Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

27 juin 2017

Bruno Dubuc: Une conférence sur Henri Laborit

Dans l’Eloge de la suite:

http://www.elogedelasuite.net/?p=3595

J’aurai le plaisir de donner une conférence sur Henri Laborit mardi prochain le 13 juin dans le cadre du Café Sciences du Sud Luberon (tous les détails sur l’affiche ci-contre si vous êtes dans le sud de la France…).

La conférence sera cependant donnée par Skype étant donné que je réside au Québec. Selon les tests effectués, cela devrait bien fonctionner, tant pour la présentation que pour la période d’échange avec le public prévue après.

Vous pouvez accéder à une version « texte et images » de cette conférence en cliquant ici.

Je vous colle ci-dessous le texte de présentation de la conférence fort bien rédigé par M. Frank Chauvallon (qui est aussi l’instigateur de cette conférence).

* * *

« Alors qu’il est chirurgien au Service de Santé des Armées, Henri Laborit s’intéresse aux techniques  d’anesthésie et fait au début des années 50, deux grandes découvertes : la technique de l’hibernation artificielle qui va révolutionner la chirurgie et le premier neuroleptique au monde : la chlorpromazine.  Ces découvertes et les brevets qui vont en découler lui permettent de créer son propre laboratoire et de poursuivre ses recherches en totale indépendance avec une petite équipe de passionnés, s’attirant ainsi les foudres de l’establishment médical Français qui voit en lui un rebelle incontrôlable et imprévisible.

Rebelle, il le sera effectivement toute sa vie, pour le bonheur de la science (beaucoup voient en lui un précurseur des sciences cognitives modernes) et des nombreux lecteurs de ses ouvrages de vulgarisation à qui il fait partager sa connaissance de la biologie mais aussi son impact sur le mental et le social.

“Mon oncle d’Amérique”, film réalisé par Alain Resnais en 1980 est une illustration de ses travaux. On y voit des hommes et des rats de laboratoire qui présentent tant de points communs lorsqu’ils font face à une agression !

Le film connaît un succès certain même si on lui reproche parfois de faire du ”behaviorisme”, ce à quoi il répond : ”que voulez-vous qu’on montre dans un film à part des comportements ?”.

Mais le plus frappant chez lui est probablement sa capacité à remettre en question les idées établies, sûrement parce qu’il réalise très tôt à quel point celles-ci sont le fruit de conditionnements socio-culturels, conditionnements qu’il préconise de “fuir” en faisant appel à l’imagination, cette capacité que nous avons à fabriquer de nouveaux concepts et ainsi moins subir ceux que nous imposent la biologie et/ou notre environnement social. En cela, son message est intemporel, rafraîchissant et libérateur : il donne envie de comprendre, découvrir, être surpris, voir plus loin.

Bruno Dubuc, rédacteur scientifique en neurobiologie, a été fortement influencé par les idées de Laborit qu’il voit comme “… un penseur majeur du XXe siècle, multidisciplinaire, innovateur, provocateur et critique féroce de cette société productiviste…” . Il lui a consacré en 2014 un site web très complet www.elogedelasuite.net pour permettre (enfin) à ses idées d’entrer dans un XXIe siècle qui en a tant besoin !

Bruno a accepté, et nous l’en remercions vivement, de faire, depuis le Québec,  une présentation dont l’objectif est double : nous donner un aperçu des connaissances actuelles dans le domaine du cerveau et nous montrer en quoi les travaux et idées de Laborit ont été essentiels au développement de ces connaissances. »

 

Dans Le blog du cerveau à tous les niveaux:

http://www.blog-lecerveau.org/blog/2017/06/12/6580/#more-6580

Lundi, 12 juin 2017

Un peu comme je l’ai fait la semaine dernière, la pièce de résistance d’aujourd’hui arrivera… demain ! C’est que je donne mardi le 13 juin ma dernière conférence de la saison qui a pour titre « Henri Laborit, un précurseur en neurobiologie » et que sa préparation ne me laisse pas vraiment le temps pour un billet original aujourd’hui. Je vous renvoie donc pour l’instant à celui que j’ai écrit vendredi dernier sur mon autre site web, Éloge de la suite, qui lui est consacré. Car plusieurs d’entre vous devez commencer à savoir que ce personnage m’a beaucoup influencé, d’où ce second site qui, depuis son ouverture en novembre 2014, est devenu LA référence sur l’œuvre de Laborit tellement les gens m’ont envoyé de documents à mettre en valeur, tant écrits qu’audio ou vidéo.

Je disais « pour l’instant » car je mettrai demain ici en fin de journée le texte et les images de cette conférence que je prononcerai dans le cadre du Café Sciences du Sud Luberon, en France (ce sera donc une conférence par Skype car j’habite au Québec). [ MISE À JOUR 14 JUIN : voici donc une version « texte et images » de cette conférence.]

En attendant, je vous laisse avec cette brève biographie du personnage qui ouvre ce que je vais raconter demain. On m’a demandé de mettre en perspective les domaines de recherche où Laborit peut être considéré comme un précurseur, tout en présentant ses vues sur la question du libre arbitre. Rien que ça ! Vous comprendrez pourquoi j’essaie encore de figurer aujourd’hui comment je vais m’en sortir… ;-)

23 janvier 2017

Bruno Dubuc: Quand Laborit déboulonnait l’astrologie dans la bonne humeur

Filed under: Actualité, art & culture, biologie, recherche médicale — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 7:52

Publié le 14 janvier 2017

Je vous présent cette semaine un second extrait d’entrevue avec Laborit trouvé sur de vieilles cassettes audio numérisées durant le temps des Fêtes. Toujours sans date ni contexte, on peut toutefois reconnaître la voix d’une animatrice radio bien connue au Québec, Christiane Charette, qui s’entretient durant une quinzaine de minutes avec Laborit et Élizabeth Tessier. Cette astrologue française affirme avoir été chercher Laborit comme « sceptique » pour lui donner la réplique dans le livre d’échanges Étoiles et Molécules qu’elle a fait paraître chez Grasset en 1992.

Le ton un peu badin de l’entrevue est donné par Tessier elle-même qui traite d’entrée de jeu Laborit de macho en affirmant que son acceptation du le projet s’est fait surtout sur la base de « sa belle gueule » car pour lui « y’a pas grand-chose au niveau neurone » ! Ce à quoi Laborit, en gentleman qu’il est plutôt, s’empresse de rectifier qu’elle est une femme intelligente et cultivée, capable d’accepter la critique. Mais le reste de l’entretien va quand même montrer qu’il n’en pense pas moins sur l’astrologie en tant que telle…

Lire l’article en entier et écouter l’enregistrement à http://www.elogedelasuite.net/?p=3427

3 janvier 2017

Bruno Dubuc : Laborit dans l’Eloge de la suite, décembre 2016

Filed under: Actualité, biologie, Enseignement, médecine, recherche médicale, Université — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 7:04

Lordon, Spinoza et une étude récente rappellent les travaux de Laborit

Publié le 23 décembre 2016

Je suis revenu lundi dernier à un billet « ordinaire » sur le blogue du Cerveau à tous les niveaux, ayant fini mon cours sur la cognition incarnée que j’ai donné cet automne à l’UQAM [et dont les présentations complètes en format pdf sont disponibles ici]. Comme je m’en inspirais également pour mes billets sur Éloge de la suite, je reviens donc par le fait même aussi à mes billets « normaux » sur ce site après avoir trouvé finalement pas mal de liens entre mes 14 séances et l’œuvre de Laborit.

Mais d’abord, une dernière réaction par rapport à ce que j’ai écrit lundi sur la Cerveau à tous les niveaux au sujet de cette étude qui vient d’être publiée dans le numéro du 25 novembre dernier de la revue Science. Car comme vous allez le constater, les liens avec Laborit sont trop évidents pour les passer sous silence.

L’étude démontre que la position de subordination dans un groupe semble avoir des effets néfastes sur le système immunitaire. Tiens, tiens… Ça ressemble un peu à ce que Laborit a dit et écrit au moins 950 000 fois, non ?

Bon, j’aurais le goût de vous laisser là-dessus et de vous annoncer tout de suite que je vais prendre ça « off » la semaine prochaine pour décanter un peu mon automne et passer du temps avec « mes chers contemporains »… Mais cette formule m’amène justement à vous parler d’un dernier truc en 2016 (promis !). Il s’agit d’une série de documentaires indépendants portant ce titre et réalisé par Usul. Et le seul épisode que j’ai écouté à date, celui sur Frédéric Lordon intitulée « L’économiste » m’a beaucoup plus car il montre bien la pertinence du contre-discours de Lordon en ces temps où les alternatives au discours hégémonique du capitalisme néolibéral atteint des sommets dans l’endoctrinement des masses. Quel est le rapport avec Laborit ? Celui, justement, du conditionnement et des beaux discours logiques pour le couvrir que Laborit a lui aussi tant décrié.

L’article est en ligne à http://www.elogedelasuite.net/?p=3404

De Feynman à Friston, en passant par Laborit: minimiser l’entropie pour survivre

Publié le 16 décembre 2016

J’ai lu quelque part que le grand physicien et prix Nobel Richard Feynman, sachant qu’il lui restait peu de temps à vivre, aurait dit qu’il donnerait cher juste pour avoir accès à un simple « textbook » de physique écrit.. dans quelques siècles. Sans doute pour voir où les connaissances générales sur l’univers en serait rendues, lui qui était d’une insatiable curiosité.

Cela m’a fait penser au sujet de la dernière séance du cours sur la cognition incarnée que j’ai donné à l’UQAM cet automne. Dans mon résumé de lundi dernier de cette séance dans le blogue du Cerveau à tous les niveaux, je présentais l’idée générale de la minimisation de l’énergie libre, ce principe popularisé par Karl Friston qui est à la base de notre compréhension du cerveau en tant que machine à faire des prédictions. Car il existe un filiation entre Feynman et Friston à travers ce concept d’énergie libre qu’il faudrait, explique Friston, constamment minimiser pour se maintenir en vie. C’est, grosso modo, la même chose que de dire qu’un être vivant doit maintenir sa structure pour pouvoir survivre dans un univers où l’entropie est inéluctablement croissante (où tout tend au désordre, pour le dire autrement).

Cette formulation nous ramène aussi tout droit à Laborit. Plus précisément au livre le plus « thermodynamique » qu’il a sans doute écrit, l’un de ses premiers également : Du soleil à l’Homme, publié en 1963. Sous-titré « L’organisation énergétique des êtres vivants » et dédié à Alfred Korzybski, ce livre contient des passages qui expliquent fort bien ce sur quoi des gens comme Friston tentent aujourd’hui d’élaborer des théories unifiées de la cognition et de l’action humaine (ce que Laborit avait déjà entrepris à son époque).

http://www.elogedelasuite.net/?p=3393

L’énaction de Francisco Varela et « la seule raison d’être d’un être » de Laborit

Publié le 9 décembre 2016

L’an passé, à pareille date, j’écrivais dans Éloge de la suite :

« Il y aura, à Montréal cet hiver, un film, un cours et une exposition sur Henri Laborit ! Et si je l’annonce aujourd’hui, c’est que l’unique rencontre entre Laborit et Francisco Varela, rencontre qui a été filmée et constitue en quelque sorte le nœud gordien de mon film, a eu lieu un 9 décembre, en 1992… »

La première du film avait bel et bien eu lieu en février 2016, avec l’exposition et le cours qui s’étaient poursuivis les semaines suivantes jusqu’à ce que le film soit mis en ligne (du moins sa partie 2 de 4 intitulée Biologie) en mai 2016.

Pour ce qui est de l’unique rencontre entre Laborit et Varela, j’ai retrouvé dans mes cassettes vidéo (en préparant le montage avec Michèle Duzert que je vous ai présenté le 21 novembre dernier pour souligner le 2e anniversaire du site) un extrait où Mme Duzert me lit une lettre que lui avait envoyée Laborit…

http://www.elogedelasuite.net/?p=3379

5 décembre 2016

Bruno Dubuc: Laborit, pionnier de la psycho-neuro-immunologie

http://www.elogedelasuite.net/?p=3370

Comme je l’ai expliqué ici, je donne cet automne un cours sur la cognition incarnée à l’UQAM. Chaque lundi, je publie dans le blogue du Cerveau à tous les niveaux un résumé de la séance que je donne le mercredi suivant. Et chaque vendredi, je fais ici des liens entre le travail de Laborit et le thème de la semaine (les présentations des séances du cours en format pdf sont disponibles ici).

Cette semaine, nous avons donné un aperçu de la complémentarité du système nerveux, hormonal et immunitaire dans le corps humain. On a donc, entre autres, parlé de la psycho-neuro-immunologie en rappelant tout d’abord qu’elle s’est développée à partir des travaux de Robert Ader à partir du milieu des années 1970.

Celui-ci avait réussi à conditionner des rats en associant la prise d’un liquide sucré à une substance immunosuppressive, de sorte que l’eau sucrée seule parvenait ensuite à diminuer les défenses immunitaires de l’animal. On commençait alors à admettre que le système nerveux pouvait interagir directement avec le système immunitaire (ici par l’entremise d’un conditionnement associatif).

Mais on s’en doutait depuis un certain temps déjà, notamment par l’entremise des travaux de Hans Selye qui avait montré que lorsque le corps subit une agression ou qu’il perçoit une menace, des remaniements hormonaux surviennent très rapidement. Et l’on connaissait déjà ce que l’on appelle l’axe hypothalamo-hypophysio-surrénalien, c’est-à-dire comment l’hypothalamus du cerveau communique avec la glande hypophyse qui à son tour va stimuler d’autres glandes dans le corps, dont les glandes surrénales. On avait donc là aussi une interaction du cerveau avec un autre grand système, le système hormonal.

Mais pour en revenir à la neuro-psycho-immunologie, Joël de Rosnay écrivait, dans un hommage posthume à Laborit en 1995 :

« [Laborit] ouvre la voie de la neuro-psycho-immunologie […] L’inhibition de l’action peut être le facteur déclenchant de désordres neuro-psycho-immunologiques. […] Les trois réseaux qui assurent l’homéostasie du corps (système nerveux, immunitaire et hormonal) convergent et s’interpénètrent. Des molécules ubiquitaires comme l’insuline, la vasopressine, l’ocytocine, ou les cytokines interviennent à plusieurs niveaux de ces réseaux, confirmant l’approche proposée par Laborit dans les années 60. »

Ce constat, fait il y a plus de 20 ans, est encore plus d’actualité que jamais. Un exemple très récent, parmi beaucoup d’autres : je lisais pas plus tard que vendredi dernier qu’une étude, qui vient d’être publiée dans Science, montre que la position relative d’un singe rhésus dans la hiérarchie de dominance de son groupe influence le fonctionnement de son système immunitaire.

En effet, plus le rang d’un singe est bas dans la hiérarchie, moins il produit de cellules immunitaires d’un certain type et plus il produit de molécules pro-inflammatoires. Ce changement est déclenché par l’activation ou non de gènes : quand un animal change de position dans la hiérarchie (suite à une manipulation des groupes par les expérimentateurs), le taux d’expression de ces gènes change aussi. Par exemple, un animal bas dans la hiérarchie active plus de gènes reliés à l’inflammation. L’inflammation est normale et utile pour combattre les infections. Mais quand ces mécanismes inflammatoires sont activés en l’absence de microbes, probablement juste par le stress infligé par les individus dominants, alors ils deviennent néfastes pour la santé.

Détail intéressant, les individus subordonnés qui se faisaient le plus toiletter (“grooming”) étaient ceux qui avaient les processus inflammatoires les moins élevés. Comme quoi le réconfort ressenti par les attentions des autres a non seulement un effet psychologique, mais également un effet physiologique réel.

Ce qui fait dire au Dr. Noah Snyder-Mackler, auteur principal de l’étude :

“I think there’s a really positive social message. If we’re able to improve an individual’s environment and social standing, that should be rapidly reflected in their physiology and immune cell function. “

Laborit et Resnais n’auraient pu qu’être d’accord, eux qui avaient montré si clairement il y a plus de 35 dans Mon oncle d’Amérique tous les effets néfastes sur la santé de l’inhibition de l’action découlant de la subordination sociale.

Bruno Dubuc: Comment sortir de la phrénologie avec Anderson et des « mécanismes de défense » avec Laborit

Lire l’article en entier: http://www.elogedelasuite.net/?p=3340

Extrait : « L’autre exemple qui me vient à l’esprit est l’expression « inhibition de l’action » mise de l’avant par Laborit. Car ayant compris les conséquences sociales des réactions organiques au stress que son ami Hans Selye avait mis à jour, Laborit a vu à quel point ces effets néfastes pour la santé découlaient directement d’une impossibilité de fuir ou de lutter contre une menace réelle ou perçue, donc d’agir. Il a même étudié les bases cérébrale de ce système qui peut, dans certaines situations pas trop prolongées, être adaptatives. Je pense à ce petit rongeur qui aperçoit un rapace au-dessus de lui et ne peut lutter ni fuir sans être repéré, alors il fige et espère passer inaperçu. Même chose pour l’employé qui ne peut fuir son boulot parce qu’il a une famille à nourrir ou sauter au cou de son patron qui vient de l’insulter car il aurait des ennuis avec la police… Alors il peut « prendre sur lui » et attendre que ça passe. Mais s’il reste dans cet état d’inhibition de l’action trop longtemps, son système étant alors tout entier alors orienté vers l’action (qui ne se fait pas), les organes associés à la digestion ou au système immunitaire seront mal irrigués. Et cette mauvaise irrigation sanguine aura un effet dévastateur sur sa santé si elle persiste trop longtemps.

Voilà pourquoi parler « d’inhibition de l’action », au lieu de simplement « stress » ou même « stress chronique », nous permet de comprendre beaucoup mieux ce qui se passe en nous dans de telles situations. Cela, Laborit l’avait bien compris, lui qui, comme Michael Anderson, montre qu’il faut parfois changer le vocabulaire pour sortir des ornières conceptuelles qui nous empêchent de progresser dans notre compréhension des processus complexes qui nous animent. »

8 novembre 2016

Bruno Dubuc, Eloge de la suite: La linguistique cognitive (et relative) et l’influence de Korzybski sur Laborit

Publié le 4 novembre 2016

http://www.elogedelasuite.net/?p=3322

Comme je l’ai expliqué ici, je donne cet automne un cours sur la cognition incarnée à l’UQAM. Chaque lundi, je publie dans le blogue du Cerveau à tous les niveaux un résumé de la séance que je donne le mercredi suivant. Et chaque vendredi, je fais ici des liens entre le travail de Laborit et le thème de la semaine (les présentations des séances du cours en format pdf sont disponibles ici).

Cette semaine, on a fait une brève incursion du côté de la linguistique pour montrer comment le courant de la cognition incarnée ne l’a pas épargnée. Je crois que Laborit aurait été intéressé par les idées de la linguistique cognitive contemporaine où la sémantique et les métaphores à partir du corps ont pris une grande place. Car Laborit a été très influencé par Alfred Korzybski et son concept de sémantique générale (qui lui-même peut être vu comme précurseur de la théorie de la relativité linguistique de Sapir et Whorf).

On n’a qu’à lire l’entrée en matière, que je reproduis ci-dessous, du texte traduit en anglais d’une allocution donnée par Laborit à New York  lors de la Alfred Korzybski Memorial Lecture de 1963 et intitulé « The need for generalization in biologicas research : role of the mathematical theory of ensembles » :

“Dear Friends : I am at a loss to express to you how honored I feel to be giving this lecture, and to find myself at this gathering dominated by the great figure of Alfred Korzybski . I did not have the joy of knowing him personally as did some others here, most particularly M. Kendig, who continues his thought and perpetuates his presence among us . However, his thought is written in books, and through them, I believe I can call myself one of his disciples . Although the following exposition does not make frequent reference to his name as it should, this is not a necessity for you to understand that I wrote it to honor his memory and to participate, however modestly, in the continuation of his thought .”

Pour résumer sommairement la démarche de Korszybski (1879 – 1950), on peut le lire sur sa page Wikipédia que :

« L’œuvre de Korzybski tourne autour de la fondation de ce qu’il appela lui-même une « science de l’homme ». Interpellé par les problèmes récurrents rencontrés dans la civilisation occidentale de son époque (incompréhension, misère, guerre, etc.), il entreprit d’étudier le fonctionnement de l’homme dans son environnement, à savoir la façon dont notre système nerveux perçoit, interprète et modifie, entre autres, ce qui se trouve autour de lui, afin d’essayer d’établir une méthode permettant aux hommes de mieux communiquer, de mieux se comprendre, d’agir conformément aux faits et non à des représentations erronées, acquises ou innées, dont la plupart ne prennent pas conscience (« les prémisses »). Cette recherche culmine avec son œuvre majeure, Science and Sanity […], dans laquelle il jette les bases de la sémantique générale.

Le biologiste français Henri Laborit a élaboré sur la sémantique générale sa théorie de l’inhibition de l’action et ses recherches sur la structure des organismes vivants (voir La Nouvelle Grille, L’Inhibition de l’Action). »

Je ne sais pas si l’on peut aller jusqu’à dire que Laborit « a élaboré sur » la sémantique générale le cœur de son œuvre (il a quand même fait lui-même quelques expériences fondatrices…), mais chose certaine l’aphorisme de Korzybski : « une carte n’est pas le territoire », ou encore « le mot chien ne mord pas » est souvent cité par Laborit pour rappeler que les mots ne correspondent pas à des réalités mais ne sont que des étiquettes derrière lesquels chacun met son expérience passée de chacun de ces mots.

En googlant ce deuxième aphorisme avec le nom de Laborit, on trouve d’ailleurs des choses intéressantes comme cette courte entrevue de Laborit faite par Bernard Werber (l’auteur des Fourmis, etc., qui a écrit sur son site web que « Mon oncle d’Amérique […] a longtemps été mon film culte ainsi que le livre Eloge de la fuite« …). L’entrevue est intitulée « Le mot Dieu ne mord pas » et l’on y sent particulièrement bien l’extrême prudence avec laquelle Laborit manipulait des mots aussi fortement connotés que «Dieu» (ou « liberté », ou « amour »…). Détail rigolo dans cet article : le mot « agoniste » a été écrit à la place de « agnostique » ! Je ne sais pas si l’erreur était dans la revue ou si elle provient de la retranscription, mais un tel lapsus fait en tout cas du sens quand on parle d’un pharmacologue…

Enfin, en terminant, je voudrais mentionner le blogue d’Isabelle Aubert-Baudron qui fait un travail de recherche sur l’élaboration d’une économie non-aristotélicienne, à partir de la sémantique générale d’Alfred Korzybski et où Laborit est abondamment cité (souvent par l’entremise d’Éloge de la suite… 😉 ).

Bruno Dubuc

 

7 novembre 2016

Bruno Dubuc: Eloge de la suite, 16/09/2016 – 15/10/2016

Autopoïèse et émergence des systèmes nerveux : quand Varela et Laborit se rejoignent  http://www.elogedelasuite.net/?p=3242

Publié le 16 septembre 2016

Il y a, dans cette deuxième séance, un autre « point de contact » évident avec Laborit et on peut dire qu’il passe par mon film Sur les traces d’Henri Laborit, associé à ce site. On assiste en effet, à la fin de ce film, à l’unique rencontre entre Laborit et Francisco Varela le 9 décembre 1992 au laboratoire de Boucicaut. Or Varela est abondamment cité dans cette seconde séance puisque c’est lui et Humberto Maturana qui ont théorisé, au début des années 1970, le concept d’autopoïèse qui est présenté dans la première partie de la séance et discuté en détail dans la seconde.

Cette définition première d’autopoïèse pour décrire l’essence d’un être vivant (« un réseau complexe d’éléments qui régénèrent constamment, par leurs interactions et transformations, le réseau qui les a produits »), Varela avait dû la bonifier dans ses derniers écrits pour tenir compte non seulement du maintien de l’identité des êtres vivants, mais aussi de leur capacité à tenir compte de leur environnement pour profiter des ressources qui pourraient les aider à maintenir leur structure et fuir les substances ou les situations qui pourraient la détruire.

Les habitué.es de ce site auront déjà reconnu des fondements très similaires dans la pensée de Laborit, en particulier son fameux : « La seule raison d’être d’un être, c’est d’être, c’est-à-dire de maintenir sa structure ». Tout le début de la narration de Laborit dans Mon oncle d’Amérique décrit également cet impératif de la vie de défier temporairement le second principe de la thermodynamique.

Organisation générale du cerveau humain : ce que Laborit avait bien vu http://www.elogedelasuite.net/?p=3242

Publié le 23 septembre 2016

Comme je l’ai expliqué ici, je donne cet automne un cours sur la cognition incarnée à l’UQAM. Chaque lundi, je publie dans le blogue du Cerveau à tous les niveaux un résumé de la séance que je donne le mercredi suivant. Et chaque vendredi, je fais ici des liens entre le travail de Laborit et le thème de la semaine. La séance de cette semaine intitulée « Le cerveau humain : développement, communication et intégration neuronale, organisation générale » abordait donc plusieurs sujets, mais s’il fallait n’en retenir qu’un où Laborit a été un précurseur ce serait sans doute les cellules gliales.

En effet, dès les années 1960, Laborit s’est intéressé aux cellules gliales qui reçoivent aujourd’hui l’appellation de « l’autre moitié du cerveau » tellement on commence à s’apercevoir qu’elles contribuent à la communication neuronale. On est donc loin du simple rôle de support qu’a inspiré leur nom. La « névroglie », comme on appelait souvent les cellules gliales du temps de Laborit, vient du mot grec γλοιός (gloios), « gluant », une étymologie rappelant le rôle de « colle » ou de simple remplissage qui leur avait été originellement attribué. Et même jusqu’à il y a quelques décennies, le rôle qu’on reconnaissait aux cellules gliales en était surtout un de nutrition par rapport aux neurones, alors qu’on sait aujourd’hui qu’elles ont de nombreuses autres fonctions, notamment en communiquant et en synchronisant l’activité de vastes assemblées de neurones.

Plasticité et mémoires : tout ce qui entre à notre insu dans le système nerveux http://www.elogedelasuite.net/?p=3265

Publié le 30 septembre 2016

Laborit a insisté très tôt sur le fait que plein de choses s’imprègnent dans notre système nerveux sans que l’on s’en rende compte. Toute la pub est basée sur cette idée d’associer un sentiment positif à une marque de lessive, par exemple. Mais c’est aussi le cas des normes sociales et des automatismes culturels qui entrent constamment à notre insu dans notre cerveau.

Pour le dire dans les mots de Laborit qui n’y va pas de main morte pour décrire ce phénomène :

« Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra dans sa vie d’adulte une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais. »

Et que dire des conditionnements opérants dont Laborit a montré également la prédominance dans nos comportements. La recherche de la récompense est encore un mécanisme très puissant en nous. On n’a qu’à nous regarder descendre frénétiquement notre page Facebook à la recherche des précieux « Like »… Ou encore, il faut relire là-dessus le chapitre sur l’amour dans l’Éloge de la fuite où l’être aimé est associé à son pouvoir de gratification (âmes romantiques, s’abstenir…). ;-P

Synchronisation de l’activité dynamique du cerveau : quand Laborit mène à Varela http://www.elogedelasuite.net/?p=3282

Publié le 7 octobre 2016

Ces oscillations dans les circuits de neurones, on les a observées aussi tôt qu’en 1924 alors que Hans Berger mettait au point le premier électroencéphalographe (EEG). Mais il fallut attendre plus d’un demi-siècle plus tard pour qu’elles commencent à être considérées comme autre chose qu’un simple épiphénomène. Cela explique pourquoi Laborit a peu, à ma connaissance, mentionné directement les oscillations cérébrales dans ses écrits, du moins ceux pour le grand public. Son outil de travail quotidien, on le sait, c’était la pharmacologie. Et bien que les drogues qu’il appliquait sur ses modèles animaux avaient bien entendu des effets au niveau des rythmes cérébraux, Laborit ne les a pas étudiés en tant que tel, toujours à ma connaissance…

Mais en faisant des recherches avec des mots clés pour ce billet, je suis tombé sur une page d’Éloge de la suite que j’avais écrite quelques semaines après son lancement en novembre 2014. J’y relate une autre coïncidence semblable où, en cherchant sur un colloque consacré à Laborit en 2000, j’étais tombé sur l’annonce des journées du réseau de sciences cognitives d’Île de France où l’on pouvait lire que « Dans le domaine des neurosciences, F. Varela (LENA-CNRS, Paris) a décrit les mécanismes physiologiques impliqués dans la constitution du “temps présent” et développé l’hypothèse qu’une synchronisation des activités neuronales soit à l’origine d’une conscience du présent. »

Cartographie du cerveau et grandes voies nerveuses : le « MFB » toujours à l’étude ! http://www.elogedelasuite.net/?p=3297

Publié le 15 octobre 2016

Laborit s’est constitué, avec le peu de ce que l’on savait dans les années 1950, une cartographie des différents grands faisceaux nerveux qui relient dans le cerveau les régions fondamentales pour la survie d’un animal dont le fameux « faisceau de la récompense », le Medial Forebrain Bundle, ou MFB.

Or il y a quelques mois à peine, une étude publiée dans la revue Cerebral Cortex avait pour titre « A hedonism hub in the human brain. » Ma séance de mercredi dernier s’achevait justement sur le concept de « hub », ces gros faisceaux d’axones dans le cerveau qui constituent de véritables « autoroutes » pour la transmission nerveuse. Or ce que l’étude de Zacharopoulos et ses collègues a démontré, c’est qu’il y a une corrélation positive entre la valeur que les gens portent à l’aspect « hédoniste » dans leur vie, et le volume du globus pallidus gauche, une structure cérébrale directement connectée au «superolateral medial forebrain bundle».

Si Laborit avait pu lire cette étude, je suis certain qu’il aurait souri, lui qui a si souvent répété que pour agir, il faut être motivé, et que cette motivation vient en bout de ligne du plaisir que l’on retire de cette action, comme le rappelle d’ailleurs les auteurs au début de leur article !

30 juillet 2016

Bruno Dubuc: Eloge de la suite: Le bon plaisir d’Henri Laborit, une émission de France Culture de 1989 (2 de 4)

Mon plan de match pour l’été se poursuit aujourd’hui avec la seconde partie (sur 4) de l’émission Le bon plaisir d’Henri Laborit commencée la semaine dernière. Comme je l’écrivais alors, cette émission qui durait trois heures et visait à faire connaître l’œuvre d’un.e auteur.e fut diffusée pour la première fois le 4 février 1989, et probablement en reprise durant la « nuit du 11 avril 1989 » comme l’indique la cassette audio de M. Patrice Faubert que j’ai numérisée.

À suivre, donc … mais dans trois semaines seulement, car comme ce sont les « vacances de la construction » au Québec, et que je suis un honnête constructeur de site web (!), je ferai, comme l’an dernier à pareille date, une fuite estivale dans la nature ! Je vous souhaite la même chose, et on se revoit bientôt pour d’autres surprises dans ce « Bon plaisir d’Henri Laborit » décidément très riche.

Ecouter l’enregistrement à http://www.elogedelasuite.net/?p=3161

Cette deuxième partie de l’enregistrement de l’émission est un peu plus longue que la première et dure un peu plus de trois quart d’heure. Elle débute avec l’extrait de Mon oncle d’Amérique où Laborit expose sommairement quelques fonctions cérébrales à la lumière de ce que l’on sait à l’époque. Il s’inspire donc du modèle du cerveau triunique de MacLean dont on connaît depuis les limites, bien que l’idée générale d’une histoire évolutive plus ou moins ancienne pour différentes régions cérébrales, elle, tient toujours.

On enchaîne avec un extrait de monologue de Guy Bedos sur le stress et l’on apprend tout de suite après qu’il est inspiré des travaux de Laborit que Bedos dit suivre depuis longtemps. S’ensuit un échange chaleureux et fort drôle entre lui et Laborit où l’on apprend, au détour d’une remarque de ce dernier, que c’est Laborit qui avait invité Bedos à venir à l’émission. Cela ne m’étonne guère puisque, au-delà des affinités anarchistes réciproques que les deux se reconnaissent, j’avais trouvé lors de mon passage aux archives Laborit à Créteil en 2009 la lettre de remerciement illustrant cet article que Laborit avait envoyée à Bedos après l’un de ses spectacles ! On y retrouve une allusion à la mère de Bedos (dont il parle dans l’extrait du spectacle présenté ici) et un fin questionnement sur la durée de la part de Laborit… 😉 (cliquez sur l’image pour l’agrandir)

La discussion amène Laborit à mentionner qu’il a fait partie de tous les groupes écolos quand ils se sont constitués, mais que trop souvent les dirigeants de ces groupes ont mis plus d’énergie pour montrer que leur approche était meilleure que celle du voisin au lieu de travailler concrètement pour l’environnement. Laborit rappelle alors que lorsqu’on ne sait pas qu’on est pris dans une lutte pour la dominance, on ne peut que la couvrir d’un discours logique. Bedos signale qu’il est parfois encore un peu naïf devant ces beaux discours, mais que lorsqu’il comprend qu’on l’a floué, il sort « l’artillerie lourde ». Ce à quoi Laborit s’empresse d’ajouter que ce n’est pas son cas, qu’il n’aime pas la bagarre et préfère fuir, rappelant qu’il a écrit un Éloge de la fuite

Après avoir énuméré quelques fuites possibles, celles dans les toxicomanies qui peuvent nous détruire, ou celle dans la folie qui nous coupe du monde, Laborit rappelle que la meilleure est sans doute celle que l’on peut exercer par l’imagination, si tant est que l’on n’est pas trop automatisé par notre socio-culture pour le faire. Pour sa part, Laborit rappelle que de ne pas avoir suivi les carottes qu’on lui a tendu toute sa vie lui a permis de demeurer dans la marge et de faire ce qu’il voulait. Entre autres, s’occuper de choses qu’il n’était pas supposé s’occuper, n’ayant pas les parchemins officiels pour le faire, ce qui l’a tout de même amené à un cheveux du prix Nobel, ce qui ne lui aurait pas déplu à une certaine époque pour narguer un peu ceux qui lui avait fait la vie dure, mais plus maintenant, ajoute-t-il, étant heureux dans tous les plans de sa vie.

Et Laborit de terminer ce segment en rappelant que le truc c’est, au fond, de se révolter « jusqu’au point où ça va casser ». Puis de faire un pas de côté, et d’aller là où on ne nous attend pas…

Après un autre extrait de Mon oncle d’Amérique, on a droit à un succulent petit reportage avec Claude Grenié, prof d’histoire-géo à La Rochelle et grand ami de Laborit. On entend Grenié expliquer à ses élèves les grands modes de fonctionnement du cerveau humain en s’inspirant des travaux de Laborit. Et puis, ayant rassemblé plusieurs ancien.nes élèves, certain.es s’expriment sur ce qu’ils ont intégré dans leur vie de ces notions. On sent les grandes qualités pédagogiques de Grenié qui y va par exemple d’une métaphore avec l’histoire d’Ulysse qui, pour lui, a utilisé son imagination pour échapper aux chants des sirènes ! Autre analogie originale : celle entre le mécanisme d’automates vus avec ses élèves et les cames d’un moteur à explosion que ces mêmes élèves en profils « appliqués », sont amenés à démonter dans leur cours au garage.

Dans l’avant-dernier segment, l’animatrice Marion Thiba questionne Laborit sur la spécialisation des deux hémisphères cérébraux. Laborit pense que la société occidentale favorise exagérément l’hémisphère gauche, meilleur avec les petits détails, plutôt que le droit, favorisant davantage la synthèse et une appréhension globale des choses. Alors que les deux devraient idéalement se compléter et fonctionner harmonieusement ensemble.

Le dernier segment porte sur l’amitié et nous permet de rencontrer un autre grand ami de Laborit, le physicien Claude Cuvier. Laborit dit qu’il n’y a jamais eu de compétition entre lui et Cuvier, et c’est pour ça qu’ils sont restés amis depuis leur première rencontre. Une rencontre, rappelle Cuvier, qui avait eu cette étincelle magique, celle qui fait pour Laborit qu’un visage peut évoquer instantanément en nous tout ce qu’on a déjà aimé chez d’autres. Il ajoute qu’il y a des gens avec qui l’on peut avoir toujours plaisir à être, même après des coups pendables (et l’on sent que Cuvier et lui pensent à la même personne !). Cuvier conclut ce segment en disant que pour comprendre Henri Laborit, il faut avoir lu l’Éloge de la fuite et l’Inhibition de l’action… dans les deux sens !

À suivre, donc … mais dans trois semaines seulement, car comme ce sont les « vacances de la construction » au Québec, et que je suis un honnête constructeur de site web (!), je ferai, comme l’an dernier à pareille date, une fuite estivale dans la nature ! Je vous souhaite la même chose, et on se revoit bientôt pour d’autres surprises dans ce « Bon plaisir d’Henri Laborit » décidément très riche.

31 mai 2016

Bruno Dubuc: Sur les traces d’Henri Laborit – Partie 2 : Biologie

C’est avec grand plaisir que je mets (enfin!) sur Éloge de la suite la 2e partie du film Sur les traces d’Henri Laborit. Il s’agit d’un long métrage de 1h25 comprenant la 1ère partie de 7 minutes (Traces) et la nouvelle partie de 1h18 (Biologie).

Pour en revenir au projet comme tel, le film a été projeté deux fois, en privé à St-Hyacinthe devant ma famille et en public à Montréal le 13 février dernier dans le cadre d’une séance de l’UPop Montréal. Il suit chronologiquement la vie d’Henri et de Roland durant un demi-siècle, de 1914 jusqu’en 1965, une année un peu particulière pour votre humble serviteur, comme vous allez le découvrir. On y fait aussi la connaissance de Francisco Varela qui a à peine 19 ans quand cette partie du film se termine, mais dont on entrevoit une rencontre mémorable avec Laborit dont la compréhension constitue un peu le fil d’Ariane de tout ce projet. On m’a dit que la conclusion très partielle à laquelle j’en arrive dans les dernières minutes « nous laisse un peu sur notre faim » mais bon, c’est là où j’en suis présentement dans ce work-in-progress. Et puis c’est une façon comme une autre de garder son public captif jusqu’à ce que je monte la suite…  [Lire la suite au http://www.elogedelasuite.net/?p=3006 ]

Sur les traces d’Henri Laborit – Partie 1:

La deuxième partie de ce film est à la page http://www.elogedelasuite.net/?p=3006

17 mai 2016

L’éloge de la suite: Laborit à «On efface tout et on recommence» avec Brigitte Vincent en 1991

Filed under: Actualité, biologie, livres, radio — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 1:38

Publié le 13 mai 2016

http://www.elogedelasuite.net/?p=2991

Cette semaine, je vous présente un entretien d’un peu plus de 23 minutes de Laborit avec Brigitte Vincent en 1991 pour l’émission « On efface tout et on recommence », sur France Inter.

Brigitte Vincent explique qu’elle a voulu rencontrer Laborit suite à sa lecture, en 1987, de son livre La colombe assassinée, sur la violence et les différents types d’agressivité. La guerre du golfe fait d’ailleurs rage et Laborit ne pourra pas ne pas y faire allusion dans l’entrevue…

Laborit y rappelle que le type d’agressivité qu’on rencontre le plus souvent chez l’être humain n’est pas l’agressivité prédatrice (le lion qui mange la gazelle, ou le type qui achète un steak…), mais l’agressivité de compétition, pour le maintien des dominances : à l’intérieur des groupes humains, avec la « guerre économique », la course sans fin à la fabrication de toujours plus de marchandises; ou entre ceux-ci, comme les guerres que se livrent les États, où les gens vont se faire tuer des deux côtés pour le maintien des échelles hiérarchiques propre à chaque État…

Si on apprenait aux jeunes ce qu’il y a derrière nos mots, conclut Laborit, lorsqu’ils entendraient des expressions comme « guerre juste », ils ne pourraient avoir qu’un sourire, un sourire attristé.

Suite

Brigitte Vincent

Après l’émission de télé Ex-Libris de 1992 publiée il y a trois semaines et l’émission à Radio Libertaire de 1987 publiée la semaine dernière, je poursuis cette semaine avec un autre enregistrement du « lot de cassettes » envoyé par M. Patrice Faubert (que je remercie encore une fois). Il s’agit cette fois d’un entretien d’un peu plus de 23 minutes de Laborit avec Brigitte Vincent en 1991 pour l’émission « On efface tout et on recommence », sur France Inter.

La rencontre a eu lieu au laboratoire de Boucicaut dont Mme Vincent ne manque pas de décrire le caractère atypique, « au fond d’un hôpital, avec un escalier difficile à monter ». Laborit note d’ailleurs en début d’entrevue que ce laboratoire ne correspond pas à l’idée architecturale qu’il se fait d’un laboratoire de recherche et l’on sent ici sans doute une allusion au projet de laboratoire qu’il avait conçu avec son ami d’enfance architecte Edmond Peray et qui ne s’est jamais réalisé.

Brigitte Vincent explique qu’elle a voulu rencontrer Laborit suite à sa lecture, en 1987, de son livre La colombe assassinée, sur la violence et les différents types d’agressivité. La guerre du golfe fait d’ailleurs rage et Laborit ne pourra pas ne pas y faire allusion dans l’entrevue…

Une entrevue du reste très bien réalisée, avec la trame sonore de Mon oncle d’Amérique qui vient souvent la ponctuer, de même que la lecture d’un extrait évocateur de La colombe assassinée par Mme Vincent.

Laborit y rappelle que le type d’agressivité qu’on rencontre le plus souvent chez l’être humain n’est pas l’agressivité prédatrice (le lion qui mange la gazelle, ou le type qui achète un steak…), mais l’agressivité de compétition, pour le maintien des dominances : à l’intérieur des groupes humains, avec la « guerre économique », la course sans fin à la fabrication de toujours plus de marchandises; ou entre ceux-ci, comme les guerres que se livrent les États, où les gens vont se faire tuer des deux côtés pour le maintien des échelles hiérarchiques propre à chaque État…

Vers la fin de la rencontre, Laborit rappelle que la connaissance des comportements qu’apporte depuis quelques décennies à peine ce qu’on appelle aujourd’hui les sciences cognitives pourrait améliorer les rapports humains. Mais pour cela, insiste-t-il, il faudrait que ce soit diffusé dès le plus jeune âge au plus grand nombre, alors que l’école se contente le plus souvent de favoriser l’insertion de l’individu dans un monde marchand. Au lieu d’apprendre aux jeunes que derrière nos mots, il y a des mécanismes, ce qui ferait que lorsqu’on entendrait des expressions comme « guerre juste », on ne pourrait avoir qu’un sourire, un sourire attristé, conclut Laborit…

Audio Player

17 décembre 2014

Eloge de la suite: Hans Selye et le stress, Laborit et l’inhibition de l’action

Filed under: Actualité, biologie, santé — Étiquettes : , , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:28

Publié le 14 décembre 2014

Résumé :

L’un des apports les plus importants d’Henri Laborit est sans contredit le concept d’inhibition de l’action, concept élaboré à partir des travaux fondateur de Hans Selye sur le stress que Laborit a par la suite inscrit dans une perspective évolutive plus large. Les deux hommes se connaissaient bien et entretenaient des rapports cordiaux comme en témoigne un extrait d’entrevue d’environ 5 minutes avec Laborit tourné pour le film « Pour l’amour du stress », réalisé à l’ONF en 1990 par Jacques Godbout (suivez le lien sur Éloge de la suite…). Cette amitié entre Laborit et Selye, j’ai été à même de la constater lors de mon passage aux Archives Laborit en 2009 et 2012 pour préparer le film associé à ce site. Ayant alors accès à la correspondance privée de Laborit, je suis tombé sur quelques échanges épistolaires entre Laborit et Selye….

Lire le dossier dans le site à http://www.elogedelasuite.net/?p=1154

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Bruno DUBUC

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