Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

17 mai 2017

Eloge de la suite: Un diaporama «interactif» sur des extraits de La nouvelle grille de Laborit

http://www.elogedelasuite.net/?p=3554

 

David Batéjat, webmestre du site web Nouvellegrille.info, a envoyé récemment l’une de ses lettres d’informations dans un format expérimental fort intéressant. Il s’agit d’un diaporama « interactif » où il nous présente d’abord 4 extraits de quelques pages fort pertinentes de La nouvelle grille, de Laborit. On peut toutefois aussi, et c’est le côté « interactif » de la chose, accéder aux mêmes extraits où des phrases ont été surlignées en jaune par Batéjat et commentées / actualisées par lui dans la marge de droite. Ces versions commentées n’étant « qu’un reflet déformé par ma « socioculture » », comme le précise Batéjat en bon laboritien qu’il est… ;-P

Voici un extrait du début de son diaporama accessible en cliquant ici (cliquez ensuite sur l’écran ou sur la barre d’espacement pour faire avancer le diaporama.

La suite dans l’Eloge de la suite

Sur le même sujet: Dans La sémantique générale pour tous : La nouvelle grille :Thermodynamique et information (en ligne)       

10 février 2017

Alfred Korzybski : éléments biographiques

Filed under: Alfred Korzybski, Bruce Kodish, Sémantique générale — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 7:41

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Alfred Korzybski lecturing at his August Intensive Seminar, 1940

Extrait du séminaire clinique de sémantique générale, série de cours donnés par Alfred Korzybski du 27 décembre 1948 au 3 janvier 1949 à Lakeville, Connecticut.

PDF: http://semantiquegenerale.free.fr/Korzybski_bio.pdf 

Pour aller plus loin:

25 janvier 2017

France Culture: « Idéaux politiques » de Bertrand Russell

Filed under: livres, Mathématiques, Philosophie, Sémantique générale — Étiquettes : — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:18

https://www.franceculture.fr/emissions/deux-minutes-papillon/ideaux-politiques-de-bertrand-russell

Réécouter https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=edac43b1-5a36-4bdc-9b31-60664dbf445f

Dans ces Idéaux politiques qui paraissent pour la première fois en français, il n’est question que de politique, comme si Russell militait pour la vérité, pour les faits, comme si devenir raisonnable était devenu le combat de son temps, et peut-être du nôtre encore.

Voici le conseil donné par Bertrand Russell en 1959 pour les générations futures : se demander ce que sont les faits et la vérité, et ne pas se laisser embrumer par ses croyances. Un conseil qui porte d’autant plus qu’il est formulé par un philosophe d’abord mathématicien : Russell a en effet été à l’école de la logique, et ses premiers écrits portent sur la géométrie et Leibniz. De lui, on peut ainsi retenir ses importants Principes des mathématiques.

Mais c’est un conseil qui pose cependant un problème, et d’abord, aussi, parce qu’il est formulé par un philosophe dont on peut également retenir l’engagement et le militantisme dès la 1ère Guerre Mondiale, comme en témoigne, cette fois-ci, ce texte intitulé Idéaux politiques. Voici alors la question que nous posent Russell, sa pensée et son parcours : comment s’est-il, lui, engagé rationnellement ? Comment, lui, a-t-il milité sans y croire ? Ou encore, et plus généralement : un engagement politique est-il vraiment possible sans un minimum de croyance et de foi ?

Dans ces Idéaux politiques qui paraissent pour la première fois en français, texte construit à partir d’une conférence que Russell aurait dû donner en 1917, il n’est question que de politique, et pas du tout de logique, de mathématique, de géométrie : le capitalisme et le salariat, les pièges du socialisme, liberté individuelle et ordre public, ou encore indépendance nationale et internationalisme, en constituent le développement. Et pourtant, à travers ces pages, c’est comme si Russell militait pour la vérité, pour les faits, c’est comme si devenir raisonnable était devenu le combat de son temps, et peut-être du nôtre encore.

Faire le partage entre les pulsions de possession et les pulsions de création, donner une impulsion à l’imagination contre les croyances et contre le conformisme, voici les propositions de Russell, ou encore, je cite : « n’empêcher personne d’avoir des idées, d’exercer sa pensée, et encore moins d’énoncer des faits »

En savoir plus sur Bertrand Russell :

8 novembre 2016

Bruno Dubuc, Eloge de la suite: La linguistique cognitive (et relative) et l’influence de Korzybski sur Laborit

Publié le 4 novembre 2016

http://www.elogedelasuite.net/?p=3322

Comme je l’ai expliqué ici, je donne cet automne un cours sur la cognition incarnée à l’UQAM. Chaque lundi, je publie dans le blogue du Cerveau à tous les niveaux un résumé de la séance que je donne le mercredi suivant. Et chaque vendredi, je fais ici des liens entre le travail de Laborit et le thème de la semaine (les présentations des séances du cours en format pdf sont disponibles ici).

Cette semaine, on a fait une brève incursion du côté de la linguistique pour montrer comment le courant de la cognition incarnée ne l’a pas épargnée. Je crois que Laborit aurait été intéressé par les idées de la linguistique cognitive contemporaine où la sémantique et les métaphores à partir du corps ont pris une grande place. Car Laborit a été très influencé par Alfred Korzybski et son concept de sémantique générale (qui lui-même peut être vu comme précurseur de la théorie de la relativité linguistique de Sapir et Whorf).

On n’a qu’à lire l’entrée en matière, que je reproduis ci-dessous, du texte traduit en anglais d’une allocution donnée par Laborit à New York  lors de la Alfred Korzybski Memorial Lecture de 1963 et intitulé « The need for generalization in biologicas research : role of the mathematical theory of ensembles » :

“Dear Friends : I am at a loss to express to you how honored I feel to be giving this lecture, and to find myself at this gathering dominated by the great figure of Alfred Korzybski . I did not have the joy of knowing him personally as did some others here, most particularly M. Kendig, who continues his thought and perpetuates his presence among us . However, his thought is written in books, and through them, I believe I can call myself one of his disciples . Although the following exposition does not make frequent reference to his name as it should, this is not a necessity for you to understand that I wrote it to honor his memory and to participate, however modestly, in the continuation of his thought .”

Pour résumer sommairement la démarche de Korszybski (1879 – 1950), on peut le lire sur sa page Wikipédia que :

« L’œuvre de Korzybski tourne autour de la fondation de ce qu’il appela lui-même une « science de l’homme ». Interpellé par les problèmes récurrents rencontrés dans la civilisation occidentale de son époque (incompréhension, misère, guerre, etc.), il entreprit d’étudier le fonctionnement de l’homme dans son environnement, à savoir la façon dont notre système nerveux perçoit, interprète et modifie, entre autres, ce qui se trouve autour de lui, afin d’essayer d’établir une méthode permettant aux hommes de mieux communiquer, de mieux se comprendre, d’agir conformément aux faits et non à des représentations erronées, acquises ou innées, dont la plupart ne prennent pas conscience (« les prémisses »). Cette recherche culmine avec son œuvre majeure, Science and Sanity […], dans laquelle il jette les bases de la sémantique générale.

Le biologiste français Henri Laborit a élaboré sur la sémantique générale sa théorie de l’inhibition de l’action et ses recherches sur la structure des organismes vivants (voir La Nouvelle Grille, L’Inhibition de l’Action). »

Je ne sais pas si l’on peut aller jusqu’à dire que Laborit « a élaboré sur » la sémantique générale le cœur de son œuvre (il a quand même fait lui-même quelques expériences fondatrices…), mais chose certaine l’aphorisme de Korzybski : « une carte n’est pas le territoire », ou encore « le mot chien ne mord pas » est souvent cité par Laborit pour rappeler que les mots ne correspondent pas à des réalités mais ne sont que des étiquettes derrière lesquels chacun met son expérience passée de chacun de ces mots.

En googlant ce deuxième aphorisme avec le nom de Laborit, on trouve d’ailleurs des choses intéressantes comme cette courte entrevue de Laborit faite par Bernard Werber (l’auteur des Fourmis, etc., qui a écrit sur son site web que « Mon oncle d’Amérique […] a longtemps été mon film culte ainsi que le livre Eloge de la fuite« …). L’entrevue est intitulée « Le mot Dieu ne mord pas » et l’on y sent particulièrement bien l’extrême prudence avec laquelle Laborit manipulait des mots aussi fortement connotés que «Dieu» (ou « liberté », ou « amour »…). Détail rigolo dans cet article : le mot « agoniste » a été écrit à la place de « agnostique » ! Je ne sais pas si l’erreur était dans la revue ou si elle provient de la retranscription, mais un tel lapsus fait en tout cas du sens quand on parle d’un pharmacologue…

Enfin, en terminant, je voudrais mentionner le blogue d’Isabelle Aubert-Baudron qui fait un travail de recherche sur l’élaboration d’une économie non-aristotélicienne, à partir de la sémantique générale d’Alfred Korzybski et où Laborit est abondamment cité (souvent par l’entremise d’Éloge de la suite… 😉 ).

Bruno Dubuc

 

7 novembre 2016

I. Aubert-Baudron: Le mouvement policier, la GRH et le peuple

Le mouvement policier a fait irruption dans le contexte particulièrement difficile que traverse le pays, aux niveaux politique, social, économique, international, etc., et qui a exacerbé la difficulté des conditions de travail des policiers. Privés des moyens de remplir leurs fonctions de force de l’ordre, confrontés à des agressions permanentes, ils se retrouvent dans une impasse. D’où l’urgence pour eux de se faire entendre, indépendamment de syndicats jugés non représentatifs de la base face à leur hiérarchie.

Parmi les demandes des policiers participant au mouvement actuel, certaines sont spécifiques de leur fonction de maintien de l’ordre (matériel, justice, etc. ), et d’autres, qui traitent du management, de la gestion des ressources humaines, des rapports avec la hiérarchie, de la politique du chiffre et de la culture du résultat, sont communes à toute la fonction publique. C’est pourquoi ce mouvement est comparable à d’autres, nés dans le passé :

          la coordination infirmière[1] en 1988,

 

          le mouvement des gendarmes, qui exprimèrent leurs revendications  en 1989, puis en décembre 2001. Il a donné lieu à la création d’espaces de libre expression sur internet au sein de la gendarmerie, à travers le forum Gendarmes et Citoyens (2007), puis a obtenu, le 2 octobre 2014, la condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l’Homme (arrêt Matelly)[2] et le droit pour les gendarmes de s’organiser en associations professionnelles apolitiques  : voir le site de l’APNM[3] GendXXI.

Télécharger en pdf

Ainsi les revendications des policiers rejoignent celles des infirmiers et des gendarmes, qui continuent de s’exprimer à leurs niveaux respectifs sous leurs formes actuelles en 2016.  Si le ministère, les politiques et les syndicats entendent celles qui concernant les aspects matériels du maintien de l’ordre,  en revanchent ils ignorent celles relatives à la GRH, et adoptent envers le mouvement policier une structure de relation hiérarchique de dominance, pyramidale, en répondant par des menaces de sanctions et des pressions diverses. Ce faisant, ils exacerbent le sentiment d’injustice auprès des agents, et les raisons de leur colère.

Le management :

Qui décide de cette GRH, et sur quels critères ? Le management adopté dans la fonction publique est calqué sur celui expérimenté à France Télécom[4] à partir de 1990[5] , qui se caractérise, entre autres, par :

a)                 A travers la notion de « ressources humaines », l’identification des agents à de simples  « ressources », à savoir des objets de profits, utilisables comme tels, déshumanisés.

b)                 Le mépris des subordonnés[6]:

« Le cerveau, c’est eux [les polytechniciens formant la haute direction]. Toi, tu n’as pas besoin d’avoir un cerveau ; c’est leur cerveau qui fonctionne. Toi, en fait, tu es une synapse de leur cerveau, un organe périphérique de leur cerveau. (…) Un ordinateur, un processeur, une unité centrale : c’est eux. Et le reste, c’est une bande de périphéries. Et une périphérie qui n’est pas assez performante ! Et quand une périphérie n’est pas assez performante, tu changes de périphérie ! »

Le corps social de l’entreprise, ses activités ou ses entités organisationnelles de base tendent à être appréhendés comme des ensembles de « particules élémentaires  » [29], de numéros ou de lignes budgétaires. Les hauts dirigeants n’auraient « pas besoin d’un savoir sur l’homme pour résoudre les problèmes de l’homme au travail  » [30]. Ils auraient simplement besoin de lever les obstacles à l’efficience de la « gestion micrométrique  » :

« Si sur un plateau de quatre-vingt personnes j’ai trois activités, il est clair que je serai plus efficace avec une seule. Le manager doit évaluer les conséquences. Combien je vais pouvoir emmener de personnes sur cette activité, combien je suis obligé d’en laisser au bord de la route ? C’est une gestion micrométrique en permanence. » [31]

Cette déshumanisation et ce mépris, en contrepartie de leur investissement personnel pour faire leur travail du mieux qu’ils le peuvent, sont dans une large mesure responsables de la colère des policiers.

c)                  Un autre des postulats des modélisations apparues sur le marché et utilisées dans la formation des cadres de la fonction publique[7] entend accréditer l’idée que les professions à vocation altruiste (policiers, pompiers, gendarmes, personnels de santé, assistantes sociales, etc.) privilégieraient, par nature, la satisfaction des autres à leurs propres besoins et seraient incapables de désobéir aux ordres, et, partant de là, dans l’incapacité de se défendre. Ils ont déduit de ce « principe d’obéissance » hérité en partie de l’administration française[8] qu’il était possible de leur imposer des conditions de travail que d’autres gens, travaillant dans des branches professionnelles différentes, censés obéir à des motivations différentes, n’auraient jamais tolérées, et qu’il était possible à partir de là de les traiter comme de simples ressources, dépourvues d’intelligence et de libre arbitre.

Cette scission artificielle, imaginaire, des différents éléments de l’entreprise à manager, qui oppose d’un côté des dirigeants s’arrogeant le monopole de la réflexion et de la décision, et de l’autre d’exécutants quasiment programmés génétiquement pour remplir des objectifs financiers déconnectés de la réalité physique du monde réel, correspond à la conception aristotélicienne des rapports sociaux, une relation maîtres-esclaves : « Être capable de prévoir par la pensée, c’est être par nature apte à commander, c’est-à-dire être maître par nature, alors qu’être capable d’exécuter physiquement ces tâches c’est être destiné à être commandé c’est-à-dire être esclave par nature. » (Aristote, « Les Politiques », livre I, chapitre 2, Ed. Garnier-Flammarion).

Cette conception des rapports sociaux, selon laquelle les droits des individus seraient inhérents à leur statut social et dépendants de celui-ci, a été formulée par Aristote il y a 1500 ans. Elle est, sur le plan scientifique, aussi obsolète que la conception géocentriste de la terre immobile au centre du monde, décrite également par Aristote, et dans le cadre de laquelle elle a été élaborée. Cette vision du monde a fait autorité jusqu’au XVIIème siècle (Copernic puis Galilée). Quant à la structure sociale basée sur une relation maitre-esclave, elle a été officiellement abolie en 1789, avec l’adoption de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen comme base de la constitution. En 2016, dépourvue de légitimité depuis plus de 200 ans, elle est  complètement dépassée et parfaitement absurde. Les pseudo-sciences qui la véhiculent sont en réalité des méthodes de manipulation échafaudées pour la circonstance, n’ayant pas pour vocation de s’adapter au terrain, mais d’en falsifier les représentations, les images,  les discours, etc., pour se propulser elles-mêmes, à son détriment. Les faits, occultés, n’ont plus d’importance, seule compte l’image qui en est donnée et les objectifs financiers à la clé.

En ignorant la capacité des agents à manier les symboles et à évaluer par eux-mêmes, capacités spécifiques de l’espèce humaine et dont est doté tout cerveau humain, en refusant de s’inclure eux-mêmes comme données dans les problèmes humains qu’ils génèrent et dont ils refusent d’endosser la responsabilité, rejetant la culpabilité de ces problèmes sur les agents et les citoyens, et en ignorant qu’en dernier ressort, ces agents et ces citoyens ont de fait leur propre pouvoir de décision, les auteurs des modèles de management en question ont fait l’impasse sur les possibilités d’émergence d’un tel mouvement qui est, sur la base de leurs postulats, de l’ordre de l’inconcevable et de l’imprévu; ce faisant, ils se coupent des possibilités d’aborder la situation de façon réaliste.

En réponse à ce mouvement, les politiques proclament verbalement à l’intention des media leur respect des forces de l’ordre d’une part, tout en brandissant d’autre part en interne des menaces de sanctions à leur encontre, contredisant dans leurs actes leur propre discours.

Les causes du mouvement policier :

Dans les faits, qu’est-ce qui a généré le mouvement policier ? De par la nature de leur travail, les policiers sont constamment confrontés au danger, ils risquent leur vie tous les jours, dans un contexte national difficile. Depuis des années, les « modernisations » au sein de l’administration, les baisses d’effectifs, la création des COB (communautés de brigades) et les fermetures de brigades en gendarmerie, etc., ont eu pour conséquence d’imposer aux forces de l’ordre dans leur ensemble des charges de travail incompatibles avec leurs capacités d’exécution, car supérieures aux capacités de l’organisme humain, dans un contexte relationnel basé sur une hiérarchie de dominance exacerbée, ne connaissant que la pression pour s’imposer, et maintenant les agents dans la peur constante de ne pas remplir des objectifs irréalisables et de perdre leur emploi, ceci au détriment de toute légitimité.

Les forces de l’ordre sont ainsi sciemment maintenues artificiellement dans une situation d’inhibition de l’action[9], avec des conséquences psychiques et physiques graves, engendrant l’impossibilité de faire abstraction du contexte pressionnel, la perte du sommeil, une détérioration de la vie familiale et privée, des maladies professionnelles, des dépressions, des suicides, etc., autrement dit un ensemble de préjudices au niveau humain affaiblissant les individus, leur entourage, et avec eux les corps auxquels ils appartiennent, au détriment de leur sécurité, de celle  des citoyens et du pays tout entier.  

Dans ces conditions, il est impossible d’attendre de gens dont le rythme de travail les prive du repos minimum nécessaire, qui sont épuisés psychiquement, donc dans l’incapacité d’avoir une maîtrise complète de leurs réactions émotionnelles et physiques, qu’ils puissent accomplir leur travail selon les critères d’ « excellence » imposés par la culture du résultat, où réaliser les objectifs imposés nécessiterait qu’ils travaillent dans de bonnes conditions, avec des moyens adaptés, des effectifs suffisants, dans un contexte relationnel valorisant et détendu, et en pleine possession de leurs capacités. Les dérapages lors d’affrontements avec la population, d’interpellations, etc., sont alors inéluctables ; ils sont la conséquence du contexte hiérarchique, tout comme, dans la santé, des soignants épuisés dans des maisons de retraite deviennent maltraitants envers des personnes âgées.

C’est pourquoi attribuer aux seuls policiers la culpabilité de ces dérapages et les victimes qu’ils engendrent me parait injuste et inadapté. Diminuer la fréquence et le nombre de ces dérapages implique de remettre en question les relations de la hiérarchie avec la base, le modèle « top-down », et les fondements-mêmes de l’idéologie managériale, qui porte une lourde responsabilité à ce niveau. En conséquence, les associations de défense de victimes de violences policières, si elles sont cohérentes avec elles-mêmes, devraient commencer par œuvrer pour que les policiers soient traités humainement, seule condition pour qu’ils puissent ensuite se comporter humainement envers les citoyens.

Une histoire de critères d’évaluation :

Les policiers, les gendarmes, les pompiers, les militaires, s’engagent en étant motivés par le désir de servir le pays. Ce qui veut dire que, dans leur hiérarchie de valeurs personnelle, ils placent la valeur de la nation au-dessus de celle de leur propre vie. Quand ils réalisent que leur hiérarchie les  traite comme des objets, en privilégiant des profits privés aux intérêts du pays, ils ne peuvent que se sentir trahis. Ce constat vient bouleverser la raison d’être de leur engagement : ne pouvant plus se référer aux critères d’évaluation de la hiérarchie, ils se tournent alors vers les citoyens, dont ils sont chargés d’assurer la sécurité, et qui sont les payeurs réels de leur salaire, autrement dit leurs employeurs réels.

Le peuple :

Personnellement, je n’ai vraiment réalisé le sens de ce mot que lors des manifestations qui ont suivi l’assassinat des journalistes de Charlie hebdo [10]. Auparavant, ce terme avait pour moi un sens abstrait, gravé dans le marbre, attaché à son usage dans les textes fondateurs de la nation. Ce n’est que lors de ces manifestations, qui n’avaient pas rassemblé autant de monde depuis la Libération, que j’ai compris que le mot « peuple » représentait une entité collective vivante, rassemblant des individus ressentant les mêmes choses, se référant aux fondements constitutionnel et historique du pays, vibrant au même niveau, doués de la capacité de se mobiliser et de s’exprimer en même temps, dans un objectif commun incluant leur propre condition individuelle et leur volonté propre tout en la dépassant. Dans ce contexte, les barrières mentales disparaissaient, les oppositions idéologiques entre les forces de l’ordre et le peuple étaient  abolies.

Au-delà des événements dramatiques des assassinats de Charlie, il y a eu, de la part des citoyens, devant la gravité, la soudaineté et l’ampleur de ces événements, cette prise de conscience commune de l’existence de ce peuple en tant qu’entité, la conscience d’en faire partie, d’être des éléments d’un ensemble cohérent, unifié au-delà des barrières apparentes, en accord avec les principes fondamentaux de la nation, et unis pour les défendre.

De leur côté, les policiers qui s’expriment indépendamment des cadres hiérarchique, syndical et politique déplorent que la politique du chiffre et de répression les coupe de la population, en les contraignant à verbaliser un grand nombre de citoyens pour des infractions et des délits mineurs au lieu de se concentrer sur la grande délinquance et la criminalité, et en privilégiant ainsi l’apport financier provenant des timbres-amendes à la sécurité réelle du pays.

En s’adressant directement aux citoyens, et en demandant leur soutien, les policiers de la base font appel au peuple qu’ils ont choisi de défendre, qui devient la seule instance légitime en la circonstance, et dont le nombre de citoyens qu’ils secourent quotidiennement est éminemment plus important que celui des victimes qui pâtissent de leurs débordements. En outre, ces citoyens, soumis pour la plupart à des modèles de management similaires dans leurs propres sphères professionnelles, et également réduits à l’impuissance, peuvent comprendre des policiers qui expriment leur propre vécu, et qui représentent alors la force légitime sur laquelle s’appuyer pour affronter le rapport de force qui leur est imposé.

Dans ce contexte, en tant que citoyens, dans la mesure où notre propre sécurité dépend de celle des policiers, nous avons une responsabilité individuelle et collective envers eux, et ne pouvons  les ignorer. Nous en avons une également envers les générations qui nous ont précédés, à travers ce que nous faisons de l’héritage historique et politique qu’elles nous ont légué :

Article 12 – La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux à qui elle est confiée.

Article 13 – Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable ; elle doit être également répartie entre les citoyens, en raison de leurs facultés.

Article 14 – Les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.

Article 15 – La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration.[11]

C’est pourquoi les policiers sont avant tout NOS policiers, chargés d’assurer NOTRE sécurité. Les détourner de leur fonction pour les opposer à la population, sous prétexte d’idéologies sécuritaires au service d’intérêts privés, met en danger les forces de l’ordre et le peuple. Un tel détournement est inconstitutionnel et illégitime.

La perte de l’autorité :

Quand ce management a été adopté, il l’a été en fonction d’objectifs théoriques donnés. Une démarche scientifique digne de ce nom implique d’expérimenter les théories avant de les considérer comme fiables, de les confronter à l’épreuve des faits pour statuer sur leur validité hypothétique avant de décider de les généraliser. Or, dans la mesure où les citoyens sont aux premières loges pour observer ses résultats sur le terrain et expérimenter sa fiabilité, ils sont les mieux placés pour en parler. En raison des résultats effectifs catastrophiques constatés au niveau humain, refuser de les entendre  et de prendre en compte leurs témoignages est non seulement illégitime sur la base de notre constitution, mais également injustifiable et absurde en termes de cohérence et d’efficacité réelle.

Le contexte du mouvement, le fait de pouvoir s’y exprimer librement, diminue l’impact des pressions du management par la peur. Des gens qui sont confrontés au danger en permanence, et dont la vie est potentiellement constamment menacée de par la nature même de leur profession, peuvent alors relativiser la dangerosité réelle de ces pressions comparée à ce qu’ils vivent tous les jours sur le terrain. Dans le cadre du mouvement policier, la communication au public des menaces de sanctions se retourne contre les auteurs de ces menaces. Les soutiens qu’ils reçoivent de la part de la population leur permettent d’instaurer avec celle-ci des relations humaines, hors de tout rapport de force, conformes à ce qu’elles devraient être dans un Etat de droit.

Cette fermeture mentale de la part des autorités a sapé leur crédibilité et leur légitimité,  avec pour conséquence une rupture du contrat social qui unit le peuple français à ses dirigeants, et des bases de leur autorité aux yeux du peuple. Celui-ci ne la leur reconnait que dans la mesure où les détenteurs de l’autorité sont censés le représenter en  œuvrant pour le service public, et non le rabaisser à un statut et à des conditions d’asservissement auxquels la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 avait mis fin et dont elle est censée le préserver.

Or le pouvoir hiérarchique est un pouvoir symbolique : sa valeur dépend de celle que nous lui attribuons, en fonction de quoi nous décidons d’obéir aux ordres, d’appliquer ses décisions dans la réalité, de les rendre effectives, ou de ne pas le faire. Privé de ses bases légitimes, déconnecté de ses fonctions, il perd sa raison d’être, ne représentant plus que lui-même, et non le Peuple dont les représentants ont adopté la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en 1789. La pyramide, privée de sa base, s’effondre.

Conclusion :

Ainsi l’autorité ne peut se décréter par la force : elle dépend non de l’instance qui l’exige, mais du libre choix des individus susceptibles de la reconnaitre et de la respecter. Cette ignorance du facteur humain, cette méconnaissance des capacités d’évaluation et de réflexion des citoyens, et de leur ultime pouvoir de décision concernant leurs propres actes, engendre une incapacité à appréhender les rapports de force réels et à instaurer, avec les acteurs humains réels sur le terrain, un dialogue permettant d’aborder les problèmes de façon cohérente et de les résoudre.

En ce qui concerne l’hypothèse émise sur les possibilités d’une mainmise de courants politiques sur ce mouvement, elle m’apparaît peu crédible pour la raison suivante : que ces courants tentent de récupérer ce mouvement en usant de manipulations diverses, dont un envahissement d’internet via des sites usurpant l’identité des gens au nom desquels ils prétendent s’exprimer, et dont l’apparence surdimensionnée est sans rapport avec la réalité, est dans l’ordre des mœurs politiques du temps. Point n’est besoin d’en rajouter : si ces policiers politisés étaient si nombreux, il  y a belle lurette qu’ils auraient créé un syndicat politique correspondant à leurs opinions, et qui aurait été représentatif de leur profession. Or le mouvement qui s’exprime licencie symboliquement les syndicats et ne veut pas entendre parler de politique !

Pour ce qui est du mouvement des gendarmes, apolitique, les avancées auxquelles il est parvenu ont été obtenues sur la base du droit, du respect de la Constitution, en confrontant la France à l’inconstitutionnalité de son fonctionnement institutionnel via la CEDH[12].

C’est pourquoi identifier le mouvement policier à un courant politique donné, lui prêter l’intention de déstabiliser le pays, dans le but, pour certains, de le décrédibiliser aux yeux des citoyens, pour d’autres, de tenter de le récupérer, me semble aussi déconnecté de la réalité des intéressés que si de telles hypothèses avaient été émises au sujet des infirmiers ou des gendarmes, et peu glorieux de la part de gens qui, les uns comme les autres, de quelque courant politique dont ils se réclament, se sont bien gardés jusqu’ici de remettre en question les causes réelles des problèmes humains dans la fonction publique et de s’attaquer à leur résolution. 

Ce n’est qu’à travers la reconnaissance effective de l’humanité et de la citoyenneté des policiers et des agents de la fonction publique dans leur ensemble, en abordant  leurs mouvements  dans une structure de relation basée sur le respect et la reconnaissance mutuelle, conformément à la devise de la République : liberté, égalité, fraternité, que les représentants symboliques du peuple pourront redevenir des représentants effectifs, crédibles et regagner ainsi leur autorité.

Je crains que les brillants managers qui nous ont mis dans cette situation ne se soient d’abord abusés eux-mêmes, ainsi que les politiques qui les ont suivis, et je doute que les uns comme les autres soient réellement en mesure de mieux faire. Inclure les mouvements qui émergent dans les pôles de décisions du pays, en les reconnaissant comme des acteurs légitimes et incontournables dans leurs branches respectives, représente une alternative de sortie, de résolution des conflits, qui serait bénéfique pour les uns et les autres. Mais cela implique de mettre de côté les idéologies, les oppositions, les faux discours, etc., pour s’asseoir ensemble autour d’une table et se mettre au travail honnêtement et sérieusement.

Isabelle AUBERT-BAUDRON

Notes:

[1] Voir le site actuel de la coordination infirmière http://www.coordination-nationale-infirmiere.org/

[2] Tout savoir sur la jurisprudence du 2 octobre 2014 de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) en matière des droits des militaires : https://www.gendxxi.org/tout-savoir-sur-la-jurisprudence-du-2-octobre-2014-de-la-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-cedh-en-matiere-des-droits-des-militaires/  

[3] APNM : Association Professionnelle Nationale des Militaires.

[4] Noelle Burgi · Monique Crinon · Sonia Fayman , De l’art de programmer la maltraitance au travail , Technical Report · October 2008 DOI: 10.13140/2.1.3805.0083, https://www.researchgate.net/publication/272827585_De_l’art_de_programmer_la_maltraitance_au_travail

[5] Burgi Noëlle, Anomie néolibérale et suicide au travail, dans revue ¿ Interrogations ?, N°14. Le suicide, juin 2012 , http://www.revue-interrogations.org/Anomie-neoliberale-et-suicide-au

[6] Idem.

[7] Rencontres territoriales des coachs internes de la fonction publique www.cnfpt.fr/sites/default/files/ddoc_coachs_internes_nov2013_vf.pdf  

[8] « Si l’on se situe maintenant du côté de l’entreprise, on précisera que les survivances de son passé administratif ne renvoient pas à une logique de grade. Ce n’est pas l’habitude de gérer des grades qui l’amène à combler les postes comme elle le fait ou à inciter, sinon à forcer ses salariés à la mobilité et au départ en empruntant les méthodes évoquées plus haut : c’est la possibilité de prendre appui sur le principe d’obéissance. Les hauts dirigeants mobilisent ce principe pour mieux imposer leurs projets stratégiques. Les règles de GRH introduites à partir de 1991 n’ont strictement rien à voir avec l’administration (c’est-à-dire, en l’occurrence, avec celles de la mutation et du concours). Importées du secteur privé, elles sont imposées par la direction qui s’appuie pour cela sur un ensemble d’instruments cohérent. Il s’agit d’un mélange de techniques de management de la firme et de méthodes inspirées du toyotisme 43. Cela fait partie d’une palette d’outils qui ne distinguent en rien France Télécom des entreprises modernes ou « modernisées » dans le monde. En revanche, on rapportera à une tradition proprement française et à l’héritage de l’exentreprise publique des outils comme le principe d’obéissance, dont on rappellera qu’il a longtemps épargné aux administrations publiques françaises le respect du droit du travail. Il en va de même, au moins partiellement, de la représentation que les hauts dirigeants de l’entreprise ont du monde. Ceux-ci forment une élite relativement homogène44 marquée par une formation très particulière proche du modèle ouvert par Polytechnique ; ou encore des alliances avec un pouvoir politique dont les dirigeants de France Télécom ont par ailleurs pris soin de s’autonomiser. » Noelle Burgi · Monique Crinon · Sonia Fayman , De l’art de programmer la maltraitance au travail , p. 41.  

[9]  L’Inhibition de l’Action, Henri Laborit, éd. Masson. Voir l’extrait du film Mon Oncle d’Amérique, d’Alain Resnais, avec Henri Laborit, Gérard Depardieu, Nicole Garcia, Roger Pierre, extrait illustrant les mécanismes et conséquences physiques et psychiques de l’inhibition de l’action chez les rats et les humains, https://youtu.be/hD7lMDXDvt8 . Film complet : https://youtu.be/FQcC-VB_W-s

[10] Le Monde, Contre le terrorisme, la plus grande manifestation jamais recensée en France, 11 janvier 2015 [10] Le Monde, Contre le terrorisme, la plus grande manifestation jamais recensée en France
http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/11/la-france-dans-la-rue-pour-defendre-la-liberte_4553845_3224.html 

[12] CEDH : Cour Européenne des Droits de l’Homme. Tout savoir sur la jurisprudence du 2 octobre 2014 de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) en matière des droits des militaires : https://www.gendxxi.org/tout-savoir-sur-la-jurisprudence-du-2-octobre-2014-de-la-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-cedh-en-matiere-des-droits-des-militaires/

31 août 2016

Mises à jour de La sémantique générale pour tous

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Alfred Korzybski

Déstructuration: Enquêtes sur les mécanismes de l’économie de marché dans le domaine de la santé

HARCELEMENT MORAL: Remake des « Dix Petits Nègres »: Enquête sur les facteurs de mortalité et de morbidité en milieu hospitalier et propositions pour en sortir

L’Europe sous tutelle

30 juillet 2016

Bruno Dubuc: Eloge de la suite: Le bon plaisir d’Henri Laborit, une émission de France Culture de 1989 (2 de 4)

Mon plan de match pour l’été se poursuit aujourd’hui avec la seconde partie (sur 4) de l’émission Le bon plaisir d’Henri Laborit commencée la semaine dernière. Comme je l’écrivais alors, cette émission qui durait trois heures et visait à faire connaître l’œuvre d’un.e auteur.e fut diffusée pour la première fois le 4 février 1989, et probablement en reprise durant la « nuit du 11 avril 1989 » comme l’indique la cassette audio de M. Patrice Faubert que j’ai numérisée.

À suivre, donc … mais dans trois semaines seulement, car comme ce sont les « vacances de la construction » au Québec, et que je suis un honnête constructeur de site web (!), je ferai, comme l’an dernier à pareille date, une fuite estivale dans la nature ! Je vous souhaite la même chose, et on se revoit bientôt pour d’autres surprises dans ce « Bon plaisir d’Henri Laborit » décidément très riche.

Ecouter l’enregistrement à http://www.elogedelasuite.net/?p=3161

Cette deuxième partie de l’enregistrement de l’émission est un peu plus longue que la première et dure un peu plus de trois quart d’heure. Elle débute avec l’extrait de Mon oncle d’Amérique où Laborit expose sommairement quelques fonctions cérébrales à la lumière de ce que l’on sait à l’époque. Il s’inspire donc du modèle du cerveau triunique de MacLean dont on connaît depuis les limites, bien que l’idée générale d’une histoire évolutive plus ou moins ancienne pour différentes régions cérébrales, elle, tient toujours.

On enchaîne avec un extrait de monologue de Guy Bedos sur le stress et l’on apprend tout de suite après qu’il est inspiré des travaux de Laborit que Bedos dit suivre depuis longtemps. S’ensuit un échange chaleureux et fort drôle entre lui et Laborit où l’on apprend, au détour d’une remarque de ce dernier, que c’est Laborit qui avait invité Bedos à venir à l’émission. Cela ne m’étonne guère puisque, au-delà des affinités anarchistes réciproques que les deux se reconnaissent, j’avais trouvé lors de mon passage aux archives Laborit à Créteil en 2009 la lettre de remerciement illustrant cet article que Laborit avait envoyée à Bedos après l’un de ses spectacles ! On y retrouve une allusion à la mère de Bedos (dont il parle dans l’extrait du spectacle présenté ici) et un fin questionnement sur la durée de la part de Laborit… 😉 (cliquez sur l’image pour l’agrandir)

La discussion amène Laborit à mentionner qu’il a fait partie de tous les groupes écolos quand ils se sont constitués, mais que trop souvent les dirigeants de ces groupes ont mis plus d’énergie pour montrer que leur approche était meilleure que celle du voisin au lieu de travailler concrètement pour l’environnement. Laborit rappelle alors que lorsqu’on ne sait pas qu’on est pris dans une lutte pour la dominance, on ne peut que la couvrir d’un discours logique. Bedos signale qu’il est parfois encore un peu naïf devant ces beaux discours, mais que lorsqu’il comprend qu’on l’a floué, il sort « l’artillerie lourde ». Ce à quoi Laborit s’empresse d’ajouter que ce n’est pas son cas, qu’il n’aime pas la bagarre et préfère fuir, rappelant qu’il a écrit un Éloge de la fuite

Après avoir énuméré quelques fuites possibles, celles dans les toxicomanies qui peuvent nous détruire, ou celle dans la folie qui nous coupe du monde, Laborit rappelle que la meilleure est sans doute celle que l’on peut exercer par l’imagination, si tant est que l’on n’est pas trop automatisé par notre socio-culture pour le faire. Pour sa part, Laborit rappelle que de ne pas avoir suivi les carottes qu’on lui a tendu toute sa vie lui a permis de demeurer dans la marge et de faire ce qu’il voulait. Entre autres, s’occuper de choses qu’il n’était pas supposé s’occuper, n’ayant pas les parchemins officiels pour le faire, ce qui l’a tout de même amené à un cheveux du prix Nobel, ce qui ne lui aurait pas déplu à une certaine époque pour narguer un peu ceux qui lui avait fait la vie dure, mais plus maintenant, ajoute-t-il, étant heureux dans tous les plans de sa vie.

Et Laborit de terminer ce segment en rappelant que le truc c’est, au fond, de se révolter « jusqu’au point où ça va casser ». Puis de faire un pas de côté, et d’aller là où on ne nous attend pas…

Après un autre extrait de Mon oncle d’Amérique, on a droit à un succulent petit reportage avec Claude Grenié, prof d’histoire-géo à La Rochelle et grand ami de Laborit. On entend Grenié expliquer à ses élèves les grands modes de fonctionnement du cerveau humain en s’inspirant des travaux de Laborit. Et puis, ayant rassemblé plusieurs ancien.nes élèves, certain.es s’expriment sur ce qu’ils ont intégré dans leur vie de ces notions. On sent les grandes qualités pédagogiques de Grenié qui y va par exemple d’une métaphore avec l’histoire d’Ulysse qui, pour lui, a utilisé son imagination pour échapper aux chants des sirènes ! Autre analogie originale : celle entre le mécanisme d’automates vus avec ses élèves et les cames d’un moteur à explosion que ces mêmes élèves en profils « appliqués », sont amenés à démonter dans leur cours au garage.

Dans l’avant-dernier segment, l’animatrice Marion Thiba questionne Laborit sur la spécialisation des deux hémisphères cérébraux. Laborit pense que la société occidentale favorise exagérément l’hémisphère gauche, meilleur avec les petits détails, plutôt que le droit, favorisant davantage la synthèse et une appréhension globale des choses. Alors que les deux devraient idéalement se compléter et fonctionner harmonieusement ensemble.

Le dernier segment porte sur l’amitié et nous permet de rencontrer un autre grand ami de Laborit, le physicien Claude Cuvier. Laborit dit qu’il n’y a jamais eu de compétition entre lui et Cuvier, et c’est pour ça qu’ils sont restés amis depuis leur première rencontre. Une rencontre, rappelle Cuvier, qui avait eu cette étincelle magique, celle qui fait pour Laborit qu’un visage peut évoquer instantanément en nous tout ce qu’on a déjà aimé chez d’autres. Il ajoute qu’il y a des gens avec qui l’on peut avoir toujours plaisir à être, même après des coups pendables (et l’on sent que Cuvier et lui pensent à la même personne !). Cuvier conclut ce segment en disant que pour comprendre Henri Laborit, il faut avoir lu l’Éloge de la fuite et l’Inhibition de l’action… dans les deux sens !

À suivre, donc … mais dans trois semaines seulement, car comme ce sont les « vacances de la construction » au Québec, et que je suis un honnête constructeur de site web (!), je ferai, comme l’an dernier à pareille date, une fuite estivale dans la nature ! Je vous souhaite la même chose, et on se revoit bientôt pour d’autres surprises dans ce « Bon plaisir d’Henri Laborit » décidément très riche.

17 juin 2016

Isabelle Aubert-Baudron: Une économie non-aristotélicienne ? JUGAAD !

Hier soir sur Antenne 2 un reportage passionnant dans l’émission Un oeil sur la planète sur le concept indien de Jugaad, de Navi Radjou. Voir également sur ce concept L’innovation Jugaad, faire mieux avec moins – FUTUREMAG – ARTE

Livres de Navi Radjou

Ce concept est similaire à l’économie non-aristotélicienne que j’ai mise au point depuis la fin des années 90 à partir de la sémantique générale de Korzybski et grâce à laquelle j’ai pu mettre au point sans moyen financier, entre autres, Interzone Editions et des cours de sémantique générale en ligne.

Pour plus d’infos sur l’économie non-aristotélicienne :

Une économie de rechange ?

Une économie non-aristotélicienne :

* L’économie de marché: une économie aristotélicienne

* Déstructuration: Enquêtes sur les mécanismes de l’économie de marché dans le domaine de la santé

* Restructuration: Une économie non-aristotélicienne

* Economie A / économie non-A

Application de la démarche des mathématiciens en économie

Comment faire soi-même une dreamachine simple et pas chère (1981)

Première machine à rêver (1981)

Plus d’infos sur la dreamachine

 

31 mai 2016

Bruno Dubuc: Sur les traces d’Henri Laborit – Partie 2 : Biologie

C’est avec grand plaisir que je mets (enfin!) sur Éloge de la suite la 2e partie du film Sur les traces d’Henri Laborit. Il s’agit d’un long métrage de 1h25 comprenant la 1ère partie de 7 minutes (Traces) et la nouvelle partie de 1h18 (Biologie).

Pour en revenir au projet comme tel, le film a été projeté deux fois, en privé à St-Hyacinthe devant ma famille et en public à Montréal le 13 février dernier dans le cadre d’une séance de l’UPop Montréal. Il suit chronologiquement la vie d’Henri et de Roland durant un demi-siècle, de 1914 jusqu’en 1965, une année un peu particulière pour votre humble serviteur, comme vous allez le découvrir. On y fait aussi la connaissance de Francisco Varela qui a à peine 19 ans quand cette partie du film se termine, mais dont on entrevoit une rencontre mémorable avec Laborit dont la compréhension constitue un peu le fil d’Ariane de tout ce projet. On m’a dit que la conclusion très partielle à laquelle j’en arrive dans les dernières minutes « nous laisse un peu sur notre faim » mais bon, c’est là où j’en suis présentement dans ce work-in-progress. Et puis c’est une façon comme une autre de garder son public captif jusqu’à ce que je monte la suite…  [Lire la suite au http://www.elogedelasuite.net/?p=3006 ]

Sur les traces d’Henri Laborit – Partie 1:

La deuxième partie de ce film est à la page http://www.elogedelasuite.net/?p=3006

23 janvier 2016

Martin Levinson – Introduction to the 59th Alfred Korzybski Memorial Lecture & Dinner

 

14 janvier 2016

Institute of General Semantics: Martin Levinson – Presentation of the 2015 Winchell Award to Jacqueline Rudig & George Barenholtz

InstituteofGS

https://youtu.be/tprabJUjmNI

8 novembre 2015

Interzone Editions, La Nouvelle République, 8 novembre 2015

http://www.lanouvellerepublique.fr/Deux-Sevres/Loisirs/Livres-cd-dvd/n/Contenus/Articles/2015/11/08/A-son-domicile-elle-pilote-sa-maison-d-edition-2525565

Merci à Dominique Hérault pour cet article plein d’humour !!!!!!!!!

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2 octobre 2015

Sémantique générale: Schémas du différentiel structurel et de la démarche scientifique

Voici quelques schémas pour plus de clarté sur

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Voir également les schémas ci-dessous en PDF à Différentiel structurel , d’après ceux de Steve Stockdale :

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Voir également le chapitre XXV de Science and Sanity de Korzybski, On the structural differential , à http://esgs.free.fr/uk/art/sands-ch25.pdf .

14 juillet 2015

Isabelle Aubert-Baudron: Nouvelles possibilités économiques pour la Grèce dans un cadre de pensée non-aristotélicien

Grèce-Union européenne : des négociations limitées à un cadre de pensée aristotélicien.

Dans les négociations entre la Grèce et l’Union européenne, je suis frappée par le fait que le cadre de pensée dans lequel elles se tiennent est purement aristotélicien :

  • Une logique du tiers exclu : les possibilités sont limitées à deux : soit la Grèce applique les mesures d’austérité qui lui sont imposées par les autres Etats de l’Union et reste dans la zone euro, soit elle sort de l’union européenne et ne peut plus utiliser cette monnaie.
  • Des relations de domination-soumission au niveau économique imposées par les autorités monétaires à la Grèce, et plus généralement, aux peuples de tous les pays membres,
  • Une conception de l’argent ignorant sa fonction symbolique de moyen d’échange, attribuant à celui-ci une valeur absolue, supérieure à celle des citoyens des pays membres.

Un tel cadre de pensée, qui date de 2500 ans, n’est pas compatible avec les fondements politiques démocratiques de l’Union Européenne à la base de sa fondation, qui reposent sur les idéaux démocratiques datant du XVII° siècle sur lesquels sont basés la Constitution de notre pays : Liberté-Egalité-Fraternité, et l’Etat de droit.

Sur le plan économique, nous raisonnons avec des mécanismes de pensée antiques, et au niveau politiques, avec des mécanismes de pensée rationalistes. D’où une impossibilité d’harmoniser le niveau économique avec le niveau politique, et, sur le plan économique, des relations, autrement dit une structure, de domination, d’exclusion et de conflits entre les différents acteurs, sans considération pour la structure en théorie démocratique de l’Union européenne.

En 2015, aux niveaux scientifiques et techniques, les mécanismes de pensée aristotéliciens et cartésiens sont dépassés : nous ne pouvons pas construire un ordinateur avec les physiques euclidienne et newtonienne sur lesquelles reposaient les logiques d’Aristote et de Descartes, et devons faire appel à la physique du XX° siècle, qui a permis l’élaboration de notre technologie actuelle. Appliquée à la résolution des problèmes humains, la sémantique générale d’Alfred Korzybski, qui repose sur la physique moderne,  permet de concevoir de nouvelles possibilités qui étaient inconcevables dans les cadres de pensée précédents, et de trouver des solutions qui étaient inenvisageables auparavant.

Nouvelles possibilités dans un cadre non-aristotélicien:

Si nous tentons de l’appliquer à la situation économique présente de la Grèce, quelles sont les nouvelles possibilités qui apparaissent ? Albert Einstein : « Un problème ne peut être résolu dans le cadre de pensée qui l’a engendré ». Il en découle que les solutions réductionnistes  imposées par les autorités monétaires, basées sur des postulats aujourd’hui obsolètes, sont inopérantes à résoudre les problèmes économiques qui se posent aux pays membres.

Tout comme les mathématiciens l’ont fait à la fin du XIX° siècle et au début du XX° pour élaborer la géométrie non-euclidienne, nous pouvons utiliser les outils de pensée dont nous disposons de nos jours pour élaborer de nouveaux modèles économiques basés sur de nouveaux postulats, correspondant à notre niveau d’évolution scientifique actuel : Parallèlement à celles offertes par l’Union européenne, quelles possibilités s’ouvrent à la Grèce ?

1. Sur le plan national :

– Aujourd’hui, la Grèce peut envisager de créer une monnaie qui serait utilisée comme un symbole d’échange dans le cadre national, pour remplir les besoins humains du pays, une monnaie indépendante de l’euro et du système monétaire, et indépendante des spéculateurs, ce qui impliquerait une valeur stable conventionnelle.

– La structure de relation entre le gouvernement grec actuel et ses citoyens, qui l’ont plébiscité, et qui est de nature démocratique, rend possible une organisation entre les deux, incluant les citoyens comme des acteurs de l’économie, en collaboration avec ce gouvernement.

Un gouvernement reposant sur ses citoyens peut mettre sur pied une économie qui reposerait sur eux, avec leur aide et leur participation, et sur les ressources réelles du pays, pour répondre aux besoins humains des citoyens.

– L’argent est une ressource, mais pas la seule. Au-delà de l’argent lui-même et des ressources du pays, les citoyens disposent également de leurs propres ressources, même s’ils sont privés d’argent. Même si elles ne sont pas prises en compte par les autorités monétaires, elles leur appartiennent néanmoins. Quelles sont ces ressources ? Ils disposent :

  • de temps,
  • d’énergie,
  • de matière grise, de capacités personnelles, de connaissances et d’expérience professionnelles,
  • de biens matériels divers : terre, maisons, etc.
  • Etc.

Ici les critères d’évaluation, qui prennent en compte les ressources réelles des individus réels, sont différents de ceux utilisés dans l’économie de marché basés sur les croyances, de nature doctrinale, en l’existence de l’argent indépendante de ses utilisateurs et en sa valeur absolue. Dans une démocratie réelle, ces critères reposent sur  la valeur absolue de la personne humaine.

– A partir de là, les Grecs peuvent faire des échanges sur cette base, en créant de nouveaux symboles d’échange, en utilisant une nouvelle monnaie, ou en se passant d’argent. Ainsi, les gens peuvent effectuer des échanges de services en fonction des ressources dont ils disposent : une heure d’un travail X contre une heure de travail Y, ou contre des denrées, etc.

Structure de relations : Une telle économie ne peut reposer sur des hiérarchies de dominance, ni des relations de compétition, ni sur le postulat de compétitivité sur lequel repose l’économie officielle. Elle requiert une nouvelle structure de relation entre ses membres, similaire à la structure démocratique, pour pouvoir constituer un ensemble cohérent. Le biologiste Henri Laborit, dont les travaux reposent sur la sémantique générale, a démontré que la structure de nos institutions humaines, pour pouvoir constituer des niveaux d’organisation cohérents et fonctionner harmonieusement, devrait être similaires à la structure de l’organisme humain et du monde vivant, à savoir reposer sur des relations de complémentarité, d’interdisciplinarité et d’ouverture informationnelle entre ses membres (voir « La Nouvelle Grille » : Thermodynamique et information) :

« Dans un organisme vivant, chaque cellule, chaque organe, chaque système ne commande à rien. Il se contente d’informer et d’être informé. Il n’existe pas de hiérarchie de pouvoir mais d’organisation, c’est-à-dire de complexité :

– niveau moléculaire (à rapprocher du niveau individuel),

– niveau cellulaire (à rapprocher du niveau du groupe social),

– niveau des organes (à rapprocher du niveau des ensembles humains assurant une certaine fonction sociale),

– niveau des systèmes (nations),

– niveau de l’organisme entier (espèces).

Chaque niveau n’a pas à détenir un pouvoir sur l’autre mais à s’associer avec lui pour que fonctionne harmonieusement l’ensemble par rapport à l’environnement. Mais pour que chaque niveau d’organisation puisse s’intégrer harmonieusement à l’ensemble, il faut qu’il soit informé de la finalité de l’ensemble et, qui plus est, qu’il puisse participer au choix de cette finalité. » (Henri Laborit, « La Nouvelle Grille« , Ed. Robert Laffont, p. 121 et 122.)

Depuis quelques années, dans les pays européens, des citoyens sont mis au point au niveau local des expériences d’économies solidaires, de monnaies locales, etc., indépendantes des économies nationales. Durant la crise financière en Argentine au début des années 2000, de telles expériences avaient été tentées et les gens qui y ont participé ont pu se prémunir dans une certaine mesure contre les conséquences de cette crise au niveau national.

2. Sur le plan international :

– Au niveau financier, la Grèce peut créer également une nouvelle monnaie internationale, ouverte potentiellement à l’ensemble des autres pays, y compris ceux de l’Union européenne dans l’hypothèse où leurs dirigeants désireraient l’adopter à leur tour, ce qu’il leur est impossible en l’état actuel du cadre limité dans lequel ils sont enfermés mentalement. Elle créerait ainsi un nouveau cadre ouvert, dont aucun pays ne serait exclu.

– Sur le plan des échanges entre humains, elle peut également proposer un tel cadre aux citoyens des autres pays qui déplorent à leur niveau l’appauvrissement engendré par les mesures d’austérité qui leur sont imposées et soutiennent le gouvernement grec actuel : Ainsi elle peut leur proposer une forme d’investissement basée non plus sur une dette remboursable avec intérêts, mais sur des ressources ou des avantages donnés : transport en avion, nourriture et hébergement, apports culturels, possibilité de naturalisation, etc., en échange d’euros, ces investissements constituant alors une alternative au bras de fer avec l’Europe, qui menace de la priver tout bonnement d’utiliser la monnaie officielle européenne.

– Pour les migrants, que la Grèce accueille en grand nombre par rapport à la plupart des autres pays européens, une telle forme d’échange, qui prendrait en compte leurs ressources individuelles et professionnelles, et leur permettrait d’en faire bénéficier leur pays d’accueil, constituerait une alternative aux passeurs qui leur font payer des sommes astronomiques pour des conditions de voyage très risquées, similaires à celles en vigueur du temps de l’esclavage, et bien souvent meurtrières. A noter qu’à ce niveau, la Grèce serait en droit de réclamer aux autres pays de l’Union une compensation financière, dans la mesure où elle supporte le coût de l’exclusion de ces migrants par ces pays, pourtant plus riches qu’elle.

Conclusion:

Une économie non-aristotélicienne permettrait ainsi d’apporter sur le plan humain des solutions simples, applicables par tous les citoyens volontaires pour y participer, et qui sont  inexistantes dans la nature de l’économie imposée par l’Union Européenne tant que celle-ci n’inclue pas comme données les évolutions scientifiques actuelles.

Au niveau stratégique, elle permettrait à la Grèce de sortir du cadre de la stratégie classique basée sur l’intelligence des rapports de force, dans lequel elle est en position de faiblesse, pour établir avec ses partenaires une nouvelle base de relation basée sur la force des rapports d’intelligence, dans laquelle tous les partenaires seraient gagnants.

En tant que patrie d’Aristote, la Grèce est concerné par l’influence de l’aristotélisme dans la civilisation occidentale et ses conséquences actuelles, dont elle est actuellement victime. Les outils de pensées élaborés dans l’antiquité ne peuvent nous permettre d’appréhender correctement les problèmes auxquels nous sommes confrontées aujourd’hui dans nos affaires humaines, pas plus que nous ne pouvons en 2015 prétendre résoudre des problèmes qui se poseront à l’humanité dans deux ou trois millénaires, étant incapables d’appréhender en 2015 la future évolution scientifique des siècles à venir. Pour résoudre nos problèmes humains présents, y compris économiques, nous devons apprendre à utiliser les outils correspondant à notre évolution scientifique actuelle, et intégrer les acquis de cette évolution scientifique au niveau de nos affaires humaines.

En complément d’information :

© Isabelle Aubert-Baudron, 14 juillet 2015

Sur Médiapart

14 mars 2015

Interzone Editions: le catalogue 2015 est en ligne

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16 juin 2014

Isabelle Aubert-Baudron: De la manipulation des symboles : (2) « l’identité »

Suite de  De la manipulation des symboles : (1) «les valeurs», «évaluation» :

Version pdf complète:  De la manipulation des symboles (14 06 2014)

Un autre terme qui revient sans cesse dans les média est le terme « identité » : depuis l’apparition dans les discours médiatiques de l’ « identité de la France » en 2007, chacun se bouscule au portillon pour revendiquer pour lui-même sa propre identité, et sans laquelle  il serait quasiment voué au chaos psychotique.

Cette « identité » est censée représenter une image de lui-même et de son existence propre, ou celle correspondant aux clichés médiatiques associés lui attribuant un ensemble de caractéristiques le différenciant des autres individus, images auxquels il s’identifie.

Commençons par nous demander ce que signifie le terme « identité » :

Le Petit Robert en donne les significations suivantes :

  • Caractère de deux objets de pensée identiques. Identité qualitative ou spécifique.=> similitude. L‘identité d’une chose avec une autre, d’une chose et d’une autre. Identité de vue. Identité de goût entre deux êtres. « cette ressemblance était une identité qui me donnait le frisson. » (Baudelaire). « Les profondes identités d’esprit, les ressemblances fraternelles de pensée » (Bourget). => communauté.
  • Caractère de ce qui est un. => unité. Identité de l’étoile du soir et de l’étoile du matin (c’est-à-dire Vénus).
  1. PSYCHOL. Identité personnelle, caractère de ce qui demeure identique à soi-même. Problème psychologique de l’identité du moi. Crise d’identité. – Identité culturelle : ensemble de traits culturels propres à un groupe ethnique (langue, religion, arts, etc.) qui lui confèrent son individualité ; sentiment d’appartenance d’un individu à ce groupe. => acculturation, déculturation. – PAR EXT. => permanence. Le fait pour une personne d’être tel individu et de pouvoir être légalement reconnue pour tel sans nulle confusion grâce aux éléments (état civil, signalement) qui l’individualisent ; ces éléments. Décliner son identité. Etablir l’identité de qqn. => identifier. Usurpation d’identité. LOC. Pièce d’identité : pièce officielle, prouvant l’identité d’une personne. => papier.         Carte, photo d’identité. – Relevé d’identité bancaire. – PAR EXT. Identité judiciaire : service de la police judiciaire chargé spécialement de la recherche et de l’établissement de l’identité des malfaiteurs.=> sommier.
  2. LOC. Relation entre deux termes identiques, formule énonçant cette relation. Principe d’identité : ce qui est, est ; ce qui n’est pas, n’est pas. » MATH. Egalité qui demeure vraie quelles que soient les valeurs attribuées aux termes qui la constituent. Fonction identité : fonction prenant, quelle que soit celle-ci, la même valeur que la variable. CONTR. Altérité, contraste, différence.

Confrontons  maintenant ces  définitions aux faits :

Dans la réalité, dans le monde dans lequel nous vivons, il n’existe aucune chose qui soit identique à elle-même au fil du temps. Nous vivons dans un monde dynamique, impermanent, changeant d’une seconde à l’autre, même si ces changements échappent à nos capacités de perception.

Prenons l’expression « l’identité de la France ». Elle repose sur le postulat qu’il existerait une entité appelée « la France » qui serait statique, immuable, identique à elle-même au cours du temps.

Considérons maintenant les faits : la France est-elle identique à elle-même entre le matin et le soir d’un jour d’élections, avant et après le passage d’un ouragan ? La France de 1960 est-elle identique à celle de 2014 ?

En ce qui nous concerne, sommes-nous identiques à nous-mêmes d’un instant à l’autre au cours d’une même journée ? Suis-je, au moment où j’écris cela, « la même » que le jour de ma naissance ? Suis-je la même un matin en me levant fraiche et dispose, et quelques heures plus tard si j’ai une crise de migraine, ou que je me casse un bras ? Ce sont là des questions simples, auxquelles chacun peut répondre en confrontant le niveau des mots à celui des faits qu’il observe dans sa vie de tous les jours.

Cette conception de l’identité repose sur une vision statique de l’homme et du monde correspondant à la conception aristotélicienne, qui pouvait apparaître scientifique de l’antiquité au XVII° siècle, dans le cadre du paradigme métaphysique ou pré-cientifique, mais qui est de nos jours complètement dépassée et totalement dépourvue de scientificité.

Ainsi le terme « identité » est  censé désigner, représenter, quelque chose qui en réalité n’existe pas. Il ne s’agit pas d’un symbole, d’un signe chargé de sens qui représenterait quelque chose, mais d’un enchainement de lettres qui ne représente rien de réel.

Alors par quoi remplacer ce concept dépourvu de sens dans le contexte actuel ? Le Petit Robert nous ouvre une alternative à travers le concept d’individualité, dont il donne les acceptions suivantes :

  1. DIDACT. Ce qui existe l’état d’individu. Caractère d’un individu qui « diffère d’un autre non pas seulement d’une façon numérique, mais dans ses caractéristiques et sa constitution» (Lalande) ; fait d’être un individu. « L’être vivant forme un organisme et une individualité » (Cl. Bernard). L’individualité d’un être pensant. => moi.
  2. COUR. Caractère ou ensemble de caractères par lesquels une personne ou une chose diffère des autres. => originalité, particularité. L’individualité d’un artiste. Style d’une forte individualité.

(1830) Individu, considéré dans ce qui le différentie des autres. – COUR. => personnalité. « Ils offraient très peu d’individualités fortes,  [ … ] nul grand inventeur, nul héros » Michelet.

Le concept d’individualité contient la notion de diversité et d’originalité de chaque individu,  du fait que chacun est unique et différent des autres, et ne saurait être limité à un ensemble de caractéristiques globalisantes plaquées faussement sur la catégorie dans laquelle il est classé artificiellement, et faussement identifié.

Alfred KORZYBSKI : « SEMINAIRE DE SEMANTIQUE GENERALE 1937 – Transcription des Notes des Conférences de Sémantique Générale Données à Olivet College » (Interzone Editions)

Deuxième conférence :

p. 14 :

« Dans chaque domaine, personnel, humain, national, etc., y compris celui de la « folie », les anciennes orientations impliquaient le « est » d' »identité ». De nombreuses heures vont être nécessaires pour que vous puissiez acquérir une compréhension claire de tout cela et souvenez-vous que nous en tant que groupe avons refusé catégoriquement le « est » d’identité : La carte n’est pas le territoire. S’il peut être démontré que l’ancienne orientation est basée sur le « est » d’identité, nous pouvons voir sur quoi repose l’ancien système. »

Troisième conférence :

p. 22 :

J’examine ce garçon, et celui-ci, et celui-là, et qu’est-ce que je découvre ? C’est très difficile. Savez-vous ce que je découvre ? Et vous allez le découvrir également. Je découvre que ce garçon qui se trouve ici est un individu unique au monde. Il n’y a personne qui lui soit « identique ». Cela s’applique à chacun d’entre nous. Et cela s’applique à tout ce que vous connaissez. Littéralement tout ce que vous connaissez. Il y a une boîte d’allumettes ici sur le bureau. Cette boîte contient-elle deux allumettes « identiques » ? Nous découvrons alors une loi de la nature qui a été négligée et qui est pourtant fondamentale, à savoir la loi de non-identité. N’oubliez jamais cela. Elle est contenue dans le deuxième postulat, n’est pas tout. C’est une dénégation complète de l’identité. L’identité, qui est définie comme l’absolue similarité dans toutes les caractéristiques, n’existe pas. Nous avons découvert une loi naturelle fondamentale en ce monde, la loi de non-identité. Réalisez-vous que cette loi naturelle de non-identité est universelle ? C’est une question de fait, c’est empirique.

p. 23 :

Etes-vous identique à vous-même d’une seconde à l’autre ? A partir de ce que vous savez sur vous-même vous devriez savoir que vous n’êtes pas identique à vous-même d’un instant à l’autre. Réalisez-vous combien il est regrettable et malheureux qu’on ait dû attendre le vingtième siècle pour faire ce genre d’analyse, parce qu’elle nous semble tellement simple et tellement étrange ? Vous rendez-vous compte que ceci devrait constituer la base de l’éducation ? Et pourtant le système éducatif, en dehors de très rares écoles d’avant-garde, et en partie seulement, néglige complètement ce problème dans l’éducation. Ce genre de réponse comme une preuve des orientations sur l' »identité » est généralement courante, mais je citerai un autre exemple plus proche de notre postulat. Le postulat est la non-identité, mais il s’agit de la non-identité dans « toutes » les caractéristiques. L’identité est définie comme une similarité absolue dans toutes les caractéristiques. Vous pouvez ressembler à quelqu’un d’autre, vous pouvez avoir le même nez, la même bouche et même quelques dents, mais vous ne lui êtes pas identique parce que vos caractéristiques ne sont « pas toutes » identiques aux siennes. Si vous n’avez qu’une caractéristique similaire, avez-vous la même identité ? Quand nous approchons des limites de classification dans le domaine scientifique, les caractéristiques d’une molécule diffèrent des caractéristiques générales des groupes de molécules et d’atomes. Ce sont des questions de faits dans les sciences en général.

La même chose est vraie en ce qui nous concerne. A savoir que la « psychologie » de chacun d’entre nous est différente selon que nous sommes pris séparément ou que nous sommes en groupe, la « psychologie » de masse ou de groupe est différente de la « psychologie » individuelle. Les orientations sont non-élémentalistes, la dépendance vis-à-vis de l’environnement, du groupe, de l’environnement dont nous sommes tous victimes; la dépendance vis-à-vis de l’environnement sémantique auquel nous ne pouvons échapper; nous sommes nés dans un certain système d’évaluation. Pouvez-vous être isolés de ce système quel qu’il soit ? En d’autres termes le caractère non-élémentaliste de l’environnement sémantique ou linguistique. Cela nous place-t-il dans une situation où sont négligés certains des facteurs les plus vitaux de nos existences ? Pourquoi perdons-nous notre temps avec « l’environnement de l’eau » et l' »environnement de l’air » et ignorons-nous totalement l’environnement linguistique et sémantique ? En S.G., nous examinons ces facteurs qui ont été méconnus auparavant.

Septième conférence :

p. 51 :

« Représenter les « faits » comme des « faits » et avoir une carte-langage qui corresponde aux « faits », revient au même. Voici tout le secret de l' »aliénation » et de la santé. Notre monde n’est pas encore régi par ces notions, c’est pourquoi nous avons un monde si malheureux. Ceci nous conduit à la loi de non-identité. Il n’y a pas d' »identité » en ce monde, mais toutes les vieilles orientations sont basées sur l' »identité ». L’aliénation est basée sur des identifications, des identifications dans un monde où il n’y a pas d’identité. Vous trouverez dans la vie de tous les jours de graves problèmes sans fin générés par des identifications, ou des évaluations inadaptées. »

Dixième conférence :

p. 73 – 74 :

« Je ne ferai pas de redite pas ce soir. Les notions que nous avons étudiées vous sont plus ou moins familières. Souvenez-vous des quatre « est ». Souvenez-vous que le « est » d’attribution et le « est » d’identité sont par extension invariablement faux par rapport aux faits. Souvenez-vous que ce sont les faits qui sont importants. Si vous dites que le bâton est noir, cette déclaration est fausse par rapport aux faits. « Le bâton me semble noir » est correct. Les faits n’ont pas changé, mais les implications sont différentes. Voilà le point important dans cette question. La première déclaration implique de fausses informations, pas la deuxième. Quand nous utilisons ces « est » nous classifions intérieurement nos évaluations. Cela implique une réponse organique. Ensuite nous identifions quelque chose de réel avec une fiction et nous vivons, alors, dans un monde d’illusions. Ceci conduit à l’inadaptation. Cela s’applique aussi à d’autres mots. Disons « pomme ». Ce nom s’applique 1) aux processus électro-chimiques qui s’y déroulent; 2) il s’applique à l' »objet », 3) il s’applique aux impressions sur notre cerveau; et 4) finalement à une définition. Ce seul mot recouvre quatre choses différentes. Cela n’est pas sain. Il est impossible de gérer correctement une telle situation. N’oubliez jamais ceci. Souvenez-vous que toutes les impressions des « sens » sont anthropomorphiques. Dans l’ancienne orientation nous sommes pleins de faux savoir. Tout ce que je vous dis ici provient de l’antique « sagesse » mais il ne serait jamais possible de l’appliquer dans l’orientation intensionnelle. Les gens qui veulent résoudre leurs propres problèmes doivent étudier les méthodes extensionnelles. Ici je n’ai fait qu’ébaucher les grandes lignes du cours de façon déductive; cependant, vous devez retourner aux sources inductives telles qu’elles sont ébauchées dans « SCIENCE AND SANITY ».

Souvenez-vous de l’amibe. Elle répondait à la proie qui nageait à côté d’elle, parce que cette proie produisait des bulles de gaz qui avaient des effets chimiques directs sur l’amibe. Si nous reproduisons artificiellement des bulles de gaz à proximité de l’amibe, elle passera par les mêmes réactions et essaiera d’attraper les bulles de gaz. Ce n’est pas une réaction « sage » d’un point de vue humain. Cette bulle n’avait pas de valeur alimentaire pour l’amibe. C’était une réaction physico-chimique. Observez ce type de réactions animalières. Vous verrez que chaque jour vous faites la même chose. D’un point de vue humain cela dénote une évaluation pauvre. Nous parlons des réactions organiques de l’amibe et nous utiliserons le terme « identification ». Nous pourrions dire de ces réactions artificielles que l’organisme de l’amibe a identifié et évalué une bulle comme de la nourriture. C’était une évaluation inadaptée.

Comme il n’y a pas d’identité en ce monde, bien qu’il y ait égalité, équivalence, etc., n’importe quelle identification (quand l’amibe identifie de façon organique la nourriture avec la bulle), rend impossible une évaluation correcte. Quand nous sommes devant des identifications en termes de « valeur » entre n’importe quoi et n’importe quoi, elles sont souvent nuisibles ou pathologiques quand elles sont appliquées aux êtres humains. Au niveau de l’amibe, l’identification est « naturelle »; au niveau humain, elle engendre souvent l' »aliénation » et d’autres difficultés humaines. L’identification en termes de valeur dans un monde de non-identité ne peut conduire à une adaptation correcte car elle ne nous permet pas d’évaluer correctement. L’identification de la bulle à de la nourriture n’est pas une évaluation appropriée. Souvenez-vous que ces termes sont techniques. Restez techniques, ne traduisez pas ces termes sans quoi vous vous attirerez des difficultés. C’est exactement comme dans le domaine des sciences, abolissez les termes techniques et vous avez aboli une science.»

William Burroughs: The Book of Breathing with illustrations by Robert F. Gale

“Count Alfred Korzybski, who developed the concept of General Semantics in his book Science and Sanity, has pointed out that the is of identity has led to basic confusion in Western thought. The is of identity is rarely used in Egyptian pictorial writing. Instead of saying he is my servant they say he (is omitted) as my servant: a statement of relationship not identity. Accordingly there is nothing that word itself essentially is. Word only exists in a communication system of sender and receiver. It takes two to talk.

Perhaps it only took one to write.”

Dany Laferrière : « Depuis cinquante ans on nous emmerde avec l’identité, c’est l’expression à la mode. On dirait qu’on a été pris en otages par une bande de psychologues, de psychiatres ou de psychopathes. Quel que soit ce que vous faites, c’est une question d’identité. En Haïti, on a un surplus d’identités. »

http://bibliobs.nouvelobs.com/la-video-boite/20141125.OBS6029/dany-laferriere-depuis-50-ans-on-nous-emmerde-avec-l-identite.html

 

10 mars 2014

Henri Laborit: l’inhibition de l’action

Suite à la disparition d’Alain Resnais, voici un extrait de son film “Mon Oncle d’Amérique”, dans lequel Henri Laborit décrit les mécanismes de l’inhibition de l’action.
http://youtu.be/hD7lMDXDvt8
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Henri Laborit, qui était membre de l’Institute of General Semantics ( Henri Laborit: Alfred Korzybski Memorial Lecture 1963: THE NEED FOR GENERALIZATION IN BIOLOGICAL RESEARCH : ROLE OF THE MATHEMATICAL THEORY OF ENSEMBLES http://www.generalsemantics.org/wp-content/uploads/2011/04/gsb-30-31-laborit.pdf ), a appliqué la sémantique générale à ses travaux en biologie.
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A noter que les méthodes de harcèlement professionnel ( voir Harcèlement, souffrance au travail, burn out…  , Christophe Dejours: « Evaluation individualisée des performances » et « tournant gestionnaire »   et  Retranscription de l’entretien de Christophe Dejours: « Evaluation individualisée des performances et tournant gestionnaire » ) consistent à placer les gens ciblés dans une situation d’inhibition de l’action, avec pour conséquences, celles décrites par Laborit à la fin de cet extrait.
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Mon Oncle d’amerique – Alain Resnais, 1980 (film complet)  de Aurélien Beauvisage
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Voir le sommaire et le premier chapitre de son livre La Nouvelle Grille:  Thermodynamique et information  à
http://semantiquegenerale.free.fr/Thermodynamique_et_information.pdf .

22 février 2014

Isabelle Aubert-Baudron: Synchronicities

Filed under: Recherche, Sémantique générale — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 5:42

Synchronicities: significant coincidences of a physical phenomenon with a psychic phenomenon, but you cannot explain the link of causality between both. Carl Gustav Jung and William Burroughs conducted researches about it, James Redfield wrote a novel, “The Celestine Prophecy: An Adventure” .  

Such synchronicities escape our understanding because we tend to see reality with opposed criteria of “objective”/ ”subjective”, as if what we live inwardly would be “subjective”, i e “imaginary”, in opposition of the “objective facts” we can state, which would be only real. We also tend to believe that we are separate from our surrounding, and that there is no link between what is going on inside us and outside us. 

Here the rationalists come and  say: “This coincidence is due to random”. But what does “random” means exactly? Once you have said that, where does this leads to ? How random is random? This “explanation” does not explain anything at all, and is blocking further interrogations and research on nature of reality.

Now sometimes, such synchronicities happen, which confront us to a level of reality which does not fit with this rationalist vision : there is a synchronicity between what we live inwardly and the happening of actual events without interference of our will, on which we have no control, but which have a signification just for us. So what’s going on here? We do not know, let’s see. Let’s put the rationalist  vision of reality aside for a moment and let’s apply a scientific step, starting by the observation of the facts, including the events of our inner life, what they represent for us, etc., without inferring anything from them at this step and progress starting from there.

We can base our observation on several synchronicities and see where they lead to: they often deal with issues to take in account.

Putting aside the rationalist vision of reality (XVII th century), we nevertheless have a new frame of reference through modern physics (XX th century).  We are aware of the notion of dimensions, of multi-dimensional reality, and of levels of reality.

Another domain where such synchronicities appear is in dreams: for instance I began to dream that I was losing my wallet, once, twice, thrice, and was wondering the meaning of it. One Saturday evening in a supermarket, the shop was about to close, I was the last client and in a hurry. I forgot the wallet on the cash register. On Monday morning I went to the shop and got it back. End of the dreams about losing the wallet. So what is going on here? Were those dreams meaningful to me? Yes. Since I pay more attention to my wallet, and I take in account elements of recurrent dreams.

I have got to the conclusion that we can propose the hypothesis of a multi-dimensional reality, with different levels of reality, linked between each other, which may work according different laws . For instance the laws of physics are not valid in dreams. If we try to explain a non–physical level of reality with physical laws, as we tend to do with synchronicities, then it does not fit, and we are confronted to an “impossible situation”. It may be very disturbing! Some people infer from this that they are becoming crazy. But this option also is a dead end and forbids to go further.

Now the interesting aspect here is that we can make our own research. Here general semantics has been very helpful to me when facing such phenomenons: the structural differential allows to consider them through a scientific step, and avoid the traps of some of the past contradictions and dead ends.

My research on synchronicities started with the ones which happened to me related to my meetings with William Burroughs and Brion Gysin: See at the article “The Time of the Naguals” , p. 15 to 31. This was too much ! Incomprehensible when I lived them. I had the impression to live a scenario of “Twighlight Zone” ! General semantics was very helpful here, because the observation of what was happening demonstrated that it was not something “imaginary”, nor “delirious”, but the implications required to draw a new conception of reality: synchronicities confront us to the “unknown” , and this may seem rather scary at first. I had to put up a new map, starting upon what was going on exactly, the links between inner events and the ones happening in physical world, etc., and considering it through a scientific step, through a quantic vision of the world. Then, what was not comprehensible to me before on the old basis became comprehensible in terms of physics. On this basis I could put up new hypothesis, and integrate those synchronicities as part of reality of human life, as something “normal”, compared to when it first appeared to me when I lived them: something incredible and not “normal” at all. It’s a part of the human program we do not use in our civilization, because we do not know about it and have no map to apprehend it correctly; but it’s just like a program on our computer we do not use, but which we can virtually use if the occasion occurs.

Our maps of reality do not represent the actual territory. Though it seems that the exploration of our territory can only be realized by us: only I can know the link between inner events and a physical event, its meaning can only appear to me. This leads to the exploration of our inner space. Again general semantics is a real help, because it allows to progress safely, step by step, without getting lost in mental dead ends. Investigate on the situation as if we were a police inspector investigating on an affair and gathering the elements to understand it, and taking it like a game as well. 

23 janvier 2014

Cours de sémantique générale: MOOC General semantics: an approach to effective language behavior.

Je me permets de vous informer que se tient actuellement un MOOC (Massive Open Online Course) organisé par Steve Stockdale, Mary Lahman et Greg Thompson sur la sémantique générale : General semantics: an approach to effective language behavior.

Dans l’hypothèse où vous seriez intéressé pour y participer, il est encore possible de s’y inscrire.
Les cours sont gratuits, et l’accès au site est libre: https://learn.canvas.net/courses/191

Y étant inscrite depuis le début, je peux dire que ces cours sont très bien faits et que la qualité et l’ampleur de documentation fournies sont impressionnantes.
Lien pour les inscriptions: https://www.canvas.net/courses/general-semantics-an-approach-to-effective-language-behavior

Bien sincèrement.

Isabelle Aubert-Baudron

17 janvier 2014

A non-Aristotelian logic : general semantics in the framework of evolution of the West

Je mets en ligne cet article et cette traduction pour le MOOC « General Semantics: An Approach to Effective Language Behavior » , Manchester University, qui se déroule actuellement du 13 janvier 2014 au 24 février 2014, animé par Steve Stockdale, Mary Lahman et Greg Thompson.

Korzybski called general semantics a “non-Aristotelian” logic. This requires clarifications on the meaning of this term and its origin.

Some important elements played a large part in the way Korzybski elaborated general semantics related to his experience of World war 1 : he found out that the mechanisms of thinking which had led to this war were based upon the premices of Aristotelian logic, elaborated 450 BC., which induced relations of opposition and conflict. This logic  rested upon the antique vision of mankind and of the world: the earth was conceived as flat, and at the center of the universe. Such a conception was of course obsolete and not valid anymore in the beginning of the twentieth century, as well as Aristotle’s logic. So Korzybski realized the gap between our evolution at the scientific level (XXth century), and in human domains (-450 BC and XVIIth century). He infered that, starting from the physics and mathematics of his time, he might elaborate a new logic fitting to the level of evolution of sciences, which would mentally free mankind from this logic of conflict. He built up general semantics, a a non-Aristotelian logic, upon the researches in modern physics : in the chapter XXXVII of Science and Sanity, “On the notion of “Simultaneity”  , he starts from Einstein’s work to integrate in his logic the role of the observer on the result of the observation, which was neglected in the previous logics (Aristotle and Descartes) and the physics they rested upon. This chapter seems to me very important because the reader can state the mathematical demonstrations and understand the scientific basis of general semantics.

Now, to understand what non-Euclidian geometry (XXth century) rests upon, you have to have a minimum of knowledge about Euclidian geometry (antiquity). Hence, before starting the GS teaching, what a non-Aristotelian discipline is about, a minimum of knowledge on Aristotle’s logic seems to me necessary, especially to to become aware of the ways it conditions our mechanisms of thinking and our behaviours, as well as its use in the domain of communication, so to become able to escape from its tricks. 

Here is in pdf a first draft of translation from my article “Les différentes étapes de l’évolution de l’Occident: Aristote, Descartes, Korzybski, Trois visions de l’homme et du monde”   .

It needs corrections and is not definitive (January 2014).

THE DIFFERENT STEPS OF EVOLUTION OF THE WEST Aristotle Descartes Korzybski

One point to avoid misunderstandings: “non-Aristotelian” does not mean “anti-Aristotelian”:  

The meaning of the terms “non-Euclidian”, “non-Newtonian” and “non-Aristotelian” does not mean that those domains would be “opposed” to the previous systems, but that the applications of the first ones, which appeared in the context of the sciences of the previous times, could not apprehend nor solve the new problems inherent in the level of scientific evolution at the Xxth century: for instance, Newton’s physic was helpless to solve problems created by modern technology: impossible to build or repair a computer or a radio with Newton, whose work was previous to the discovery of electricity.

 Non-Newtonian physics are not opposed to the one of Newton, they are used to solve problems which did not exist when he was alive.

 Those different systems are different element of the same set: without the Euclidian  and Aristotalian system,  the Newtonian and non-Newtonian ones could not have arisen.

 We can compare those steps of evolution of the West to the different ages of a human being: as adults, we do not think nor act anymore as we did when we were born, nor during our childhood. Though our life is different when we are a baby, then a child and then an adult, those different ages are parts of a human life and cannot be opposed.

24 décembre 2013

Isabelle Aubert-Baudron: De la manipulation des symboles : (1) «les valeurs», «évaluation»

Filed under: Alfred Korzybski, Economie, Sémantique générale — Étiquettes : , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 5:31
© Isabelle Aubert-Baudron

Dans les discours diffusés par les média actuellement, je suis frappée par l’utilisation répétée, quelques soient les provenances de ces discours, de termes et de concepts qui semblent communs à tous les gens qui les utilisent, dans des buts différents, en leur donnant  des sens différents.  Les divers individus qui s’expriment utilisent généralement ces mots pour s’opposer les uns aux autres, dans le cadre de polémiques, bien que se référant à un langage de communication commun.

Pour mettre un peu d’ordre dans cette cacophonie langagière, il m’a semblé utile de me pencher sur quelques-uns de ces termes, en comparant leur sens d’origine défini par le dictionnaire avec le sens que leur donnent les communicants actuels, afin d’avoir une idée plus claire de ce dont on parlait exactement.

La validité des discours que nous pouvons être amenés à tenir repose sur leur conformité avec les faits : quand quelqu’un me dit quelque chose, et que je regarde ce qu’il en est en comparant avec ce que je peux moi-même observer, si je constate que ce qu’il me dit ne correspond pas aux faits, je sais que ses propos ne sont pas fiables.

Dans cette optique, les termes que je propose d’examiner ici aujourd’hui sont les termes suivants : « valeurs » et « évaluation ».

Suite en pdf De la manipulation des symboles «les valeurs», «évaluation»

23 décembre 2013

Isabelle Aubert-Baudron: Les différentes étapes de l’évolution de l’Occident: Aristote, Descartes, Korzybski, Trois visions de l’homme et du monde

LOGOd

Pour pouvoir comprendre l’évolution des modes de pensée dans la civilisation occidentale, il importe de la replacer dans son contexte aux niveaux scientifique et sémantique, d’Aristote à nos jours. En effet, l’évolution sémantique ne s’est pas faite indépendamment de l’évolution scientifique, mais elle en est la conséquence, découlant des cartes dressées par les mathématiciens des différentes époques en fonction des données dont ils disposaient. A partir de là des philosophes ont élaboré des systèmes de pensée basés sur les cartes dressées par les scientifiques de leur temps, systèmes qui ont structuré la vision de l’homme et du monde.

Au IV° siècle avant J.C., Aristote a élaboré une logique de pensée, liée à la vision antique du monde, selon laquelle la terre était un disque plat situé au centre de l’univers, correspondant à celle des mathématiciens d’alors. Le système scientifique qui a marqué cette période de l’antiquité est le système euclidien. Cette première étape correspond à la période grecque appelée métaphysique ou pré-scientifique.

La logique d’Aristote a servi de référence en Occident jusqu’aux découvertes de Galilée et de Newton, qui ont donné lieu à l’apparition de la logique cartésienne au XVII° siècle et au rationalisme, logique sur laquelle ont été élaborées les sciences humaines actuelles. Cette deuxième période est appelée classique ou semi-scientifique. Au début du XX° siècle sont apparues en physique la mécanique quantique, et la théorie de la relativité d’Einstein, qui ont remis en question les fondements du système newtonien et ont donné lieu à l’élaboration de la sémantique générale ou logique non-aristotélicienne, celle-ci invalidant à son tour les bases des logiques précédentes aristotélicienne et cartésienne. Cette troisième période est appelée mathématique ou scientifique.

En conséquence la logique d’Aristote a structuré l’évolution de nos langages et de notre civilisation aux niveaux humains, institutionnel, spirituel, etc., du IV° siècle avant notre ère au XVII° siècle, c’est-à-dire durant deux mille ans, et celle de Descartes, du XVII° siècle à nos jours. La S.G. constitue donc le mode de pensée qui correspond au niveau d’évolution scientifique de notre époque, et ce n’est qu’à travers son étude et son intégration que notre civilisation pourra parvenir à intégrer, au niveau des sciences humaines, les fruits de son évolution scientifique, la plupart de nos problèmes de civilisation dans les domaines humains provenant de la dichotomie entre notre évolution aux niveaux scientifiques et humains, et du fait que nous raisonnons encore dans les sciences humaines sur les bases des systèmes de pensée précédents.

Quelles sont maintenant les bases de ces systèmes de pensée, et quel rôle ont-ils joué dans l’élaboration des visions successives de l’homme et du monde ?

La suite de cet article en pdf :

LES DIFFERENTES ETAPES DE L’EVOLUTION DE L’OCCIDENT ARISTOTE DESCARTES KORZYBSKI TROIS VISIONS DE L’HOMME ET DU MONDE

© Isabelle Aubert-Baudron

22 décembre 2013

Normand Baillargeon: LE PETIT COURS D’AUTODÉFENSE INTELLECTUELLE

Version intégrale: chez Lux Editeur:

Petit cours d’autodéfense intellectuelle

Illustrations de Charb
Normand Baillargeon

Nomination pour le Prix du public, Salon du livre de Montréal 2006.

Parution : 18/05/2005 ISBN : 978-2-89596-044-7 344 pages

Parution en Amérique du Nord: 18 mai 2005
21.95 $

Normand Baillargeon – regard sur l’économie … – 1 de 2

Normand Baillargeon – regard sur l’économie; l’économie participative 2 de 2

10 décembre 2013

Steve Stockdale: « General Semantics: An Approach to Effective Language Behavior » at the MOOC

Filed under: Actualité, Alfred Korzybski, MOOC, Sémantique générale, Teaching — Étiquettes : , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 7:51

I’m pleased to announce I will be team-teaching my first Massive Open Online Course (or MOOC). This type of free online course provides an alternative means to deliver and experience educational offerings to anyone in the world with access to the Internet.

The course is titled General Semantics: An Approach to Effective Language Behavior, based on a Communication Studies course that Mary Lahman, Ph.D., has taught at Manchester University in Indiana for fifteen years. Greg Thompson, Ph.D. and visiting anthropology professor at BYU, rounds out our teaching team. So participants will benefit from three different perspectives about General Semantics.

Registration is now open for the six-week class that begins 13 January 2014. There is no fee for registration or materials – it’s completely free, offered through the Canvas Network  . Here’s the description:

This course provides an introduction to general semantics—the study of how we transform our life experiences into language and thought. Students will learn how their language habits and behaviors, as well as how they think about and share experiences, are what make them uniquely human. In other words, students will discover the critical, but sometimes subtle distinctions between what happens in their lives and how they talk about what happens.

The course will include readings from a wide array of disciplines, such as communication studies, neuroscience, and cultural anthropology. It will also include visual and auditory demonstrations through music and social media, and collaborative interactions with fellow learners. These types of learning experiences allow students to not only learn about more effective language behaviors, but also practice those new behaviors in order to communicate more effectively and appropriately in interpersonal and organizational contexts.

To enroll, simply click the blue ENROLL button on this page.

The course content is organized into weekly modules. Participants can work at their own pace and sequence, with activities and exercises arranged to facilitate learning.

This is a great opportunity to try something new, both in terms of the subject matter and educational format. After five days of open registration it looks like we have participants signed up from four continents. Feel free to enroll and participate as much, or as little, as you wish. We’ll all learn something together, although those « somethings » may be quite different.

Attached is an information sheet about the course. Please consider sharing with your social media networks or with anyone who might be interested in learning something like General Semantics in an international virtual classroom.

Best regards,

Steve

Steve_stockdale_GSapproach

19 novembre 2013

Interzone Editions: Publications

Une expérimentation d’une économie non-aristotélicienne

E-books

En français:

Isabelle AUBERT-BAUDRON:

Des systèmes de contrôle: à paraître

Le Carrefour des Impasses (document sur la psychiatrie): en cours de publication, ancienne version en ligne.

Revue Objectifs : Objectifs 1 , Objectifs 2 , Objectifs 3 , Objectifs 4 , Objectifs 5 , Objectifs 6, Objectifs 7 Intégrale de la revue Objectifs (1984-1987)

Traductions d’extraits de Science and Sanity d’Alfred Korzybski. Translated with the permission of Alfred Korzybski Literary Estate.

Anthologie d’Interzone:

Le Temps des Naguals: Autour de Burroughs et Gysin: également disponible en version imprimée (Interzone Editions): 135 pages.

En anglais :

Interzone anthology: The Time of the Naguals : en ligne en format pdf.

En version imprimée chez Interzone Editions

Sciences humaines:

Alfred KORZYBSKI: SEMINAIRE DE SEMANTIQUE GENERALE 1937: Transcription des Notes des Conférences de Sémantique Générale Données à Olivet College – Traduction: Isabelle AUBERT-BAUDRON- ISBN 978-2-9531513-05.

Isabelle AUBERT-BAUDRON: Des Systèmes de Contrôle – Tome 1 : Techniques de contrôle et stratégies de non-contrôle (Juillet 2014)

Littérature et recherche:

Le Temps des Naguals – Autour de Burroughs et Gysin , une anthologie du réseau Interzone, textes inédits de William Burroughs et Brion Gysin, traductions Isabelle Aubert-Baudron. ISBN : 978-2-9531513-6-7

Conte pour enfant:

Stella Matutina, textes et illustrations de Marylis : conte de Noël

en français ISBN 978-2-9531513-3-6

Stella Matutina, traduction anglaise: Isabelle AUBERT-BAUDRON & Paul O’DONOVAN – ISBN 978-2-9531513-4-3

Bande dessinée :

José ALTIMIRAS & François DARNAUDET:

Le Taxidermiste ISBN 978-2-9531513-1-2

The Taxidermist : Traduction anglaise Isabelle AUBERT-BAUDRON et Ken GAGE – ISBN 978-2-9531513-2-9

A paraître :

DE TAXIDERMIST – Traduction hollandaise: Peter VAN DE LEUR.

Musique

Interzone: Interzone CD1

Paul O’DONOVAN : The Happylands and Elsewhere

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