Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

29 août 2017

La Nouvelle République: L’inaccessible école d’infirmières pour Mélody

http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre/Actualite/Faits-divers-justice/n/Contenus/Articles/2017/08/26/L-inaccessible-ecole-d-infirmieres-pour-Melody-3204029

Châteauroux. Une jeune Castelroussine s’est mise en disponibilité pour intégrer une école d’infirmières. Elle se heurte, désormais, au mur du financement.

J‘ai l’impression que je me bats sans arrêt et que je n’avance pas. Mélody n’est toutefois pas du genre à renoncer. A 27 ans, ce petit bout de femme a déjà franchi bien des obstacles, réussissant notamment le concours d’aide-soignante à Châteauroux ; puis en décrochant un CDI à l’hôpital Trousseau de Tours. « J’ai voulu alors progresser et m’inscrire dans une école d’infirmière », explique-t-elle. Mélody rouvrait ses livres de médecine, travaillait dur et finissait par réussir – en avril 2017 – le concours d’entrée à l’école d’infirmières de Châteauroux. « Pour y parvenir, poursuit-t-elle, je m’étais mise en disponibilité de la fonction publique ; puis j’ai vendu à perte la maison que je venais d’acheter à côté de Tours. »

L’ennui, c’est que l’hôpital Trousseau lui faisait comprendre qu’il n’avait pas les financements nécessaires pour son inscription dans un institut de formation en soins infirmiers. Pour le conseil régional qui finance également ces formations, « je n’entrais plus dans les critères, étant désormais en disponibilité ». L’impasse totale pour Mélody, dont le papa n’a pas de ressources suffisantes et la maman est lourdement handicapée : « Elle souffre de fibromyalgie ».

670 € par mois et des droits d’inscription

Quant à l’école d’infirmières, « son coût est de 670 € par mois » auxquels, il faut ajouter les droits d’inscriptions pendant trois années. « Comment puis-je faire, alors que je touche désormais 900 € par mois de Pôle emploi et que les banques ne veulent pas me faire de prêt, car j’ai déjà un emprunt pour ma voiture. » Mélody en est là. « J’ai tout arrêté pour faire cette école et désormais, je suis dans une totale impasse financière. »
Mercredi 30 août – jour de la rentrée – Mélody sera tout de même sur les bancs de l’Ifsi Châteauroux pour ne pas lâcher ce qui représente pour elle, un rêve, mais aussi… un métier d’avenir.

Pour aller plus loin:

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27 juin 2017

Bruno Dubuc: Une conférence sur Henri Laborit

Dans l’Eloge de la suite:

http://www.elogedelasuite.net/?p=3595

J’aurai le plaisir de donner une conférence sur Henri Laborit mardi prochain le 13 juin dans le cadre du Café Sciences du Sud Luberon (tous les détails sur l’affiche ci-contre si vous êtes dans le sud de la France…).

La conférence sera cependant donnée par Skype étant donné que je réside au Québec. Selon les tests effectués, cela devrait bien fonctionner, tant pour la présentation que pour la période d’échange avec le public prévue après.

Vous pouvez accéder à une version « texte et images » de cette conférence en cliquant ici.

Je vous colle ci-dessous le texte de présentation de la conférence fort bien rédigé par M. Frank Chauvallon (qui est aussi l’instigateur de cette conférence).

* * *

« Alors qu’il est chirurgien au Service de Santé des Armées, Henri Laborit s’intéresse aux techniques  d’anesthésie et fait au début des années 50, deux grandes découvertes : la technique de l’hibernation artificielle qui va révolutionner la chirurgie et le premier neuroleptique au monde : la chlorpromazine.  Ces découvertes et les brevets qui vont en découler lui permettent de créer son propre laboratoire et de poursuivre ses recherches en totale indépendance avec une petite équipe de passionnés, s’attirant ainsi les foudres de l’establishment médical Français qui voit en lui un rebelle incontrôlable et imprévisible.

Rebelle, il le sera effectivement toute sa vie, pour le bonheur de la science (beaucoup voient en lui un précurseur des sciences cognitives modernes) et des nombreux lecteurs de ses ouvrages de vulgarisation à qui il fait partager sa connaissance de la biologie mais aussi son impact sur le mental et le social.

“Mon oncle d’Amérique”, film réalisé par Alain Resnais en 1980 est une illustration de ses travaux. On y voit des hommes et des rats de laboratoire qui présentent tant de points communs lorsqu’ils font face à une agression !

Le film connaît un succès certain même si on lui reproche parfois de faire du ”behaviorisme”, ce à quoi il répond : ”que voulez-vous qu’on montre dans un film à part des comportements ?”.

Mais le plus frappant chez lui est probablement sa capacité à remettre en question les idées établies, sûrement parce qu’il réalise très tôt à quel point celles-ci sont le fruit de conditionnements socio-culturels, conditionnements qu’il préconise de “fuir” en faisant appel à l’imagination, cette capacité que nous avons à fabriquer de nouveaux concepts et ainsi moins subir ceux que nous imposent la biologie et/ou notre environnement social. En cela, son message est intemporel, rafraîchissant et libérateur : il donne envie de comprendre, découvrir, être surpris, voir plus loin.

Bruno Dubuc, rédacteur scientifique en neurobiologie, a été fortement influencé par les idées de Laborit qu’il voit comme “… un penseur majeur du XXe siècle, multidisciplinaire, innovateur, provocateur et critique féroce de cette société productiviste…” . Il lui a consacré en 2014 un site web très complet www.elogedelasuite.net pour permettre (enfin) à ses idées d’entrer dans un XXIe siècle qui en a tant besoin !

Bruno a accepté, et nous l’en remercions vivement, de faire, depuis le Québec,  une présentation dont l’objectif est double : nous donner un aperçu des connaissances actuelles dans le domaine du cerveau et nous montrer en quoi les travaux et idées de Laborit ont été essentiels au développement de ces connaissances. »

 

Dans Le blog du cerveau à tous les niveaux:

http://www.blog-lecerveau.org/blog/2017/06/12/6580/#more-6580

Lundi, 12 juin 2017

Un peu comme je l’ai fait la semaine dernière, la pièce de résistance d’aujourd’hui arrivera… demain ! C’est que je donne mardi le 13 juin ma dernière conférence de la saison qui a pour titre « Henri Laborit, un précurseur en neurobiologie » et que sa préparation ne me laisse pas vraiment le temps pour un billet original aujourd’hui. Je vous renvoie donc pour l’instant à celui que j’ai écrit vendredi dernier sur mon autre site web, Éloge de la suite, qui lui est consacré. Car plusieurs d’entre vous devez commencer à savoir que ce personnage m’a beaucoup influencé, d’où ce second site qui, depuis son ouverture en novembre 2014, est devenu LA référence sur l’œuvre de Laborit tellement les gens m’ont envoyé de documents à mettre en valeur, tant écrits qu’audio ou vidéo.

Je disais « pour l’instant » car je mettrai demain ici en fin de journée le texte et les images de cette conférence que je prononcerai dans le cadre du Café Sciences du Sud Luberon, en France (ce sera donc une conférence par Skype car j’habite au Québec). [ MISE À JOUR 14 JUIN : voici donc une version « texte et images » de cette conférence.]

En attendant, je vous laisse avec cette brève biographie du personnage qui ouvre ce que je vais raconter demain. On m’a demandé de mettre en perspective les domaines de recherche où Laborit peut être considéré comme un précurseur, tout en présentant ses vues sur la question du libre arbitre. Rien que ça ! Vous comprendrez pourquoi j’essaie encore de figurer aujourd’hui comment je vais m’en sortir… ;-)

17 juin 2017

L’île logique, La Tête au carré, 16 juin 2017

https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-16-juin-2017 

Le Club de La Tête au Carré

Aujourd’hui dans le Club, l’équation la plus célèbre de l’histoire : E=mc² , un voyage ludique aux origines de l’univers, et la rencontre du clown et du mathématicien.

Albert Einstein
Albert Einstein © Getty / MPI

E=mc² est l’équation qui vient tout de suite à l’esprit dès que l’on parle de science. Christophe Galfard, docteur en physique théorique et écrivain, raconte l’histoire et l’élaboration de cette formule, mais aussi ce qui se cache sous cette apparente simple formule. Elle est la base de la physique moderne.

Un spécialiste des mathématiques atypique

Cédric Aubouy est mathématicien de formation mais également clown. De ces deux passions est née la compagnie L’île logique il y a 10 ans créant différents spectacles qui abordent des thèmes de sciences théoriques par le moyen du théâtre burlesque. Il publie le livre A l’endroit de l’inversion, petit essai en clownologie mathématique, un partage d’expériences pour montrer à quel point l’attitude clownesque peut aider celui qui cherche et celui qui transmet les savoirs.

L’astrophysique en s’amusant

Le Monde publie un hors-série spécial jeux Aux origines de l’univers en partenariat avec le CNRS écrit par Jean Audouze, directeur émérite à l’Institut d’Astrophysique de Paris. Plus de 200 quiz et jeux, mais aussi des informations pour apprendre à contempler le ciel, tout connaître du système solaire et même des exoplanètes.

17 mai 2017

Eloge de la suite: Un diaporama «interactif» sur des extraits de La nouvelle grille de Laborit

http://www.elogedelasuite.net/?p=3554

 

David Batéjat, webmestre du site web Nouvellegrille.info, a envoyé récemment l’une de ses lettres d’informations dans un format expérimental fort intéressant. Il s’agit d’un diaporama « interactif » où il nous présente d’abord 4 extraits de quelques pages fort pertinentes de La nouvelle grille, de Laborit. On peut toutefois aussi, et c’est le côté « interactif » de la chose, accéder aux mêmes extraits où des phrases ont été surlignées en jaune par Batéjat et commentées / actualisées par lui dans la marge de droite. Ces versions commentées n’étant « qu’un reflet déformé par ma « socioculture » », comme le précise Batéjat en bon laboritien qu’il est… ;-P

Voici un extrait du début de son diaporama accessible en cliquant ici (cliquez ensuite sur l’écran ou sur la barre d’espacement pour faire avancer le diaporama.

La suite dans l’Eloge de la suite

Sur le même sujet: Dans La sémantique générale pour tous : La nouvelle grille :Thermodynamique et information (en ligne)       

Histoires d’universités: le blog de Pierre Dubois: Macron et l’enseignement supérieur

https://histoiresduniversites.wordpress.com/2017/04/24/macron-et-lenseignement-superieur/

Programme d’Emmanuel Macron Enseignement supérieur et recherche. Donner aux universités une autonomie réelle.

Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Pour aller plus loin : 176 chroniques du blog Histoires d’universités sur Autonomie des universités.

Lire aussi

EducPros, Emmanuel Macron vs Marine Le Pen : leurs propositions pour l’enseignement supérieur

EducPros, Emmanuel Macron : Nous permettrons aux universités de recruter elles-mêmes des enseignants-chercheurs

Arte: Étudiants, l’avenir à crédit

http://www.arte.tv/fr/

ARTEplus7

Ajoutée le 15 mai 2017

http://www.arte.tv/fr/videos/060212-0…
Sous l’effet de la compétition internationale, les universités se transforment en de gigantesques entreprises. Une enquête aussi éclairante qu’inquiétante sur un phénomène émergent en Europe.

Compétitivité, marketing ou retour sur investissement sont des termes qui circulent désormais dans les couloirs feutrés des grandes universités. De Shanghai à New York en passant par Paris et Berlin, la transmission des connaissances devient une marchandise, dans le sillage de « l’économie du savoir », une doctrine érigée à la fin des années 1990 par les instances financières internationales – OCDE et Banque mondiale en tête. L’enseignement supérieur, reconnu comme un moteur de productivité et de croissance économique, doit se mettre au service du développement des pays. Victimes de ce nouveau système, les étudiants sont contraints d’investir pour apprendre. Ils s’acquittent de frais d’inscription de plus en plus élevés, et s’appauvrissent avant même d’entrer dans la vie active. Aux États-Unis, la dette étudiante a dépassé le coût du logement et de la santé, menaçant l’économie nationale. Les jeunes Européens suivront-ils la même voie ? Si certains pays d’Europe du Nord résistent à cette commercialisation du savoir, considérant l’éducation comme un acquis social, d’autres s’inspirent de plus en plus du modèle anglo-saxon. En France, les établissements les plus prestigieux, comme Sciences-Po et Paris-Dauphine, se sont déjà engagés sur le chemin du payant.
À bout de souffle
Étayé par des chiffres effarants, ce documentaire fouillé dresse un état des lieux de la mutation des universités du monde entier. Des États-Unis jusqu’à la Chine, nouvel eldorado de l’enseignement supérieur mondial, le réalisateur pointe les dérives de la marchandisation du savoir en partant à la rencontre d’étudiants étouffés par leurs crédits et terrifiés par l’avenir.

Documentaire de Jean-Robert Viallet (France, 2015, 1h24mn) ARTE F

Sur le même sujet:

18 avril 2017

Libération: Grève de foi dans les hôpitaux publics

Filed under: Actualité, Economie, Enseignement, fonction publique, hôpital, Management, médecine — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:55

Par Eric Favereau 17 avril 2017 à 20:06

http://www.liberation.fr/france/2017/04/17/greve-de-foi-dans-les-hopitaux-publics_1563350

Jeudi, au CHU de Limoges. Quatre salariés se sont mis en grève de la faim (dont les deux de gauche et la personne au fond à droite, accompagnés par la secrétaire CGT de l’hôpital).Zoom
Jeudi, au CHU de Limoges. Quatre salariés se sont mis en grève de la faim (dont les deux de gauche et la personne au fond à droite, accompagnés par la secrétaire CGT de l’hôpital). Photo Thierry Laporte

Manque de moyens, absentéisme, souffrance au travail… Les nombreux problèmes observés dans le monde de la santé s’aggravent. Au point qu’à Limoges, pendant une semaine, quatre salariés ont organisé une grève de la faim, une première dans un établissement médical.

Cela fait maintenant trente-quatre ans qu’elle est infirmière au bloc opératoire du CHU de Limoges. Maryse gagne environ 2 400 euros par mois. «Quand je suis arrivée en 1982, j’avais le sentiment d’avoir un avenir, cela s’améliorait, on avait l’impression d’avancer, de faire de mieux en mieux. Et là, depuis quelques années, tout baisse, tout se dégrade. Et c’est ma grande déception. Oui, nous sommes fatigués et ce n’est pas simplement dû à mon âge.»

Des mots simples, sans exagération. Comme un aveu. Un sentiment, diffus mais bien réel, de lassitude, que l’on retrouve un peu partout dans les couloirs interminables du CHU de Limoges. Ce sentiment de ne plus trop bien faire son travail, d’être pressuré. Et cette plainte, qui n’a rien d’unique, se ressent dans beaucoup d’établissements de l’Hexagone.

Le CHU de Limoges n’est pas un cas exceptionnel. Il est, de fait, comme un grand nombre d’hôpitaux : il va bien et il va mal.

Il va bien, car dans les plus de 2 000 lits de cet établissement, derrière les 700 000 consultations externes qui ont lieu chaque année et les 50 000 séjours d’hospitalisations, on y est plutôt bien soigné, avec en plus quelques services très réputés. En même temps, tel un point noir, c’est là, dans le hall du bâtiment central, à la mi-mars, que quatre membres du personnel de la CGT et de SUD se sont installés, débutant une grève de la faim. Une initiative totalement inédite dans le monde des grands syndicats de la santé.

Pression

«Mais avait-on le choix ? nous explique Christophe Zegaid, agent de sécurité incendie, syndiqué à la CGT. Les gens sont en souffrance, il y a un taux d’absentéisme de près de 10 %. C’est énorme, cela veut dire que tous les jours sur 5 000 salariés 500 personnes ne sont pas là. Et la direction ne fait rien. Ne dit rien.»

Depuis trois ans, le CHU de Limoges s’effrite, car il est en déficit. «Nous avons autour de 6 à 7 millions d’euros de déficit pour un budget de 220 millions», explique le professeur Alain Vergnenègre, pneumologue, qui préside la Commission médicale d’établissement, la structure qui regroupe tous les médecins. Le CHU s’est, en effet, lancé dans une vaste renovation-construction d’un nouveau bâtiment : coût, 540 millions. Ne recevant que 50 millions de subventions, il doit s’autofinancer en très grande partie. Mais comment ? Plus de 60 % des dépenses hospitalières sont des dépenses de personnel. D’où la pression. «Aujourd’hui, il y a près de 900 contractuels, constate Florence, responsable de la CGT. La plupart sont des gens qui sont là depuis des années, certains depuis quinze ans. Les départs à la retraite ne sont pas remplacés, les congés maternité non plus». Et elle poursuit : «Depuis deux ans, tout s’est aggravé, les longues maladies ne sont plus remplacées. On a fait des grèves, des AG, rien. On nous répond que l’investissement est prioritaire. Les gens n’en peuvent plus.»

Équilibre incertain

«On s’est dit, poursuit le représentant de SUD, que le CHU est en train d’imploser, silencieusement, service par service. Allez voir en ophtalmo, il y a 60 personnes qui attendent, parce qu’il n’y a qu’une secrétaire pour tout faire. Elle n’en peut plus.» Et c’est donc dans ce désarroi ambiant qu’a germé l’idée d’un acte d’éclat : une grève de la faim. «On était réticent, au départ», poursuit Florence de la CGT. «Nous ne sommes pas des fous furieux, argumente un des quatre grévistes, nous sommes des pères de famille, et on ne voulait ni être des héros ni des martyrs.» Le 20 mars, ils se sont installés. En plein dans le hall. Des matelas posés par terre, puis des tables pour la pétition. Et le Samu qui a accepté de les examiner quotidiennement. «Au début, la direction nous disait qu’il n’y avait que 23 postes vacants. Une vaste blague», ironise Aymeric Martin, de la CGT. Le mouvement prend de l’ampleur, la direction se doit de réagir, appelle à la négociation. Réunion tous les jours. Le 24 mars, lors d’un conseil de surveillance, les syndicats envahissent la salle. Et disent qu’ils ne sortiront pas sans un accord.

Finalement, les deux parties se retrouvent sur la volonté de créer un pool de suppléance, avec 60 temps-plein pour les absents. Quant aux contractuels, le but est de faire en sorte que chaque année 20 % d’entre eux soit titularisé. «Enfin une réponse», notent à l’unisson la CGT et SUD. La direction générale – qui n’a pas souhaité nous répondre – a donc lâché. La grève de la faim est arrêtée. Vaille que vaille, les responsables du CHU tentent de se maintenir sur un équilibre incertain, sans avoir beaucoup de cartes en main. «Je comprends les préoccupations des syndicats même si la réalité financière est contrainte. Si l’objectif est de faire des économies, nous souhaitons maintenir la qualité des soins», avait ainsi expliqué le directeur. En mars , le même directeur au journal Populaire : «J’ai bien conscience des tensions et des difficultés qui existent. L’orthopédie est un exemple parmi tant d’autres. En gériatrie aussi, où la charge de travail est importante. Mais la réponse à apporter ne tient pas en une phrase. Elle est complexe car il y a bien sûr le contexte de resserrement financier au niveau national, que l’on doit accepter et des problématiques inhérentes au CHU de Limoges…» Il y a bien une structure pour l’amélioration de la qualité du travail, mais elle ne s’est pas réunie depuis un an.

Travail de proximité

De fait, là comme ailleurs, l’administration est coincée. Elle sait qu’elle ne sera jugée par la tutelle que sur le volet financier de son action. Pour le reste… Il s’agit de tenir. «Les défis sont nombreux», note avec philosophie le professeur Alain Vergnenègre. Pour lui, un des enjeux les plus urgents est de maintenir l’attractivité du lieu pour les médecins. La tâche n’est pas simple, Limoges est loin de Paris en train. Il manque des radiologues et des anesthésistes, 15 postes sont vacants. «On doit avoir recours à l’intérim : 1 000 euros par jour», lâche Alain Vergnenégre. Bref, le CHU doit jongler pour retenir les médecins de haut vol, d’autant qu’il y a une clinique privée qui se montre très attirante, en tout cas financièrement, pour les médecins de la région. Aujourd’hui, hors de tout cadre, les directions des hôpitaux monnayent ainsi le salaire de certains médecins hospitaliers pour qu’ils viennent ou pour qu’ils restent. «On a une augmentation d’activité de 2 % par an, ce n’est pas rien, mais avec un budget contraint, comment faire ?» poursuit le professeur Alain Vergnenégre.

Ainsi va le CHU de Limoges, indispensable mais fragile. Avec des pôles d’excellence, comme la chirurgie de la main ou la prise en charge des AVC. Dans le pôle maternité, l’équipe autour du Dr Piver est ainsi la première en France à se lancer dans les greffes d’utérus. Selon l’observatoire régional de santé du Limousin, le CHU ne fait pas, non plus, trop mal son travail de proximité, avec des séries de consultations avancées dans les territoires et les petits hôpitaux avoisinants. Mais jusqu’à quand ? Réalisée fin 2014 par l’observatoire régional de santé du Limousin sur la souffrance des soignants, une étude révélait que 23 % des médecins travaillant à l’hôpital présentaient un degré élevé d’épuisement professionnel. 10 % d’entre eux se disaient même en état de burn-out sévère.

Eric Favereau             

3 janvier 2017

Bruno Dubuc : Laborit dans l’Eloge de la suite, décembre 2016

Filed under: Actualité, biologie, Enseignement, médecine, recherche médicale, Université — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 7:04

Lordon, Spinoza et une étude récente rappellent les travaux de Laborit

Publié le 23 décembre 2016

Je suis revenu lundi dernier à un billet « ordinaire » sur le blogue du Cerveau à tous les niveaux, ayant fini mon cours sur la cognition incarnée que j’ai donné cet automne à l’UQAM [et dont les présentations complètes en format pdf sont disponibles ici]. Comme je m’en inspirais également pour mes billets sur Éloge de la suite, je reviens donc par le fait même aussi à mes billets « normaux » sur ce site après avoir trouvé finalement pas mal de liens entre mes 14 séances et l’œuvre de Laborit.

Mais d’abord, une dernière réaction par rapport à ce que j’ai écrit lundi sur la Cerveau à tous les niveaux au sujet de cette étude qui vient d’être publiée dans le numéro du 25 novembre dernier de la revue Science. Car comme vous allez le constater, les liens avec Laborit sont trop évidents pour les passer sous silence.

L’étude démontre que la position de subordination dans un groupe semble avoir des effets néfastes sur le système immunitaire. Tiens, tiens… Ça ressemble un peu à ce que Laborit a dit et écrit au moins 950 000 fois, non ?

Bon, j’aurais le goût de vous laisser là-dessus et de vous annoncer tout de suite que je vais prendre ça « off » la semaine prochaine pour décanter un peu mon automne et passer du temps avec « mes chers contemporains »… Mais cette formule m’amène justement à vous parler d’un dernier truc en 2016 (promis !). Il s’agit d’une série de documentaires indépendants portant ce titre et réalisé par Usul. Et le seul épisode que j’ai écouté à date, celui sur Frédéric Lordon intitulée « L’économiste » m’a beaucoup plus car il montre bien la pertinence du contre-discours de Lordon en ces temps où les alternatives au discours hégémonique du capitalisme néolibéral atteint des sommets dans l’endoctrinement des masses. Quel est le rapport avec Laborit ? Celui, justement, du conditionnement et des beaux discours logiques pour le couvrir que Laborit a lui aussi tant décrié.

L’article est en ligne à http://www.elogedelasuite.net/?p=3404

De Feynman à Friston, en passant par Laborit: minimiser l’entropie pour survivre

Publié le 16 décembre 2016

J’ai lu quelque part que le grand physicien et prix Nobel Richard Feynman, sachant qu’il lui restait peu de temps à vivre, aurait dit qu’il donnerait cher juste pour avoir accès à un simple « textbook » de physique écrit.. dans quelques siècles. Sans doute pour voir où les connaissances générales sur l’univers en serait rendues, lui qui était d’une insatiable curiosité.

Cela m’a fait penser au sujet de la dernière séance du cours sur la cognition incarnée que j’ai donné à l’UQAM cet automne. Dans mon résumé de lundi dernier de cette séance dans le blogue du Cerveau à tous les niveaux, je présentais l’idée générale de la minimisation de l’énergie libre, ce principe popularisé par Karl Friston qui est à la base de notre compréhension du cerveau en tant que machine à faire des prédictions. Car il existe un filiation entre Feynman et Friston à travers ce concept d’énergie libre qu’il faudrait, explique Friston, constamment minimiser pour se maintenir en vie. C’est, grosso modo, la même chose que de dire qu’un être vivant doit maintenir sa structure pour pouvoir survivre dans un univers où l’entropie est inéluctablement croissante (où tout tend au désordre, pour le dire autrement).

Cette formulation nous ramène aussi tout droit à Laborit. Plus précisément au livre le plus « thermodynamique » qu’il a sans doute écrit, l’un de ses premiers également : Du soleil à l’Homme, publié en 1963. Sous-titré « L’organisation énergétique des êtres vivants » et dédié à Alfred Korzybski, ce livre contient des passages qui expliquent fort bien ce sur quoi des gens comme Friston tentent aujourd’hui d’élaborer des théories unifiées de la cognition et de l’action humaine (ce que Laborit avait déjà entrepris à son époque).

http://www.elogedelasuite.net/?p=3393

L’énaction de Francisco Varela et « la seule raison d’être d’un être » de Laborit

Publié le 9 décembre 2016

L’an passé, à pareille date, j’écrivais dans Éloge de la suite :

« Il y aura, à Montréal cet hiver, un film, un cours et une exposition sur Henri Laborit ! Et si je l’annonce aujourd’hui, c’est que l’unique rencontre entre Laborit et Francisco Varela, rencontre qui a été filmée et constitue en quelque sorte le nœud gordien de mon film, a eu lieu un 9 décembre, en 1992… »

La première du film avait bel et bien eu lieu en février 2016, avec l’exposition et le cours qui s’étaient poursuivis les semaines suivantes jusqu’à ce que le film soit mis en ligne (du moins sa partie 2 de 4 intitulée Biologie) en mai 2016.

Pour ce qui est de l’unique rencontre entre Laborit et Varela, j’ai retrouvé dans mes cassettes vidéo (en préparant le montage avec Michèle Duzert que je vous ai présenté le 21 novembre dernier pour souligner le 2e anniversaire du site) un extrait où Mme Duzert me lit une lettre que lui avait envoyée Laborit…

http://www.elogedelasuite.net/?p=3379

5 décembre 2016

Bruno Dubuc: Laborit, pionnier de la psycho-neuro-immunologie

http://www.elogedelasuite.net/?p=3370

Comme je l’ai expliqué ici, je donne cet automne un cours sur la cognition incarnée à l’UQAM. Chaque lundi, je publie dans le blogue du Cerveau à tous les niveaux un résumé de la séance que je donne le mercredi suivant. Et chaque vendredi, je fais ici des liens entre le travail de Laborit et le thème de la semaine (les présentations des séances du cours en format pdf sont disponibles ici).

Cette semaine, nous avons donné un aperçu de la complémentarité du système nerveux, hormonal et immunitaire dans le corps humain. On a donc, entre autres, parlé de la psycho-neuro-immunologie en rappelant tout d’abord qu’elle s’est développée à partir des travaux de Robert Ader à partir du milieu des années 1970.

Celui-ci avait réussi à conditionner des rats en associant la prise d’un liquide sucré à une substance immunosuppressive, de sorte que l’eau sucrée seule parvenait ensuite à diminuer les défenses immunitaires de l’animal. On commençait alors à admettre que le système nerveux pouvait interagir directement avec le système immunitaire (ici par l’entremise d’un conditionnement associatif).

Mais on s’en doutait depuis un certain temps déjà, notamment par l’entremise des travaux de Hans Selye qui avait montré que lorsque le corps subit une agression ou qu’il perçoit une menace, des remaniements hormonaux surviennent très rapidement. Et l’on connaissait déjà ce que l’on appelle l’axe hypothalamo-hypophysio-surrénalien, c’est-à-dire comment l’hypothalamus du cerveau communique avec la glande hypophyse qui à son tour va stimuler d’autres glandes dans le corps, dont les glandes surrénales. On avait donc là aussi une interaction du cerveau avec un autre grand système, le système hormonal.

Mais pour en revenir à la neuro-psycho-immunologie, Joël de Rosnay écrivait, dans un hommage posthume à Laborit en 1995 :

« [Laborit] ouvre la voie de la neuro-psycho-immunologie […] L’inhibition de l’action peut être le facteur déclenchant de désordres neuro-psycho-immunologiques. […] Les trois réseaux qui assurent l’homéostasie du corps (système nerveux, immunitaire et hormonal) convergent et s’interpénètrent. Des molécules ubiquitaires comme l’insuline, la vasopressine, l’ocytocine, ou les cytokines interviennent à plusieurs niveaux de ces réseaux, confirmant l’approche proposée par Laborit dans les années 60. »

Ce constat, fait il y a plus de 20 ans, est encore plus d’actualité que jamais. Un exemple très récent, parmi beaucoup d’autres : je lisais pas plus tard que vendredi dernier qu’une étude, qui vient d’être publiée dans Science, montre que la position relative d’un singe rhésus dans la hiérarchie de dominance de son groupe influence le fonctionnement de son système immunitaire.

En effet, plus le rang d’un singe est bas dans la hiérarchie, moins il produit de cellules immunitaires d’un certain type et plus il produit de molécules pro-inflammatoires. Ce changement est déclenché par l’activation ou non de gènes : quand un animal change de position dans la hiérarchie (suite à une manipulation des groupes par les expérimentateurs), le taux d’expression de ces gènes change aussi. Par exemple, un animal bas dans la hiérarchie active plus de gènes reliés à l’inflammation. L’inflammation est normale et utile pour combattre les infections. Mais quand ces mécanismes inflammatoires sont activés en l’absence de microbes, probablement juste par le stress infligé par les individus dominants, alors ils deviennent néfastes pour la santé.

Détail intéressant, les individus subordonnés qui se faisaient le plus toiletter (“grooming”) étaient ceux qui avaient les processus inflammatoires les moins élevés. Comme quoi le réconfort ressenti par les attentions des autres a non seulement un effet psychologique, mais également un effet physiologique réel.

Ce qui fait dire au Dr. Noah Snyder-Mackler, auteur principal de l’étude :

“I think there’s a really positive social message. If we’re able to improve an individual’s environment and social standing, that should be rapidly reflected in their physiology and immune cell function. “

Laborit et Resnais n’auraient pu qu’être d’accord, eux qui avaient montré si clairement il y a plus de 35 dans Mon oncle d’Amérique tous les effets néfastes sur la santé de l’inhibition de l’action découlant de la subordination sociale.

1 décembre 2016

France Culture: La science et la religion doivent-elles dialoguer ?

https://www.franceculture.fr/emissions/la-conversation-scientifique/la-science-et-la-religion-doivent-elles-dialoguer

Réécouter: https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=a803dd29-7671-4972-9e13-44d8b29135ff

Aujourd’hui, la question des relations entre sciences et religions et des appels au « dialogue » entre ces deux domaines pourtant si éloignés par leurs objets et leurs méthodes refait surface.

La science est la science, qui n’est pas la religion, la religion est la religion, qui n’est pas la science. Après des siècles de conflit entre ces deux « sphères de la vie de l’esprit », si on peut les appeler ainsi, on avait fini par comprendre qu’il ne faut pas les confondre, ni les mélanger ni surtout subordonner l’une à l’autre. Car si on ne respecte pas leurs différences, qui sont irréductibles, on s’empêtre dans des tentatives concordistes menées à grand coup de sparadrap syncrétique, ou on fabrique une harmonie toujours artificielle entre les connaissances scientifiques et les croyances religieuses.

Pourtant, depuis quelques années, on assiste à un regain d’intérêt pour ce qu’on appelle « le dialogue entre science et religion » ? Mais un tel dialogue est-il seulement possible ? Et, si oui, sur quoi porte-t-il ? Et que vise-t-il ?

Yves Gingras est sociologue, professeur à l’université du Québec à Montréal et titulaire de la chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences. Il vient de publier L’impossible dialogue, sciences et religions (PUF)

Intervenants

  • Yves Gingras : Professeur d’histoire des sciences à l’université du Québec à Montréal

La Conversation scientifique Etienne Klein 

11 novembre 2016

L’île logique

Filed under: Actualité, art & culture, clowns, Enseignement, Mathématiques, théatre — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 5:41

Bonjour à tous,

D’abord, info de taille : comme chaque fois que nous vient l’automne c’est aussi le festival Clown Hors Piste dont L’île logique est partenaire depuis le début : 18, 19 et 20 novembre à Theix(56)
Aussi vous trouverez bien sûr toutes les infos sur : www.clownhorspiste.fr et surtout, je vous mets en bas de ce mel un courriel type de communication que je vous invite à diffuser le plus largement sur vos réseaux !!
Vous y verrez notamment, en plus de Didier Super, Los exentricos et de nombreuses compagnies, que L’île logique y jouera son spectacle PILOUFACE le dimanche à 15h30 à la salle Ty Théâtre, aussi pour ceux qui ne nous ont pas encore vu n’hésitez pas à réserver !!

Par ailleurs, la parution de mon livre A l’endroit de l’inversion, petit essai en clownologie mathématique, préfacé par Cédric Villani et Bertil Sylvander, qui traite entre autre de l’importance de la démarche clownesque de celui qui cherche en sciences est bientôt prêt à paraître, aussi n’hésitez pas à revenir vers moi si vous souhaitez le recevoir (prix pas encore fixé…)

Enfin, L’île logique propose désormais un 8e spectacle clown et sciences : Un océan de plastique. Il s’agit de voir, scientifiquement et clownesquement, les dangers et les solutions de la pollution des océans par les plastiques. Bientôt un petit clip de présentation, mais dès à présent une page dédiée sur notre site.

Par ailleurs, les cours et ateliers de théâtre scientifique continuent (projet maths et sport à Maubeuge, cours à l’UBS, nombreux projets dans les collèges…) nous espérons un stage (adultes) pour 2017 !

Au plaisir et à bientôt pour d’autres nouvelles…

Bien à vous,
merci,
Cédric.
www.ilelogique.fr

 Ça y est, le mois de novembre est là !
et avec lui c’est l’automne qui s’installe, les jolies couleurs et les pêches aux champignons et autres parties de chasse aux palourdes qui s’organisent…
Mais qui dit novembre, dit aussi une nouvelle édition du Festival Clown Hors Piste !
Alors pendant qu’on ressort les écharpes, bonnets et autres grosses chaussettes molletonneuses, on en profite aussi pour aller chercher son nez rouge au fond de la malle !

ilelogique

Pour ce huitième festival, qui se déroulera les 18, 19 et 20 novembre à Theix, le collectif Clown Hors Piste vous a concocté une édition haute en couleur ! Avec entre autres Colette Gomette (et son tout nouveau spectacle Prézidente !), Les Acides AnimésLas PolisPilouface, les compagnies Content pour rien et Face ô nez,… sans oublier la venue exceptionnelle des Espagnols de Los exentricos et de l’inqualifiable Didier Super !!!

En résumé, le festival Clown Hors Piste c’est : 11 spectacles en salle, des animations gratuites dans l’espace festivalier (maquillages, concerts, clowns, scène ouverte,…), petite restauration, buvette, goûters, conférence-rencontre, projections de films,… mais aussi des animations clownesques et de nombreuses surprises en amont du festival dans le pays de Vannes. Une occasion de découvrir un autre clown, accompagnés (ou pas !) de vos enfants…

Pour ce qui est des informations complémentaires (tarifs, horaires, programmation complète,…) vous pouvez aller faire un tour sur :

 ↝ Petite précision : les réservations sont ouvertes et fortement conseillées (surtout pour les spectacles du soir…). Il n’y en aura -peut être- pas pour tout le monde, alors n’hésitez plus ! & ça se passe par ici : https://sites.google.com/site/clownhorspiste2014/actualite/archives-depuis-2009/clownhorspiste2012/programmation/presse/reservations-2012

↝ On en profite également pour vous glisser qu’il nous manque encore des bénévoles… Donc si certains d’entre vous souhaitent passer du côté organisationnel de la force, n’hésitez surtout pas à nous faire signe (via la page facebook : https://www.facebook.com/Festiclown56/ ou en vous adressant directement à Anne, la responsable bénévoles : <jeurisanne@orange.fr>)

Au plaisir de vous croiser prochainement,

Clownement vôtre,
Cédric

9 novembre 2016

I. Aubert-Baudron: Infirmières : évolution des frais d’inscription aux concours d’entrée aux IFSI et des coûts des formations

Cette enquête (2006-2016), permet de comprendre, à travers l’observation de l’évolution des études d’infirmière depuis les années 80, comment les réformes réalisée par les gouvernements successifs ont mis en place une pénurie progressive du nombre des soignants, via une administration omnipotente et hypertrophiée, qui a assujetti fonction soignante et la santé publique à des intérêts privés, dénaturant ainsi les services publics en privilégiant les critères financiers aux critères scientifiques et humains, au mépris de la constitution de la nation qui les emploie.

Première partie: Infirmières : évolution des frais d’inscription aux concours d’entrée aux IFSI et des coûts des formations (1) http://semantiquegenerale.free.fr/19infi9.htm

Deuxième partie: Infirmières : évolution des frais d’inscription aux concours d’entrée aux IFSI et des coûts des formations (2) http://semantiquegenerale.free.fr/19infi9B.htm

8 novembre 2016

Bruno Dubuc, Eloge de la suite: La linguistique cognitive (et relative) et l’influence de Korzybski sur Laborit

Publié le 4 novembre 2016

http://www.elogedelasuite.net/?p=3322

Comme je l’ai expliqué ici, je donne cet automne un cours sur la cognition incarnée à l’UQAM. Chaque lundi, je publie dans le blogue du Cerveau à tous les niveaux un résumé de la séance que je donne le mercredi suivant. Et chaque vendredi, je fais ici des liens entre le travail de Laborit et le thème de la semaine (les présentations des séances du cours en format pdf sont disponibles ici).

Cette semaine, on a fait une brève incursion du côté de la linguistique pour montrer comment le courant de la cognition incarnée ne l’a pas épargnée. Je crois que Laborit aurait été intéressé par les idées de la linguistique cognitive contemporaine où la sémantique et les métaphores à partir du corps ont pris une grande place. Car Laborit a été très influencé par Alfred Korzybski et son concept de sémantique générale (qui lui-même peut être vu comme précurseur de la théorie de la relativité linguistique de Sapir et Whorf).

On n’a qu’à lire l’entrée en matière, que je reproduis ci-dessous, du texte traduit en anglais d’une allocution donnée par Laborit à New York  lors de la Alfred Korzybski Memorial Lecture de 1963 et intitulé « The need for generalization in biologicas research : role of the mathematical theory of ensembles » :

“Dear Friends : I am at a loss to express to you how honored I feel to be giving this lecture, and to find myself at this gathering dominated by the great figure of Alfred Korzybski . I did not have the joy of knowing him personally as did some others here, most particularly M. Kendig, who continues his thought and perpetuates his presence among us . However, his thought is written in books, and through them, I believe I can call myself one of his disciples . Although the following exposition does not make frequent reference to his name as it should, this is not a necessity for you to understand that I wrote it to honor his memory and to participate, however modestly, in the continuation of his thought .”

Pour résumer sommairement la démarche de Korszybski (1879 – 1950), on peut le lire sur sa page Wikipédia que :

« L’œuvre de Korzybski tourne autour de la fondation de ce qu’il appela lui-même une « science de l’homme ». Interpellé par les problèmes récurrents rencontrés dans la civilisation occidentale de son époque (incompréhension, misère, guerre, etc.), il entreprit d’étudier le fonctionnement de l’homme dans son environnement, à savoir la façon dont notre système nerveux perçoit, interprète et modifie, entre autres, ce qui se trouve autour de lui, afin d’essayer d’établir une méthode permettant aux hommes de mieux communiquer, de mieux se comprendre, d’agir conformément aux faits et non à des représentations erronées, acquises ou innées, dont la plupart ne prennent pas conscience (« les prémisses »). Cette recherche culmine avec son œuvre majeure, Science and Sanity […], dans laquelle il jette les bases de la sémantique générale.

Le biologiste français Henri Laborit a élaboré sur la sémantique générale sa théorie de l’inhibition de l’action et ses recherches sur la structure des organismes vivants (voir La Nouvelle Grille, L’Inhibition de l’Action). »

Je ne sais pas si l’on peut aller jusqu’à dire que Laborit « a élaboré sur » la sémantique générale le cœur de son œuvre (il a quand même fait lui-même quelques expériences fondatrices…), mais chose certaine l’aphorisme de Korzybski : « une carte n’est pas le territoire », ou encore « le mot chien ne mord pas » est souvent cité par Laborit pour rappeler que les mots ne correspondent pas à des réalités mais ne sont que des étiquettes derrière lesquels chacun met son expérience passée de chacun de ces mots.

En googlant ce deuxième aphorisme avec le nom de Laborit, on trouve d’ailleurs des choses intéressantes comme cette courte entrevue de Laborit faite par Bernard Werber (l’auteur des Fourmis, etc., qui a écrit sur son site web que « Mon oncle d’Amérique […] a longtemps été mon film culte ainsi que le livre Eloge de la fuite« …). L’entrevue est intitulée « Le mot Dieu ne mord pas » et l’on y sent particulièrement bien l’extrême prudence avec laquelle Laborit manipulait des mots aussi fortement connotés que «Dieu» (ou « liberté », ou « amour »…). Détail rigolo dans cet article : le mot « agoniste » a été écrit à la place de « agnostique » ! Je ne sais pas si l’erreur était dans la revue ou si elle provient de la retranscription, mais un tel lapsus fait en tout cas du sens quand on parle d’un pharmacologue…

Enfin, en terminant, je voudrais mentionner le blogue d’Isabelle Aubert-Baudron qui fait un travail de recherche sur l’élaboration d’une économie non-aristotélicienne, à partir de la sémantique générale d’Alfred Korzybski et où Laborit est abondamment cité (souvent par l’entremise d’Éloge de la suite… 😉 ).

Bruno Dubuc

 

7 novembre 2016

Bruno Dubuc: Eloge de la suite, 16/09/2016 – 15/10/2016

Autopoïèse et émergence des systèmes nerveux : quand Varela et Laborit se rejoignent  http://www.elogedelasuite.net/?p=3242

Publié le 16 septembre 2016

Il y a, dans cette deuxième séance, un autre « point de contact » évident avec Laborit et on peut dire qu’il passe par mon film Sur les traces d’Henri Laborit, associé à ce site. On assiste en effet, à la fin de ce film, à l’unique rencontre entre Laborit et Francisco Varela le 9 décembre 1992 au laboratoire de Boucicaut. Or Varela est abondamment cité dans cette seconde séance puisque c’est lui et Humberto Maturana qui ont théorisé, au début des années 1970, le concept d’autopoïèse qui est présenté dans la première partie de la séance et discuté en détail dans la seconde.

Cette définition première d’autopoïèse pour décrire l’essence d’un être vivant (« un réseau complexe d’éléments qui régénèrent constamment, par leurs interactions et transformations, le réseau qui les a produits »), Varela avait dû la bonifier dans ses derniers écrits pour tenir compte non seulement du maintien de l’identité des êtres vivants, mais aussi de leur capacité à tenir compte de leur environnement pour profiter des ressources qui pourraient les aider à maintenir leur structure et fuir les substances ou les situations qui pourraient la détruire.

Les habitué.es de ce site auront déjà reconnu des fondements très similaires dans la pensée de Laborit, en particulier son fameux : « La seule raison d’être d’un être, c’est d’être, c’est-à-dire de maintenir sa structure ». Tout le début de la narration de Laborit dans Mon oncle d’Amérique décrit également cet impératif de la vie de défier temporairement le second principe de la thermodynamique.

Organisation générale du cerveau humain : ce que Laborit avait bien vu http://www.elogedelasuite.net/?p=3242

Publié le 23 septembre 2016

Comme je l’ai expliqué ici, je donne cet automne un cours sur la cognition incarnée à l’UQAM. Chaque lundi, je publie dans le blogue du Cerveau à tous les niveaux un résumé de la séance que je donne le mercredi suivant. Et chaque vendredi, je fais ici des liens entre le travail de Laborit et le thème de la semaine. La séance de cette semaine intitulée « Le cerveau humain : développement, communication et intégration neuronale, organisation générale » abordait donc plusieurs sujets, mais s’il fallait n’en retenir qu’un où Laborit a été un précurseur ce serait sans doute les cellules gliales.

En effet, dès les années 1960, Laborit s’est intéressé aux cellules gliales qui reçoivent aujourd’hui l’appellation de « l’autre moitié du cerveau » tellement on commence à s’apercevoir qu’elles contribuent à la communication neuronale. On est donc loin du simple rôle de support qu’a inspiré leur nom. La « névroglie », comme on appelait souvent les cellules gliales du temps de Laborit, vient du mot grec γλοιός (gloios), « gluant », une étymologie rappelant le rôle de « colle » ou de simple remplissage qui leur avait été originellement attribué. Et même jusqu’à il y a quelques décennies, le rôle qu’on reconnaissait aux cellules gliales en était surtout un de nutrition par rapport aux neurones, alors qu’on sait aujourd’hui qu’elles ont de nombreuses autres fonctions, notamment en communiquant et en synchronisant l’activité de vastes assemblées de neurones.

Plasticité et mémoires : tout ce qui entre à notre insu dans le système nerveux http://www.elogedelasuite.net/?p=3265

Publié le 30 septembre 2016

Laborit a insisté très tôt sur le fait que plein de choses s’imprègnent dans notre système nerveux sans que l’on s’en rende compte. Toute la pub est basée sur cette idée d’associer un sentiment positif à une marque de lessive, par exemple. Mais c’est aussi le cas des normes sociales et des automatismes culturels qui entrent constamment à notre insu dans notre cerveau.

Pour le dire dans les mots de Laborit qui n’y va pas de main morte pour décrire ce phénomène :

« Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra dans sa vie d’adulte une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais. »

Et que dire des conditionnements opérants dont Laborit a montré également la prédominance dans nos comportements. La recherche de la récompense est encore un mécanisme très puissant en nous. On n’a qu’à nous regarder descendre frénétiquement notre page Facebook à la recherche des précieux « Like »… Ou encore, il faut relire là-dessus le chapitre sur l’amour dans l’Éloge de la fuite où l’être aimé est associé à son pouvoir de gratification (âmes romantiques, s’abstenir…). ;-P

Synchronisation de l’activité dynamique du cerveau : quand Laborit mène à Varela http://www.elogedelasuite.net/?p=3282

Publié le 7 octobre 2016

Ces oscillations dans les circuits de neurones, on les a observées aussi tôt qu’en 1924 alors que Hans Berger mettait au point le premier électroencéphalographe (EEG). Mais il fallut attendre plus d’un demi-siècle plus tard pour qu’elles commencent à être considérées comme autre chose qu’un simple épiphénomène. Cela explique pourquoi Laborit a peu, à ma connaissance, mentionné directement les oscillations cérébrales dans ses écrits, du moins ceux pour le grand public. Son outil de travail quotidien, on le sait, c’était la pharmacologie. Et bien que les drogues qu’il appliquait sur ses modèles animaux avaient bien entendu des effets au niveau des rythmes cérébraux, Laborit ne les a pas étudiés en tant que tel, toujours à ma connaissance…

Mais en faisant des recherches avec des mots clés pour ce billet, je suis tombé sur une page d’Éloge de la suite que j’avais écrite quelques semaines après son lancement en novembre 2014. J’y relate une autre coïncidence semblable où, en cherchant sur un colloque consacré à Laborit en 2000, j’étais tombé sur l’annonce des journées du réseau de sciences cognitives d’Île de France où l’on pouvait lire que « Dans le domaine des neurosciences, F. Varela (LENA-CNRS, Paris) a décrit les mécanismes physiologiques impliqués dans la constitution du “temps présent” et développé l’hypothèse qu’une synchronisation des activités neuronales soit à l’origine d’une conscience du présent. »

Cartographie du cerveau et grandes voies nerveuses : le « MFB » toujours à l’étude ! http://www.elogedelasuite.net/?p=3297

Publié le 15 octobre 2016

Laborit s’est constitué, avec le peu de ce que l’on savait dans les années 1950, une cartographie des différents grands faisceaux nerveux qui relient dans le cerveau les régions fondamentales pour la survie d’un animal dont le fameux « faisceau de la récompense », le Medial Forebrain Bundle, ou MFB.

Or il y a quelques mois à peine, une étude publiée dans la revue Cerebral Cortex avait pour titre « A hedonism hub in the human brain. » Ma séance de mercredi dernier s’achevait justement sur le concept de « hub », ces gros faisceaux d’axones dans le cerveau qui constituent de véritables « autoroutes » pour la transmission nerveuse. Or ce que l’étude de Zacharopoulos et ses collègues a démontré, c’est qu’il y a une corrélation positive entre la valeur que les gens portent à l’aspect « hédoniste » dans leur vie, et le volume du globus pallidus gauche, une structure cérébrale directement connectée au «superolateral medial forebrain bundle».

Si Laborit avait pu lire cette étude, je suis certain qu’il aurait souri, lui qui a si souvent répété que pour agir, il faut être motivé, et que cette motivation vient en bout de ligne du plaisir que l’on retire de cette action, comme le rappelle d’ailleurs les auteurs au début de leur article !

31 août 2016

Mises à jour de La sémantique générale pour tous

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Alfred Korzybski

Déstructuration: Enquêtes sur les mécanismes de l’économie de marché dans le domaine de la santé

HARCELEMENT MORAL: Remake des « Dix Petits Nègres »: Enquête sur les facteurs de mortalité et de morbidité en milieu hospitalier et propositions pour en sortir

L’Europe sous tutelle

17 juin 2016

Isabelle Aubert-Baudron: Une économie non-aristotélicienne ? JUGAAD !

Hier soir sur Antenne 2 un reportage passionnant dans l’émission Un oeil sur la planète sur le concept indien de Jugaad, de Navi Radjou. Voir également sur ce concept L’innovation Jugaad, faire mieux avec moins – FUTUREMAG – ARTE

Livres de Navi Radjou

Ce concept est similaire à l’économie non-aristotélicienne que j’ai mise au point depuis la fin des années 90 à partir de la sémantique générale de Korzybski et grâce à laquelle j’ai pu mettre au point sans moyen financier, entre autres, Interzone Editions et des cours de sémantique générale en ligne.

Pour plus d’infos sur l’économie non-aristotélicienne :

Une économie de rechange ?

Une économie non-aristotélicienne :

* L’économie de marché: une économie aristotélicienne

* Déstructuration: Enquêtes sur les mécanismes de l’économie de marché dans le domaine de la santé

* Restructuration: Une économie non-aristotélicienne

* Economie A / économie non-A

Application de la démarche des mathématiciens en économie

Comment faire soi-même une dreamachine simple et pas chère (1981)

Première machine à rêver (1981)

Plus d’infos sur la dreamachine

 

11 juin 2016

Alain Garrigou: Refuser les QCM à l’Université

Filed under: Actualité, Enseignement, Management, Université — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 5:39

http://blog.mondediplo.net/2016-05-27-Refuser-les-QCM-a-l-universite

Comment l’idéologie managériale s’insinue-t-elle dans nos vies ? Comme il en va de ces mouvements longs de l’histoire qui, par petites touches isolées, sans liens qui leur donnent sens, passent inaperçus, imperceptibles. Cette histoire commence par un appel téléphonique impromptu d’un des services informatiques de mon université où l’on me demandait de communiquer un questionnaire à choix multiple (QCM). Surprise : je n’avais rien demandé, assurai-je à ma correspondante. Et je ne ferai jamais cela. Fin de la conversation. De quoi ce sigle, QCM, est-il le nom ? Au cours de notre scolarité, nous passons tous au fil des QCM, comme au fil de l’épée. Après tout, ce n’est jamais que le mode d’interrogation des sondages et des jeux télévisés. Expéditif, pas très sérieux, le QCM est à la pensée ce que Guillaume Musso est à la littérature, Bernard-Henri Lévy à la philosophie ou Pascal Perrineau à la science politique.

Lire aussi Pierre Jourde, « L’Université féodale de demain », Le Monde diplomatique, avril 2008. Comme tous ces services auxquels on a donné de beaux noms — galaxie, soleil, apogée — celui-ci s’appelle COMETE (Centre optimisé de médiatisation et de technologies éducatives). Ainsi va la novlangue managériale. Il faut la lumière ou la beauté des mots pour cacher l’obscurité ou la laideur des choses. En l’occurrence la demande concernait un nouveau cours, que j’ai du accepter au débotté à la suite d’une mutualisation m’ayant privé d’une partie de mon enseignement — sans que personne n’ait daigné me prévenir. Pas le choix. Enfin presque. Je refusai tout de même de faire mon cours devant un public « mutualisé », trois formations, soit trois groupes d’étudiants de niveaux différents (avec des horaires impossibles pour rassembler tout le monde). J’exigeai donc un public homogène, celui de la première année de science politique de Nanterre. Un jeune collègue dut se dévouer pour le cours mutualisé. Merci à lui.

De mon côté, je conçus un cours que je crois exigeant pour les étudiants de L1. L’année suivante, je retrouvai un amphi plein, l’amphi Guy Carcassonne où notre collègue, attaché aux libertés académiques comme au droit constitutionnel, aimait enseigner aux étudiants de première année. Ce ne fut qu’en évoquant les modalités d’examen que le problème apparut : des étudiants m’annoncèrent qu’ils suivaient en parallèle des cours de droit. Comme j’avais évoqué une dissertation de trois heures, comme l’année précédente, ils protestèrent. Nenni. Ils ne disposaient que d’une heure et… on a leur avait prévu un QCM. Je ne savais donc pas que mon public avait changé. J’allais demander des éclaircissements à l’administration. La réponse vint progressivement, un premier interlocuteur ne sachant pas, un autre me livrant une hypothèse. Enfin, il fallut bien que je me rende à l’évidence : l’administration m’avait gratifié d’une formation supplémentaire de 300 étudiants sans que j’en sois prévenu et sans ma permission. Avec de telles contraintes, il n’était pas question de faire une dissertation. Je faisais donc le même cours pour des étudiants qui passeraient pour certains une épreuve de trois heures et les autres une épreuve d’une heure. En matière de mutualisation, j’avais vu pire quand on m’avait gratifié d’un double public de master, l’un suivant un séminaire de vingt heures et l’autre un cours magistral de vingt-quatre heures. Je ne sais toujours pas comment il est possible de faire les deux ensemble.

Je peux comprendre l’angoisse des étudiants devant l’évaluation. Ils sont au bout d’une chaîne décisionnaire perverse. En haut, le ministère qui demande des économies et qui ordonne de mutualiser. Mutualiser ? Encore un joli mot perverti. Les plus mauvais coups se masquent toujours ainsi. Concrètement, il s’agit de demander à des enseignants de faire des cours pour plusieurs formations. Exigence d’un temps où l’on a davantage besoin de policiers ou de militaires que d’enseignants. Les protestations indignées n’y changent rien. Par contre, on demande aux universitaires d’assumer plus de travail sans les prévenir. La politesse n’est pas une vertu politique. Ni d’ailleurs universitaire.

Pour le cours magistral, c’était trop tard, mais le QCM, pas question ! A cette demande inopinée je répondis que jamais je ne ferais de QCM. Un an après, je devais encore faire la même objection de principe. Insister, répéter les procédures : c’est ainsi que les bureaucraties font céder les humains. Cette fois, on me répondit qu’il était trop tard car mes collègues dans la même situation en faisaient déjà. Les autres le font déjà, autre argument censément décisifs des bureaucraties. Je comprends mes collègues qui ont moins accepté que subi la chose, devant la perspective de plusieurs centaines de copies supplémentaires à corriger. Et donc au titre de l’égalité des étudiants devant l’examen, je ne pouvais pas faire autrement. Je ne pouvais pas non plus demander aux étudiants de faire une dissertation en une heure, j’annonçais donc un compromis sous la forme d’un contrôle de connaissances.

Lâchement ou prudemment, je préparais une retraite en pleine campagne au cas où le coût serait prohibitif. J’imaginais tourner l’affaire en dérision. Un QCM bardé d’humour. Facile. Auteur d’une citation : Thomas Hobbes, Karl Marx, Moisei Ostrogorski ou Woody Allen ? Mon fils m’apprit qu’un professeur de terminale avait eu l’intelligence de mettre ses élèves à contribution en leur faisant concevoir un QCM. Question : quel est le nom du paquebot britannique coulé par un sous-marin allemand pendant la Première guerre mondiale ? Titanic, Lusitania, Poséidon ou Costa Concordia ? Tout le monde ne trouva pas la bonne réponse. A cet âge, on ne manque pas d’humour. Dommage qu’on le perde souvent ensuite. Le professeur refusa toutefois à nos plaisantins un autre choix concernant la doctrine Monroe : « America first », « America is back », « Ein Reich ein Volk ein Führer » ou « Yes we can » ? Je concoctais finalement cinq questions de définition : qu’est-ce qu’une institution totale ? Qu’est-ce que le dilemme du prisonnier ? Etc. Lesquelles me paraissaient répondre aux exigences minimales.

Au lieu de laisser faire l’ordinateur, je corrigeais donc 200 copies supplémentaires. A l’ancienne. Conformément à mes espérances, la formule d’évaluation se révéla plus intelligente, ne souleva aucune protestation ni moue dubitative, et finalement, last but not least, ne fut pas si longue à corriger. Quant au résultat : malgré quelques très bonnes notes, un quart des copies ayant un zéro et la moitié ayant au-dessous de 5/20, je me suis demandé pourquoi certains étudiants venaient passer l’examen ? J’ajoute que mon cours était sur Internet afin de permettre à ceux qui n’auraient pu le suivre d’étudier. Il faut croire qu’ils n’étaient pas au courant ou avaient mieux à faire — une première année d’université fonctionne hélas bien souvent ainsi.

Lire aussi Laurent Bonelli, « Quand on cherche, on trouve », Le Monde diplomatique, mars 2009. L’expérience est néanmoins utile. Elle me conduit à proposer de refuser l’introduction des QCM à l’Université (il est des disciplines qui l’utilisent depuis longtemps comme la médecine sur lesquelles je n’ai pas de compétence). Il suffit de quelques heures pour faire un vrai travail d’évaluation digne de ce nom. Nous sommes tous d’accord sur ce point : l’introduction des QCM abaisse la qualité de l’enseignement. Je demande donc de ne pas céder à la pression administrative en défense de la qualité de l’enseignement et de l’honneur du métier. Il est facile sur ce point — beaucoup moins sur d’autres — de briser la loi d’airain des calculs simplistes des comptables qui nous gouvernent. Le ministère demande des économies en mutualisant, les administrations des universités — autonomes dit-on — obéissent. Le calcul est élémentaire : si un enseignant enseigne devant 100 personnes, on en ajoute 300 supplémentaires d’une autre formation. Son cours n’est-il plus adapté ? Devrait-il l’être ? Mais à quoi ? Au public, au QCM ? La question ne sera pas posée. Et comme cela fait trop de copies à corriger, on s’en remet au QCM. Economie. L’informatique le permet. De toute façon, l’enseignant n’a pas le choix. Il cède à la facilité ou on le convainc de s’aligner pour des raisons légales sur ceux qui ont cédé : la même épreuve pour tous.

Ainsi l’administration universitaire, convertie au management, abolit-t-elle lentement, doucement, imperceptiblement, à petits pas, l’autonomie pédagogique des universitaires. Là, comme ailleurs, il est encore possible de résister. Et d’abandonner les QCM aux sondages et aux jeux télévisés.

23 janvier 2016

L’île logique: Un joyeux tour autour du Soleil…

Filed under: Actualité, art & culture, clowns, Enseignement, Mathématiques, théatre — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:58

Bonjour à tous,
Toute l’équipe de L’île logique se joint à moi pour vous souhaiter une excellente, productive et paisible année 1+2+3+….+63 !!!

De nombreux projets se profilent pour cette année (sortie d’un livre sur clown et maths, projets audiovisuels…) nous vous tiendrons informés, chut….

Un reportage sur bip tv est désormais visible ici :
https://www.youtube.com/watch?v=_5Fli-JHhvw&feature=youtu.be

L’île logique sera dans les Alpes les 14 et 15 mars, le 31 mars et 1er avril vers Rodez ; nous vous invitons aussi dès à présent à réserver votre we du 2 juillet pour la nuit des maths (où nous serons
présents avec la pièce de théâtre L’Affaire 3.14) :
http://www.nuitdesmaths.org/presentation/en-bref/

Pour les stages que nous organisons, n’hésitez pas à diffuser, c’est nouveau et ça met du temps (manque de stagiaires !!) :
http://ilelogique.fr/index.php/stages-cours/113-stage-maths-clown

Enfin, n’hésitez pas dès maintenant à nous contacter pour la semaine des maths ou celle de la science !!

Merci,
bien vous,
et belle année 1+2+3+….+ 63 !!
Cédric
www.ilelogique.fr

16 janvier 2016

Bruno Dubuc: Dominique Dupagne : Laborit pour penser les rapports de domination

Filed under: Actualité, art & culture, biologie, Enseignement, Littérature, vidéo — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:44

http://www.elogedelasuite.net/?p=2557

Dupagne

Ce site est devenu une telle « caverne d’Alibaba » (dixit un lecteur du site…) que je ne suis parfois plus certain moi-même si j’ai traité de tel sujet ou de tel auteur. Heureusement, il est doté d’un moteur de recherche, outil fort utile dans ces circonstances… Alors quand j’ai eu un doute sur le cas de Dominique Dupagne, j’ai simplement tapé son nom dans le moteur de recherche d’Éloge de la suite. J’ai alors été stupéfait de constater que je n’avais pas encore parlé de lui dans ce site. Il aura fallu qu’une lectrice me signale dernièrement plusieurs de ses interventions où il cite Laborit pour que je me rende compte de cet oubli impardonnable que je vais tenter de réparer aujourd’hui !

La suite de cet article dans l’Eloge de la suite .

 

14 janvier 2016

Archéologie du copier-coller: Le dernier article : Le plagiat à la 71e section du Conseil national des universités (Sciences de l’information et de la communication), un aveuglement volontaire

Filed under: Actualité, Enseignement, plagiat, Université — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 7:30

Le plagiat à la 71e section du Conseil national des universités (Sciences de l’information et de la communication), un aveuglement volontaire

. * AVANT -PROPOS * On ne comprendra rien aux déclarations, décisions et articles sur le plagiat universitaire au sein de la 71e section (Sciences de l’Information et de la Communication) si on méconnaît leur contexte si particulier. . Les membres de la 71e section qui interviennent sur le plagiat universitaire s’interdisent – par mesure de précaution, pour  protéger leurs …

En savoir plus.

8 novembre 2015

le logique et clown hors piste !!

Filed under: Actualité, clowns, Enseignement, logique, Mathématiques, théatre — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 4:37

Bonjour à tous,

– L’île logique vous convie à venir au festival de clown théâtre « Clown Hors piste » qui se tiendra à Theix (56) les 20, 21 et 22 novembre prochains.
Nous sommes partenaires et co-organisateurs de cet unique festival de clown en Bretagne, venez nombreux !
Plus d’infos sur www.clownhorspiste.fr
Ou aussi en bas de ce mail…

– L’île logique sera à Rennes le 4 décembre, avec L’affaire 3.14, puis en Bretagne avec Y a pas rien pour la tournée de noël, et enfin à Paris, dans les Alpes et dans le sud pour le premier trimestre 2016.

– Notre site a fait peau neuve, n’hésitez pas à le visiter et suivre nos activités !

– Nous organisons aussi deux stages « théâtre et sciences » les we du 20 et 21 février et celui du 16 et 17 avril, contactez nous pour réserver dès à présent, plus d’infos ici :
http://ilelogique.fr/index.php/stages-cours/113-stage-maths-clown

Au plaisir et à bientôt !
Merci,
Cédric
www.ilelogique.fr


La prochaine édition du festival Clown Hors piste, le seul festival de clown théâtre de Bretagne, se tiendra à Theix les 20, 21 et 22 novembre prochains !
Outre le réveil des clowns et la grande soirée gratuite d’inauguration le 20 novembre avec le spectacle « Coques en stock » et restauration sur place, il y aura une pléiade d’artistes clowns réputés dans toute la France à découvrir pendant tout le week-end !
Avec dès le samedi 21 novembre, le Nez d’or du festival de clown de Monte carlo, Rafistole dans son poétique et clownesque spectacle « Vello cello con vibrato » alliant finement magie, marionnette, musique et calembour…
Le coup de cœur du festival revient cette année à Rosie Volt (dont le nom laisse entrevoir toute l’énergie du personnage…) avec son spectacle délirant « La Natür c’est le bonhür » programmé le samedi soir à ne rater sous aucun prétexte …
Le dimanche matin sera comme d’habitude dédié aux enfants avec « Slow Clown le voyage » proposé par une compagnie Lorientaise.
L’après midi nous retrouvons encore un spectacle primé avec « Stoïk » de la Cie Les Güms qui a reçu le prix du public Mim’off 2014 à Périgueux et pour terminer ce festival de haut niveau cette année, le célébrissime Raymond Raymondson que certains ont peut être déjà vu à la télé au plus grand cabaret du monde..

Et encore bien d’autres spectacles originaux !!

Mais enfin, et c’est ça qui donne tout son charme au festival, il y a l’espace festivalier !
Avec des concerts, un espace buvette restauration goûter convivial, des clowns en liberté, la scène ouverte (nombreux spectacles gratuits), le coin déguisement pour les enfants, maquillages et autres surprises…

Alors guettez dès maintenant les clowns sur plusieurs événements en amont du festival, parlez-en autour de vous et n’hésitez pas à voir le programme et à réserver sur notre site Internet !!
www.clownhorspiste.fr

 

27 juin 2015

Archéologie du copier-coller: Section disciplinaire de l’université Paris 5 – René Descartes : une décision pas piquée des hannetons!

Un jugement de première instance avait vu Christine Marchal-Sixou sévèrement condamnée pour des contrefaçons dans sa thèse des travaux d’un étudiant, Samer Nuwwareh, de nationalité jordanienne. L’affaire avait été évoquée en juin 2013 sur le site Archéologie du copier-coller dans l’article Toulouse 3, Paris 5 et les similitudes : le livre noir du livre blanc. La même affaire est venue …

En savoir plus.

Archéologie du copier-coller: Université Toulouse 3 : procès en appel, NUWWAREH contre MARCHAL-SIXOU

L’AFFAIRE NUWWAREH contre MARCHAL-SIXOU passe le 24 juin 2015 devant la Cour d’appel de Paris (9h, Pôle 5, chambre 12). Le jugement de premier instance, qui avait vu la plagiaire, Christine Marchal-Sixou, condamnée pour contrefaçon, avait été évoqué en juin 2013 sur le site Archéologie du copier-coller dans l’article Toulouse 3, Paris 5 et les similitudes : le livre noir …

En savoir plus.

11 juin 2015

France Culture (10/06/2015) : Le fléau copié-collé, du secondaire à la thèse

Le thème de l’émission Rue des écoles du 10 juin 2015 :

Le fléau copié-collé, du secondaire à la thèse.

Comment le combattre, le prévenir ? L’épidémie de plagiat doit-elle amener à reconsidérer les objectifs attachés au travail des élèves et des étudiants ?

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5046611

Invité, j’interviens à différents moments au cours de l’émission

Jean-Noël Darde

Dans le blog Archéologie du copier-coller: http://archeologie-copier-coller.com/?p=12814

14 mai 2015

France Culture: La science économique est-elle plurielle ?

http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-2eme-partie-la-science-economique-est-elle-plurielle-2015-05-14

14.05.2015 – 12:55

A quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose ? Cette question – qui est le titre d’un manifeste signé par de grands noms des sciences sociales – est assez peu posée, peut-être parce qu’elle interroge la scientificité de l’économie. Quelles visions du monde et de la discipline s’affrontent dans le débat actuel sur la place des « hétérodoxes » à l’université ?

Avec André Orléan, économiste, directeur d’études à l’EHESS, signataire du manifeste A quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose ? (Les Liens qui Libèrent, mai 2015).

Pour l’interroger, nous avons convié l’économiste Jean-Marc Daniel, professeur associé à l’ESCP Europe et directeur de rédaction de la revue Sociétal.

Ecouter l’enregistrement: http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5035423

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