Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

13 juillet 2017

La Croix: Burn-out, dépression, suicide : la médecine est-elle pathogène ?

Filed under: Actualité, burn out, hôpital, Management, Université — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:44
http://www.la-croix.com/Debats/Chroniques/Burn-out-depression-suicide-medecine-est-elle-pathogene-2017-07-04-1200860271
Anne-Laure Boch, le 04/07/2017 à 11h32

Neurochirurgienne, praticienne hospitalière, docteur en philosophie

A l’initiative de l’intersyndicale nationale des internes, plusieurs syndicats représentant les jeunes et futurs médecins ont réalisé une enquête sur la santé mentale des jeunes médecins. Menée par autoquestionnaire sur des étudiants, des internes et des chefs de clinique, l’enquête a concerné 21 768 répondants.

Les résultats sont inquiétants. L’anxiété affecte 66 % des sondés, la dépression 28 %, les idées suicidaires 24 % dont 6 % dans le mois précédant l’enquête. Ces chiffres corroborent ceux d’autres études, effectuées sur des médecins plus âgés : selon le conseil de l’Ordre, près de 8 % des décès des médecins en activité sont dus à un suicide, soit deux fois plus que dans la popu­lation générale. Quant au burn-out, il menace 30 % des médecins, et même 40 % des chirurgiens !

Quelles sont les causes de ce profond malaise ? Il y a certainement des causes essentielles, qui tiennent au contact quotidien avec des personnes en détresse physique, morale ou sociale. Malgré les immenses gratifications apportées par l’exercice de la médecine, la fréquentation de la souffrance peut induire chez les soignants une douleur morale « par compassion ». Mais le stress professionnel a aussi des causes conjoncturelles, liées aux conditions d’exercice de la médecine, qui se dégradent actuellement. Éparpillement des tâches, tensions dans les équipes, harcèlement moral, absence de reconnaissance sociale, pression administrative… Parmi les facteurs possibles, l’enquête pointe en particulier la surcharge horaire, responsable de fatigue, voire d’épuisement. 46 % des internes et chefs de clinique ne peuvent pas respecter le repos de sécurité après leurs gardes. Plus de 40 % d’entre eux déclarent travailler entre 49 et 60 heures par semaine, 28 % entre 61 et 80 heures et 5 % plus de 80 heures. Quant aux étudiants des premier et deuxième cycles, « rescapés » du concours de première année, ils endurent un cursus « placé sous le signe de la souffrance ».

Est-il bien nécessaire d’infliger de tels tourments pour former de bons médecins ? N’est-ce pas plutôt contre-productif ? La perte d’effi­cience au travail menace ceux qui craquent sous la pression. Et c’est bien ce que les pouvoirs publics redoutent, non sans cynisme. La souffrance au travail n’est-elle un problème que parce que les professionnels exténués cessent, tôt ou tard, « d’en faire trop » ? Ou parce qu’ils ont plus de risques de commettre des erreurs ? Mais qu’on se rassure : une étude menée chez des médecins généralistes en proie au burn-out montre non seulement qu’ils ne font pas plus d’erreurs que les autres, mais même qu’ils sont plus attentifs aux problèmes psycho­logiques de leurs patients ! De là à conclure que le burn-out du médecin peut profiter au malade…

Ce triste tableau est symptomatique de la société de consom­mation où les intérêts du travailleur sont sacrifiés à ceux du client. Pour que le client (ici le patient) soit roi, il faut paraît-il que le travailleur (le producteur de soins, c’est-à-dire le médecin) soit esclave. À charge pour lui de se rattraper dans un autre secteur de sa vie, quand il s’installera à son tour dans le rôle de client. Au terme de ce processus, qu’un mensonge qualifie de gagnant-gagnant, il y a ce qu’on ­appelle l’ubérisation de la société. Ce qui signifie l’extension de la souffrance et même, osons le mot, du malheur.

Anne-Laure Boch
Sur le même sujet:

27 juin 2017

Bruno Dubuc: Une conférence sur Henri Laborit

Dans l’Eloge de la suite:

http://www.elogedelasuite.net/?p=3595

J’aurai le plaisir de donner une conférence sur Henri Laborit mardi prochain le 13 juin dans le cadre du Café Sciences du Sud Luberon (tous les détails sur l’affiche ci-contre si vous êtes dans le sud de la France…).

La conférence sera cependant donnée par Skype étant donné que je réside au Québec. Selon les tests effectués, cela devrait bien fonctionner, tant pour la présentation que pour la période d’échange avec le public prévue après.

Vous pouvez accéder à une version « texte et images » de cette conférence en cliquant ici.

Je vous colle ci-dessous le texte de présentation de la conférence fort bien rédigé par M. Frank Chauvallon (qui est aussi l’instigateur de cette conférence).

* * *

« Alors qu’il est chirurgien au Service de Santé des Armées, Henri Laborit s’intéresse aux techniques  d’anesthésie et fait au début des années 50, deux grandes découvertes : la technique de l’hibernation artificielle qui va révolutionner la chirurgie et le premier neuroleptique au monde : la chlorpromazine.  Ces découvertes et les brevets qui vont en découler lui permettent de créer son propre laboratoire et de poursuivre ses recherches en totale indépendance avec une petite équipe de passionnés, s’attirant ainsi les foudres de l’establishment médical Français qui voit en lui un rebelle incontrôlable et imprévisible.

Rebelle, il le sera effectivement toute sa vie, pour le bonheur de la science (beaucoup voient en lui un précurseur des sciences cognitives modernes) et des nombreux lecteurs de ses ouvrages de vulgarisation à qui il fait partager sa connaissance de la biologie mais aussi son impact sur le mental et le social.

“Mon oncle d’Amérique”, film réalisé par Alain Resnais en 1980 est une illustration de ses travaux. On y voit des hommes et des rats de laboratoire qui présentent tant de points communs lorsqu’ils font face à une agression !

Le film connaît un succès certain même si on lui reproche parfois de faire du ”behaviorisme”, ce à quoi il répond : ”que voulez-vous qu’on montre dans un film à part des comportements ?”.

Mais le plus frappant chez lui est probablement sa capacité à remettre en question les idées établies, sûrement parce qu’il réalise très tôt à quel point celles-ci sont le fruit de conditionnements socio-culturels, conditionnements qu’il préconise de “fuir” en faisant appel à l’imagination, cette capacité que nous avons à fabriquer de nouveaux concepts et ainsi moins subir ceux que nous imposent la biologie et/ou notre environnement social. En cela, son message est intemporel, rafraîchissant et libérateur : il donne envie de comprendre, découvrir, être surpris, voir plus loin.

Bruno Dubuc, rédacteur scientifique en neurobiologie, a été fortement influencé par les idées de Laborit qu’il voit comme “… un penseur majeur du XXe siècle, multidisciplinaire, innovateur, provocateur et critique féroce de cette société productiviste…” . Il lui a consacré en 2014 un site web très complet www.elogedelasuite.net pour permettre (enfin) à ses idées d’entrer dans un XXIe siècle qui en a tant besoin !

Bruno a accepté, et nous l’en remercions vivement, de faire, depuis le Québec,  une présentation dont l’objectif est double : nous donner un aperçu des connaissances actuelles dans le domaine du cerveau et nous montrer en quoi les travaux et idées de Laborit ont été essentiels au développement de ces connaissances. »

 

Dans Le blog du cerveau à tous les niveaux:

http://www.blog-lecerveau.org/blog/2017/06/12/6580/#more-6580

Lundi, 12 juin 2017

Un peu comme je l’ai fait la semaine dernière, la pièce de résistance d’aujourd’hui arrivera… demain ! C’est que je donne mardi le 13 juin ma dernière conférence de la saison qui a pour titre « Henri Laborit, un précurseur en neurobiologie » et que sa préparation ne me laisse pas vraiment le temps pour un billet original aujourd’hui. Je vous renvoie donc pour l’instant à celui que j’ai écrit vendredi dernier sur mon autre site web, Éloge de la suite, qui lui est consacré. Car plusieurs d’entre vous devez commencer à savoir que ce personnage m’a beaucoup influencé, d’où ce second site qui, depuis son ouverture en novembre 2014, est devenu LA référence sur l’œuvre de Laborit tellement les gens m’ont envoyé de documents à mettre en valeur, tant écrits qu’audio ou vidéo.

Je disais « pour l’instant » car je mettrai demain ici en fin de journée le texte et les images de cette conférence que je prononcerai dans le cadre du Café Sciences du Sud Luberon, en France (ce sera donc une conférence par Skype car j’habite au Québec). [ MISE À JOUR 14 JUIN : voici donc une version « texte et images » de cette conférence.]

En attendant, je vous laisse avec cette brève biographie du personnage qui ouvre ce que je vais raconter demain. On m’a demandé de mettre en perspective les domaines de recherche où Laborit peut être considéré comme un précurseur, tout en présentant ses vues sur la question du libre arbitre. Rien que ça ! Vous comprendrez pourquoi j’essaie encore de figurer aujourd’hui comment je vais m’en sortir… ;-)

17 mai 2017

Eloge de la suite: Un diaporama «interactif» sur des extraits de La nouvelle grille de Laborit

http://www.elogedelasuite.net/?p=3554

 

David Batéjat, webmestre du site web Nouvellegrille.info, a envoyé récemment l’une de ses lettres d’informations dans un format expérimental fort intéressant. Il s’agit d’un diaporama « interactif » où il nous présente d’abord 4 extraits de quelques pages fort pertinentes de La nouvelle grille, de Laborit. On peut toutefois aussi, et c’est le côté « interactif » de la chose, accéder aux mêmes extraits où des phrases ont été surlignées en jaune par Batéjat et commentées / actualisées par lui dans la marge de droite. Ces versions commentées n’étant « qu’un reflet déformé par ma « socioculture » », comme le précise Batéjat en bon laboritien qu’il est… ;-P

Voici un extrait du début de son diaporama accessible en cliquant ici (cliquez ensuite sur l’écran ou sur la barre d’espacement pour faire avancer le diaporama.

La suite dans l’Eloge de la suite

Sur le même sujet: Dans La sémantique générale pour tous : La nouvelle grille :Thermodynamique et information (en ligne)       

Histoires d’universités: le blog de Pierre Dubois: Macron et l’enseignement supérieur

https://histoiresduniversites.wordpress.com/2017/04/24/macron-et-lenseignement-superieur/

Programme d’Emmanuel Macron Enseignement supérieur et recherche. Donner aux universités une autonomie réelle.

Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Pour aller plus loin : 176 chroniques du blog Histoires d’universités sur Autonomie des universités.

Lire aussi

EducPros, Emmanuel Macron vs Marine Le Pen : leurs propositions pour l’enseignement supérieur

EducPros, Emmanuel Macron : Nous permettrons aux universités de recruter elles-mêmes des enseignants-chercheurs

Arte: Étudiants, l’avenir à crédit

http://www.arte.tv/fr/

ARTEplus7

Ajoutée le 15 mai 2017

http://www.arte.tv/fr/videos/060212-0…
Sous l’effet de la compétition internationale, les universités se transforment en de gigantesques entreprises. Une enquête aussi éclairante qu’inquiétante sur un phénomène émergent en Europe.

Compétitivité, marketing ou retour sur investissement sont des termes qui circulent désormais dans les couloirs feutrés des grandes universités. De Shanghai à New York en passant par Paris et Berlin, la transmission des connaissances devient une marchandise, dans le sillage de « l’économie du savoir », une doctrine érigée à la fin des années 1990 par les instances financières internationales – OCDE et Banque mondiale en tête. L’enseignement supérieur, reconnu comme un moteur de productivité et de croissance économique, doit se mettre au service du développement des pays. Victimes de ce nouveau système, les étudiants sont contraints d’investir pour apprendre. Ils s’acquittent de frais d’inscription de plus en plus élevés, et s’appauvrissent avant même d’entrer dans la vie active. Aux États-Unis, la dette étudiante a dépassé le coût du logement et de la santé, menaçant l’économie nationale. Les jeunes Européens suivront-ils la même voie ? Si certains pays d’Europe du Nord résistent à cette commercialisation du savoir, considérant l’éducation comme un acquis social, d’autres s’inspirent de plus en plus du modèle anglo-saxon. En France, les établissements les plus prestigieux, comme Sciences-Po et Paris-Dauphine, se sont déjà engagés sur le chemin du payant.
À bout de souffle
Étayé par des chiffres effarants, ce documentaire fouillé dresse un état des lieux de la mutation des universités du monde entier. Des États-Unis jusqu’à la Chine, nouvel eldorado de l’enseignement supérieur mondial, le réalisateur pointe les dérives de la marchandisation du savoir en partant à la rencontre d’étudiants étouffés par leurs crédits et terrifiés par l’avenir.

Documentaire de Jean-Robert Viallet (France, 2015, 1h24mn) ARTE F

Sur le même sujet:

3 janvier 2017

Bruno Dubuc : Laborit dans l’Eloge de la suite, décembre 2016

Filed under: Actualité, biologie, Enseignement, médecine, recherche médicale, Université — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 7:04

Lordon, Spinoza et une étude récente rappellent les travaux de Laborit

Publié le 23 décembre 2016

Je suis revenu lundi dernier à un billet « ordinaire » sur le blogue du Cerveau à tous les niveaux, ayant fini mon cours sur la cognition incarnée que j’ai donné cet automne à l’UQAM [et dont les présentations complètes en format pdf sont disponibles ici]. Comme je m’en inspirais également pour mes billets sur Éloge de la suite, je reviens donc par le fait même aussi à mes billets « normaux » sur ce site après avoir trouvé finalement pas mal de liens entre mes 14 séances et l’œuvre de Laborit.

Mais d’abord, une dernière réaction par rapport à ce que j’ai écrit lundi sur la Cerveau à tous les niveaux au sujet de cette étude qui vient d’être publiée dans le numéro du 25 novembre dernier de la revue Science. Car comme vous allez le constater, les liens avec Laborit sont trop évidents pour les passer sous silence.

L’étude démontre que la position de subordination dans un groupe semble avoir des effets néfastes sur le système immunitaire. Tiens, tiens… Ça ressemble un peu à ce que Laborit a dit et écrit au moins 950 000 fois, non ?

Bon, j’aurais le goût de vous laisser là-dessus et de vous annoncer tout de suite que je vais prendre ça « off » la semaine prochaine pour décanter un peu mon automne et passer du temps avec « mes chers contemporains »… Mais cette formule m’amène justement à vous parler d’un dernier truc en 2016 (promis !). Il s’agit d’une série de documentaires indépendants portant ce titre et réalisé par Usul. Et le seul épisode que j’ai écouté à date, celui sur Frédéric Lordon intitulée « L’économiste » m’a beaucoup plus car il montre bien la pertinence du contre-discours de Lordon en ces temps où les alternatives au discours hégémonique du capitalisme néolibéral atteint des sommets dans l’endoctrinement des masses. Quel est le rapport avec Laborit ? Celui, justement, du conditionnement et des beaux discours logiques pour le couvrir que Laborit a lui aussi tant décrié.

L’article est en ligne à http://www.elogedelasuite.net/?p=3404

De Feynman à Friston, en passant par Laborit: minimiser l’entropie pour survivre

Publié le 16 décembre 2016

J’ai lu quelque part que le grand physicien et prix Nobel Richard Feynman, sachant qu’il lui restait peu de temps à vivre, aurait dit qu’il donnerait cher juste pour avoir accès à un simple « textbook » de physique écrit.. dans quelques siècles. Sans doute pour voir où les connaissances générales sur l’univers en serait rendues, lui qui était d’une insatiable curiosité.

Cela m’a fait penser au sujet de la dernière séance du cours sur la cognition incarnée que j’ai donné à l’UQAM cet automne. Dans mon résumé de lundi dernier de cette séance dans le blogue du Cerveau à tous les niveaux, je présentais l’idée générale de la minimisation de l’énergie libre, ce principe popularisé par Karl Friston qui est à la base de notre compréhension du cerveau en tant que machine à faire des prédictions. Car il existe un filiation entre Feynman et Friston à travers ce concept d’énergie libre qu’il faudrait, explique Friston, constamment minimiser pour se maintenir en vie. C’est, grosso modo, la même chose que de dire qu’un être vivant doit maintenir sa structure pour pouvoir survivre dans un univers où l’entropie est inéluctablement croissante (où tout tend au désordre, pour le dire autrement).

Cette formulation nous ramène aussi tout droit à Laborit. Plus précisément au livre le plus « thermodynamique » qu’il a sans doute écrit, l’un de ses premiers également : Du soleil à l’Homme, publié en 1963. Sous-titré « L’organisation énergétique des êtres vivants » et dédié à Alfred Korzybski, ce livre contient des passages qui expliquent fort bien ce sur quoi des gens comme Friston tentent aujourd’hui d’élaborer des théories unifiées de la cognition et de l’action humaine (ce que Laborit avait déjà entrepris à son époque).

http://www.elogedelasuite.net/?p=3393

L’énaction de Francisco Varela et « la seule raison d’être d’un être » de Laborit

Publié le 9 décembre 2016

L’an passé, à pareille date, j’écrivais dans Éloge de la suite :

« Il y aura, à Montréal cet hiver, un film, un cours et une exposition sur Henri Laborit ! Et si je l’annonce aujourd’hui, c’est que l’unique rencontre entre Laborit et Francisco Varela, rencontre qui a été filmée et constitue en quelque sorte le nœud gordien de mon film, a eu lieu un 9 décembre, en 1992… »

La première du film avait bel et bien eu lieu en février 2016, avec l’exposition et le cours qui s’étaient poursuivis les semaines suivantes jusqu’à ce que le film soit mis en ligne (du moins sa partie 2 de 4 intitulée Biologie) en mai 2016.

Pour ce qui est de l’unique rencontre entre Laborit et Varela, j’ai retrouvé dans mes cassettes vidéo (en préparant le montage avec Michèle Duzert que je vous ai présenté le 21 novembre dernier pour souligner le 2e anniversaire du site) un extrait où Mme Duzert me lit une lettre que lui avait envoyée Laborit…

http://www.elogedelasuite.net/?p=3379

5 décembre 2016

Bruno Dubuc: Laborit, pionnier de la psycho-neuro-immunologie

http://www.elogedelasuite.net/?p=3370

Comme je l’ai expliqué ici, je donne cet automne un cours sur la cognition incarnée à l’UQAM. Chaque lundi, je publie dans le blogue du Cerveau à tous les niveaux un résumé de la séance que je donne le mercredi suivant. Et chaque vendredi, je fais ici des liens entre le travail de Laborit et le thème de la semaine (les présentations des séances du cours en format pdf sont disponibles ici).

Cette semaine, nous avons donné un aperçu de la complémentarité du système nerveux, hormonal et immunitaire dans le corps humain. On a donc, entre autres, parlé de la psycho-neuro-immunologie en rappelant tout d’abord qu’elle s’est développée à partir des travaux de Robert Ader à partir du milieu des années 1970.

Celui-ci avait réussi à conditionner des rats en associant la prise d’un liquide sucré à une substance immunosuppressive, de sorte que l’eau sucrée seule parvenait ensuite à diminuer les défenses immunitaires de l’animal. On commençait alors à admettre que le système nerveux pouvait interagir directement avec le système immunitaire (ici par l’entremise d’un conditionnement associatif).

Mais on s’en doutait depuis un certain temps déjà, notamment par l’entremise des travaux de Hans Selye qui avait montré que lorsque le corps subit une agression ou qu’il perçoit une menace, des remaniements hormonaux surviennent très rapidement. Et l’on connaissait déjà ce que l’on appelle l’axe hypothalamo-hypophysio-surrénalien, c’est-à-dire comment l’hypothalamus du cerveau communique avec la glande hypophyse qui à son tour va stimuler d’autres glandes dans le corps, dont les glandes surrénales. On avait donc là aussi une interaction du cerveau avec un autre grand système, le système hormonal.

Mais pour en revenir à la neuro-psycho-immunologie, Joël de Rosnay écrivait, dans un hommage posthume à Laborit en 1995 :

« [Laborit] ouvre la voie de la neuro-psycho-immunologie […] L’inhibition de l’action peut être le facteur déclenchant de désordres neuro-psycho-immunologiques. […] Les trois réseaux qui assurent l’homéostasie du corps (système nerveux, immunitaire et hormonal) convergent et s’interpénètrent. Des molécules ubiquitaires comme l’insuline, la vasopressine, l’ocytocine, ou les cytokines interviennent à plusieurs niveaux de ces réseaux, confirmant l’approche proposée par Laborit dans les années 60. »

Ce constat, fait il y a plus de 20 ans, est encore plus d’actualité que jamais. Un exemple très récent, parmi beaucoup d’autres : je lisais pas plus tard que vendredi dernier qu’une étude, qui vient d’être publiée dans Science, montre que la position relative d’un singe rhésus dans la hiérarchie de dominance de son groupe influence le fonctionnement de son système immunitaire.

En effet, plus le rang d’un singe est bas dans la hiérarchie, moins il produit de cellules immunitaires d’un certain type et plus il produit de molécules pro-inflammatoires. Ce changement est déclenché par l’activation ou non de gènes : quand un animal change de position dans la hiérarchie (suite à une manipulation des groupes par les expérimentateurs), le taux d’expression de ces gènes change aussi. Par exemple, un animal bas dans la hiérarchie active plus de gènes reliés à l’inflammation. L’inflammation est normale et utile pour combattre les infections. Mais quand ces mécanismes inflammatoires sont activés en l’absence de microbes, probablement juste par le stress infligé par les individus dominants, alors ils deviennent néfastes pour la santé.

Détail intéressant, les individus subordonnés qui se faisaient le plus toiletter (“grooming”) étaient ceux qui avaient les processus inflammatoires les moins élevés. Comme quoi le réconfort ressenti par les attentions des autres a non seulement un effet psychologique, mais également un effet physiologique réel.

Ce qui fait dire au Dr. Noah Snyder-Mackler, auteur principal de l’étude :

“I think there’s a really positive social message. If we’re able to improve an individual’s environment and social standing, that should be rapidly reflected in their physiology and immune cell function. “

Laborit et Resnais n’auraient pu qu’être d’accord, eux qui avaient montré si clairement il y a plus de 35 dans Mon oncle d’Amérique tous les effets néfastes sur la santé de l’inhibition de l’action découlant de la subordination sociale.

Bruno Dubuc: Comment sortir de la phrénologie avec Anderson et des « mécanismes de défense » avec Laborit

Lire l’article en entier: http://www.elogedelasuite.net/?p=3340

Extrait : « L’autre exemple qui me vient à l’esprit est l’expression « inhibition de l’action » mise de l’avant par Laborit. Car ayant compris les conséquences sociales des réactions organiques au stress que son ami Hans Selye avait mis à jour, Laborit a vu à quel point ces effets néfastes pour la santé découlaient directement d’une impossibilité de fuir ou de lutter contre une menace réelle ou perçue, donc d’agir. Il a même étudié les bases cérébrale de ce système qui peut, dans certaines situations pas trop prolongées, être adaptatives. Je pense à ce petit rongeur qui aperçoit un rapace au-dessus de lui et ne peut lutter ni fuir sans être repéré, alors il fige et espère passer inaperçu. Même chose pour l’employé qui ne peut fuir son boulot parce qu’il a une famille à nourrir ou sauter au cou de son patron qui vient de l’insulter car il aurait des ennuis avec la police… Alors il peut « prendre sur lui » et attendre que ça passe. Mais s’il reste dans cet état d’inhibition de l’action trop longtemps, son système étant alors tout entier alors orienté vers l’action (qui ne se fait pas), les organes associés à la digestion ou au système immunitaire seront mal irrigués. Et cette mauvaise irrigation sanguine aura un effet dévastateur sur sa santé si elle persiste trop longtemps.

Voilà pourquoi parler « d’inhibition de l’action », au lieu de simplement « stress » ou même « stress chronique », nous permet de comprendre beaucoup mieux ce qui se passe en nous dans de telles situations. Cela, Laborit l’avait bien compris, lui qui, comme Michael Anderson, montre qu’il faut parfois changer le vocabulaire pour sortir des ornières conceptuelles qui nous empêchent de progresser dans notre compréhension des processus complexes qui nous animent. »

8 novembre 2016

Bruno Dubuc, Eloge de la suite: La linguistique cognitive (et relative) et l’influence de Korzybski sur Laborit

Publié le 4 novembre 2016

http://www.elogedelasuite.net/?p=3322

Comme je l’ai expliqué ici, je donne cet automne un cours sur la cognition incarnée à l’UQAM. Chaque lundi, je publie dans le blogue du Cerveau à tous les niveaux un résumé de la séance que je donne le mercredi suivant. Et chaque vendredi, je fais ici des liens entre le travail de Laborit et le thème de la semaine (les présentations des séances du cours en format pdf sont disponibles ici).

Cette semaine, on a fait une brève incursion du côté de la linguistique pour montrer comment le courant de la cognition incarnée ne l’a pas épargnée. Je crois que Laborit aurait été intéressé par les idées de la linguistique cognitive contemporaine où la sémantique et les métaphores à partir du corps ont pris une grande place. Car Laborit a été très influencé par Alfred Korzybski et son concept de sémantique générale (qui lui-même peut être vu comme précurseur de la théorie de la relativité linguistique de Sapir et Whorf).

On n’a qu’à lire l’entrée en matière, que je reproduis ci-dessous, du texte traduit en anglais d’une allocution donnée par Laborit à New York  lors de la Alfred Korzybski Memorial Lecture de 1963 et intitulé « The need for generalization in biologicas research : role of the mathematical theory of ensembles » :

“Dear Friends : I am at a loss to express to you how honored I feel to be giving this lecture, and to find myself at this gathering dominated by the great figure of Alfred Korzybski . I did not have the joy of knowing him personally as did some others here, most particularly M. Kendig, who continues his thought and perpetuates his presence among us . However, his thought is written in books, and through them, I believe I can call myself one of his disciples . Although the following exposition does not make frequent reference to his name as it should, this is not a necessity for you to understand that I wrote it to honor his memory and to participate, however modestly, in the continuation of his thought .”

Pour résumer sommairement la démarche de Korszybski (1879 – 1950), on peut le lire sur sa page Wikipédia que :

« L’œuvre de Korzybski tourne autour de la fondation de ce qu’il appela lui-même une « science de l’homme ». Interpellé par les problèmes récurrents rencontrés dans la civilisation occidentale de son époque (incompréhension, misère, guerre, etc.), il entreprit d’étudier le fonctionnement de l’homme dans son environnement, à savoir la façon dont notre système nerveux perçoit, interprète et modifie, entre autres, ce qui se trouve autour de lui, afin d’essayer d’établir une méthode permettant aux hommes de mieux communiquer, de mieux se comprendre, d’agir conformément aux faits et non à des représentations erronées, acquises ou innées, dont la plupart ne prennent pas conscience (« les prémisses »). Cette recherche culmine avec son œuvre majeure, Science and Sanity […], dans laquelle il jette les bases de la sémantique générale.

Le biologiste français Henri Laborit a élaboré sur la sémantique générale sa théorie de l’inhibition de l’action et ses recherches sur la structure des organismes vivants (voir La Nouvelle Grille, L’Inhibition de l’Action). »

Je ne sais pas si l’on peut aller jusqu’à dire que Laborit « a élaboré sur » la sémantique générale le cœur de son œuvre (il a quand même fait lui-même quelques expériences fondatrices…), mais chose certaine l’aphorisme de Korzybski : « une carte n’est pas le territoire », ou encore « le mot chien ne mord pas » est souvent cité par Laborit pour rappeler que les mots ne correspondent pas à des réalités mais ne sont que des étiquettes derrière lesquels chacun met son expérience passée de chacun de ces mots.

En googlant ce deuxième aphorisme avec le nom de Laborit, on trouve d’ailleurs des choses intéressantes comme cette courte entrevue de Laborit faite par Bernard Werber (l’auteur des Fourmis, etc., qui a écrit sur son site web que « Mon oncle d’Amérique […] a longtemps été mon film culte ainsi que le livre Eloge de la fuite« …). L’entrevue est intitulée « Le mot Dieu ne mord pas » et l’on y sent particulièrement bien l’extrême prudence avec laquelle Laborit manipulait des mots aussi fortement connotés que «Dieu» (ou « liberté », ou « amour »…). Détail rigolo dans cet article : le mot « agoniste » a été écrit à la place de « agnostique » ! Je ne sais pas si l’erreur était dans la revue ou si elle provient de la retranscription, mais un tel lapsus fait en tout cas du sens quand on parle d’un pharmacologue…

Enfin, en terminant, je voudrais mentionner le blogue d’Isabelle Aubert-Baudron qui fait un travail de recherche sur l’élaboration d’une économie non-aristotélicienne, à partir de la sémantique générale d’Alfred Korzybski et où Laborit est abondamment cité (souvent par l’entremise d’Éloge de la suite… 😉 ).

Bruno Dubuc

 

Archéologie du copier-coller: Jugement du 12 mai 2016 [ Béatrice Durand (Université libre de Berlin) contre Christophe Martin (Université Paris 4 – Sorbonne) ]

Filed under: Actualité, Edition, Jean-Noël Darde, justice, plagiat, Recherche, Université — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:45

http://archeologie-copier-coller.com/?p=13696

J’ai reçu au mois de juin dernier un communiqué de presse de Béatrice Durand et Me Marie-Avril Roux-Steinkühler à propos d’un jugement rendu le 12 mai 2016. Ce jugement faisait suite à une plainte au civil pour contrefaçon de Béatrice Durand, enseignante au Lycée français et à l’Université Libre de Berlin, contre Christophe Martin, professeur à l’Université Paris 4 – Sorbonne.

En marge du traitement d’une accusation de contrefaçon classique (ici, le plagiat), ce jugement est d’autant plus intéressant qu’il sanctionne aussi, à ma connaissance pour la première fois dans un tel contexte, la divulgation de textes non publiés d’un dossier d’habilitation à diriger des recherches (HDR) sans l’accord préalable de l’auteur.

Il m’a donc semblé intéressant de mettre ces deux documents sur le blog Archéologie du copier-coller. Le jugement (fichier pdf) est ici, et le communiqué de Béatrice Durand et de son avocate ci-dessous.

Jean-Noël Darde

Suite dans l’Archéologie du copier-coller.

11 juin 2016

Alain Garrigou: Refuser les QCM à l’Université

Filed under: Actualité, Enseignement, Management, Université — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 5:39

http://blog.mondediplo.net/2016-05-27-Refuser-les-QCM-a-l-universite

Comment l’idéologie managériale s’insinue-t-elle dans nos vies ? Comme il en va de ces mouvements longs de l’histoire qui, par petites touches isolées, sans liens qui leur donnent sens, passent inaperçus, imperceptibles. Cette histoire commence par un appel téléphonique impromptu d’un des services informatiques de mon université où l’on me demandait de communiquer un questionnaire à choix multiple (QCM). Surprise : je n’avais rien demandé, assurai-je à ma correspondante. Et je ne ferai jamais cela. Fin de la conversation. De quoi ce sigle, QCM, est-il le nom ? Au cours de notre scolarité, nous passons tous au fil des QCM, comme au fil de l’épée. Après tout, ce n’est jamais que le mode d’interrogation des sondages et des jeux télévisés. Expéditif, pas très sérieux, le QCM est à la pensée ce que Guillaume Musso est à la littérature, Bernard-Henri Lévy à la philosophie ou Pascal Perrineau à la science politique.

Lire aussi Pierre Jourde, « L’Université féodale de demain », Le Monde diplomatique, avril 2008. Comme tous ces services auxquels on a donné de beaux noms — galaxie, soleil, apogée — celui-ci s’appelle COMETE (Centre optimisé de médiatisation et de technologies éducatives). Ainsi va la novlangue managériale. Il faut la lumière ou la beauté des mots pour cacher l’obscurité ou la laideur des choses. En l’occurrence la demande concernait un nouveau cours, que j’ai du accepter au débotté à la suite d’une mutualisation m’ayant privé d’une partie de mon enseignement — sans que personne n’ait daigné me prévenir. Pas le choix. Enfin presque. Je refusai tout de même de faire mon cours devant un public « mutualisé », trois formations, soit trois groupes d’étudiants de niveaux différents (avec des horaires impossibles pour rassembler tout le monde). J’exigeai donc un public homogène, celui de la première année de science politique de Nanterre. Un jeune collègue dut se dévouer pour le cours mutualisé. Merci à lui.

De mon côté, je conçus un cours que je crois exigeant pour les étudiants de L1. L’année suivante, je retrouvai un amphi plein, l’amphi Guy Carcassonne où notre collègue, attaché aux libertés académiques comme au droit constitutionnel, aimait enseigner aux étudiants de première année. Ce ne fut qu’en évoquant les modalités d’examen que le problème apparut : des étudiants m’annoncèrent qu’ils suivaient en parallèle des cours de droit. Comme j’avais évoqué une dissertation de trois heures, comme l’année précédente, ils protestèrent. Nenni. Ils ne disposaient que d’une heure et… on a leur avait prévu un QCM. Je ne savais donc pas que mon public avait changé. J’allais demander des éclaircissements à l’administration. La réponse vint progressivement, un premier interlocuteur ne sachant pas, un autre me livrant une hypothèse. Enfin, il fallut bien que je me rende à l’évidence : l’administration m’avait gratifié d’une formation supplémentaire de 300 étudiants sans que j’en sois prévenu et sans ma permission. Avec de telles contraintes, il n’était pas question de faire une dissertation. Je faisais donc le même cours pour des étudiants qui passeraient pour certains une épreuve de trois heures et les autres une épreuve d’une heure. En matière de mutualisation, j’avais vu pire quand on m’avait gratifié d’un double public de master, l’un suivant un séminaire de vingt heures et l’autre un cours magistral de vingt-quatre heures. Je ne sais toujours pas comment il est possible de faire les deux ensemble.

Je peux comprendre l’angoisse des étudiants devant l’évaluation. Ils sont au bout d’une chaîne décisionnaire perverse. En haut, le ministère qui demande des économies et qui ordonne de mutualiser. Mutualiser ? Encore un joli mot perverti. Les plus mauvais coups se masquent toujours ainsi. Concrètement, il s’agit de demander à des enseignants de faire des cours pour plusieurs formations. Exigence d’un temps où l’on a davantage besoin de policiers ou de militaires que d’enseignants. Les protestations indignées n’y changent rien. Par contre, on demande aux universitaires d’assumer plus de travail sans les prévenir. La politesse n’est pas une vertu politique. Ni d’ailleurs universitaire.

Pour le cours magistral, c’était trop tard, mais le QCM, pas question ! A cette demande inopinée je répondis que jamais je ne ferais de QCM. Un an après, je devais encore faire la même objection de principe. Insister, répéter les procédures : c’est ainsi que les bureaucraties font céder les humains. Cette fois, on me répondit qu’il était trop tard car mes collègues dans la même situation en faisaient déjà. Les autres le font déjà, autre argument censément décisifs des bureaucraties. Je comprends mes collègues qui ont moins accepté que subi la chose, devant la perspective de plusieurs centaines de copies supplémentaires à corriger. Et donc au titre de l’égalité des étudiants devant l’examen, je ne pouvais pas faire autrement. Je ne pouvais pas non plus demander aux étudiants de faire une dissertation en une heure, j’annonçais donc un compromis sous la forme d’un contrôle de connaissances.

Lâchement ou prudemment, je préparais une retraite en pleine campagne au cas où le coût serait prohibitif. J’imaginais tourner l’affaire en dérision. Un QCM bardé d’humour. Facile. Auteur d’une citation : Thomas Hobbes, Karl Marx, Moisei Ostrogorski ou Woody Allen ? Mon fils m’apprit qu’un professeur de terminale avait eu l’intelligence de mettre ses élèves à contribution en leur faisant concevoir un QCM. Question : quel est le nom du paquebot britannique coulé par un sous-marin allemand pendant la Première guerre mondiale ? Titanic, Lusitania, Poséidon ou Costa Concordia ? Tout le monde ne trouva pas la bonne réponse. A cet âge, on ne manque pas d’humour. Dommage qu’on le perde souvent ensuite. Le professeur refusa toutefois à nos plaisantins un autre choix concernant la doctrine Monroe : « America first », « America is back », « Ein Reich ein Volk ein Führer » ou « Yes we can » ? Je concoctais finalement cinq questions de définition : qu’est-ce qu’une institution totale ? Qu’est-ce que le dilemme du prisonnier ? Etc. Lesquelles me paraissaient répondre aux exigences minimales.

Au lieu de laisser faire l’ordinateur, je corrigeais donc 200 copies supplémentaires. A l’ancienne. Conformément à mes espérances, la formule d’évaluation se révéla plus intelligente, ne souleva aucune protestation ni moue dubitative, et finalement, last but not least, ne fut pas si longue à corriger. Quant au résultat : malgré quelques très bonnes notes, un quart des copies ayant un zéro et la moitié ayant au-dessous de 5/20, je me suis demandé pourquoi certains étudiants venaient passer l’examen ? J’ajoute que mon cours était sur Internet afin de permettre à ceux qui n’auraient pu le suivre d’étudier. Il faut croire qu’ils n’étaient pas au courant ou avaient mieux à faire — une première année d’université fonctionne hélas bien souvent ainsi.

Lire aussi Laurent Bonelli, « Quand on cherche, on trouve », Le Monde diplomatique, mars 2009. L’expérience est néanmoins utile. Elle me conduit à proposer de refuser l’introduction des QCM à l’Université (il est des disciplines qui l’utilisent depuis longtemps comme la médecine sur lesquelles je n’ai pas de compétence). Il suffit de quelques heures pour faire un vrai travail d’évaluation digne de ce nom. Nous sommes tous d’accord sur ce point : l’introduction des QCM abaisse la qualité de l’enseignement. Je demande donc de ne pas céder à la pression administrative en défense de la qualité de l’enseignement et de l’honneur du métier. Il est facile sur ce point — beaucoup moins sur d’autres — de briser la loi d’airain des calculs simplistes des comptables qui nous gouvernent. Le ministère demande des économies en mutualisant, les administrations des universités — autonomes dit-on — obéissent. Le calcul est élémentaire : si un enseignant enseigne devant 100 personnes, on en ajoute 300 supplémentaires d’une autre formation. Son cours n’est-il plus adapté ? Devrait-il l’être ? Mais à quoi ? Au public, au QCM ? La question ne sera pas posée. Et comme cela fait trop de copies à corriger, on s’en remet au QCM. Economie. L’informatique le permet. De toute façon, l’enseignant n’a pas le choix. Il cède à la facilité ou on le convainc de s’aligner pour des raisons légales sur ceux qui ont cédé : la même épreuve pour tous.

Ainsi l’administration universitaire, convertie au management, abolit-t-elle lentement, doucement, imperceptiblement, à petits pas, l’autonomie pédagogique des universitaires. Là, comme ailleurs, il est encore possible de résister. Et d’abandonner les QCM aux sondages et aux jeux télévisés.

14 janvier 2016

Archéologie du copier-coller: Le dernier article : Le plagiat à la 71e section du Conseil national des universités (Sciences de l’information et de la communication), un aveuglement volontaire

Filed under: Actualité, Enseignement, plagiat, Université — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 7:30

Le plagiat à la 71e section du Conseil national des universités (Sciences de l’information et de la communication), un aveuglement volontaire

. * AVANT -PROPOS * On ne comprendra rien aux déclarations, décisions et articles sur le plagiat universitaire au sein de la 71e section (Sciences de l’Information et de la Communication) si on méconnaît leur contexte si particulier. . Les membres de la 71e section qui interviennent sur le plagiat universitaire s’interdisent – par mesure de précaution, pour  protéger leurs …

En savoir plus.

4 novembre 2015

Archéologie du copier-coller: La tolérance au plagiat et la protection des plagiaires, parmi les causes principales du plagiat universitaire

Filed under: Actualité, plagiat, Recherche, Université — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:51

La section « Intégrité scientifique » du Mouvement Universel de la Responsabilité Scientifique (MURS) a été créée en mai 2015 sous le parrainage de Jean Jouzel, Claude Huriet, et Cédric Villani (voir fichier joint). Le MURS avait été fondé en 1974 par le recteur Mallet et a longtemps été présidé par Jean Dausset. Le « rapport Alix » et ses conclusions ont été évoqués …

En savoir plus.

27 juin 2015

Archéologie du copier-coller: Section disciplinaire de l’université Paris 5 – René Descartes : une décision pas piquée des hannetons!

Un jugement de première instance avait vu Christine Marchal-Sixou sévèrement condamnée pour des contrefaçons dans sa thèse des travaux d’un étudiant, Samer Nuwwareh, de nationalité jordanienne. L’affaire avait été évoquée en juin 2013 sur le site Archéologie du copier-coller dans l’article Toulouse 3, Paris 5 et les similitudes : le livre noir du livre blanc. La même affaire est venue …

En savoir plus.

Archéologie du copier-coller: Université Toulouse 3 : procès en appel, NUWWAREH contre MARCHAL-SIXOU

L’AFFAIRE NUWWAREH contre MARCHAL-SIXOU passe le 24 juin 2015 devant la Cour d’appel de Paris (9h, Pôle 5, chambre 12). Le jugement de premier instance, qui avait vu la plagiaire, Christine Marchal-Sixou, condamnée pour contrefaçon, avait été évoqué en juin 2013 sur le site Archéologie du copier-coller dans l’article Toulouse 3, Paris 5 et les similitudes : le livre noir …

En savoir plus.

11 juin 2015

France Culture (10/06/2015) : Le fléau copié-collé, du secondaire à la thèse

Le thème de l’émission Rue des écoles du 10 juin 2015 :

Le fléau copié-collé, du secondaire à la thèse.

Comment le combattre, le prévenir ? L’épidémie de plagiat doit-elle amener à reconsidérer les objectifs attachés au travail des élèves et des étudiants ?

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5046611

Invité, j’interviens à différents moments au cours de l’émission

Jean-Noël Darde

Dans le blog Archéologie du copier-coller: http://archeologie-copier-coller.com/?p=12814

14 mai 2015

France Culture: La science économique est-elle plurielle ?

http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-2eme-partie-la-science-economique-est-elle-plurielle-2015-05-14

14.05.2015 – 12:55

A quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose ? Cette question – qui est le titre d’un manifeste signé par de grands noms des sciences sociales – est assez peu posée, peut-être parce qu’elle interroge la scientificité de l’économie. Quelles visions du monde et de la discipline s’affrontent dans le débat actuel sur la place des « hétérodoxes » à l’université ?

Avec André Orléan, économiste, directeur d’études à l’EHESS, signataire du manifeste A quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose ? (Les Liens qui Libèrent, mai 2015).

Pour l’interroger, nous avons convié l’économiste Jean-Marc Daniel, professeur associé à l’ESCP Europe et directeur de rédaction de la revue Sociétal.

Ecouter l’enregistrement: http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5035423

7 mai 2015

France Culture: L’évaluation, maladie chronique de la recherche scientifique

Filed under: Actualité, Management, Recherche, Université — Étiquettes : , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:37

http://www.franceculture.fr/emission-continent-sciences-l%E2%80%99evaluation-maladie-chronique-de-la-recherche-scientifique-2015-05-04

Ecouter l’enregistrement: http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5027771

Depuis quelques années, le mot « évaluation » mobilise et agite le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur. Selon ce mot d’ordre, il faut Tout évaluer : les enseignants, les professeurs, les chercheurs, les programmes de formation, les Centres de recherche et, bien sûr, les universités. Les indicateurs « d’excellence » et de « qualité » se multiplient sans que l’on sache toujours sur quelles bases ils ont été construits. Pourquoi ces nombreux « indicateurs d’excellence » sont-ils mis au service d’une vision strictement gestionnaire de la production de connaissance ? Les comptages des publications sont érigés, parfois, par les chercheurs eux-mêmes, en étalon absolu de la valeur de leur activité. Les usages courants des indicateurs utilisés pour mesurer l’activité scientifique ou classer les universités ne respectent pas les conditions mêmes de leur validité et de leur pertinence telles que la bibliométrie la construit de manière rigoureuse. Le pilotage par ces indicateurs utilisés à contre-emploi, et qui tiennent souvent lieu d’expertise, sont les indices, dans le domaine du savoir, d’une pratique pervertie et dangereuse.

Yves Gingras, professeur d’histoire des sciences à l’université du Québec à Montréal
Franck Laloë, physicien théoricien, chercheur au CNRS

 Les dérives de l’évaluation de la recherche : du bon usage de la bibliométrie

Raisons d’agir éditions, 2014

Sur le même sujet dans ce blog:

De la manipulation des symboles : (1) «les valeurs», «évaluation» (Isabelle Aubert-Baudron)

Christophe Dejours: « Evaluation individualisée des performances » et « tournant gestionnaire »

France Culture: Les statistiques font-elles une politique ?

15 décembre 2014

Bruno Dubuc: Lancement du site web « Éloge de la suite » sur l’œuvre d’Henri Laborit

Filed under: Actualité, biologie, Enseignement, Film, Recherche, Université — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 12:18

C’est avec beaucoup de plaisir que je lance aujourd’hui le 21 novembre 2014 le site web Éloge de la suitehttp://www.elogedelasuite.net/ ), date à laquelle Henri Laborit aurait eu 100 ans ! Il s’agit donc d’un site qui tente de rassembler le plus de documents possible autour de l’oeuvre d’Henri Laborit dans le but d’en faire profiter gratuitement le plus grand nombre.

Ce penseur majeur du XXe siècle, multidisciplinaire, innovateur, provocateur et critique féroce de cette société productiviste n’avait pas sa porte d’entrée digne de ce nom dans ce XXIe siècle qui en aurait pourtant bien besoin. Beaucoup de choses sur lui traînent évidemment sur Internet, et ses livres constamment réédités et traduits continuent de faire leur œuvre. Mais comme me le confiait une bibliothécaire lors d’un passage aux Archives Laborit à Paris : « Demandez aux jeunes ici, personnes ne connaît Laborit ».

Or la lecture de ses bouquins m’avait aidé à comprendre bien des choses et à être mieux dans ma peau au début de la vingtaine. C’est cette opportunité que j’aimerais faciliter avec ce site et le projet de film qui vient avec.

Car un film en préparation sur des parcours qui ont croisé Laborit utilise également ce site comme vitrine. Une série de belles rencontres filmées à l’été 2012 dont j’aimerais commencer le montage dans les semaines qui viennent.

Le site web et le projet de film veulent donc montrer comment ces idées sont aujourd’hui incarnées et pourquoi, me semble-t-il, notre époque aurait grand intérêt à mieux les connaître.

Tout comme le film, le site est loin d’être complet et plusieurs sections seront améliorées et enrichies au cours des prochains mois, c’est-à-dire durant l’année 2015 qui marquera également le vingtième anniversaire du décès de Laborit en 1995.

Mais je me devais de sortir aujourd’hui le travail accompli jusqu’ici, question de me soulager d’une vieille dette que je traînais depuis une trentaine d’années…

BRUNO DUBUC

19 octobre 2014

Jean-Noël Darde: Archéologie du copier-coller piraté

Archéologie du copier-coller  le blog de Jean-Noël Darde consacré aux plagiats à l’université, a été piraté.

Pour les prochains articles, il va migrer vers son blog de Mediapart.
http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-noel-darde/161014/les-plagiats-d-enseignants-chercheurs-exposes-devant-les-tribunaux-de-grande-instance-et-sancti

1 juillet 2014

Michel Foucault

Filed under: Actualité, Enseignement, France culture, Littérature, Philosophie, Université, vidéo — Étiquettes : — Isabelle Aubert-Baudron @ 12:14

19 mai 2014

Jean-Noël Darde: Quand l’éthique vient au secours du plagiat universitaire

Filed under: Archéologie du copier-coller, Enseignement, plagiat, Université — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:53

http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/190514/quand-lethique-vient-au-secours-du-plagiat-universitaire

 

Pour Jean-Noël Darde, ancien maître de conférences, l’organisation par l’Université Paris-8 d’un colloque sur l’approche éthique du plagiat le 20 mai n’est rien d’autre qu’une manipulation : sa direction et son conseil scientifique ont protégé des plagiaires avérés et continuent à le faire, dénonce-t-il. Il appelle Benoît Hamon à saisir l’inspection générale.

 


L’université Paris-8, qui a toujours su protéger ses enseignants-plagiaires, lance demain une exceptionnelle opération « éthique du plagiat » en leur faveur. C’est en effet la seule interprétation sérieuse que l’on peut donner à la tenue le 20 mai, dans les nouveaux locaux des Archives de France, du colloque intitulé Approche éthique du plagiat : regards croisés.

Qu’on en juge :

Comme le précise le programme de ce colloque, il est co-organisé par le Comité d’éthique de l’université Paris-8 et les directeurs d’écoles doctorales.

Ce que ne dit pas ce programme est que Michèle Montreuil, initiatrice de ce colloque, présidente du Comité d’éthique de Paris-8, membre du Conseil scientifique de cette université, membre du Conseil national des universités (section psychologie) est aussi… directrice adjointe de l’école doctorale Cognition Langage Interaction (CLI), dont le directeur qu’elle a élu, Imad Saleh – co-organisateur de ce colloque –, est un plagiaire avéré.

Cet enseignant-plagiaire, Imad Saleh, est assez fier de ses plagiats pour les faire figurer sur sa fiche du site internet de la Commission permanente du Conseil national des universités (CP-CNU). Il est protégé depuis des années par la direction de Paris-8 et le Conseil national des universités dont il est membre (section Sciences de l’information et de la communication). Je l’ai à plusieurs reprises démontré, des documents irréfutables à l’appui, sur le blog Archéologie du copier-coller et je mets au défi quiconque de contester les plagiats grossiers d’Imad Saleh que j’ai présentés.

C’est à l’insistance d’Alain Quemin – professeur de sociologie à l’université Paris-8 (Institut d’études européennes), membre du conseil scientifique, membre honoraire de l’Institut universitaire de France – que l’on doit la création du Comité d’éthique de Paris-8 à la fin de l’année 2012. Dans l’esprit d’Alain Quemin, le comité d’éthique devait d’abord se prononcer sur les nombreux dossiers de plagiats en souffrance à Paris-8. Ces dossiers en souffrance concernent notamment un stock de thèses plagiaires soutenues au Laboratoire Paragraphe dont Imad Saleh est le directeur et des articles d’enseignants-plagiaires, dont des articles outrageusement plagiaires signés et revendiqués par Imad Saleh lui-même.

Le refus répété, appuyé par la présidente du Comité d’éthique de Paris-8, de se prononcer sur ces cas concrets de plagiats, qui, comme le précise Alain Quemin, « empoisonnent la vie scientifique de Paris-8 et ternissent sa réputation alors que la plupart des enseignants et des étudiants sont intègres », l’a conduit à démissionner le 16 avril dernier de ce comité d’éthique. Parmi les raisons de cette démission, il y a aussi le refus du Conseil scientifique de l’université Paris-8 – refus appuyé par Michèle Montreuil – de soumettre au vote du CS la nomination d’Imad Saleh, enseignant-plagiaire, à la tête de l’école doctorale Cognition, langage, interaction. Une telle procédure de confirmation par le Conseil scientifique de la nomination des directeurs d’écoles doctorales était pourtant la règle à Paris-8. Elle avait déjà été appliquée, sans que personne n’y voie rien à redire, pour les autres nouveaux directeurs, non plagiaires, des écoles doctorales de Paris-8.

Dans son courrier de démission adressé à Michèle Montreuil, à tous les membres du comité d’éthique et aux intervenants au colloque Approche éthique du plagiat, Alain Quemin ajoutait  : « Trop de membres extérieurs du comité d’éthique ont été depuis l’origine très peu impliqués dans le comité et ils ne peuvent avoir compris les freins qui, depuis un an et demi maintenant, ont empêché celui-ci de fonctionner de façon satisfaisante, c’est-à-dire en traitant enfin comme il se devait les cas [de plagiats] réellement scandaleux existant à Paris-8. »

C’est en effet le point fort de l’opération « Approche éthique de plagiat ». L’attitude du Comité d’éthique de Paris-8 et ce colloque paraissent, vus de l’extérieur, avoir le plein soutien de membres extérieurs à cette université, comme Jacques Robert, ancien membre du Conseil constitutionnel, ou celui d’un groupe de psychologues et apparentés recrutés par Michèle Montreuil. En réalité, pas plus les membres extérieurs à Paris-8 du Comité d’éthique que les intervenants à ce colloque n’ont été informés du contexte très particulier de son organisation et de ses objectifs. Candides jusqu’à l’imprudence, ils ont pu longtemps croire que le nom même de « Comité d’éthique » valait garantie d’une conduite éthique de tous les membres de ce comité.

D’ores et déjà, des intervenants cités dans les successives versions du programme de ce colloque, une fois mieux informés du rôle que Paris-8 souhaitait leur faire jouer, ont annoncé aux organisateurs leur refus de se laisser instrumentaliser et leur retrait. Il est probable que l’on constatera de nouvelles défections le mardi 20 mai, jour du colloque. Mais il restera à coup sûr assez de participants pour garantir à ce colloque un plein succès, c’est-à-dire une place toute particulière dans l’histoire des colloques universitaires. Ce n’est en effet pas tous les jours que l’on voit aussi ouvertement l’éthique manipulée pour se porter au secours d’enseignants-plagiaires.

Ce colloque sera le point d’orgue de la saga-plagiat de l’université Paris-8 dont on peut fixer la première grande saison en 2006. En effet, le 18 mai 2006 précisément – Pierre Lunel était alors président de Paris-8 – Imad Saleh, directeur du laboratoire Paragraphe, avait été alerté de la manière la plus explicite et officielle qu’un doctorant du laboratoire Paragraphe s’était inscrit en thèse grâce à un mémoire de DEA 100% plagiaire. Cela n’a pas empêché Imad Saleh d’autoriser ce même étudiant à soutenir sa thèse moins de deux mois plus tard, le 10 juillet… Cette thèse a obtenu le 10 juillet 2006 les félicitations d’un jury présidé par un futur vice-pésident du Conseil scientifique de Paris-8. Cette thèse, à l’image du mémoire de DEA du doctorant, était pourtant à près de 100% plagiaire…

Cette affaire d’abord circonscrite au laboratoire Paragraphe prendra une nouvelle dimension à partir de 2010 avec, à la suite de mes alertes, la constitution par Pascal Binczak, président de Paris-8 depuis la fin de 2006, d’une « Commission déontologie » chargée du dossier plagiat. Les neuf membres de cette commission, présidée par la vice-présidente du Conseil scientifique et à laquelle participaient les quatre directeurs d’écoles doctorales de Paris-8, expertiseront durant de longs mois la thèse évoquée ci-dessus (à près de 100% plagiaire…) et la valideront en soulignant son originalité… En effet !

Avec le colloque Approche éthique du plagiat du 20 mai 2014, la boucle est bouclée : la direction des débats qui suivront les communications du colloque a notamment été confiée à certains des directeurs d’écoles doctorales de cette même Commission déontologie qui ont expertisé et validé la thèse plagiaire à près de 100%…

Depuis 2006, j’ai tenté d’alerter successivement la direction de l’école doctorale CLI alors dirigée par Mario Barra Jover (une fois élu vice-président du Conseil scientifique de Paris-8, il fera nommer Imad Saleh pour lui succéder, avec l’accord de Michèle Montreuil !), les présidents successifs de Paris-8, le CNESER disciplinaire, puis les ministres Valérie Pécresse et Geneviève Fiorasso auxquelles j’ai demandé, en vain, de saisir l’Inspection générale, la seule instance en mesure d’entendre les détails les plus crus de ces affaires. En effet, le récit ci-dessus est un récit allégé.

L’organisation du colloque de ce 20 mai a donc été l’occasion de ma dernière intervention, cette fois auprès de Jean-Richard Cyterman, récemment nommé à la tête de l’Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR). Les plagiats d’un enseignant-plagiaire, aussi importants qu’ils soient, ne constituent pas un sujet susceptible de mobiliser l’Inspection générale, mais l’organisation au plus haut niveau de la communauté universitaire de la protection dont cet enseignant-plagiaire a bénéficié, oui. J’ai notamment précisé à Jean-Richard Cyterman : « Je dispose d’éléments suffisants pour me permettre d’affirmer, sans crainte d’être contredit par des universitaires de bonne foi, que l’organisation de ce colloque obéit en premier lieu au souhait de couvrir les agissements d’enseignants-plagiaires de Paris-8 et la tolérance au plagiat (…) » Après avoir lu avec intérêt ce dossier, Jean-Richard Cyterman m’a répondu qu’il ne pouvait malheureusement pas intervenir sans avoir été saisi par le président de l’université Paris-8 ou par le/a ministre.

La présidente de l’université Paris-8, Danielle Tartakowsky, directement associée à l’opération Approche éthique du plagiat où elle interviendra, ne saurait s’en plaindre auprès de l’Inspection générale. On ne comptera pas non plus sur Geneviève Fiorasso, qui n’a jamais montré une réelle volonté de s’attaquer au fléau du plagiat universitaire. Il reste à espérer que Benoît Hamon saisira l’Inspection générale. Cela s’impose d’autant plus que Benoît Hamon a été membre du Conseil d’administration de Paris-8, puis professeur associé quand Pascal Binczak était président de Paris-8 et se conduisait si mal dans ces affaires de plagiat.

Le problème du plagiat à l’Université n’est plus circonscrit aux plagiaires – qu’ils soient étudiants des premiers cycles, doctorants ou enseignants – qui devraient relever d’un conseil disciplinaire. Le problème bien plus inquiétant est celui d’enseignants-chercheurs, honorables et respectables dans leurs activités d’enseignants et de chercheurs mais otages du système et de leurs intérêts croisés, conduits à tout faire pour couvrir leurs collègues enseignants-plagiaires. Cette attitude a notamment pour conséquence de confier le recrutement des nouveaux enseignants-chercheurs à des plagiaires… C’est pourquoi il n’y a rien d’exagéré à dire que le plagiat gangrène l’Université.

Jean-Noël Darde, maître de conférences (à la retraite depuis septembre 2013), université Paris-8.
Auteur du blog Archéologie du copier-coller 

23 janvier 2014

Cours de sémantique générale: MOOC General semantics: an approach to effective language behavior.

Je me permets de vous informer que se tient actuellement un MOOC (Massive Open Online Course) organisé par Steve Stockdale, Mary Lahman et Greg Thompson sur la sémantique générale : General semantics: an approach to effective language behavior.

Dans l’hypothèse où vous seriez intéressé pour y participer, il est encore possible de s’y inscrire.
Les cours sont gratuits, et l’accès au site est libre: https://learn.canvas.net/courses/191

Y étant inscrite depuis le début, je peux dire que ces cours sont très bien faits et que la qualité et l’ampleur de documentation fournies sont impressionnantes.
Lien pour les inscriptions: https://www.canvas.net/courses/general-semantics-an-approach-to-effective-language-behavior

Bien sincèrement.

Isabelle Aubert-Baudron

23 décembre 2013

Union bancaire: Gaël Giraud dans « l’Invité des Matins » sur France culture

Filed under: Economie, Enseignement, Université — Étiquettes : , , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 4:44
Dans L’invité des Matins 2ème partie par Marc Voinchet (23/12/2013):
Gaël Giraud, jésuite et économiste – Union bancaire: 
A voir en complément d’info:
L’Illusion financière… » – Gaël GIRAUD –
 (1/4) – Conférence ESH
 (2/4) – Conférence ESH
 (3/4) – Conférence ESH
 (4/4) – Conférence ESH

29 novembre 2013

L’université perdue de Pierre Jourde sur France culture

Filed under: Actualité, Philosophie, Université — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 1:53

A écouter cette semaine sur France culture dans l’émision Grantanfi:

Pierre Jourde-  Ecrivain, critique et enseignant.

(fr_jourde_portrait © Radio France )

25.11.2013 – L’université perdue de Pierre Jourde (1/5)
http://www.franceculture.fr/emission-grantanfi-l-universite-perdue-de-pierre-jourde-15-2013-11-25

26.11.2013 – L’université perdue de Pierre Jourde (2/5)
http://www.franceculture.fr/emission-grantanfi-l-universite-perdue-de-pierre-jourde-25-2013-11-26

27.11.2013 – L’université perdue de Pierre Jourde (3/5)
http://www.franceculture.fr/emission-grantanfi-l-universite-perdue-de-pierre-jourde-35-2013-11-28

28.11.2013 – L’université perdue de Pierre Jourde (4/5)
http://www.franceculture.fr/emission-grantanfi-l-universite-perdue-de-pierre-jourde-45-2013-11-28

29.11.2013 – L’université perdue de Pierre Jourde (5/5)
http://www.franceculture.fr/emission-grantanfi-l-universite-perdue-de-pierre-jourde-55-2013-11-29

Podcast:
http://radiofrance-podcast.net/podcast09/rss_12575.xml

Pour plus d’infos:
http://www.franceculture.fr/personne-pierre-jourde.html

Bibliographie: http://www.franceculture.fr/oeuvres/119521

Commencez votre blog avec WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :