Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

26 septembre 2017

La Libre Inspire: Echange commercial et citoyen au TransiStore

Filed under: Actualité, Alternative, Ecologie, Economie — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:31

http://stories.lalibre.be/inspire/numero14/index.html

Un magasin de proximité, convivial et citoyen a ouvert ses portes à Etterbeek. Il se concentre autour de deux axes : la vente et la rencontre.
Il veut démontrer qu’un modèle alternatif de distribution existe. Il permet de redonner sa juste place aux consom’acteurs et aux producteurs.

Reportage : Valentine Van Vyve

Son nom a été trouvé par un habitant de la commune après avoir récolté le plus grand nombre de « like » sur Facebook. La population d’Etterbeek a choisi de le nommer “TransiStore”, ou la contraction de « Transition » et « Store » (magasin). Le mot-valise porte en lui-même les gènes de ce projet, né à la fin du printemps dernier. Ceux de la rencontre de trois partenaires, trois acteurs ayant décidé de mettre leurs compétences, complémentaires, au service d’un projet commun : Oxfam Magasins du monde, Agricovert et le Collectif citoyen. L’espace qu’ils partagent, 200 m² au coeur de cette commune bruxelloise, ils le définissent comme « un magasin de proximité, convivial et citoyen« .

Un magasin, certes, mais au modèle particulier puisqu’il intègre production, consommation, remise à l’emploi et citoyenneté. « On fonctionne comme un écosystème« , explique François-Olivier Devaux, l’un des trente membres du Collectif citoyen. Ce qui les rassemble ? « Le vécu de valeurs communes. Le fait de pouvoir trouver dans un lieu pas mal d’exemplarité : produits éthiques, locaux et sains, de circuits courts. » C’est la diversité des acteurs et les différentes « dimensions » du projet qui lui apportent sa plus-value. Dans la maison TransiStore, « on rentre par différentes portes« , se réjouit Martin Rose, membre d’Oxfam Magasins du monde. Ouvrons-les…

Lire la suite du dossier et voir la vidéo: http://stories.lalibre.be/inspire/numero14/index.html

Tous les dossiers : http://dossiers.lalibre.be/inspire/

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21 septembre 2017

France 2: Quand les maisons de retraite manquent de bras

Filed under: Actualité, aides-soignantes, fonction publique, Infirmières, maisons de retraite, médecine, santé, TV — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:31

Problèmes d’effectifs, présence médicale insuffisante… Un rapport parlementaire pointe du doigt une « maltraitance institutionnelle » dans certains Ehpad. Une équipe de France 2 a filmé dans un établissement en caméra cachée.

Lire l’article et voir la vidéo en ligne à http://www.francetvinfo.fr/societe/document-france-2-on-a-l-impression-de-travailler-a-l-usine-quand-les-maisons-de-retraite-manquent-de-bras_2381319.html

19 septembre 2017

L’île logique, rentrée

Filed under: Actualité, art & culture, éducation, clowns, Mathématiques, Recherche, théatre — Étiquettes : — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:38

Bonjour à tous

Toute l’équipe de L’île logique vous souhaite une bonne rentrée, que de beaux, nombreux et nouveaux projets voient le jour !

Pour ce qui nous concerne, quelques dates à venir :

– 18, 19 et 20 septembre : création, en vingt heures, d’un spectacle scientifique avec la promo de 3e année de l’école d’ingénieur de Vannes, L’ICAM.

– 29 septembre, saynètes de Pilouface, dans les rues de Bordeaux, puis spectacle en salle : Galois Poincaré mythes et maths dans le cadre de la nuit des chercheurs organisée par cap Sciences.

– 7 octobre, à Lorient, 3h d’ateliers théâtre et sciences pour les 8-12 ans puis restitution en public suivie du spectacle Partons ici même pour le ccsti de Lorient (maison de la mer)

– 13 et 14 octobre, Spectacle Pilouface à l’école Polytechnique (Saclay) dans le cadre de la fête de la science.

– 21 octobre, Spectacle Pilouface à St denis, dans le cadre du festival Maths en ville organisé par la compagnie Terraquée

– 22 et 23 octobre à Nantes, L’île logique tiendra un stand aux journées nationales de l’Apmep, animera des ateliers théâtre et maths le lundi matin (pour enseignants) avec restitution l’après midi suivi d’une conférence échange sur le thème maths et clown.

– 17, 18 et 19 novembre, L’île logique co-organise comme chaque année, la 9e édition du festival Clown hors Piste qui se tiendra à Theix (56)

–  8 et 9 décembre, spectacle y a pas rien à Martigné (53) puis Hennebont (56)

Enfin, pour ceux que ça intéresse n’hésitez pas à commander « A l’endroit de l’inversion« , un petit travail (préfacé par Cédric Villani) sur les liens entre maths et clown…

N’hésitez pas à me contacter pour quoi que ce soit, nous avons encore quelques disponibilités pour la fête de la science et pour Noël !!!

Merci à tous,
Cédric
www.ilelogique.fr

15 septembre 2017

Le Monde: Jean Tirole : « Le marché du travail est inégalitaire et inefficace »

Filed under: Actualité, Economie — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:43

http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/09/14/jean-tirole-le-marche-du-travail-est-inegalitaire-et-inefficace_5185544_3234.html

Président de l’école d’économie de Toulouse et Prix Nobel d’économie, l’auteur d’« Economie du bien commun » revient sur la nécessité d’une réforme profonde du marché du travail en France.

Quelles sont selon vous, les trois réformes prioritaires à engager en France ?

D’abord celle du marché du travail. Notre société est inégalitaire et inefficace dans ce domaine, avec un impact majeur sur les finances de la nation. La dépense publique représente 57 % du PIB français. C’est l’une des plus élevées du monde. Il n’y a rien de mal à cela, mais il faut qu’en contrepartie, le service public soit de qualité. Or, dans certains domaines comme l’éducation, il n’est pas à la hauteur des dépenses. C’est le deuxième chantier. Enfin, le troisième est international, il concerne l’Europe et le climat. Il ne dépend pas que de nous mais nous devons faire preuve d’initiatives.

France Culture: « Surveiller et punir » de Michel Foucault, pourquoi le lire aujourd’hui ?

Filed under: Actualité, art & culture, Littérature, Philosophie, radio — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:30

https://www.franceculture.fr/conferences/forum-des-images/surveiller-et-punir-de-michel-foucault-pourquoi-le-lire-aujourdhui

Que nous apprend la relecture de « Surveiller et punir » ? Des réformes et des alternatives sont aujourd’hui étudiées. Peut-on sortir des deux extrêmes que constituent la répression et la surveillance pour remettre la dignité humaine et la réhabilitation au centre des débats sur la justice ?

« Surveiller et punir » de Michel Foucault, comment et pourquoi le lire aujourd’hui ?• Crédits : Francoise VIARD – Getty

Peut-être avons-nous honte aujourd’hui de nos prisons. Le XIXe siècle, lui, était fier des forteresses qu’il construisait aux limites et parfois au cœur des villes. Elles figuraient toute une entreprise d’orthopédie sociale. Ceux qui volent, on les emprisonne ; ceux qui violent, on les emprisonne ; ceux qui tuent, également. D’où vient cette étrange pratique et le curieux projet d’enfermer pour redresser ? Un vieil héritage des cachots du Moyen Âge ? Plutôt une technologie nouvelle : la mise au point, du XVIe au XIXe siècle, de tout un ensemble de procédures pour quadriller, contrôler, mesurer, dresser les individus, les rendre à la fois « dociles et utiles ». Surveillance, exercices, manœuvres, notations, rangs et places, classements, examens, enregistrements, toute une manière d’assujettir les corps, de maîtriser les multiplicités humaines et de manipuler leurs forces s’est développée au cours des siècles classiques, dans les hôpitaux, à l’armée, dans les écoles, les collèges ou les ateliers : la discipline.

Penser les relations de pouvoir aujourd’hui ne peut se faire sans prendre en compte l’ouvrage de Michel Foucault, devenu aussi indispensable à notre époque que le « Léviathan » de Hobbes le fut à l’époque moderne.

Quoi d’étonnant si la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, qui tous ressemblent aux prisons ? Michel Foucault

Un débat enregistré en 2015.

Pierre Joxe, ancien ministre et ancien premier président de la Cour des comptes, avocat à la Cour

Frédéric Gros, philosophe

Ecouter l’enregistrement dans le site de France culture

12 septembre 2017

France Culture: Roland Gori: la fabrique des imposteurs et la toute puissance des pervers narcissiques

https://www.franceculture.fr/conferences/universite-de-nantes/la-fabrique-des-imposteurs-et-la-toute-puissance-du-pervers

« L’imposteur est aujourd’hui dans nos sociétés comme un poisson dans l’eau : faire prévaloir la forme sur le fond, valoriser les moyens plutôt que les fins, se fier à l’apparence et à la réputation plutôt qu’au travail et à la probité, préférer l’audience au mérite, opter pour le pragmatisme avantageux plutôt que pour le courage de la vérité, choisir l’opportunisme de l’opinion plutôt que tenir bon sur les valeurs, pratiquer l’art de l’illusion plutôt que s’émanciper par la pensée critique, s’abandonner aux fausses sécurités des procédures plutôt que se risquer à l’amour et à la création. Voilà le milieu où prospère l’imposture ! Notre société de la norme, même travestie sous un hédonisme de masse et fardée de publicité tapageuse, fabrique des imposteurs. L’imposteur est un authentique martyr de notre environnement social, maître de l’opinion, éponge vivante des valeurs de son temps, fétichiste des modes et des formes.

L’imposteur vit à crédit, au crédit de l’Autre. Soeur siamoise du conformisme, l’imposture est parmi nous. Elle emprunte la froide logique des instruments de gestion et de procédure, les combines de papier et les escroqueries des algorithmes, les usurpations de crédits, les expertises mensongères et l’hypocrisie des bons sentiments. De cette civilisation du faux-semblant, notre démocratie de caméléons est malade, enfermée dans ses normes et propulsée dans l’enfer d’un monde qui tourne à vide. Seules l’ambition de la culture et l’audace de la liberté partagée nous permettraient de créer l’avenir. » A travers cette conférence, organisée dans le cadre des conférences de l’Université permanente de l’Université de Nantes, Roland Gori revient sur les idées fortes de son dernier ouvrage « La Fabrique des imposteurs ».

Sur le même sujet:

Isabelle Aubert-Baudron: De la manipulation des symboles : (1) «les valeurs», «évaluation»

En pdf: https://generalsemantics4all.files.wordpress.com/2014/06/de-la-manipulation-des-symboles-14-06-2014.pdf

Des Systèmes de Contrôle – Tome 1 : Techniques de contrôle et stratégies de non-contrôle

9 septembre 2017

GENDXXI – Le Mag. N°17 – Septembre 2017

Filed under: Actualité, APNM, Gendarmerie — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 5:02

Mesdames, Messieurs,

Très chers adhérents et bénévoles,

La rédaction du magazine vous invite à prendre connaissance du numéro 17 de « GENDXXI – Le Mag » du mois de Septembre 2017.


AU SOMMAIRE DANS CE NUMÉRO :

– BILAN STATISTIQUE DU DISPOSITIF « PASSERELLE »

– ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC LE PRESIDENT D’UNEO

– JURISPRUDENCE « BRUGNOT » UN DROIT MECONNU

– RECEPTION DE GENDXXI PAR LE DGGN

Nous vous en souhaitons bonne lecture.

Associativement


Rédaction le Mag GendXXIredaction.lemag@gendxxi.org

Mediapart: Les abus de la lutte contre la fraude sociale, par Yves Faucoup

Filed under: Actualité, Economie, Management — Étiquettes : , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:03

Une campagne bien orchestrée de méfiance à l’égard des « assistés » a entraîné les organismes sociaux à accroître considérablement les contrôles et à s’engager dans des dérives condamnables. C’est ce que relève le rapport de Jacques Toubon, Défenseur des droits, qui émet quelques recommandations.

Lire la suite: https://blogs.mediapart.fr/yves-faucoup/blog/080917/les-abus-de-la-lutte-contre-la-fraude-sociale

Cliquer sur l’image ci-dessous pour accéder au rapport en ligne dans le site defenseurdesdroits.fr .

Rapport: Lutte contre la fraude aux prestations sociales: à quel prix pour les droits des usagers?

 

6 septembre 2017

La Vie des Idées: La culture du Qi

Filed under: Actualité, médecine, recherche médicale, Sciences — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:27

Marceau Chenault, « La culture du Qi. Expériences chinoises ou universelles ? », La Vie des idées , 22 juillet 2016. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-culture-du-Qi.html

La culture du Qi

Expériences chinoises ou universelles ?


par Marceau Chenault , le 22 juillet 2016

Le Qi, « souffle » ou « énergie », est au cœur de nombreuses pratiques asiatiques traditionnelles, martiales ou artistiques, impliquant une certaine conception globale du corps et de l’esprit. Il imprègne aujourd’hui, notamment en Occident, les domaines de la santé et du bien-être, de la spiritualité. Un bienfait inattendu de la mondialisation ?

La notion de Qi (气) s’est diffusée dans les sociétés occidentales à travers les arts chinois et plus largement asiatiques depuis la deuxième moitié du XXe siècle. Le qigong, le taijiquan, la calligraphie, l’acupuncture et les arts martiaux ont contribué à la globalisation de cette culture dite traditionnelle. Généralement traduit par « énergie » ou « souffle », ce terme fait partie d’un discours devenu commun pour un ensemble de pratiques centrées sur la relation subjective du corps à l’esprit : par exemple, les pratiques de bien-être et de soin, le milieu de la danse contemporaine ou des arts martiaux, ou encore les techniques spirituelles de contemplation. Le « souffle » peut être le nom du Qi dans les arts chinois, du Prana dans le Yoga indien, du Pneuma dans les techniques grecques, de l’Esprit dans les textes bibliques français [1].

Cette traduction générique témoigne de la transformation des pratiques vernaculaires dans leur processus de globalisation. Elles ont été intégrées par des groupes souvent motivés par des actions alternatives dans le domaine de la santé, de la spiritualité, de l’environnement ou encore de l’art. Elles sont basées sur des savoirs dits ancestraux, des pratiques populaires ou empiriques parfois plus proches de connaissances ésotériques que scientifiques, et sont souvent catégorisées comme des formes de religiosité contemporaine post-industrielle [2]. Néanmoins, depuis le début du XXIe siècle elles gagnent une certaine légitimité institutionnelle dans le domaine de la santé et la « gestion de soi », en s’implantant par exemple dans certains départements hospitaliers ou cliniques de réadaptation psychomotrice, comme pratiques de santé remboursées par certaines assurances, ou encore comme activités de loisirs et de bien-être régulées par des associations, centres et fédérations.

Dans cet article, nous prenons quelques exemples d’observations ethnographiques sur le Qigong en Chine et en France pour décrire comment se transmet l’expérience du Qi, afin d’éclairer comment la « culture du Qi » prend son sens dans un cadre social donné, grâce à une technologie du soi qui agit sur l’image et le schéma corporels [3].

Le Qi : du principe cosmologique à l’expérience corporelle

L’académicien franco-chinois François Cheng traduit Qi par le terme de souffle :

« La cosmologie chinoise est fondée sur l’idée du Souffle, à la fois matière et esprit. À partir de cette idée du Souffle, les premiers penseurs ont avancé une conception unitaire et organique de l’univers vivant où tout se relie et se tient. Le souffle primordial assurant l’unité originelle continue à animer tous les êtres, les reliant en un gigantesque réseau d’entrecroisements et d’engendrement appelé le Tao, la voie » [4].

La sinologue Isabelle Robinet décrit ce phénomène comme le « principe de réalité unique et un qui donne forme à toute chose et à tout être dans l’univers, ce qui implique qu’il n’existe pas de démarcation entre les êtres humains et le reste du monde » [5]. Finalement, le sinologue Cyrille Javary synthétise la problématique de la définition du Qi dans la traduction difficile de l’idéogramme :

« Pour s’approcher un peu de ce que désigne l’idéogramme 气, qui se situe au confluent d’une vision matérielle de l’énergie et d’une conception énergétique de la matière, il vaudrait mieux accoupler les deux et parler de souffle-énergie » [6].

Ces définitions évoquent d’emblée la cosmologie particulière autour des pratiques qui utilisent la notion de Qi pour donner sens à leurs actions. Tout se compose d’énergie et chaque chose est régie par un équilibre unique de substances visible ou invisible, matérielle ou volatile. Philippe Descola décrit ce mode de relation au vivant présent dans la Chine Ancienne, l’Inde et chez les Aztèques comme une ontologie analogique. « Analogique » parce que cette cosmologie met en contraste les différences « physiques » et « d’intériorités » de tout être et, à l’opposé, valorise leur mode de fonctionnement sur des principes identiques, comme les théories chinoises du Yin et du Yang ou des Cinq Mouvements. Dans ce système, chaque chose est différente et ordonnée hiérarchiquement mais analogue aux autres dans son fonctionnement. Pour Descola, cette « ontologie » comme les trois autres qu’il définit (naturaliste, totémiste, animiste) reposent sur « des systèmes de propriétés » où les existants identifient le soi et le non-soi selon des « schèmes » de démarcations physiques et d’intériorités [7].

L’anthropologue distingue l’ontologie analogique de l’ontologie naturaliste qui nous est plus familière en Europe, depuis le siècle des Lumières. En effet, notre cosmologie européenne et sa médecine médiévale qui étaient aussi analogiques ont été rationalisées par les sciences naturelles où l’homme s’est radicalement détaché de son objet d’étude, la nature. En d’autre terme, l’homme « moderne » des sciences européennes a intégré une autre forme de démarcation basée sur la ressemblance physiques des espèces et la différence de leurs intériorités, conduisant à une opposition forte entre nature et culture. On admet par exemple que l’humain a une conscience que l’animal ou les plantes n’ont pas, ce qui est un postulat naturaliste absent chez des populations dites animistes comme les Achuar d’Amazonie. L’ancien étudiant de Lévi-Strauss nous invite finalement à réaliser que la dualité entre nature et culture sur laquelle se sont basées nos sciences occidentales n’est pas universellement partagée et qu’elle ne peut pas y prétendre, malgré sa domination évidente sur l’ensemble des autres populations à l’heure de la globalisation.

Dans la cosmologie chinoise, le Qi est immanent c’est-à-dire qu’il est présent en toute forme vivante et il faut apprendre à favoriser sa circulation, autant sur le plan microcosmique du corps et de son réseau énergétique, que sur le plan macrocosmique dans sa relation entre le Ciel et la Terre. Cette vision a été autant développée dans la pensée confucéenne que taoïste, piliers de la pensée chinoise. Pour simplifier, on pourrait dire que le confucianisme a développé les valeurs morales et sociales pour respecter le système hiérarchique entre Ciel et Terre, tandis que le Taoïsme s’est tourné vers les règles psycho-physiologiques de notre vie corporelle éphémère. Comme le souligne ZhuangZi (Tchouang Tseu), un des pères fondateurs du Taoïsme :

« l’homme doit la vie à une condensation de Qi. Tant qu’il se condense, c’est la vie ; mais dès qu’il se disperse, c’est la mort » [8].

Ainsi s’est développée l’alchimie taoïste, très populaire entre le XIe siècle et le XIVe siècle après J.-C., dans le but d’élaborer les règles de conduites pour maîtriser les ingrédients alchimiques et les exercices du souffle censés préserver la vie jusqu’à l’immortalité [9]. À titre d’exemple, la moine taoïste Hu Yin a composé au IXe siècle un ouvrage important mettant en relation la théorie des « cinq phases » ou cinq agents (bois, feu, terre, métal, eau) et l’entretien des cinq organes (foie, cœur, rate, poumons, reins). Ses analyses mêlant cosmologie Taoïste et médecine chinoise associent des exercices du corps, de respiration et des habitudes alimentaires en relation avec les cinq organes stimulés selon les cinq saisons de l’année [10]. On y trouve notamment des techniques de respiration qui sont transmises aujourd’hui dans la pratique du Qigong – discipline de « maîtrise/gong » du « souffle/qi » – et notamment le Qigong des six sons.

Aborder la notion de Qi dans son contexte historique et culturel ne pose a priori pas de problème. On comprend que l’on parle d’une cosmologie, un système d’interprétation du vivant propre à une culture, une géographie et une histoire donnée. La discussion devient plus délicate lorsqu’on aborde l’expérience du Qi en tant que phénomène vécu aujourd’hui ; car il ne s’agit plus seulement d’une théorie, mais d’une manière effective de percevoir et sentir le monde. Des travaux récents en anthropologie de la médecine ou des religions illustrent ces situations. Par exemple, Elisabeth Hsu décrit en détail les séances du Docteur Qiu dans la région du Yunnan. Celui-ci soigne ses patients à l’aide des différents traitements traditionnels comme l’acupuncture ou le Qigong. Le docteur n’utilise le traitement par Qigong que dans certains cas où il estime que son patient est réceptif à ce type de relation « énergétique » [11].

À l’institut de recherche de Qigong de Shanghai où je suis responsable de la formation internationale depuis quatre ans, le Dr. Sun Lei explique volontiers dans ses cours comment il utilise la maîtrise du Neigong ou « travail interne » pour optimiser ses massages Tuina avec ses patients, c’est-à-dire comment il gère l’exercice de son énergie interne pour rendre les pressions de son massage plus profonde. Toujours à l’Institut, le Dr Xu Feng dans ses enseignements de ZiFagong précise que dans ce type d’exercice traduit comme « mouvement spontané » les pratiquants deviennent sensibles au « champ de Qi » de leur groupe de pratique, qui n’est peut-être pas éloigné d’une forme d’inconscient collectif théorisé par Jung dans sa psychologie de l’inconscient [12]. Autre lieu, autre approche dans les montagnes de Wudang, haut lieu des arts martiaux chinois dits « internes », notamment le Taijiquan. Le vieux maître Pi explique comment sa pratique du Qigong élaborée à partir des textes taoïstes de Laotzi est une manière de sentir son corps se fondre avec la montagne et la nature qui l’entourent. Enfin, lorsque je vais m’entraîner au parc de Luxun à Shanghai avec les maîtres de Tajiquan, Chen Ming Liang ou Li Hong Da, tous deux m’invitent à toucher leur poitrine, ventre ou dos pour sentir comment le Qi descend dans leur « Dantian » (zone abdominale) jusqu’aux talons, afin d’annuler la poussée du partenaire d’entraînement ou l’attaque d’un combattant opposant, et le déséquilibrer sans utiliser de force.

Diversité des pratiques et interprétations du Qi en contexte

Partant de ces exemples de différents milieux (médical, spirituel ou martial), on imagine comment la question de l’expérience du Qi devient complexe lorsque ces techniques utilisées dans des situations locales – c’est-à-dire avec une signification propre à une relation très précise avec les autres et l’environnement – se diffusent et se globalisent à grande échelle dans des contextes très différents, au-dedans ou en dehors de la Chine. Je dois préciser d’ailleurs que les situations que je prends pour exemples n’ont rien de plus « authentique » que d’autres. Les maîtres de Taijiquan des parcs de Shanghai sont apparus depuis que les parcs publics se sont développés dans les centres urbains en Chine ; Maître Pi comme d’autres « grands-pères » Taoïstes, ainsi appelés au Mont Wudang, se sont « réfugiés » dans les montagnes après avoir décidé d’abandonner leur vie civile, peu de temps après la révolution culturelle.

C’est pourquoi des sociologues comme David Palmer interprètent le développement du Qigong depuis 1949 en Chine comme une « tradition ré-inventée » [13]. Car la vie de ces acteurs et la transmission de leur pratique sont le fruit d’une histoire résolument contemporaine, où les destinées personnelles sont influencées par des mouvements sociaux de fond que les sciences sociales tentent d’éclairer. Des années 1980 jusqu’à la fin du XXe siècle, peut-être à l’image lointaine d’un New Age occidental, le Qigong est devenue en Chine une « fièvre » populaire où s’exprimaient tacitement des tensions sociales sur le repositionnement des pouvoirs politiques et religieux, le besoin de réorganiser les liens sociaux sur des mythologies fondatrices de l’identité chinoise tout en se projetant dans la concurrence internationale avec une forme de nationalisme scientifique (avec l’objectif de prouver scientifiquement l’existence du « Qi », notion d’origine chinoise).

En France, depuis environ 1980, l’évolution du Qigong a suivi l’émergence du marché du bien-être, entre une médecine académique peu ouverte aux approches non-conventionnelles et le milieu des arts martiaux basés sur le système compétitif fédéral. Les enseignants se sont formés pour répondre à la demande sociale d’un nouveau public en recherche de détente, d’anti-stress, de connaissance/management pour prendre soin de soi. L’image moderne de la pratique de Qigong est difficilement dissociable de la projection des esprits européens sur la spiritualité asiatique (cultiver une sagesse intérieure, le calme, la sérénité, etc.) et dès lors, l’expérience du Qi est souvent associée à ce type de représentations culturelles, entre une spiritualité et un style de vie doux pour l’équilibre de la santé.

Cette perception n’est pas exactement celle partagée par les médecins chinois de l’institut de Qigong de Shanghai. Leur finalité est la même puisque leur priorité d’enseignement est de s’assurer que leurs élèves développent une maîtrise de techniques et de connaissances sur la régulation de leur attitudes corporelles et mentales, soit pour régler des problèmes de santé important (insomnie, anxiété, douleurs, etc.), soit pour améliorer la maîtrise de soi. Cependant leur approche diverge sur la manière d’y arriver car leurs styles diverses d’enseignement inclut parfois des phases d’apprentissages plus pénibles et beaucoup moins confortables que la douceur et la détente souvent attendu dans l’entrainement des exercices dits de bien-être, par un public non chinois. Dans les cours de danses contemporaine et traditionnelle que je dispense au collège d’éducation physique depuis 2010 à l’Université Normale de l’Est de la Chine, la majorité de mes étudiants chinois partage également une autre idée du Qigong et du Qi : celle, respectable, d’exercices d’entretien utile pour leurs grands-parents et très éloignée de leur aspirations, ou celle, plus ironique et fantaisiste, liée aux pouvoirs magiques des héros de films comme Tigre et Dragon ou KungFu Panda. C’est le rôle de l’ethnographe de décrire ces différentes perceptions culturelles de soi et des autres, en respectant leur diversité et sans juger leur légitimité.

Apprentissage du Qi et réinterprétation du corps

Lire la suite de cet article dans le site de la Vie des Idées

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