne, chercheur associé au Centre de recherche sur l’histoire des système de pensée moderne (Université Paris I) Thème(s) : Idées| Philosophie| Gaston Bachelard 

1 avril 2013

Milton Dawes: Creative being

Filed under: Actualité, Alfred Korzybski, Mathématiques, Sémantique générale — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 5:29

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1 décembre 2011

Alfred KORZYBSKI: Démarche des mathématiciens: Extraits du « SEMINAIRE DE SEMANTIQUE GENERALE 1937 « 

Extraits du  » SEMINAIRE DE SEMANTIQUE GENERALE 1937 – Transcription des Notes des Conférences de Sémantique Générale Données à Olivet College  » (Interzone Editions ) d’Alfred Korzybski.

Chapitre 2 , p. 9-10.

Disciplines non-euclidiennes et non-newtoniennes:

J’ai insisté sur le fait que chaque fois qu’il est question d’électricité, qu’il s’agisse d’un magnéto dans une voiture, un avion ou une radio, chaque fois que l’électricité entre en jeu, les anciennes géométries et mécaniques ne seront d’aucune efficacité. Elles ne marcheront pas. En d’autres termes, les conditions dans lesquelles nous vivons actuellement dépendent des principes non-euclidiens et non-newtoniens. Nous ne pouvons construire un magnéto dans une voiture avec les méthodes euclidiennes et newtoniennes. C’est impossible. Vous avez ici des mathématiciens et des physiciens, demandez-leur si ce que je dis est vrai. Autrement dit, les conditions réelles dans lesquelles nous vivons ne sont plus euclidiennes ni newtoniennes, elles sont élaborées par des disciplines non-euclidiennes et non-newtoniennes.

Je me demande si vous saisissez la différence ? Euclide et Newton sont encore valables en ce qui concerne cette maison ou un pont, etc., mais seulement tant que l’électricité n’entre pas en ligne de compte. Dans des conditions habituelles, Euclide et Newton peuvent être tout aussi utiles, mais pas de manière générale. C’est le point principal. En ce qui concerne Aristote, il peut s’avérer utile pour préparer un dîner lors d’une réception, mais aujourd’hui, si nous nous cantonnons exclusivement aux méthodes aristotéliciennes, nous ne pouvons rien en attendre pour parvenir à un quelconque équilibre. Aristote peut nous servir de référence pour dresser la table lors d’une réception, mais il ne nous sera d’aucune aide dans notre vie, laquelle n’est malheureusement pas un dîner mondain. Il y a dans l’existence des problèmes plus complexes que d’apprêter une table pour un dîner. Dans ma première conférence, j’ai tenté de vous faire prendre conscience de la nécessité – non pas d’un plaisir, ni d’une lubie – de la nécessité d’une révision de nos orientations humaines en tant que telles. J’ai parlé pendant deux heures en tentant de vous faire comprendre les difficultés et l’urgence de cette révision. Ce soir, nous allons débuter le cours proprement dit.

Chapitre 5, p. 38-39 :

Géométrie non-euclidienne:

Quand vous prenez un manuel de géométrie euclidienne, un qui vous est tout à fait familier, où que vous regardiez, que ce soit à la fin ou au début, vous vous sentez chez vous. Mais quand vous prenez un manuel de géométrie non-euclidienne, le début vous semblera tout à fait innocent mais il ne vous sera pas familier très longtemps. Je devrais également vous expliquer ceci. Vous devriez être au courant des principes non-euclidiens.

Dans toutes les géométries métriques, nous avons besoin de lignes qui ne se rencontrent jamais. Elles nous sont indispensables. Comme nous en avons besoin, nous les avons tracées. Nous les appelons « parallèles ». Maintenant voici un point intéressant concernant ces parallèles. Nous avons besoin de ces lignes qui ne se rencontrent jamais. Elles nous sont nécessaires. Sans elles il ne peut y avoir de géométrie. Mais ensuite Euclide, énonçant sa géométrie, définit ces « parallèles » non seulement comme ne se rencontrant pas, mais il posa une autre condition concernant ces lignes: qu’elles soient à égale distance l’une de l’autre. Même du temps d’Euclide, pourtant, cette histoire d’égale distance était contestée. Ces parallèles n’étaient pas familières aux gens. Les mathématiciens savaient, même à l’époque d’Euclide, qu’il devait y avoir des lignes qui ne se rencontrent jamais et qui pourtant n’étaient pas à égale distance l’une de l’autre. Mais Euclide dit égale distance. Cela turlupina les mathématiciens pendant plus de 2000 ans et finalement trois hommes, tous à la même période, contestèrent ce principe. Ils se dirent simplement en eux-mêmes, « N’argumentons pas, élaborons une géométrie où nous avons des lignes qui ne se rencontrent jamais et qui pourtant ne sont pas équidistantes. » Et on les traita de fous. Leurs travaux furent publiés comme des géométries non-euclidiennes où les lignes parallèles ne se rencontrent jamais, mais elles ne sont pas considérées comme équidistantes. Vous avez remarqué toutes les jolies courbes qui composent les objets qui nous entourent. Vous avez vu quelques vieux immeubles partagés en appartements qui sont caractérisés par de telles lignes droites parallèles euclidiennes qu’elles en sont d’une certaine façon rebutantes.

Aujourd’hui, par suite de ce principe non-euclidien, nous croyons qu’il n’existe pas de ligne droite dans le monde. Autrefois nos cercles et courbes étaient délimités par de courts segments de lignes « droites ». Quand vous aviez un grand nombre de petites lignes vous obteniez en fin de compte une courbe. Autrement dit, une courbe au temps d’Euclide était faite de segments de lignes droites. Aujourd’hui nos postulats sont différents. Si nous prenons un cercle d’un rayon très court, il est très incurvé. Si vous prenez un rayon plus long, la courbe est plus aplatie. Finalement, si vous preniez la limite d’un cercle au rayon infini, vous auriez ce qu’on appelle une ligne droite. Autrefois nous faisions des courbes à partir de petits segments de lignes droites. Aujourd’hui les lignes droites ne sont rien d’autre qu’une limite d’une courbure au rayon infini. C’est un simple renversement, mais l’orientation est différente.

Ce que je veux que vous compreniez c’est la révision complète de l’orientation que nous effectuons, en mathématiques comme dans la vie. Il y a une grande différence entre tracer une courbe à partir de segments de lignes droites, ou tracer des lignes droites aujourd’hui comme dans le cas limite isolé d’une courbe d’un rayon de courbure infini. C’est important pour vous tous. C’est tout l’inverse, un changement complet. C’est très important. Il a été démontré à travers le comportement et les faits réels que l’équidistance n’est pas nécessaire, et les non-euclidiens ont aboli ce simple postulat en produisant une géométrie réelle qui faisait abstraction de ce postulat, et pourtant, ils ont produit une géométrie cohérente. Aujourd’hui vous verrez en plus qu’Euclide et Newton n’ont rien produit d’électrique. Et n’oubliez pas que nous ne sommes rien d’autre que des structures électriques. Si vous voyez un manuel de géométrie non-euclidienne, quand vous le regardez, les deux premières pages vont vous sembler familières mais, croyez-moi, la troisième et la quatrième page seront entièrement nouvelles. Vous êtes perdu. Cela ne vous est absolument pas familier à cause de vos anciennes canalisations.

Maintenant il se trouve qu’Euclide n’a pas une structure similaire à celle du monde, parce que nous ne connaissons pas de lignes droites et que nous n’avons pas de lignes équidistantes dans le monde actuellement. Aujourd’hui nous n’avons affaire qu’à des lignes courbes. Chez Euclide, avec ses lignes droites qui n’existent pas, il n’y a pas de similarité de structure avec le monde tel que nous le connaissons. Les géométries non-euclidiennes dans les sciences d’aujourd’hui sont toutes basées sur des courbes et leurs valeurs limites qui peuvent être appelées lignes droites, si vous le souhaitez. Ce « si vous le souhaitez » est un point important. Tous les faits sont « juste comme vous le désirez ». Les « faits » demeurent, mais ils peuvent être interprétés différemment. Alors nous pouvons dire que la nouvelle géométrie est basée sur des courbes et non sur des lignes droites. Nous ne parlons pas de lignes droites. Nous parlons de lignes plus ou moins courtes (géodésiques) dont nous pouvons alors supposer qu’elles sont « droites » mais nous n’en parlons pas comme de lignes droites.

Alors dans sa formulation Euclide n’était pas similaire aux faits tels que nous les connaissons. Ceci est empirique. La géométrie d’Euclide n’est pas similaire de par sa structure aux faits tels qu’ils se produisent dans le monde. En ce qui concerne les principes, elle n’est pas similaire et par principe nous devons l’abandonner. Je vous montrerai plus tard que la mécanique de Newton n’a pas non plus une structure similaire à celle du monde. Tout le séminaire va faire ressortir le fait que les anciennes croyances intensionnelles n’ont pas une structure similaire à celle des faits. Je n’entrerai pas dans Newton ce soir, mais plus tard. Ce soir je veux seulement traiter du système nerveux.

Chapitre 8, p. 61-62:

Orientation aristotélicienne à deux valeurs:

Je vous disais que nous adoptions nos orientations à la révolution rapide et au profond changement dans notre vision du monde qui se sont accomplis durant les trente-cinq dernières années, à travers le caractère du processus dynamique de la « matière » que j’ai tenté de vous expliquer auparavant. Je vous ai montré ce disque qui était composé de lames tournantes – il s’agissait réellement de lames tournantes, pas d’un disque. Ce disque n’existait pas réellement. Votre système nerveux l’a fabriqué dans votre tête. Cela s’applique à toute « matière ». Tout ce que vous voyez est une construction mentale que vous avez élaborée. C’est un processus. Tout ce que vous voyez est composé d’électrons en rotation. Ce que vous ressentez n’est pas ce que

 vous voyez. Il en ressort que tout ce que nous pouvons voir est seulement un stimulus auquel répond notre système nerveux, et, de là, l’objet que nous voyons n’a de réalité qu’à l’intérieur de nous, bien que l’image électronique extérieure ait une réalité indépendante. Ceci est important parce que les anciennes théories sont insoutenables. Qu’importent les détails des nouvelles théories, tout ce qui importe c’est que les anciennes théories sont indéfendables. Ceci est un savoir positif. Et c’est destiné à transformer notre orientation des anciennes conceptions aristotéliciennes statiques intensionnelles à deux valeurs en une orientation non-aristotélicienne de processus dynamiques à valeurs infinies. Ceci est très sérieux. Notre civilisation se désintègre parce que nous vivons à travers les découvertes de la science moderne extensionnelle, mais dans nos têtes nous conservons des systèmes intensionnels d’origine primitive, qui ne sont pas similaires au monde extérieur ni à notre système nerveux. Nos orientations ne correspondent pas aux événements que nous vivons. Ceci est nouveau.

Je veux expliquer cette orientation à deux valeurs. Prenez la première. Ou bien l’objet B touche A ou bien il ne le touche pas. Ceci est une orientation à deux valeurs. « Ou bien – ou bien », « oui – non », « bon – mauvais », « amour – haine », etc., tout ceci est à deux valeurs. Aristote a formulé cela sous la forme de la loi du « tiers exclu ». A est B ou non B, ils se touchent ou ne touchent pas. Nous appelons cela une orientation à deux valeurs. Notez bien les deux valeurs. Une troisième est impossible avec cette formulation verbale, qui est contredite par l’expérience vécue. Si la théorie du processus dynamique de la « matière » est correcte, et elle l’est, comme l’ont démontré d’innombrables données, alors ces deux objets, A et B, n’existent pas à l’extérieur de notre tête. Pensez toujours à l’exemple du disque. Vous pouvez faire le parallèle entre la construction nerveuse du disque et l’orientation à deux valeurs. Ceci s’applique à tous les objets. Ce qui existe réellement en dehors de nos têtes, ce sont des processus électroniques, des structures électriques, qui changent continuellement. Ainsi l’électricité se révèle être le jeu de construction du monde et de nous-mêmes. Or si tout se trouve être un processus, une animation rayonnante d’électrons (un nombre infini), nous ne pouvons pas dire que le processus C touche ou ne touche pas le processus D. Ils auraient un nombre infini de degrés de contact. Alors vous voyez que nous devons passer des orientations aristotéliciennes à deux valeurs à des orientations non-aristotéliciennes en fonction de processus à valeurs infinies.

Vous réalisez tous l’importance de la voiture, de l’avion et de la radio dans la vie. Les noms d’Euclide et de Newton vous sont familiers. Maintenant l’électricité et le magnéto ne sont pas conformes aux théories d’Euclide ni de Newton. Ainsi nos vies réelles extensionnelles se déroulent dans des conditions non-euclidiennes et non-newtoniennes, toutefois nos orientations restent désespérément aussi inadéquates que les anciennes. Cela s’applique aux orientations aristotéliciennes à deux valeurs; avec elles nous pouvons dresser une table de dîner, mais nous ne pouvons préserver la santé – aux niveaux personnel, national, et international.

21 décembre 2010

3. Application de la démarche des mathématiciens en économie

© Isabelle Aubert-Baudron

Nous avons vu que pour élaborer la géométrie non-euclidienne, à partir de l’observation de la réalité dans laquelle ils vivaient , les mathématiciens  ont oublié Euclide. Ils ne s’y sont pas opposés, ils ont mis de côté ses postulats et ont regardé autour d’eux.

La formulation d’une économie non-aristotélicienne implique une démarche similaire : oublier l’économie de marché, et se poser la question de ce qu’est l’argent et de sa fonction.
Korzybski répète qu’il considère les mathématiques comme un domaine d’activité humaine, les resituant dans le contexte humain d’où elles sont issues. Il en va de même pour l’économie, un domaine d’activités humaines, fait par les humains.

Les débats économiques se situent la plupart du temps dans le cadre d’une opposition entre les partisans du capitalisme d’une part et les alternatives au capitalisme se situant la plupart du temps dans un cadre politique  donné, en opposition à celui-ci, entre pro et anti capitalistes. Ils reposent avant tout sur des considérations d’intérêts. Cette vision des choses limite les relations entre les groupes d’individus qui les composent à des relations de conflit, et les seuls alternatives au système actuel à différentes formes de « lutte contre le capitalisme », sans qu’il en sorte quoi que ce soit au bout du compte.

Personnellement je ne crois pas en l’existence de quelque chose qui serait « le capitalisme » en soi : le « capitalisme » de 1950 est différent du « capitalisme » en 1980, qui est lui-même différent du capitalisme en 2008, etc… Autrement dit, celui-ci n’est pas un système immuable, il change tout le temps et sa forme évolue en fonction des individus qui influent par leurs décisions sur celle-ci. En revanche, ses différentes formes ont une structure similaire, à savoir que les relations induites par ce système sont de même type : relations de compétition, de conflits, basées sur des rapports de force.

En dehors des humains qui lui donnent corps, ce système n’existe pas, pas plus que l’argent, qui est une invention humaine. La  financiarisation de l’économie est spécifique à l’Occident: même dans le cadre de la mondialisation, un certain nombre de pays s’en démarquent, préférant miser sur leurs ressources réelles plutôt que sur des produits financiers aléatoires. Les effets de cette financiarisation sont problématiques, remettant en cause la santé et la sécurité économiques des Etats, des entreprises et des individus. Or les diverses solutions envisagées officiellement pour remédier à ces problèmes se situent dans le cadre de la doctrine économique qui génère ces problèmes, ce qui n’est pas cohérent : il est impossible de résoudre un problème sur la base du système qui l’a généré.

Si maintenant nous situons les questions économiques dans le cadre d’échanges entre humains, et hors de ce débat « pro / anti » capitalistes, le fait est qu’indépendamment de notre statut, de notre situation économique, de nos croyances et de nos opinions, nous sommes avant tout des humains, dotés du même organisme humain, et , au niveau biologique, avons fondamentalement la même structure et les mêmes besoins.

A partir de là, une autre grille dont nous pouvons nous inspirer est celle du biologiste Henri Laborit, dont les travaux sur la structure des organismes vivants reposent sur la sémantique générale (voir La Nouvelle Grille) : « Parler de « structures vivantes » c’est, en présence d’un « ensemble » vivant, quel qu’il soit, de la bactérie aux sociétés humaines, parler de l’ensemble des relations existant entre les éléments qui constituent cet ensemble. Parler de structures, c’est donc parler de relations, qui ne sont ni masse, ni énergie, mais qui ont besoin de la masse et de l’énergie pour exister. » (« La Nouvelle Grille », p. 30, Robert Laffont.)

Notions sur la structure des organismes vivants :

– Des systèmes ouverts:

« La structure de la matière vivante lui confère deux caractéristiques fondamentales: celle d’être un système ouvert et celle de s’organiser par niveaux de complexité, ces deux caractéristiques étant d’ailleurs strictement dépendantes l’une de l’autre. » (La Nouvelle Grille » p.25)

– Hiérarchie d’organisation:

« La seule façon d’ouvrir l’information-structure d’un organisme, d’ouvrir l’entité organique individuelle régulée, est de la transformer en servomécanisme, c’est-à-dire de l’inclure dans un niveau d’organisation supérieur, à savoir le groupe social, mais dont la finalité devra être que la même que la sienne. » . » (La Nouvelle Grille » p.40).

« Dans un organisme vivant, chaque cellule, chaque organe, chaque système ne commande à rien. Il se contente d’informer et d’être informé. Il n’existe pas de hiérarchie de pouvoir mais d’organisation, c’est-à-dire de complexité:
– niveau moléculaire (à rapprocher du niveau individuel),
– niveau cellulaire (à rapprocher du niveau du groupe social),
– niveau des organes (à rapprocher du niveau des ensembles humains assurant une certaine fonction sociale),
– niveau des systèmes (nations),
– niveau de l’organisme entier (espèces).
Chaque niveau n’a pas à détenir un pouvoir sur l’autre mais à s’associer avec lui pour que fonctionne harmonieusement l’ensemble par rapport à l’environnement. Mais pour que chaque niveau d’organisation puisse s’intégrer harmonieusement à l’ensemble, il faut qu’il soit informé de la finalité de l’ensemble et, qui plus est, qu’il puisse participer au choix de cette finalité. » (Henri Laborit, « La Nouvelle Grille », Ed. Robert Laffont, p. 121 et 122.)

« Croire, comme certains, au caractère inévitable de la guerre, lui trouver même des  avantages concernant l’évolution technique, le contrôle démographique, etc., c’est s’enfermer dans une structure préhistorique, s’appuyer sur le passé et l’histoire pour en déduire l’avenir, c’est rester dans un système aristotélicien du déterminisme linéaire, de la causalité enfantine. » (Henri Laborit, « La Nouvelle Grille », Ed. Robert Laffont, p.310.)

Bases d’une démarche scientifique:

– Similarité de structure :

La notion de similarité de structure entre les théories que nous utilisons et les faits dont elles traitent ne semble pas avoir été intégrée ni appliquée jusqu’ici hors des sciences exactes.  Or c’est sur cette similarité de structure que repose la fiabilité de nos théories:

« Nous avons comparé le territoire et la carte et nous en avons conclu que, pour obtenir le maximum de prédictivité, pour arriver à une probabilité maximale en matière de prédictivité, nous devons avoir une forme de représentation – dont la structure soit similaire en terme d’ordre. Je dois vous avertir que dans le domaine des sciences, où nous avons une prédictivité maximale, nous jugeons une théorie sur sa similarité de structure avec les faits. Ne nous cachons pas derrière les mots. Regardons les faits; ce que nous appelons une « théorie scientifique » représente un langage d’une structure particulière, basé sur une terminologie. Autrement dit la terminologie met en jeu des postulats qui sont impliqués structurellement dans la terminologie. En d’autres termes, ce que nous appelons une théorie n’est véritablement rien d’autre qu’un langage d’une structure particulière. » (Alfred Korzybski : « Séminaire de sémantique générale 1937 – Transcription des notes des conférences de sémantique générale données à Olivet College », Interzone Editions, p. 17 )

« Nous avons montré au cours de la dernière conférence que ce que nous disions au sujet de la carte et du territoire s’applique aux mots et aux faits. Pour avoir le maximum de probabilité en matière de prédictivité, nous devons avoir une similarité de structure entre le langage et les faits. Examinez votre façon de parler, et voyez si votre langage a une structure similaire à celle des faits. Si notre langage avait une structure similaire à celle des faits, comme c’est le cas en physique mathématique, aurions-nous le maximum de prédictivité ? Oui. S’il n’est pas similaire, aurions-nous le maximum de prédictivité ? Non.

N’est-ce pas là notre problème majeur dans le domaine de la recherche ? Rechercher les faits pour voir si cette similarité de structure existe ou pas. Il est important de savoir si le langage a ou n’a pas une structure similaire. » (Alfred Korzybski : « Séminaire de sémantique générale 1937 – Transcription des notes des conférences de sémantique générale données à Olivet College », Interzone Editions, p. 18)

– Prédictivité :

De la similarité de structure entre nos théories  et les faits dépend la prédictivité et la fiabilité de celles-ci, autrement dit le fait qu’elles nous permettent d’obtenir des résultats correspondant aux attentes de départ :  si ces résultats n’y correspondent pas, alors  nos théories ne sont ni prédictives ni fiables, et il convient alors de les remettre en question :

«  Pour un maximum d’efficacité, une carte devrait avoir une structure similaire à celle du territoire. Je suppose que les mots « similarité de structure » vous disent quelque chose au sens général des termes. Alors l’essentiel ici est que la similarité de structure soit la question la plus importante pour nous en physique mathématique et en mathématiques, en dépit du fait que vous puissiez le comprendre dans le sens général. Similarité de relations physiques et symboliques. Notre carte a-t-elle une structure similaire à celle du territoire ? Est-il possible d’attendre une quelconque prédictivité d’une telle carte ? Je ne vous accable pas avec l’aspect technique du problème. C’est très complexe. Mais l’acception courante des mots selon lesquels une carte devrait avoir une structure similaire à celle des faits devrait vous dire quelque chose. C’est un point très important. »  (Alfred Korzybski : « Séminaire de sémantique générale 1937 – Transcription des notes des conférences de sémantique générale données à Olivet College », Interzone Editions, p. 12-13 )

« La similarité de structure est d’une simplicité enfantine et pourtant personne n’y a accordé la moindre attention avant la S.G.. Pour obtenir le maximum de probabilité en vue d’une prédictivité maximale, nous devons avoir une carte dont la structure est similaire à celle du territoire. » . » (Alfred Korzybski : « Séminaire de sémantique générale 1937 – Transcription des notes des conférences de sémantique générale données à Olivet College« , Interzone Editions, p. 14).

Or le fait est que les résultats de nos théories économiques ne correspondent pas aux attentes placées en elles, elles ne sont ni fiables, ni prédictives et leur structure n’est pas similaires aux faits dont elles traitent. Ces théories ignorent les faits: ainsi les méthodes d’évaluation actuelles dans la gestion des ressources humaines, impulsées par les sociétés de gestion privées, reposent  sur des impératifs financiers théoriques, sans tenir compte des faits, d’où des objectifs irréalistes et impossibles à atteindre, des gens frustrés en permanence, la perte de la finalité du travail, une baisse de la qualité du travail, et au bout du compte des arrêts maladie et un absentéisme, jamais atteints auparavant. Cette gestion, au bout du compte ruineuse pour les Etats et désastreuse pour la santé des individus, coûte en fin de compte beaucoup plus cher que la gestion des ressources humaines publique des décennies précédentes.

En conséquence le terme de « sciences économiques » ne correspond pas à ce qu’il est censé représenter : brillant par leur manque de prédictivité, leur incapacité à remplir les objectifs promis, leurs résultats désastreux, ces « sciences » n’ont de scientifique  que le nom. Les concepts de « culture du résultat » et de « politique du chiffre », s’ils sont imposés aux « évalués », ne le sont pas aux niveaux des décisions économiques et politiques, dont les acteurs se dédouanent pour eux-mêmes  ce qu’ils exigent des citoyens, refusant de se confronter aux faits et de rendre compte de leur action aux gens qui les ont élus. D’où des « crises économiques » qui se succèdent sans interruption, et des méthodes censées les résoudre qui se révèlent inefficaces à le faire.

– Démarche scientifique:

Ainsi une restructuration de l’économie, à travers l’élaboration de sciences économiques dignes de ce nom, ne peut faire fi de la démarche scientifique appliquée dans les sciences exactes. Cette démarche scientifique repose sur les étapes suivantes :

 » Comment nos savants qui, dans leurs recherches, suivent le type d’orientation que nous avons indiqué par notre première prémisse non aristotélicienne, sont-ils parvenus à de tels résultats ?
En s’attachant d’abord à découvrir l’ordre dans lequel se présentent les éléments du terrain, les relations qui peuvent les unir, la structure qu’ils composent.
Dans ses observations le savant se penche, notamment, sur des comportements dont il va s’attacher à déceler la structure. Il se demandera ensuite quelles doivent être à leur tour les structures des éléments en présence pour permettre une telle structure de leurs comportements. Il fera ensuite des inférences qui lui permettront alors de bâtir des hypothèses. Sur la base de ces hypothèses, il dégagera des prévisions relatives aux comportements. Il lui faudra alors retourner à l’observation de ces derniers pour examiner si ces prévisions se réalisent et si, par conséquent, son hypothèse est conforme à la structure des faits. » (Hélène Bulla de Villaret : « Introduction à la sémantique générale de Korzybski », Courrier du livre, p. 36.)

Appliquer une démarche scientifique en économie implique de raisonner non pas  en termes de croyance en des théories données, mais d’hypothèses portées à l’expérimentation afin d’en tester la validité. Cette confrontation à l’épreuve des faits est indispensable pour pouvoir les confirmer ou les infirmer, et voir si elles peuvent ensuite être appliquées. Si les résultats ne confirment pas leur validité, il importe alors de reprendre les différentes étapes de la démarche scientifique depuis le début afin de chercher la ou les erreurs, et ceci tant que les résultats ne sont pas satisfaisants.

I. Aubert.

8 décembre 2010

2. La démarche des mathématiciens

© Isabelle Aubert-Baudron

La compréhension de cette démarche est importante car
– elle permet d’évacuer les faux problèmes tels que l’opposition apparente entre aristotéliciens et non-aristotéliciens liée à l’ignorance de ces termes.
– elle est applicable dans les autres domaines de connaissance nécessitant l’intégration, dans les affaires humaines, de notre évolution scientifique actuelle.

Pour plus de clarté, je mets en ligne, des extraits du « SEMINAIRE DE SEMANTIQUE GENERALE 1937 – Transcription des Notes des Conférences de Sémantique Générale Données à Olivet College » (Interzone Editions ) d’Alfred Korzybski : https://generalsemantics4all.wordpress.com/2011/12/01/alfred-korzybski-demarche-des-mathematiciens-extraits-du-seminaire-de-semantique-generale-1937/
 – et ci-dessous, des extraits de son séminaire de 1949 à Lakeville, Connecticut, tirés d’une traduction de la transcription d’un enregistrement de ce séminaire provenant de l’Institute of General Semantics. J’ignore qui a effectué cette traduction, celle-ci n’étant pas signée, et je ne dispose pas des enregistrements à partir desquels elle a été réalisée. Elle n’est pas définitive, comportant des blancs dans le texte. Mais je remercie ces traducteurs anonymes pour leur travail, en espérant qu’ils se feront connaître, afin que je puisse leur restituer ici leurs droits d’auteurs.
Dans ces deux séminaires, Korzybski décrit, sous deux formes différentes,  la démarche qu’ont adoptée les mathématiciens qui ont élaboré la géométrie non-euclidienne, et qu’il a appliquée lui-même dans la formulation de sa logique non-aristotélicienne. .

_______________

« Nous vivons dans une époque très révolutionnaire et des choses extraordinaires se sont produites pendant ces 100 dernières années. Entre autres nous avons commencé a revoir les doctrines démodées, ceci s’est passé en 1800 quelque chose, 1900 quelque chose, 1920, 30, 50. Je suis né au milieu de ces révolutions, certaines étaient accomplies, d’autres se déroulaient et j’ai développé cette flexibilité que j’essaie de vous enseigner. Nous avons commencé la révision des anciennes doctrines les fondements de l’électricité, la science de l’électromagnétisme qui a débuté par l’équation de Maxwell, puis la révision de (je vais lire, je vais sauter quelques exemples) je vais vous donner un résumé historique avec les années, ce qui s’est passé.

Faraday qui a révolutionné la physique …

En 1833, Faraday a découvert les lois fondamentales de la chimie électrique,
en1844 il a découvert que le magnétisme est une propriété universelle de toutes les substances
en 1859 Kurkov a formulé le principe fondamental de la théorie de la radiation
en 1881 G.G. Thompson a introduit le concept de la masse électromagnétique
en1888 Pirts a confirmé les théories de Maxwell par ses expériences
en 1895 Lawrence a fondé la théorie des électrons
en1886, Bacarow a découvert le phénomène de la radioactivité
en 1896, Sigman a découvert l’effet magnétique optique qui porte son nom
en 1898 les Curie ont découvert le radium
en 1900 Plank a fondé la théorie quantique
en 1900 Plank a introduit les lois générales de la radiation
en 1900 Planck a déterminé la quantité élémentaire d’action, il a été le premier à calculer la masse d’hydrogène et la quantité élémentaire d’électricité
en 1902 Rarafer et (?) ont mis au point la théorie de la désintégration atomique
en  1905, Einstein a formulé le principe de la relativité
en 1905 il a fondé la théorie de la lumière quantique
en 1907 Einstein a fondé la théorie quantique de la chaleur des corps solides
en 1908 Minkowski a introduit la conception d’un monde à quatre dimensions reliant entre eux l’espace et le temps
en 1912 Allow a découvert l’interférence des (?)
en 1913 W. H et W. A ont découvert la structure des cristaux
en 1913 Bohr a fondé la théorie du spectre et de la structure atomique
en 1915 Einstein a fondé la théorie de la relativité générale
en 1915 Sommerfeld a expliqué la structure des lignes spectrales
en 1919 Rupperfeld a découvert la différence de formation de l’hydrogène de l’oxygène
Cela s’est passé sur une période de 1833 à 1919, même pas 100 ans.

En parallèle avec tout ce que vous avez entendu il y a eu une révolution dans les mathématiques. Nous avons commencé ce que l’on a appelé la logique mathématique. Tout cela s’est passé pendant ma propre vie. Piano, Whitehead, Russell, toute cette génération a déjà commencé le grand bouleversement et les résultats sont extrêmement, extrêmement importants parce qu’il y a des choses que tout simplement nous n’incluions pas dans ce que l’on appelle la pensée et qui sont si impliquées que si vous devez parler pendant une 1/2 h puis une autre 1/2 h, vous ne pouvez pas combiner ces deux 1/2 h de discours, c’est sans espoir, un être humain ne peut pas le faire, peut être quelques-uns, mais c’est très rare.

C’est pourquoi ils utilisent des signes abrégés, ce qu’ils appellent la logique mathématique, ils lient les 5 signes ensemble et ils signifient beaucoup plus, ensuite ils peuvent seulement penser avec ces signes abrégés pour pouvoir combiner les “limitations” de l’esprit humain. II y a des limitations de l’esprit humain, nous ne sommes pas limités dans un sens mauvais, tout simplement nous sommes “limités”, l’esprit humain a des limitations. Vous devez par exemple oublier ce qu’on répète à l’envie que 1es mathématiques sont difficiles et ainsi de suite, les mathématiques sont le langage le plus simple qui existe. Si nous pouvons extraire un langage ordinaire des mathématiques, nous l’avons déjà fait, cela signifie appliquer une méthode mathématique, alors tout devient la simplicité même et nous avons abandonné le verbiage inutile parce que nous utilisons seulement les relations.

Les progrès que nous avons connus en médecine, biologie, sont extrêmement révolutionnaires, trop nombreux et trop complexes pour que nous essayions d’en donner une liste. Les mathématiques, la physique c’est simple.
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En mathématiques, Piano, un italien, Whitehead et Russell ont commencé une recherche fondamentale dans les fondements des mathématiques. Si je dis les fondements des mathématiques vous pouvez croire que je blablate. Si les mathématiques sont faites par les hommes, si les fondements des mathématiques sont solides, cela nous sert à apprendre le fonctionnement de l’esprit humain, les fondements de l’évaluation humaine.

Par exemple, la façon la plus facile était de commencer par la révision de la géométrie euclidienne. Ceci est extrêmement fondamental, je ne vous enseigne pas les mathématiques, je vous enseigne des choses sur le comportement humain. Euclide avait des parallèles, c’est à dire des lignes qui ne se rencontrent jamais et en outre elles étaient supposées être équidistantes, des parallèles équidistantes.

A cette époque, à l’époque même d’Euclide, cette théorie avait déjà été mise en question. Toute géométrie doit avoir des lignes qui ne se rencontrent jamais, mais la question est : est-ce que ces lignes doivent être équidistantes ou non? A l’époque d’Euclide, ceci était déjà mis en question. Et que s’est-il passé ? Quelque chose de très important, quelque chose qui concerne les hommes et non la géométrie. La géométrie est faite par les hommes et donc ce sont les hommes qui nous intéressent, pas la géométrie. Pendant plus de 2000 ans rien ne s’est passé. Puis, c’est le côté humain, Lovachevski, un russe, Bolé, un hongrois, et Undersly, un allemand, qui avait les mêmes notions mais qui avait peur de les publier, si bien qu’il a été puni par l’histoire qui ne l’a pas reconnu.

Ils voulaient réviser cette équidistance qui ne leur semblait pas adéquate. Si vous voulez avoir une idée de ce qu’est l’égale distance entre deux parallèles, prenez un train ou un tramway qui ont les rails selon la théorie euclidienne, à égale distance. Les rails sont posés à dessein à égale distance. C’est de la pure fiction. La critique n’a pas été écoutée pendant 2000 ans. Finalement Lovachesky et Bolé sont sortis d’Euclide, ils n’ont pas corrigé Euclide, ils ne l’ont pas révisé, ils ont oublié Euclide et ils ont pris un nouveau départ et ont commencé la géométrie non euclidienne. Tous ceux qui ont essayé de réparer la géométrie euclidienne, ont échoué. Les deux tentatives qui ont réussi sont celles qui ont oublié Euclide et inventé une nouvelle géométrie. Et cela fonctionne. Les développements ultérieurs ont gardé les lignes parallèles qui ne se rencontrent jamais mais qui ne sont pas équidistantes. Puis les lignes droites sont devenues courbes et celles-ci sont devenues asymptotiques, elles se sont rapprochées de plus en plus mais ne se sont jamais rencontrées Tout ceci est évidemment de la fiction mais de la fiction nécessaire.

La même chose s’est passée avec Newton. Vous connaissez tous la mécanique de Newton. Les systèmes newtonien et euclidien ne cadraient absolument pas avec l’électricité. Et maintenant nous savons que tout est électrique et même vous et moi nous sommes des conglomérats électrocoloïdaux. Donc si nous avons des systèmes qui ne peuvent prendre en compte les phénomènes électrocoidaux, cela ne nous sert à rien. Par conséquent la révision était nécessaire et finalement nous avons la géométrie non-euclidienne. Nous nous sommes débarrassés d’un dogme. C’est tout, nous nous sommes débarrassés d’un dogme. Avec Freud aussi nous sommes débarrassés de beaucoup de dogmes, il en a créé de nouveaux.

Mais ils sont moins mauvais que les vieux dogmatismes démodés. Comme l’électricité et évidemment les phénomènes électrocoloïdaux ne pouvaient pas être pris en compte avec la vieille mécanique de Newton, Einstein a fait la même chose que ses prédécesseurs, il l’a oubliée. Recommençons depuis le début, la théorie d’Einstein est un nouveau départ. C’est un des exemples les plus classiques de l’extensionnalisation. La simultanéité était une propriété absolue du temps absolu et de l’espace absolu. Einstein a refusé de traiter la définition.
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La seule différence entre Euclide et les non euclidiens était la question de la distance égale, un si petit facteur. Vous devez vous demander si je parle encore de mathématiques, mais non, je parle des réactions de l’homme. Lorsque vous changez une petite chose, regardez ce qui se passe. On a gardé l’axiome que les lignes ne se rencontrent pas mais on n’a pas accepté le dogme qui ne se vérifie pas dans la réalité que les lignes sont toujours des parallèles équidistantes. On a tout simplement abandonné le dogme. Ce changement peut éventuellement sembler innocent. Cela me rappelle une blague de Bertrand Russell, une blague mathématique, sur les tailles. Une femme de ménage n’était pas mariée, elle demande à sa patronne si elle pouvait aller voir son enfant parce qu’il était malade. La patronne a été si surprise qu’elle lui dit: “eh bien, je pensais que vous n’étiez pas mariée”, “Madame, cela ne veut pas dire que j’ai été négligée, le bébé était très petit”. Cette blague est de Bertrand Russell. Blague à part, je ne raconte jamais de blagues seulement à cette fin, il y a toujours un sens plus profond.

Nous avons abandonné l’équidistance des parallèles. Voyons quelles en ont été les conséquences. Dans la passé, dans la géométrie élémentaire, nous faisions une courbe avec des petits morceaux de ligne droite. C’est ce qu’on a appris à l’école, vous et moi. Une courbe, des petits morceaux de ligne droite à condition que les petits morceaux deviennent de plus en plus petits et la limite était la courbe.

Aujourd’hui nous avons inversé le processus. Aujourd’hui nous commençons avec un cercle en augmentant le rayon et lorsque le rayon tend à l’infini, alors la limite de la courbe devient une ligne droite.

Donc vous voyez que cette petite différence dans les parallèles a eu pour résultat l’inversion de toute l’orientation: au lieu de faire des courbes avec des lignes droites, aujourd’hui une ligne droite est la limite d’un cercle (ça, c’est du verbiage) lorsque le rayon tend vers l’infini. C’est le système euclidien. Ça, ce n’est pas important. La géométrie n’est pas importante non plus, ce qui est important c’est qu’un petit changement dans les prémisses a entraîné un changement énorme, une inversion dans les conséquences. Cela  s’applique aussi à la vie de tous les jours, on peut appliquer cette règle par exemple en changeant les prémisses, si nous le pouvons, avec les patients. Si vous pouvez changer les prémisses du patient, il est guéri. La question est: est-ce qu’on peut y arriver ? Ah, c’est ça le problème. Mais, en fait, ce que fait un psychiatre, c’est qu’il essaie d’amener son patient à parler, à faire face à la réalité, c’est-à-dire à changer ses prémisses fictives pour voir la réalité.

Vous connaissez l’exemple du serpent dans le lit. C’est une désillusion proverbiale d’un patient très malade. Il ne voulait pas aller se coucher parce qu’il y avait un serpent dans son lit. Le docteur fait semblant d’enlever le serpent qui n’existait pas du lit. Le patient est content, il va coucher et s’endort. Est ce qu’il est guéri pour autant? Pas du tout. Demain il y aura un tigre qui va le poursuivre dans la rue. Vous avez éliminé un symptôme “serpent” et vous en avez introduit un autre, “le tigre”. Ces choses fonctionnent mécaniquement. Que fait un psychothérapeute ou tout médecin avec les malades mentaux? Il change, s’il le peut, les prémisses. Si çà marche, la personne est guérie, autrement il ne se passe rien.

C’était tout ce que j’avais à vous dire sur Euclide. Le changement de lignes droites, si quelqu’un sait ce qu’est une ligne droite. Personne ne le sait. Aujourd’hui nous parlons de façon beaucoup plus réaliste et lorsque nous parlons d’une ligne, nous ne parlons pas d’une ligne fictive, mais nous parlons d’une ligne réelle. Que faire avec ça ? Avant Einstein on croyait que la lumière se déplaçait sur une ligne droite. Seulement Einstein a démontré que dans un champ gravitationnel, la vitesse de la lumière ne voyage pas en ligne droite, mais en courbe. Maintenant la ligne droite est presque complètement abolie, on l’utilise par exemple pour la construction. Un constructeur construit les immeubles en utilisant la géométrie euclidienne. Euclide est valable pour construire cet immeuble, mais si vous voulez construire un pont, Euclide n’est plus valable. Je ne sais s’il est bon pour les gratte-ciels. Donc on a dû passer d’Euclide au système non-euclidien.

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Avez-vous remarqué que nous tirons maintenant des lignes droites comme limites de cercles ? Avant c’était le contraire. Est-ce que vous comprenez cela?
-Non

Vous devez l’accepter sans essayer de trop approfondir, parce que je ne suis pas en train de parler de manière trop technique, ce n’est pas un problème de géométrie mais de symbolisme. Vous rappelez-vous que maintenant nous construisons des lignes droites en dehors des cercles avec des rayons qui augmentent et la limite lorsque le rayon approche, n’atteint pas l’infini, elle s’en approche, votre cercle s’aplatit de plus en plus et la limite devient une ligne droite.(Cette phase n’est pas claire, mais n’ayant pas le texte anglais, je ne peux la modifier.)

Maintenant, acceptez cette proposition et acceptez aussi qu’aujourd’hui, avec la géométrie moderne, c’est l’inverse de l’ancienne, car dans l’ancienne géométrie avec un peu de ligne droite on pouvait construire un cercle. Aujourd’hui c’est l’inverse, une ligne droite est la limite d’un cercle énorme avec un rayon qui tend vers l’infini. Ce que j’aimerais souligner, c’est qu’un petit changement dans les prémisses implique un changement fondamental. Dans notre travail nous avons introduit quelques changements fondamentaux dans les prémisses où l’ancien n’avait pas de sens ou était faux. Nous l’avons abandonné et nous avons un renversement complet des vieilles idées, cela a affecté toutes les parties de notre vie.

La théorie d’Einstein, vous avez lu et entendu assez à son sujet. Vous savez que sans la théorie d’Einstein … je vous ai déjà parlé du Professeur Planck.

Vous vous rappelez ? Il a établi les quanta, des sortes de noyaux centraux des radiations.

Ces problèmes dont je vous parle existent dans la vie de tous les jours, mais dits dans des langues différentes, c’est la seule différence, les mêmes conclusions existent dans la vie quotidienne mais nous ne le savons pas. Après le séminaire nous en serons conscients. Les médecins pourront revoir leurs prémisses. Nous ne le faisons jamais et le pouvoir des sciences et des mathématiques est qu’elles établissent des prémisses claires et les révisent.

Mais il y a plus de problèmes. Si vous révisez vos prémisses, cela signifie que vous les vérifiez empiriquement, vos prémisses sont correctes, est-ce que vous pouvez dire que vos déductions par l’intermédiaire de vos prémisses sont correctes ? Vos théorèmes sont-ils vrais? Non. Aujourd’hui cela ne suffit pas. Avant c’était suffisant. Les prémisses sont correctes, les déductions sont correctes, le théorème est vrai. La vérification des prémisses seule, la déduction seule, cela n’est pas suffisant. Nous devons trouver les conséquences, travailler avec les théorèmes, les uns après les autres et ensuite vérifier le théorème empiriquement. Et alors on se rend compte souvent que tout le système est faux.

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Nous essayons de faire coïncider nos formules avec la réalité. Nous avançons rapidement et avec succès. Mais vous pouvez voir ce que signifie éliminer la vitesse infinie, si vous gardez la vitesse infinie, vous ne tenez pas compte de la vitesse, parce qu’on ne peut pas connaître la vitesse infinie mais vous pouvez la voir. Et le résultat est une ineptie et vous avez fait ça. Et avant qu’Einstein n’arrive, il y avait Newton et c’est pour ça que je vous parle du renversement de la théorie euclidienne.

Le changement de l’équidistance a créé une nouvelle géométrie, une non-euclidienne qui est beaucoup plus efficace. Quel est le critère de tout ça ? Pratique, pragmatique, la carte doit ressembler au territoire. Evidemment Einstein ressemble beaucoup plus au monde que Newton, ce n’est pas euclidien. »

Alfred Korzybski, Séminaire de 1949 à Lakeville, Connecticut.

Traducteur inconnu.

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