Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

13 mars 2017

Jean-Jacques Birgé: Agitation frite, témoignages de l’underground français

Pourquoi le public a-t-il toujours trois métros de retard sur la musique par rapport aux arts plastiques ? Cette question a probablement trait à la difficulté des analystes de cerner le hors-champ. Le livre de Philippe Robert interroge une quarantaine de musiciens de l’underground français sur l’origine de leur vocation et ce qu’elle a engendré. La variété du paysage hexagonal défile à la fenêtre.

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Le recueil de Philippe Robert, Agitation frite, témoignages de l’underground français, paraît au moment où La Maison Rouge expose Contre-cultures 1969-1989, l’esprit français. Ce n’est pas un hasard si ce sous-terrain musical est totalement absent de la galerie parisienne. D’un côté nous sommes en face d’un mouvement toujours vivace qui crée sans se préoccuper de la mode, de l’autre on continue à entretenir le mythe de modes passagères qui marquèrent leur temps. Les deux se complètent, l’art des uns répondant à la culture des autres. L’exposition embrassant son époque recèle évidemment quelques magnifiques pièces et le livre de Philippe Robert recense les engagements d’opposition rétifs à tout ce qui pourrait être récupérable.

Pourquoi le public a-t-il toujours trois métros de retard sur la musique par rapport aux arts plastiques ? Cette question a probablement trait à la difficulté des analystes de cerner le hors-champ. Circulez, y a rien à voir ! La société du spectacle adore encenser les rebelles des beaux quartiers, tandis que les musiques de traverses échappent à toute classification bien ordonnée. L’inclassable est la règle, contraire à la loi du marché. La spéculation ne pouvant donc s’exercer que sur du long terme, elle n’intéresse pas les modernes. Entendre étymologiquement ceux qui créent la mode, un système de l’éphémère dont les collectionneurs font leurs choux gras. Conclusion de ce prologue, pour avoir participé activement à la plupart des aventures évoquées par l’exposition et dans le bouquin, je vois essentiellement de la nostalgie dans la première qui a tourné la page alors que le second m’en apprend énormément sur ce qui m’est pourtant le plus proche et qui reste d’actualité !

Pour ce premier volume d’entretiens, car on imagine mal qu’il en reste là, Philippe Robert a choisi d’interroger chacun sur l’origine de son art. Quelle étincelle mit le feu aux poudres ? En suivant le cordon Bickford jusqu’au Minotaure, l’histoire de chacun se déroule à grand renfort d’anecdotes dessinant des parcours atypiques qui ne se croisent que par la nature même de la musique, son partage. À la reprise d’articles précédemment publiés dans Revue & Corrigée, Vibrations, Octopus, Supersonic Jazz ou le blog Merzbo-Derek, il ajoute des entretiens inédits qui lui ont semblé indispensables à ce portrait prismatique de l’underground musical le plus inventif de la scène française. Ainsi Gérard Terronès, Dominique Grimaud, Gilbert Artman, Pierre Bastien, Dominique Répécaud, Jérôme Noetinger, Jacques Oger, Sylvain Guérineau, Yann Gourdon et moi-même complétons les témoignages de François Billard, Pierre Barouh, Michel Bulteau, Jac Berrocal, Jacques Debout, Albert Marcoeur, Christian Vander, Richard Pinhas, Pascal Comelade, Christian Rollet, Guigou Chenevier, Bruno Meillier, Daunik Lazro, Dominique Lentin, Jean-Marc Montera, Didier Petit, Yves Botz, Camel Zekri, Noël Akchoté, Christophe & Françoise Petchanatz, Lê Quan Ninh, Jean-Marc Foussat, Jean-Louis Costes, Jean-Noël Cognard, Julien Palomo, Romain Perrot délivrés à la charnière de notre siècle et du précédent.

Si le recueil est plus passionnant que tous les autres panoramas publiés récemment, il le doit à l’opportunité des questions de Philippe Robert qui, connaissant son sujet, pose celles qui le titillent. Sa curiosité est communicative. Les musiciens des groupes Magma, Urban Sax, Catalogue, Mahogany Brain, Soixante Étages, Etron Fou Leloublan, Camizole, Vidéo-Aventures, Heldon, Lard Free, Workshop de Lyon, Un drame musical instantané, Les I, Dust Breeders, Vomir, comme les producteurs des labels Saravah, Futura ou Potlatch savent que leurs rencontres sont aussi déterminantes que les mondes qui les habitent. Si la première partie de l’ouvrage est un kaléidoscope d’inventions sans étiquettes, la seconde partie glisse vers une forme, plus conventionnelle à mes yeux et mes oreilles, de l’improvisation issue du jazz et sa déclinaison prévisible, la noise. Il n’empêche que je me suis laissé emporter par la lecture, passant une nuit blanche à le dévorer sans en perdre une miette. L’underground est tout sauf raisonnable.

→ Philippe Robert, Agitation frite, témoignages de l’underground français, 366 Pages, 15 X 19,5 cm, Ed. Lenka Lente, 25€

https://blogs.mediapart.fr/jean-jacques-birge/blog/030317/agitation-frite-temoignages-de-lunderground-Français

24 janvier 2017

Al Winans: Remembering Harold Norse

Filed under: Actualité, art & culture, Interzone, Littérature, livres, Poésie — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 7:37

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Neeli and I visit the ancient warrior
Praised by William Carlos Williams
And other literary giants
Ninety years old
Early stages of dementia setting in
Plays hide-and-seek inside
His solitary room
Now an old man trapped
In deaths shadow

He reads us a poem from
His collected works
His voice still loud and clear
Like Sunday church bells
Lays the book aside becomes
Frail and vulnerable again

This rock of ages with peaked hat
Walks slowly with us to the cafe
Across the street complains
As Neeli orders him a cup of coffee
‘ »Make mine black, » he says
Then asks why I didn’t put milk in it

This forgotten warrior walking
Back to the care facility
Neeli shielding him with an umbrella
To ward off the cold rain

« That’s my hotel, the Beat Hotel”
He says
Hotel Nirvana racing inside his blood

He stops says, “I can’t go on.”
Out of breath
As if the next step might be his last

He is like a bird
His eyes nesting
In my soul
Feeding on poetry
The Sum total of his life

https://www.facebook.com/AD.Winans

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10 juillet 2016

GendXXI: le Mag N° 10

Filed under: Actualité, APNM, Gendarmerie, Littérature — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:09

Cliquer sur l’image pour accéder au pdf en ligne

Mag-n°10

Tous les numéros sont en ligne à https://www.gendxxi.org/le-mag/

 

16 mai 2016

Andrew Lees: Mentored by a Madman: The William Burroughs Experiment

https://www.amazon.fr/Mentored-Madman-William-Burroughs-Experiment/dp/1910749109

In this extraordinary memoir, neuroscientist Andrew Lees explains how William Burroughs, author of Naked Lunch and troubled drug addict, played an unlikely part in his medical career. Lees draws on Burroughs search for an addiction cure to discover a ground-breaking treatment for shaking palsy, and learns how to use the deductive reasoning of Sherlock Holmes to diagnose patients. Lees follows Burroughs into the rainforest and under the influence of yagé (ayahuasca) gains insights that encourage him to pursue new lines of pharmacological research and explore new forms of science.

Available at Notting Hill Editions: http://www.nottinghilleditions.com/authors/andrew-lees/409

Andrew Lees

Andrew Lees is a Professor of Neurology at the National Hospital, London. He is the recipient of numerous awards including the American Academy of Neurology Life Time Achievement Award, the Association of British Neurologist’s Medal, the Dingebauer Prize for outstanding research and the Gowers Medal. He is one of the three most highly cited Parkinson’s disease researchers in the world. He is the author of several books, including Ray of Hope, runner-up in the William Hill Sports Book of the Year and The Silent Plague.
REVIEW OF Mentored by a Madman: the William Burroughs Experiment

Mentored by a Madman. The William Burroughs’s Experiment is a fascinating personal account, by one of the world’s leading neurologists, of his quest to find better treatments for Parkinson’s disease. He takes the reader on an extraordinary journey inside and outside the brain, encompassing the commanding heights of academic neurology and the Amazonian Rain Forests. His deep humanity and honesty shines throughout. The inevitable comparison with late, great Oliver Sacks is entirely just. And Lees’ mentor William Burroughs would be well pleased.” – Raymond Tallis

More at:

https://www.eventbrite.com/e/mentored-by-a-madman-the-william-burroughs-experiment-prof-andrew-lees-tickets-23417904583

http://hqinfo.blogspot.fr/2016/05/mentored-by-madman-wiiliam-burroughs.html

https://www.waterstones.com/book/mentored-by-a-madman/andrew-lees/9781910749104

16 janvier 2016

Bruno Dubuc: Dominique Dupagne : Laborit pour penser les rapports de domination

Filed under: Actualité, art & culture, biologie, Enseignement, Littérature, vidéo — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:44

http://www.elogedelasuite.net/?p=2557

Dupagne

Ce site est devenu une telle « caverne d’Alibaba » (dixit un lecteur du site…) que je ne suis parfois plus certain moi-même si j’ai traité de tel sujet ou de tel auteur. Heureusement, il est doté d’un moteur de recherche, outil fort utile dans ces circonstances… Alors quand j’ai eu un doute sur le cas de Dominique Dupagne, j’ai simplement tapé son nom dans le moteur de recherche d’Éloge de la suite. J’ai alors été stupéfait de constater que je n’avais pas encore parlé de lui dans ce site. Il aura fallu qu’une lectrice me signale dernièrement plusieurs de ses interventions où il cite Laborit pour que je me rende compte de cet oubli impardonnable que je vais tenter de réparer aujourd’hui !

La suite de cet article dans l’Eloge de la suite .

 

2 octobre 2015

Interzone Editions, Courrier de l’Ouest, 25 septembre 2015

Courrier de l’Ouest, 25 septembre 2015 (pdf)

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14 juillet 2015

Gend XXI: le Mag N° 4

Filed under: Actualité, Association, Gendarmerie, Littérature, livres, stratégie — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 11:28

Le n° 4 du Mag de Gend XXI : http://gendxxi.org/le-mag est en ligne à http://fr.calameo.com/read/0001110384b340d4d6ac4

Un merci spécial à l’équipe de rédaction pour son idée de lecture du livre Des Systèmes de Contrôle – Tome 1 : Techniques de contrôle et stratégies de non-contrôle, de votre intrépide reporter, chez Interzone Editions, et tout le meilleur à cette impeccable association professionnelle de gendarmes !

27 juin 2015

« Central Hôtel » en vente sur Amazon / Central Hôtel available on Amazon

Central Hôtel, de José Altimiras et Guy Marcenac, chez Interzone Editions est en vente en format électronique sur Amazon, au prix suivants :
– 3,51 €, http://www.amazon.fr/gp/product/B010BD650O ,
– $ 3,98 http://www.amazon.com/gp/product/B010BD650O
– £ 2,51 http://www.amazon.co.uk/gp/product/B010BD650O.
Central Hôtel, by José Altimiras and Guy Marcenac, published by Interzone Editions, is available in Kindle edition on Amazon, for the following prices:

15 juin 2015

Interzone Editions: publication de CENTRAL HÔTEL

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Sortie chez Interzone Editions de CENTRAL HÔTEL, une bande dessinée de José Altimiras et Guy Marcenac, d’après le roman d’André Héléna, « Les Clients du Central Hôtel » : http://www.interzoneeditions.net/central_hotel.htm

Bande dessinée: intérieur noir et blanc

Dessins : José ALTIMIRAS ©
Scénario : Guy MARCENAC © c/o in
terzone.editions [at] interpc.fr

ISBN 979-10-94889-00-8 – EAN 9791094889008

Format: 21 x 29,7 cm (A4) – 51 pages – 19 €

A paraître en format électronique sur Amazon.

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Perpignan, août 1944, la canicule règne. Là, dans la solitude des chambres du Central Hôtel, les corps s’abandonnent à leurs instincts. Pour les clients réunis par hasard dans cet hôtel, l’heure de vérité approche. Dehors, dans les ruelles de la vieille ville, les ombres sinistres de la Gestapo rodent…

André Héléna est un des principaux acteurs du roman noir français d’après-guerre. Né le 7 avril 1919 à Narbonne, il est profondément marqué par les années de guerre. C’est à Paris, en prison pour dettes, qu’il va écrire son premier roman : « Les flics ont toujours raison », publié en 1949 par Roger Dermée, l’éditeur de la rue des Moulins. Auteur prolifique, plus d’une centaine de romans populaires, il s’épuise à la tâche. Gagné par la maladie il meurt à Leucate le 18 novembre 1972.

Une première adaptation de « Les Clients du Central Hôtel » d’André Héléna a été publiée en 2002 chez Voix Editions en version bilingue, sous le titre « Central Hôtel », illustrations : José Altimiras, scénario: Guy Marcenac, traduction catalane: Joan-Daniel Bezsonoff.

Après « Le Taxidermiste », adapté du roman du même nom de Darnaudet-Daurel publié aux éditions Corps 9 (1985), « Central Hôtel » est la deuxième bande dessinée de José Altimiras publiée par Interzone Editions. Il vit et travaille en Catalogne et a publié d’autres ouvrages (« Entre Gener i Desembre » Ed. Rescripta – « Fora de Lloc » Ed. Trabucaire – « Rodamons » Ed. Trabucaire).

Isabelle Aubert-Baudron

14 mars 2015

Interzone Editions: le catalogue 2015 est en ligne

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1 juillet 2014

Michel Foucault

Filed under: Actualité, Enseignement, France culture, Littérature, Philosophie, Université, vidéo — Étiquettes : — Isabelle Aubert-Baudron @ 12:14

16 juin 2014

Isabelle Aubert-Baudron: De la manipulation des symboles : (2) « l’identité »

Suite de  De la manipulation des symboles : (1) «les valeurs», «évaluation» :

Version pdf complète:  De la manipulation des symboles (14 06 2014)

Un autre terme qui revient sans cesse dans les média est le terme « identité » : depuis l’apparition dans les discours médiatiques de l’ « identité de la France » en 2007, chacun se bouscule au portillon pour revendiquer pour lui-même sa propre identité, et sans laquelle  il serait quasiment voué au chaos psychotique.

Cette « identité » est censée représenter une image de lui-même et de son existence propre, ou celle correspondant aux clichés médiatiques associés lui attribuant un ensemble de caractéristiques le différenciant des autres individus, images auxquels il s’identifient.

Commençons par nous demander ce que signifie le terme « identité » :

Le Petit Robert en donne les significations suivantes :

  • Caractère de deux objets de pensée identiques. Identité qualitative ou spécifique.=> similitude. L‘identité d’une chose avec une autre, d’une chose et d’une autre. Identité de vue. Identité de goût entre deux êtres. « cette ressemblance était une identité qui me donnait le frisson. » (Baudelaire). « Les profondes identités d’esprit, les ressemblances fraternelles de pensée » (Bourget). => communauté.
  • Caractère de ce qui est un. => unité. Identité de l’étoile du soir et de l’étoile du matin (c’est-à-dire Vénus).
  1. PSYCHOL. Identité personnelle, caractère de ce qui demeure identique à soi-même. Problème psychologique de l’identité du moi. Crise d’identité. – Identité culturelle : ensemble de traits culturels propres à un groupe ethnique (langue, religion, arts, etc.) qui lui confèrent son individualité ; sentiment d’appartenance d’un individu à ce groupe. => acculturation, déculturation. – PAR EXT. => permanence. Le fait pour une personne d’être tel individu et de pouvoir être légalement reconnue pour tel sans nulle confusion grâce aux éléments (état civil, signalement) qui l’individualisent ; ces éléments. Décliner son identité. Etablir l’identité de qqn. => identifier. Usurpation d’identité. LOC. Pièce d’identité : pièce officielle, prouvant l’identité d’une personne. => papier.         Carte, photo d’identité. – Relevé d’identité bancaire. – PAR EXT. Identité judiciaire : service de la police judiciaire chargé spécialement de la recherche et de l’établissement de l’identité des malfaiteurs.=> sommier.
  2. LOC. Relation entre deux termes identiques, formule énonçant cette relation. Principe d’identité : ce qui est, est ; ce qui n’est pas, n’est pas. » MATH. Egalité qui demeure vraie quelles que soient les valeurs attribuées aux termes qui la constituent. Fonction identité : fonction prenant, quelle que soit celle-ci, la même valeur que la variable. CONTR. Altérité, contraste, différence.

Confrontons  maintenant ces  définitions aux faits :

Dans la réalité, dans le monde dans lequel nous vivons, il n’existe aucune chose qui soit identique à elle-même au fil du temps. Nous vivons dans un monde dynamique, impermanent, changeant d’une seconde à l’autre, même si ces changements échappent à nos capacités de perception.

Prenons l’expression « l’identité de la France ». Elle repose sur le postulat qu’il existerait une entité appelée « la France » qui serait statique, immuable, identique à elle-même au cours du temps.

Considérons maintenant les faits : la France est-elle identique à elle-même entre le matin et le soir d’un jour d’élections, avant et après le passage d’un ouragan ? La France de 1960 est-elle identique à celle de 2014 ?

En ce qui nous concerne, sommes-nous identiques à nous-mêmes d’un instant à l’autre au cours d’une même journée ? Suis-je, au moment où j’écris cela, « la même » que le jour de ma naissance ? Suis-je la même un matin en me levant fraiche et dispose, et quelques heures plus tard si j’ai une crise de migraine, ou que je me casse un bras ? Ce sont là des questions simples, auxquelles chacun peut répondre en confrontant le niveau des mots à celui des faits qu’il observe dans sa vie de tous les jours.

Cette conception de l’identité repose sur une vision statique de l’homme et du monde correspondant à la conception aristotélicienne, qui pouvait apparaître scientifique de l’antiquité au XVII° siècle, dans le cadre du paradigme métaphysique ou pré-cientifique, mais qui est de nos jours complètement dépassée et totalement dépourvue de scientificité.

Ainsi le terme « identité » est  censé désigner, représenter, quelque chose qui en réalité n’existe pas. Il ne s’agit pas d’un symbole, d’un signe chargé de sens qui représenterait quelque chose, mais d’un enchainement de lettres qui ne représente rien de réel.

Alors par quoi remplacer ce concept dépourvu de sens dans le contexte actuel ? Le Petit Robert nous ouvre une alternative à travers le concept d’individualité, dont il donne les acceptions suivantes :

  1. DIDACT. Ce qui existe l’état d’individu. Caractère d’un individu qui « diffère d’un autre non pas seulement d’une façon numérique, mais dans ses caractéristiques et sa constitution» (Lalande) ; fait d’être un individu. « L’être vivant forme un organisme et une individualité » (Cl. Bernard). L’individualité d’un être pensant. => moi.
  2. COUR. Caractère ou ensemble de caractères par lesquels une personne ou une chose diffère des autres. => originalité, particularité. L’individualité d’un artiste. Style d’une forte individualité.

(1830) Individu, considéré dans ce qui le différentie des autres. – COUR. => personnalité. « Ils offraient très peu d’individualités fortes,  [ … ] nul grand inventeur, nul héros » Michelet.

Le concept d’individualité contient la notion de diversité et d’originalité de chaque individu,  du fait que chacun est unique et différent des autres, et ne saurait être limité à un ensemble de caractéristiques globalisantes plaquées faussement sur la catégorie dans laquelle il est classé artificiellement, et faussement identifié.

Alfred KORZYBSKI : « SEMINAIRE DE SEMANTIQUE GENERALE 1937 – Transcription des Notes des Conférences de Sémantique Générale Données à Olivet College » (Interzone Editions)

Deuxième conférence :

p. 14 :

« Dans chaque domaine, personnel, humain, national, etc., y compris celui de la « folie », les anciennes orientations impliquaient le « est » d' »identité ». De nombreuses heures vont être nécessaires pour que vous puissiez acquérir une compréhension claire de tout cela et souvenez-vous que nous en tant que groupe avons refusé catégoriquement le « est » d’identité : La carte n’est pas le territoire. S’il peut être démontré que l’ancienne orientation est basée sur le « est » d’identité, nous pouvons voir sur quoi repose l’ancien système. »

Troisième conférence :

p. 22 :

J’examine ce garçon, et celui-ci, et celui-là, et qu’est-ce que je découvre ? C’est très difficile. Savez-vous ce que je découvre ? Et vous allez le découvrir également. Je découvre que ce garçon qui se trouve ici est un individu unique au monde. Il n’y a personne qui lui soit « identique ». Cela s’applique à chacun d’entre nous. Et cela s’applique à tout ce que vous connaissez. Littéralement tout ce que vous connaissez. Il y a une boîte d’allumettes ici sur le bureau. Cette boîte contient-elle deux allumettes « identiques » ? Nous découvrons alors une loi de la nature qui a été négligée et qui est pourtant fondamentale, à savoir la loi de non-identité. N’oubliez jamais cela. Elle est contenue dans le deuxième postulat, n’est pas tout. C’est une dénégation complète de l’identité. L’identité, qui est définie comme l’absolue similarité dans toutes les caractéristiques, n’existe pas. Nous avons découvert une loi naturelle fondamentale en ce monde, la loi de non-identité. Réalisez-vous que cette loi naturelle de non-identité est universelle ? C’est une question de fait, c’est empirique.

p. 23 :

Etes-vous identique à vous-même d’une seconde à l’autre ? A partir de ce que vous savez sur vous-même vous devriez savoir que vous n’êtes pas identique à vous-même d’un instant à l’autre. Réalisez-vous combien il est regrettable et malheureux qu’on ait dû attendre le vingtième siècle pour faire ce genre d’analyse, parce qu’elle nous semble tellement simple et tellement étrange ? Vous rendez-vous compte que ceci devrait constituer la base de l’éducation ? Et pourtant le système éducatif, en dehors de très rares écoles d’avant-garde, et en partie seulement, néglige complètement ce problème dans l’éducation. Ce genre de réponse comme une preuve des orientations sur l' »identité » est généralement courante, mais je citerai un autre exemple plus proche de notre postulat. Le postulat est la non-identité, mais il s’agit de la non-identité dans « toutes » les caractéristiques. L’identité est définie comme une similarité absolue dans toutes les caractéristiques. Vous pouvez ressembler à quelqu’un d’autre, vous pouvez avoir le même nez, la même bouche et même quelques dents, mais vous ne lui êtes pas identique parce que vos caractéristiques ne sont « pas toutes » identiques aux siennes. Si vous n’avez qu’une caractéristique similaire, avez-vous la même identité ? Quand nous approchons des limites de classification dans le domaine scientifique, les caractéristiques d’une molécule diffèrent des caractéristiques générales des groupes de molécules et d’atomes. Ce sont des questions de faits dans les sciences en général.

La même chose est vraie en ce qui nous concerne. A savoir que la « psychologie » de chacun d’entre nous est différente selon que nous sommes pris séparément ou que nous sommes en groupe, la « psychologie » de masse ou de groupe est différente de la « psychologie » individuelle. Les orientations sont non-élémentalistes, la dépendance vis-à-vis de l’environnement, du groupe, de l’environnement dont nous sommes tous victimes; la dépendance vis-à-vis de l’environnement sémantique auquel nous ne pouvons échapper; nous sommes nés dans un certain système d’évaluation. Pouvez-vous être isolés de ce système quel qu’il soit ? En d’autres termes le caractère non-élémentaliste de l’environnement sémantique ou linguistique. Cela nous place-t-il dans une situation où sont négligés certains des facteurs les plus vitaux de nos existences ? Pourquoi perdons-nous notre temps avec « l’environnement de l’eau » et l' »environnement de l’air » et ignorons-nous totalement l’environnement linguistique et sémantique ? En S.G., nous examinons ces facteurs qui ont été méconnus auparavant.

Septième conférence :

p. 51 :

« Représenter les « faits » comme des « faits » et avoir une carte-langage qui corresponde aux « faits », revient au même. Voici tout le secret de l' »aliénation » et de la santé. Notre monde n’est pas encore régi par ces notions, c’est pourquoi nous avons un monde si malheureux. Ceci nous conduit à la loi de non-identité. Il n’y a pas d' »identité » en ce monde, mais toutes les vieilles orientations sont basées sur l' »identité ». L’aliénation est basée sur des identifications, des identifications dans un monde où il n’y a pas d’identité. Vous trouverez dans la vie de tous les jours de graves problèmes sans fin générés par des identifications, ou des évaluations inadaptées. »

Dixième conférence :

p. 73 – 74 :

« Je ne ferai pas de redite pas ce soir. Les notions que nous avons étudiées vous sont plus ou moins familières. Souvenez-vous des quatre « est ». Souvenez-vous que le « est » d’attribution et le « est » d’identité sont par extension invariablement faux par rapport aux faits. Souvenez-vous que ce sont les faits qui sont importants. Si vous dites que le bâton est noir, cette déclaration est fausse par rapport aux faits. « Le bâton me semble noir » est correct. Les faits n’ont pas changé, mais les implications sont différentes. Voilà le point important dans cette question. La première déclaration implique de fausses informations, pas la deuxième. Quand nous utilisons ces « est » nous classifions intérieurement nos évaluations. Cela implique une réponse organique. Ensuite nous identifions quelque chose de réel avec une fiction et nous vivons, alors, dans un monde d’illusions. Ceci conduit à l’inadaptation. Cela s’applique aussi à d’autres mots. Disons « pomme ». Ce nom s’applique 1) aux processus électro-chimiques qui s’y déroulent; 2) il s’applique à l' »objet », 3) il s’applique aux impressions sur notre cerveau; et 4) finalement à une définition. Ce seul mot recouvre quatre choses différentes. Cela n’est pas sain. Il est impossible de gérer correctement une telle situation. N’oubliez jamais ceci. Souvenez-vous que toutes les impressions des « sens » sont anthropomorphiques. Dans l’ancienne orientation nous sommes pleins de faux savoir. Tout ce que je vous dis ici provient de l’antique « sagesse » mais il ne serait jamais possible de l’appliquer dans l’orientation intensionnelle. Les gens qui veulent résoudre leurs propres problèmes doivent étudier les méthodes extensionnelles. Ici je n’ai fait qu’ébaucher les grandes lignes du cours de façon déductive; cependant, vous devez retourner aux sources inductives telles qu’elles sont ébauchées dans « SCIENCE AND SANITY ».

Souvenez-vous de l’amibe. Elle répondait à la proie qui nageait à côté d’elle, parce que cette proie produisait des bulles de gaz qui avaient des effets chimiques directs sur l’amibe. Si nous reproduisons artificiellement des bulles de gaz à proximité de l’amibe, elle passera par les mêmes réactions et essaiera d’attraper les bulles de gaz. Ce n’est pas une réaction « sage » d’un point de vue humain. Cette bulle n’avait pas de valeur alimentaire pour l’amibe. C’était une réaction physico-chimique. Observez ce type de réactions animalières. Vous verrez que chaque jour vous faites la même chose. D’un point de vue humain cela dénote une évaluation pauvre. Nous parlons des réactions organiques de l’amibe et nous utiliserons le terme « identification ». Nous pourrions dire de ces réactions artificielles que l’organisme de l’amibe a identifié et évalué une bulle comme de la nourriture. C’était une évaluation inadaptée.

Comme il n’y a pas d’identité en ce monde, bien qu’il y ait égalité, équivalence, etc., n’importe quelle identification (quand l’amibe identifie de façon organique la nourriture avec la bulle), rend impossible une évaluation correcte. Quand nous sommes devant des identifications en termes de « valeur » entre n’importe quoi et n’importe quoi, elles sont souvent nuisibles ou pathologiques quand elles sont appliquées aux êtres humains. Au niveau de l’amibe, l’identification est « naturelle »; au niveau humain, elle engendre souvent l' »aliénation » et d’autres difficultés humaines. L’identification en termes de valeur dans un monde de non-identité ne peut conduire à une adaptation correcte car elle ne nous permet pas d’évaluer correctement. L’identification de la bulle à de la nourriture n’est pas une évaluation appropriée. Souvenez-vous que ces termes sont techniques. Restez techniques, ne traduisez pas ces termes sans quoi vous vous attirerez des difficultés. C’est exactement comme dans le domaine des sciences, abolissez les termes techniques et vous avez aboli une science.»

William Burroughs: The Book of Breathing with illustrations by Robert F. Gale

“Count Alfred Korzybski, who developed the concept of General Semantics in his book Science and Sanity, has pointed out that the is of identity has led to basic confusion I, Western thought. The is of identity is rarely used in Egyptian pictorial writing. Instead of saying he is my servant they say he (is omitted) as my servant: a statement of relationship not identity. Accordingly there is nothing that word itself essentially is. Word only exists in a communication system of sender and receiver. It takes two to talk.

Perhaps it only took one to write.”

 

Dany Laferrière : « Depuis cinquante ans on nous emmerde avec l’identité, c’est l’expression à la mode. On dirait qu’on a été pris en otages par une bande de psychologues, de psychiatres ou de psychopathes. Quel que soit ce que vous faites, c’est une question d’identité. En Haïti, on a un surplus d’identités. »

http://bibliobs.nouvelobs.com/la-video-boite/20141125.OBS6029/dany-laferriere-depuis-50-ans-on-nous-emmerde-avec-l-identite.html

22 décembre 2013

Normand Baillargeon: LE PETIT COURS D’AUTODÉFENSE INTELLECTUELLE

Version intégrale: chez Lux Editeur:

Petit cours d’autodéfense intellectuelle

Illustrations de Charb
Normand Baillargeon

Nomination pour le Prix du public, Salon du livre de Montréal 2006.

Parution : 18/05/2005 ISBN : 978-2-89596-044-7 344 pages

Parution en Amérique du Nord: 18 mai 2005
21.95 $

Normand Baillargeon – regard sur l’économie … – 1 de 2

Normand Baillargeon – regard sur l’économie; l’économie participative 2 de 2

19 novembre 2013

Interzone Editions: Publications

Une expérimentation d’une économie non-aristotélicienne

E-books

En français:

Isabelle AUBERT-BAUDRON:

Des systèmes de contrôle: à paraître

Le Carrefour des Impasses : en cours de publication, ancienne version en ligne.

Revue Objectifs : Objectifs 1 , Objectifs 2 , Objectifs 3 , Objectifs 4 , Objectifs 5 , Objectifs 6, Objectifs 7

Traductions d’extraits de Science and Sanity d’Alfred Korzybski. Translated with the permission of Alfred Korzybski Literary Estate.

Anthologie d’Interzone:

Le Temps des Naguals: Autour de Burroughs et Gysin: également disponible en version imprimée (Interzone Editions): 135 pages.

En anglais :

Interzone anthology: The Time of the Naguals : en ligne en format pdf.

En version imprimée chez Interzone Editions

Sciences humaines:

Alfred KORZYBSKI: SEMINAIRE DE SEMANTIQUE GENERALE 1937: Transcription des Notes des Conférences de Sémantique Générale Données à Olivet College – Traduction: Isabelle AUBERT-BAUDRON- ISBN 978-2-9531513-05.

Littérature et recherche:

Le Temps des Naguals – Autour de Burroughs et Gysin , une anthologie du réseau Interzone, textes inédits de William Burroughs et Brion Gysin, traductions Isabelle Aubert-Baudron. ISBN : 978-2-9531513-6-7

Conte pour enfant:

Stella Matutina, textes et illustrations de Marylis : conte de Noël

en français ISBN 978-2-9531513-3-6

Stella Matutina, traduction anglaise: Isabelle AUBERT-BAUDRON & Paul O’DONOVAN – ISBN 978-2-9531513-4-3

Bande dessinée :

José ALTIMIRAS & François DARNAUDET:

Le Taxidermiste ISBN 978-2-9531513-1-2

The Taxidermist : Traduction anglaise Isabelle AUBERT-BAUDRON et Ken GAGE – ISBN 978-2-9531513-2-9

A paraître :

DE TAXIDERMIST – Traduction hollandaise: Peter VAN DE LEUR.

Musique

Interzone: Interzone CD1

Paul O’DONOVAN : The Happylands and Elsewhere

20 octobre 2013

La philosophie du non de Gaston Bachelard

A écouter sur France culture dans “les Nouveaux chemins de la connaissance” le quatrième volet des « Vertus du non »:
17.10.2013 – 10:00
Par Adèle Van Reeth
Réalisation : Olivier Guérin
Lectures : Georges Claisse
Invité(s) : Didier Gil, professeur de philosophie en hypokhâgne, chercheur associé au Centre de recherche sur l’histoire des système de pensée moderne (Université Paris I) Thème(s) : Idées| Philosophie| Gaston Bachelard 

29 décembre 2011

Bruce Kodish: « Korzybski: A biography »

$28.45
http://www.generalsemantics.org/store/all-books/443-korzybski-a-biography.html

http://www.amazon.fr/Korzybski-Biography-Bruce-I-Kodish/dp/0970066406/ref=sr_1_13?ie=UTF8&qid=1328578884&sr=8-13

Korzybski: A Biography

de Bruce I. Kodish : facebook twitter 

« C’est un livre incroyable! » dit Albert Einstein au début des années cinquante, interrogé sur son impression de l’oeuvre d’Alfred Korzybski en1933, Science and Sanity. Plus de dix ans plus tard, Richard Feynman trouva la notion de « time-binding » de Korzybski cruciale pour répondre à la question « Qu’est-ce que la science ? ».

Feynman ignorait que le terme « time-binding » (lien temporel) avait été inventé par Korzybski en 1921 dans son premier livre, Manhood of Humanity, pour désigner ce qu’il considérait comme la caractéristique spécifique des humains : la capacité de chaque génération à commencer là où leurs prédécesseurs s’étaient arrêtés et à accumuler des connaissances utiles à un rythme toujours plus rapide. Dans les sciences exactes et la technologie, la faculté de lier le temps semble assez bien fonctionner. Moins dans les autres domaines d’activités humaines. Korzybski, un aristocrate polonais, patriote, et ingénieur qui avait vécu sous la tyrannie tsariste et avait connu les horreurs de la première guerre mondiale sur le front de l’Est avant de s’installer aux Etats-Unis, prit conscience de la disparité entre les résultats des avancées scientifiques et technologiques, rapides mais étroites, et ceux du développement aux niveaux éthiques et sociaux, plus étendu, mais avançant à une allure d’escargot: un cycle apparemment sans fin de crises, de révolutions et de guerres. Cherchant une porte de sortie, il étudia un large éventail de disciplines allant de la physique à la psychiatrie, des domaines considérés par d’autres comme ayant peu de rapport les uns avec les autres, et découvrit des facteurs d’équilibre dans les méthodes physico-mathématiques. Comparant les façons de penser que les scientifiques et les mathématiciens adoptent dans le meilleur de leurs de leurs réalisations, et les façons de penser inadaptées qu’eux et d’autres personnes ont tendance à utiliser le reste du temps, Korzybski a relié la science et la santé dans une nouvelle vision du monde avec une méthodologie jointe (intitulée « sémantique générale ») assez simple pour être enseignée aux enfants.

L’influence du travail de pionier de Korzybski s’étend aujourd’hui à un ensemble de domaines englobant les sciences cognitives – les thérapies comportementale, la communication, l’écologie des média, la médecine, le développement organisationnel, les conseils en philosophie et la philosophie, etc. En dépit de cela, l’oeuvre radicalement interdisciplinaire de Korzybski reste relativement peu assimilée dans les champs universitaires et difficile à intégrer avec précision dans les catégories familières populaires. C’est pourquoi Korzybski, qui a lancé l’adate « La carte n’est pas le territoire », demeure un personnage relativement négligé, incompris et controversé: certains le considèrent comme un génie tandis que d’autres le traitent d’excentrique. S’appuyant sur un ensemble de sources incluant la correspondance personnelle, des notes, albums et écrits publiés et inédits de Korzybski, ainsi que des entretiens et interviews avec quelques uns des collaborateurs les plus proches de Korzybski, Bruce I. Kodish situe les contributions de Korzybski dans le contexte de son époque et donne un aperçu surprenant de son travail comme un tout. La prose claire de Kodish offre un récit passionnant et abordable de la vie très occupée, parfois trop occupée, excitante et épuisante, de Korzybski, tout en rendant accessible certains des aspects les plus complexes de sa pensée. Pour les années à venir, cette biographie exceptionnelle restera l’ouvrage de référence sur l’oeuvre de Korzybski et sa vie extraordinairement aventureuse et révélatrice.

(Traduction: I. Aubert-Baudron)

Softcover. 694 pages. ISBN 0970066406. 2.4 lbs.

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