Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

21 février 2018

Le Monde: « Il faut réviser les modes de financement de l’hôpital public »

http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/14/il-faut-reviser-les-modes-de-financement-de-l-hopital-public_5256450_3232.html

Dans une tribune au « Monde », les professeurs Philippe Grimbert et André Grimaldi souhaitent que cesse l’opposition entre l’intérêt de l’établissement et celui de la Sécurité sociale à cause de la survalorisation des actes médicaux.
LE MONDE | • Mis à jour le |

Par PHILIPPE GRIMBERT et ANDRÉ GRIMALDI

Alors que le gouvernement a lancé, mardi 13 février, une « réforme globale » du système de santé, les professeurs Philippe Grimbert et André Grimaldi appellent à une révision des modes de financement

L’hôpital public est en France dans une situation alarmante. En dépit d’efforts substantiels (7 milliards d’euros d’économies en dix ans), les hôpitaux publics devraient voir leur déficit tripler cette année et devront réaliser plus de 1,5 milliard d’économies l’année prochaine. La situation de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) est tout aussi alarmante, puisqu’elle s’achemine vers un déficit de 174 millions d’euros en 2017 et va fortement limiter sa masse salariale d’ici à 2022. De nouveaux efforts vont donc être demandés à une communauté de soignants, médicaux et paramédicaux déjà à bout de souffle et dont l’état d’esprit collectif se détériore progressivement.

Comment en est-on arrivé à cette situation ? La majorité du financement des hôpitaux dépend du nombre et de la nature des actes réalisés, la fameuse tarification à l’acte (T2A) mise en place en 2004 et généralisée en 2008. Destinée à stimuler la productivité des établissements de soins, elle peut également encourager à la multiplication d’actes non pertinents et à « optimiser le codage », c’est-à-dire à augmenter autant que faire se peut la facture adressée à la Sécurité sociale. Elle peut surtout arriver à mettre l’hôpital en déficit quand l’activité stagne ou lorsque les prix des actes diminuent. Système ubuesque où, pour limiter les déficits, l’hôpital public est entraîné dans une course à l’activité sans augmenter le nombre des personnels soignants et tout en faisant l’impasse sur la complexité des pratiques médicales, sur la précarité sociale des patients et sur la gravité des pathologies souvent prises en charge en milieu hospitalier.

Dans cette logique purement comptable, la quantité d’activité prime sur la qualité et l’objet concerné par les indices d’évaluation de la qualité n’est ni le patient ni la pathologie, mais le respect de procédures. De plus, les pratiques médicales ne cessent d’évoluer mais les soignants ne peuvent mettre en œuvre de nouvelles pratiques que si elles correspondent à des tarifs rentables, d’où le retard pris au développement des prises en charge ambulatoire et de la télémédecine. La T2A est devenue un carcan qui freine la modernisation en transformant l’hôpital en chaîne de production.

C’est donc logiquement, dans ce contexte quelque peu surréaliste, que les relations qu’entretiennent les directeurs d’établissement public hospitalier avec les personnels médical et paramédical se dégradent de manière croissante et participent grandement à l’incompréhension voire à l’exaspération des soignants. En avril 2008, Nicolas Sarkozy déclarait : « Il faut à l’hôpital un patron et un seul… Il faut bien qu’il y ait quelqu’un qui décide et qui assume ses responsabilités.» Malgré quelques aménagements décidés sous le précédent quinquennat, les directeurs d’hôpitaux placés sous la tutelle des directeurs d’Agence régionale de santé (ARS) restent les principaux gestionnaires de la mise en application du contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens. En clair, il s’agit de maintenir l’équilibre des comptes malgré une augmentation des charges (plus 4 % en moyenne) nettement supérieure à l’augmentation de la dotation votée par l’Assemblée nationale (plus 2 %).

RÉÉQUILIBRAGE DE LA GOUVERNANCE

C’est eu égard à sa capacité d’« équilibriste » sur le fil de « la trajectoire financière » qu’un directeur d’hôpital se voit octroyer annuellement des primes de fonction et de résultats (PFR) dont les montants cumulés peuvent dépasser les 30 000 euros annuels et aller, selon le Journal officiel, jusqu’à 50 000 euros, instaurant un potentiel conflit d’intérêts.

Alors que de vastes projets de regroupements et de restructurations de l’offre de soins se préparent, notamment dans les hôpitaux de l’AP-HP, il est à craindre que la survalorisation des actes génère davantage une mise en concurrence des établissements que l’organisation d’une véritable coopération. Les conflits qui en découlent ne pourront que s’amplifier. L’application de la règle du « juste soin pour tous les patients au moindre coût pour la collectivité » doit conduire à une révision des modes de financement mettant fin à l’opposition entre l’intérêt de l’établissement et l’intérêt de la Sécurité sociale. Cela suppose un rééquilibrage de la « gouvernance » entre les soignants et les gestionnaires.

Philippe Grimbert est professeur de néphrologie, chef de service, CHU Henri-Mondor (Créteil)

André Grimaldi est professeur émérite, CHU Pitié-Salpêtrière (Paris)

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7 février 2018

Le Monde: Psychiatrie publique, le grand essoufflement

Filed under: Actualité, fonction publique, psychiatrie, santé — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:45

http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/06/la-psychiatrie-publique-est-en-etat-de-grande-fragilite_5252251_3232.html

06 02 2018

Par Pierre Micheletti (Médecin)

La ministre de la santé ne semble pas prendre conscience de la grande fragilité de la psychiatrie publique, déplore le docteur Pierre Micheletti

La ministre de la santé, Agnès Buzyn, vient d’annoncer la suppression du Conseil national de la santé mentale (CNSM), lui substituant un comité stratégique qu’elle réunira une fois pas an. Mme Buzyn, dans ses propositions, attribue à la psychiatrie hospitalière un rôle largement prépondérant qui remet en cause l’approche décloisonnée du CNSM. Pourtant, la psychiatrie publique est en état de grande fragilité, comme l’illustrent la difficulté notoire à pourvoir des postes pourtant budgétés (25 % des postes sont vacants, ou octroyés à des médecins non statutaires, selon les données 2010) ainsi que la grogne sociale actuelle des médecins comme de l’ensemble des professionnels du secteur.

Pour comprendre les racines du problème, il est utile de rappeler les particularismes de la psychiatrie hospitalière depuis les ordonnances de 1960. Ces textes, instaurant la sectorisation, ont abouti à répartir les ressources et les professionnels entre des activités intra-hospitalières et un maillage de différentes structures extra-hospitalières (centres médico-psychologiques, hôpitaux de jour…). Ces structures périphériques délivrent la grande majorité des soins en psychiatrie générale adulte et la quasi-totalité en psychiatrie générale infanto-juvénile.

C’est dire l’importance acquise par les dispositifs  » hors les murs « , car, sur bien des territoires ruraux isolés ou périurbains défavorisés, l’offre de soins libérale est absente.

Mais la France de 2018 n’est pas celle de 1960. De plus, la sectorisation s’est mise en place sans véritables outils d’aménagement du territoire. Le découpage géographique avait consisté à répartir les moyens de l’époque sur des critères simples : un secteur  » adultes  » pour 70 000 habitants, un secteur de  » psychiatrie infanto-juvénile  » pour 150 000 enfants. En raison de l’absence d’outils satisfaisants pour suivre les évolutions et décider des nécessaires adaptations, la taille des populations prises en charge par un secteur peut varier dans un rapport de 1 à 15 ! Ni les médecins ni les directeurs ne sont actuellement formés pour relever les défis propres à la psychiatrie publique.

Mouvement  » désaliéniste  »

La volonté d’offrir des soins au plus près des lieux de vie de la population était le fruit d’un puissant courant de psychiatres  » désaliénistes « , mais résultait aussi des conséquences de la mort de milliers de patients dans les hôpitaux psychiatriques français (à cause de privation de soins et de malnutrition) durant la seconde guerre mondiale. Dès lors, la baisse du nombre de patients  » internés « , comme on disait à l’époque, permit au mouvement désaliéniste de se consacrer davantage aux soins hors les murs alors que s’amorçait une vaste réduction du nombre de lits d’hospitalisation, qui allaient connaître une baisse majeure, passant de 120 000  à 55 000 lits d’hospitalisation complète.

A partir des années 1980, on assiste à la montée en puissance du nombre de psychiatres libéraux qui vont progressivement passer de 800 à 10 000, avant de décroître. Cet engouement aboutit à une nette augmentation de l’offre de soins dans les centres-villes et conduit, aujourd’hui encore, des psychiatres hospitaliers vers un exercice libéral, souvent moins contraignant, en particulier quant à la participation au régime des urgences et des gardes. Ces fonctions, à une large majorité, restent l’apanage des praticiens hospitaliers, avec leur cortège de levées nocturnes et de gestion de situations dramatiques. Sur les 13 000  psychiatres qui exercent (données 2010), la moitié d’entre eux seulement sont des hospitaliers stricts.

A ces réalités démographiques des praticiens libéraux, il convient d’ajouter deux données importantes : les grandes variations de leur répartition sur le territoire français et une pratique du secteur  2 qui, si elle reste plutôt modérée (30  % des libéraux), n’est toutefois pas sans conséquences pour les populations les plus précaires.

Enfin, dernier mécanisme qui fragilise le système, la psychiatrie, comme toutes les disciplines médicales, n’échappe pas à une dynamique d’hyper-spécialisation, sur fond de progression exponentielle des connaissances. Là où la discipline avait longtemps organisé une ligne de partage entre les adultes et les enfants, apparaissent de nouvelles nosographies qui structurent des pratiques spécifiques (gérontopsychiatrie, troubles envahissants du développement, troubles des conduites alimentaires, addictions, réhabilitation…).

Ces nouvelles pratiques du métier de psychiatre détournent bon nombre de jeunes diplômés du travail de  » soutier  » de la psychiatrie territorialisée et aggravent, chemin faisant, sa perte d’attractivité : la moyenne d’âge de la profession – véritable bombe à retardement – est de plus de 52  ans…

Tous ces mécanismes se télescopent avec des réalités épidémiologiques et socio-économiques qui expliquent l’essoufflement des praticiens hospitaliers et la baisse des vocations : 5 % de la population de notre pays présentent des troubles psychiatriques  » graves et persistants  » ; 30 % montrent des signes de souffrance mentale ; le budget global de la santé consacre 10 % de son volume aux troubles psy ; à tous les âges, les maladies liées à la santé mentale sont parmi les cinq premières causes d’affections de longue durée dans les statistiques de l’assurance-maladie.

Plus de besoins dans la population générale, moins de psychiatres hospitaliers pour les prendre en charge, des pathologies graves, des charges de travail lourdes, et maintenant des risques médico-légaux qui peuvent conduire à des procès : tel est actuellement le contexte global.

La psychiatrie publique prend en charge l’un des problèmes de santé publique majeurs dans notre pays et incarne, au quotidien, une volonté d’équité dans l’accès aux soins. Cet enjeu global renvoie à la nécessité de décisions politiques d’envergure nationale. En  2017, réunis pour – déjà – attirer l’attention des pouvoirs publics, les principaux acteurs, y compris les représentants des usagers, ont formulé des demandes claires, dans un document intitulé  » Le consensus de Blois « . Il est à la disposition de la ministre de la santé…

Pierre Micheletti

28 janvier 2018

Franceinfo: Hôpital en crise : le cri d’alarme de mille médecins et cadres de santé

https://www.francetvinfo.fr/sante/politique-de-sante/hopital-en-crise-le-cri-d-alarme-de-mille-medecins-et-cadres-de-sante_2564325.html

Un collectif de mille médecins hospitaliers et cadres de santé s’alarme de la « nouvelle cure de rigueur budgétaire » imposée aux hôpitaux et dénoncent une « baisse de la qualité des soins », dans une tribune publiée par Libération.

Avec 1,6 milliard d’euros d’économies à réaliser en 2018, le budget des hôpitaux n’augmentera que de 2%, soit moitié moins que leurs charges, rappellent les signataires de la tribune lancée par les professeurs André Grimaldi, Jean-Paul Vernant et le docteur Anne Gervais.

« Les hôpitaux sont donc condamnés à augmenter sans cesse leur activité tout en réduisant le nombre de leurs personnels« , expliquent-ils. « Ce « toujours plus avec toujours moins » entraîne une dégradation des conditions de travail, provoquant épuisement et démotivation des soignants et en conséquence, une baisse de la qualité des soins », estiment les professionnels hospitaliers.

Limiter la place de la T2A à certains soins

Saluant la volonté de la ministre de la Santé Agnès Buzyn de revoir le mode de financement des hôpitaux, qui repose sur la tarification à l’activité (T2A, voir encadré) et a, selon les propos de la ministre, « fait croire à l’hôpital public qu’il devait se sentir une âme d’entreprise », ils exposent leurs conditions à « l’amélioration de la pertinence des soins« . Parmi elles, la limitation de la place de la T2A « aux soins standardisés et programmés « , ou la mise en place d’autres modes de financements  » pour les soins non standardisés et non programmés « .

Les signataires appellent également à maintenir « dans chaque unité de soin un taux de soignants présents permettant de garantir la sécurité des patients et la qualité des soins« , en modulant l’activité « [lorsque] ces conditions ne sont pas remplies« , « sans que cela n’entraîne de suppression automatique de personnels ».

« François Hollande avait promis l’abandon du « tout-T2A », Emmanuel Macron a fait la même promesse« , rappellent les signataires. « Il faut maintenant agir vite avant qu’il ne soit trop tard« .

Malaise ambiant dans la profession

Parallèlement à la publication de cette tribune, un « Grenelle de l’hôpital » a été réclamé par voie de communiqué par deux intersyndicales de praticiens hospitaliers (Avenir hospitalier et CPH) dénonçant une situation hospitalière « explosive ». En 10 ans, « la souffrance au travail est devenue un lieu commun à l’hôpital public« , déplorent-elles. Selon elles, les « problèmes rencontrés » au CHU de Grenoble, épinglés dans un rapport commandé par le ministère après le suicide d’un neurochirurgien début novembre, « existent partout ailleurs ».

De leur côté, une pétition lancée le 14 janvier par les urgentistes Patrick Pelloux, Christophe Prudhomme et Sabrina Ali Benali récoltaient plus de 25.000 signatures en deux jours. Les signataires y dénoncent « l’insuffisance des effectifs et des moyens » dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et dans les service d’aide à domicile.

avec AFP

Le Monde: La psychiatrie en grande souffrance

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2018/01/26/le-grand-malaise-des-soignants-en-psychiatrie-on-a-le-sentiment-d-etre-maltraitant_5247248_1650684.html

Ecrasés par les restrictions bugétaires, les soignants se disent à bout et dénoncent une « perte de sens » de leur travail.
LE MONDE | • Mis à jour le | Par François Béguin

Il y a chez eux de la fatigue, du désarroi et de la colère. Depuis des mois, des médecins et des personnels soignants du secteur psychiatrique multiplient grèves et lettres ouvertes aux autorités sanitaires pour alerter sur la dégradation de leurs conditions de travail en raison des restrictions budgétaires. Et par conséquent sur la détérioration de la prise en charge des malades.

Après des années de restructurations et de non-remplacement systématique des départs, plusieurs responsables syndicaux estiment que ce service public est désormais « à l’os ». « On nous pressurise depuis des années, on est arrivé à un point de bascule », assure Jean-Pierre Salvarelli, membre du Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH) et chef de pôle au Vinatier, à Lyon, l’un des plus gros hôpitaux psychiatriques de France. L’année dernière, 52 postes de soignants ont été supprimés dans cet établissement. « Les infirmières et les aides-soignantes se démultiplient pour boucher les trous, dit-il. Mais les équipes n’en peuvent plus. »

D’un bout à l’autre de la France, les mêmes maux et les mêmes symptômes : des taux d’absentéisme élevés, un fort turn-over des personnels, des postes de médecins non pourvus (il manquerait 900 à 1 000 psychiatres, selon le SPH), des lits en nombre insuffisant dans certains services, notamment aux urgences, et des patients à accueillir toujours plus nombreux. Entre 2010 et 2016, près de 300 000 personnes supplémentaires ont été suivies en psychiatrie. « Les ressources n’ont pas augmenté proportionnellement à la croissance de la file active, constate Magali Coldefy, géographe à l’Institut de recherche et de documentation en économie de la santé (Irdes). Faute de moyens, la psychiatrie a tendance à se replier sur l’intra-hospitalier et la gestion de la crise et de l’urgence. »

Lire aussi :   En psychiatrie, certains secteurs connaissent « des conditions matérielles et humaines déplorables »

Signes extérieurs du malaise ambiant, les établissements d’Allonnes (Sarthe), Bourges (Cher) ou Rennes (Ille-et-Vilaine) ont connu ces derniers mois des mouvements de grève. Le 5 janvier, sept anciens psychiatres de l’hôpital Philippe-Pinel, à Amiens (Somme), ont écrit à la ministre de la santé Agnès Buzyn pour lui expliquer pourquoi la « dégradation continuelle des conditions de prise en charge des patients » avait pesé dans leur choix « douloureux » de quitter l’hôpital public. Dans leur courrier, ils dénoncent un « hôpital en déshérence » et une « souffrance éthique et professionnelle à son paroxysme ».

« Je ne suis qu’un garde-fou »

La gravité de la crise commencerait-elle à être perçue au-delà des enceintes des hôpitaux psychiatriques ? La députée (La République en marche) de la Somme Barbara Pompili a dit sa « honte » après avoir visité l’établissement d’Amiens le 3 novembre 2017. « La faiblesse hallucinante des effectifs transforme cet hôpital en gigantesque garderie, avec toutes les conséquences que cela peut avoir pour ceux qui sortent, comme pour ceux qui ne sortent pas », avait-elle écrit. Quant à François Ruffin (La France insoumise), l’autre député du département, il a récemment publié un livre (Un député à l’hôpital psychiatrique, Fakir éditions) dans lequel il raconte les difficultés et les dysfonctionnements de ce même hôpital.

Lire aussi :   Au CHU de Grenoble, les travers d’un système hospitalier déshumanisé

Les restrictions budgétaires ont différents types de conséquences. Au sein même des hôpitaux, de nombreux infirmiers, dont les témoignages ont été recueillis après un appel lancé sur le site du Monde, disent ne plus avoir le temps de parler avec les patients hospitalisés ou d’effectuer avec eux des activités thérapeutiques. « On est accaparé par l’urgence et le quotidien. Nous n’avons plus le temps de faire des entretiens avec les patients, de prendre un café avec eux, ou de les accompagner pour qu’ils puissent téléphoner. Cela génère des situations d’agressivité et de violence plus fréquentes. Et nous, on a le sentiment de mal faire notre travail, d’être maltraitants », raconte Marion, 25 ans, infirmière dans un gros hôpital de province.

« Quand je suis arrivé à l’hôpital il y a quelques années, on faisait encore des sorties au musée, au cinéma ou au cirque, témoigne Cyril, infirmier dans un hôpital du sud de la France. Cette année, nous n’avons pas prévu d’en faire car nous arrivons à peine à tenir le planning et à assurer la continuité du service. » « Je ne suis qu’un garde-fou, nous n’avons plus les moyens et la motivation d’être soignant », estime un infirmier à Agen, résumant ainsi la « perte de sens » ou l’amertume racontées au Monde par de nombreux professionnels de santé.

Car pour répondre à la violence, lorsque les effectifs manquent, les recours à la chambre d’isolement (une pièce sécurisée avec matelas fixé au sol) et à la contention peuvent augmenter. En 2016, le contrôleur général des privations des lieux de liberté avait dénoncé la « banalisation » de ces pratiques.

Situation « tendue »

Après avoir fermé près de 15 000 lits de psychiatrie entre 1997 et 2015, les hôpitaux n’arrivent pas aujourd’hui à prendre en charge correctement tous les patients. Face à la hausse du nombre d’hospitalisations sous contrainte (92 000 personnes en 2015), il n’est pas rare que des unités de soins prévues pour 20 patients en accueillent davantage. « C’est la course aux lits, pour faire de la place, on fait sortir les malades dès qu’ils ne représentent plus un danger direct pour eux ou pour les autres, raconte Marie, 41 ans, psychiatre dans un établissement de la région parisienne. L’absence de lits est devenue un critère dans la durée de soins des patients, autant, voire parfois plus, que l’aspect médical. »

Une autre infirmière exerçant dans un hôpital du sud de la France fait état de patients obligés de rester en chambre d’isolement, « alors qu’ils n’en ont plus besoin au niveau psychiatrique », par manque de place.

Jean Vignes, le secrétaire général du syndicat SUD-Santé-Sociaux, juge d’ailleurs la situation « tellement tendue » qu’il plaide pour la réouverture « au moins de façon provisoire » d’un millier de lits. Pour justifier cette revendication en demi-teinte, il explique que son organisation était historiquement « pour la diminution du nombre de lits », mais « à condition d’avoir les moyens d’assurer le suivi en extra-hospitalier ».

Lire aussi :   « Des journées sans boire, sans manger » : le ras-le-bol infirmier

Or, c’est cette prise en charge, assurée hors des murs des établissements psychiatriques, par notamment les centres médico-psychologiques (CMP), émanations de l’hôpital présentes partout sur le territoire, qui semble aujourd’hui le plus souffrir des restrictions budgétaires. « On a mécaniquement tendance à alléger l’ambulatoire [le suivi à l’extérieur] et à rapatrier les ressources vers les services d’hospitalisation. C’est l’hôpital qui prime, c’est un retour à l’asile », déplore Isabelle Montet, la secrétaire générale du SPH.

« Trop de gens sont à l’hôpital parce qu’on ne sait pas où les mettre »,
Claude Finkelstein, présidente de la Fédération nationale des associations en psychiatrie (Fnapsy)

« On est obligé de se retirer des endroits où vivent les gens parce que nous sommes contraints de centrer nos efforts sur ce qui est incontournable pour la société, c’est-à-dire accueillir les patients qui relèvent de soins non consentis », explique le docteur Marie-José Cortes.

Lire aussi :   La pédopsychiatrie, un secteur sinistré

Un poids grandissant de l’hôpital, vu comme un retour en arrière par de nombreux professionnels, qui heurte aussi les associations de patients. « Je ne pense pas qu’il y ait un manque réel de moyens, de personnels et de lits », estime ainsi Claude Finkelstein, la présidente de la Fédération nationale des associations en psychiatrie (Fnapsy). Pour elle, « on travaille encore à l’ancienne » dans le domaine de la psychiatrie, et « trop de gens sont à l’hôpital parce qu’on ne sait pas où les mettre ». « Il ne faut pas colmater, mais réfléchir à une nouvelle organisation des soins », ajoute Fabienne Blain, porte-parole du collectif Schizophrénie, qui demande une vaste réallocation des moyens consacrés à la psychiatrie.

21 septembre 2017

France 2: Quand les maisons de retraite manquent de bras

Filed under: Actualité, aides-soignantes, fonction publique, Infirmières, maisons de retraite, médecine, santé, TV — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:31

Problèmes d’effectifs, présence médicale insuffisante… Un rapport parlementaire pointe du doigt une « maltraitance institutionnelle » dans certains Ehpad. Une équipe de France 2 a filmé dans un établissement en caméra cachée.

Lire l’article et voir la vidéo en ligne à http://www.francetvinfo.fr/societe/document-france-2-on-a-l-impression-de-travailler-a-l-usine-quand-les-maisons-de-retraite-manquent-de-bras_2381319.html

5 juillet 2017

La Vie des Idées: trois articles pour comprendre le « nouveau management public »

Filed under: Actualité, cadres de santé, fonction publique, hôpital, livres, Management, santé — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 5:30
Trois articles qui permettent de comprendre l’origine et l’évolution du management adopté depuis les années quatre-vingt dans les services publics, et dont les contenus se recoupent et se complètent. Bien qu’il soit ici question de la santé, le même management a été appliqué dans l’ensemble des services publics.

Le prix de l’hôpital

http://www.laviedesidees.fr/Le-prix-de-l-hopital.html

À propos de : P.-A. Juven, Une santé qui compte ? Les coûts et les tarifs controversés de l’hôpital public, PUF

 Dernière née des réformes du financement de l’hôpital public, la tarification à l’activité confirme le tournant gestionnaire des politiques de santé : de cas pathologique, le patient est transformé en coût. Au prix d’un éloignement croissant entre les personnels hospitaliers, les malades, et l’État.

La réforme de l’hôpital public

http://www.laviedesidees.fr/La-reforme-de-l-hopital-public.html

Un management sans ménagement

par Jean-Paul Domin , le 5 avril 2016

 Les réformes de l’hôpital public menées depuis trente ans s’inscrivent toutes dans la lignée du nouveau management public qui vise à faire de lui une entreprise comme les autres, au mépris de son histoire et des valeurs portées par ses agents.

The New Public Management

http://www.booksandideas.net/The-New-Public-Management.html

Three Decades of Failure

by Hugh Pemberton , 22 June

Has the New Public Management made the state of the United Kingdom more efficient and less costly? Christopher Hood and Ruth Dixon answer negatively on both counts. As such, difficult but necessary comparisons must be drawn to further the scope of these devastating conclusions.

Sur le même sujet, vu de la base:

Enquêtes sur les mécanismes de l’économie de marché dans le domaine de la santé

Du côté des forces de l’ordre :

SOS détresse policiers 

Offensive sécuritaire: Que fait (vraiment) la police ? : France Culture: Contre-expertise 

Le mouvement policier, la GRH et le peuple

Le Forum Gendarmes et Citoyens 

APNM GendXXI

Les amis du Blog Police & Réalités

27 juin 2017

Bruno Dubuc: Une conférence sur Henri Laborit

Dans l’Eloge de la suite:

http://www.elogedelasuite.net/?p=3595

J’aurai le plaisir de donner une conférence sur Henri Laborit mardi prochain le 13 juin dans le cadre du Café Sciences du Sud Luberon (tous les détails sur l’affiche ci-contre si vous êtes dans le sud de la France…).

La conférence sera cependant donnée par Skype étant donné que je réside au Québec. Selon les tests effectués, cela devrait bien fonctionner, tant pour la présentation que pour la période d’échange avec le public prévue après.

Vous pouvez accéder à une version « texte et images » de cette conférence en cliquant ici.

Je vous colle ci-dessous le texte de présentation de la conférence fort bien rédigé par M. Frank Chauvallon (qui est aussi l’instigateur de cette conférence).

* * *

« Alors qu’il est chirurgien au Service de Santé des Armées, Henri Laborit s’intéresse aux techniques  d’anesthésie et fait au début des années 50, deux grandes découvertes : la technique de l’hibernation artificielle qui va révolutionner la chirurgie et le premier neuroleptique au monde : la chlorpromazine.  Ces découvertes et les brevets qui vont en découler lui permettent de créer son propre laboratoire et de poursuivre ses recherches en totale indépendance avec une petite équipe de passionnés, s’attirant ainsi les foudres de l’establishment médical Français qui voit en lui un rebelle incontrôlable et imprévisible.

Rebelle, il le sera effectivement toute sa vie, pour le bonheur de la science (beaucoup voient en lui un précurseur des sciences cognitives modernes) et des nombreux lecteurs de ses ouvrages de vulgarisation à qui il fait partager sa connaissance de la biologie mais aussi son impact sur le mental et le social.

“Mon oncle d’Amérique”, film réalisé par Alain Resnais en 1980 est une illustration de ses travaux. On y voit des hommes et des rats de laboratoire qui présentent tant de points communs lorsqu’ils font face à une agression !

Le film connaît un succès certain même si on lui reproche parfois de faire du ”behaviorisme”, ce à quoi il répond : ”que voulez-vous qu’on montre dans un film à part des comportements ?”.

Mais le plus frappant chez lui est probablement sa capacité à remettre en question les idées établies, sûrement parce qu’il réalise très tôt à quel point celles-ci sont le fruit de conditionnements socio-culturels, conditionnements qu’il préconise de “fuir” en faisant appel à l’imagination, cette capacité que nous avons à fabriquer de nouveaux concepts et ainsi moins subir ceux que nous imposent la biologie et/ou notre environnement social. En cela, son message est intemporel, rafraîchissant et libérateur : il donne envie de comprendre, découvrir, être surpris, voir plus loin.

Bruno Dubuc, rédacteur scientifique en neurobiologie, a été fortement influencé par les idées de Laborit qu’il voit comme “… un penseur majeur du XXe siècle, multidisciplinaire, innovateur, provocateur et critique féroce de cette société productiviste…” . Il lui a consacré en 2014 un site web très complet www.elogedelasuite.net pour permettre (enfin) à ses idées d’entrer dans un XXIe siècle qui en a tant besoin !

Bruno a accepté, et nous l’en remercions vivement, de faire, depuis le Québec,  une présentation dont l’objectif est double : nous donner un aperçu des connaissances actuelles dans le domaine du cerveau et nous montrer en quoi les travaux et idées de Laborit ont été essentiels au développement de ces connaissances. »

 

Dans Le blog du cerveau à tous les niveaux:

http://www.blog-lecerveau.org/blog/2017/06/12/6580/#more-6580

Lundi, 12 juin 2017

Un peu comme je l’ai fait la semaine dernière, la pièce de résistance d’aujourd’hui arrivera… demain ! C’est que je donne mardi le 13 juin ma dernière conférence de la saison qui a pour titre « Henri Laborit, un précurseur en neurobiologie » et que sa préparation ne me laisse pas vraiment le temps pour un billet original aujourd’hui. Je vous renvoie donc pour l’instant à celui que j’ai écrit vendredi dernier sur mon autre site web, Éloge de la suite, qui lui est consacré. Car plusieurs d’entre vous devez commencer à savoir que ce personnage m’a beaucoup influencé, d’où ce second site qui, depuis son ouverture en novembre 2014, est devenu LA référence sur l’œuvre de Laborit tellement les gens m’ont envoyé de documents à mettre en valeur, tant écrits qu’audio ou vidéo.

Je disais « pour l’instant » car je mettrai demain ici en fin de journée le texte et les images de cette conférence que je prononcerai dans le cadre du Café Sciences du Sud Luberon, en France (ce sera donc une conférence par Skype car j’habite au Québec). [ MISE À JOUR 14 JUIN : voici donc une version « texte et images » de cette conférence.]

En attendant, je vous laisse avec cette brève biographie du personnage qui ouvre ce que je vais raconter demain. On m’a demandé de mettre en perspective les domaines de recherche où Laborit peut être considéré comme un précurseur, tout en présentant ses vues sur la question du libre arbitre. Rien que ça ! Vous comprendrez pourquoi j’essaie encore de figurer aujourd’hui comment je vais m’en sortir… ;-)

22 avril 2017

Que Choisir: Perturbateurs endocriniens: Notre santé en danger

Filed under: Actualité, recherche médicale, santé, Sciences — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:46

Quels sont les additifs alimentaires à bannir ?https://www.quechoisir.org/enquete-perturbateurs-endocriniens-notre-sante-en-danger-n42288/

Omniprésents dans notre vie quotidienne, susceptibles de favoriser de nombreuses pathologies, les perturbateurs endocriniens sont des substances au comportement très particulier. Un véritable défi pour les scientifiques qui tentent de cerner leurs effets, afin de protéger notre santé. 

Jamais un terme scientifique ne se sera invité avec autant d’insistance dans une campagne électorale. Depuis qu’elle a débuté, Benoît Hamon n’a pas manqué une occasion de rappeler qu’il promettait, s’il était élu président, « d’inter­dire les perturbateurs endocriniens ». Un terme devenu familier depuis la mise en cause du bisphénol A (BPA) et son interdiction dans les biberons en 2010. Mais cette substance ne constitue qu’un exemple parmi des dizaines et peut-être des centaines de composés capables d’interagir avec notre système hormonal. En laboratoire, les chercheurs ont mis en évidence des propriétés de perturbation endocrinienne dans plusieurs familles de produits chimiques auxquels nous sommes quotidiennement exposés via l’alimentation, la pollution de l’air intérieur ou extérieur et le passage transcutané (voir notre infographie). Résultat : en 2011, lorsque Santé publique France a étudié l’imprégnation des femmes enceintes à divers perturbateurs endocriniens (PE), toutes présentaient, dans leur sang ou leurs urines, des taux mesurables de phtalates, pesticides, dioxines et retardateurs de flamme, et le BPA était présent chez les trois quarts d’entre elles. Sans qu’on puisse en tirer de conclusions précises sur leur santé ou celle de leurs bébés, ces résultats reflètent clairement l’omniprésence des PE. Encore est-on loin de les avoir tous recensés : des soupçons pèsent sur plus d’un millier des quelque 143 000 produits chimiques utilisés par l’industrie. Parallèlement, de nombreuses pathologies dont l’apparition peut être favorisée par l’exposition aux PE sont en augmentation. Cancer du sein chez la femme jeune, du testicule chez l’homme jeune, malformations génitales chez le petit garçon, troubles neurocomportementaux chez l’enfant, obésité et diabète : autant de cas dans lesquels un lien avec les PE a pu être évoqué. Mais, en réalité, il ne s’agit pour l’instant que de suppositions.

Des signaux qui interpellent

« Il faut se garder des extrapolations parfois simplistes et s’en tenir aux faits, met en garde Bernard Jégou, directeur de recherches à l’Inserm (Institut natio­nal de la santé et de la recherche médicale) et à l’École des hautes études en santé publique, l’un des premiers scientifiques à s’être intéressé aux PE. Voir les perturbateurs endocriniens derrière toutes les pathologies, même quand les données ne sont que partielles, voire incertaines, donne des arguments aux négationnistes, qui voudraient faire croire qu’il n’y a aucun problème. Cela dit, certaines constatations nous mettent en alerte, par exemple, le fait que dans certaines régions du monde, on observe à la fois une baisse de la qualité du sperme et une augmentation des malformations génitales à la naissance et des cancers du testicule. On soupçonne un lien de l’ensemble avec une exposition in utero. »

Établir un lien entre des pathologies constatées au sein des populations et les PE est une véritable gageure. D’abord parce qu’elles sont toujours mul­ti­factorielles : outre l’aspect génétique, nous sommes exposés à tout un panel de polluants, PE ou non, sans compter les facteurs liés au mode de vie (équilibre alimentaire, exercice physique, stress, etc.). Comment déterminer de façon certaine, lorsqu’une pathologie se déclare, à quel(s) facteur(s) elle est due ? Mais cette limitation générale se double dans le cas de PE de leurs particularités qui en font de véritables casse-tête pour les scientifiques.

Les scientifiques face à l’imprévisible

 

16 mai 2016

Andrew Lees: Mentored by a Madman: The William Burroughs Experiment

https://www.amazon.fr/Mentored-Madman-William-Burroughs-Experiment/dp/1910749109

In this extraordinary memoir, neuroscientist Andrew Lees explains how William Burroughs, author of Naked Lunch and troubled drug addict, played an unlikely part in his medical career. Lees draws on Burroughs search for an addiction cure to discover a ground-breaking treatment for shaking palsy, and learns how to use the deductive reasoning of Sherlock Holmes to diagnose patients. Lees follows Burroughs into the rainforest and under the influence of yagé (ayahuasca) gains insights that encourage him to pursue new lines of pharmacological research and explore new forms of science.

Available at Notting Hill Editions: http://www.nottinghilleditions.com/authors/andrew-lees/409

Andrew Lees

Andrew Lees is a Professor of Neurology at the National Hospital, London. He is the recipient of numerous awards including the American Academy of Neurology Life Time Achievement Award, the Association of British Neurologist’s Medal, the Dingebauer Prize for outstanding research and the Gowers Medal. He is one of the three most highly cited Parkinson’s disease researchers in the world. He is the author of several books, including Ray of Hope, runner-up in the William Hill Sports Book of the Year and The Silent Plague.
REVIEW OF Mentored by a Madman: the William Burroughs Experiment

Mentored by a Madman. The William Burroughs’s Experiment is a fascinating personal account, by one of the world’s leading neurologists, of his quest to find better treatments for Parkinson’s disease. He takes the reader on an extraordinary journey inside and outside the brain, encompassing the commanding heights of academic neurology and the Amazonian Rain Forests. His deep humanity and honesty shines throughout. The inevitable comparison with late, great Oliver Sacks is entirely just. And Lees’ mentor William Burroughs would be well pleased.” – Raymond Tallis

More at:

https://www.eventbrite.com/e/mentored-by-a-madman-the-william-burroughs-experiment-prof-andrew-lees-tickets-23417904583

http://hqinfo.blogspot.fr/2016/05/mentored-by-madman-wiiliam-burroughs.html

https://www.waterstones.com/book/mentored-by-a-madman/andrew-lees/9781910749104

1 mai 2016

LA ROSP : REMUNERATION SUR OBJECTIFS DE SANTE PUBLIQUE

Revue « Tenez le cap !… » http://www.fr-deming.org/afed-NL5.pdf

 Très chère santé…

LA ROSP : REMUNERATION SUR OBJECTIFS DE SANTE PUBLIQUE

Comment la vision comptable de l’Assurance Maladie cherche à influencer les médecins dans leur pratique…

Entérinée lors de la convention nationale du 26 juillet 2011, la ROSP est un nouveau type de rémunération incitative destinée aux médecins. Les premiers concernés ont été les médecins généralistes, puis d’autres spécialités les ont suivis dans un second temps (citons les cardiologues, gastroentérologues et hépatologues, entre autres ; dans cet article, seul le cas des médecins généralistes sera abordé).

CHASSEURS DE PRIMES ?

Qu’est-ce que la ROSP ? Il s’agit d’une prime allouée aux médecins traitants lorsqu’ils atteignent différents objectifs chiffrés (ou cibles selon l’Assurance Maladie). Pour les médecins généralistes, ces indicateurs sont au nombre de 29 ; pour être précis, 24 indicateurs ont des objectifs chiffrés concernant le suivi des pathologies chroniques, la prévention et l’efficience ; 5 autres indicateurs concernant l’organisation du cabinet n’ont pas d’objectifs chiffrés. Prenons donc un exemple : pour l’indicateur concernant l’hypertension artérielle, l’objectif est que 60% des patients traités par antihypertenseurs aient une pression artérielle inférieure ou égale à 140/90 millimètres de mercure. Pour que l’indicateur puisse être pris en compte, le seuil minimum requis est de 20 patients.

Concrètement, voici les informations que le médecin traitant doit renseigner sur le site « ameli.fr » :

ROSP

Pour pouvoir renseigner cet indicateur, la prescription d’antihypertenseurs devient de facto obligatoire, puisqu’il est clairement précisé que seuls les patients traités par antihypertenseurs seront pris en compte. Lorsque les objectifs sont partiellement ou entièrement atteints, une rémunération par points est calculée ; concernant l’indicateur pour l’hypertension artérielle, le nombre maximal de points est de 40, sachant qu’un point vaut 7 euros…

Que penserait Hippocrate de tout cela ?

D’après l’Assurance Maladie, cette rémunération incitative va permettre d’améliorer la qualité des soins… Mais tous ne sont pas de cet avis. Selon le Dr. Jacques Lucas, vice-président du Conseil National de l’Ordre des Médecins, 4% ont refusé la ROSP. Pourquoi ? Dans sa thèse (dont la lecture est vivement conseillée), le Dr. Andrian s’est intéressée aux motivations de ces médecins minoritaires; des  entretiens ont été menés afin de comprendre les raisons de leurs refus. Et contrairement à l’Assurance Maladie, ces médecins pensent que la ROSP n’améliorera ni les pratiques ni la qualité des soins, car certains indicateurs sont « non valides scientifiquement », ils se voient « accusés de ne pas pouvoir évaluer sérieusement les pratiques médicales, que les médecins répètent être une prise en charge globale », mais aussi que les « indicateurs choisis dans la ROSP [sont] des indicateurs ‘‘à côté du métier’’».

DES EFFETS PERVERS…

Le conflit d’intérêt est également évoqué : « la notion de contrats de résultats et non plus de moyens est fortement dénoncée. Il en est de même du conflit d’intérêt contenu dans le dispositif. Il intervient entre le médecin et son patient : le médecin étant alors partagé entre son intérêt financier et l’intérêt de santé de son patient. […] L’existence d’une rémunération variable pousse à la maximisation de la récompense. Ce qui conduit à l’émergence d’effets pervers, à l’encontre des pratiques qualité, ou même à l’origine d’une détérioration de la qualité » (thèse, p. 92-93).

Citons quelques-uns de ces effets pervers : « sélection des patients rémunérateurs », «modification de la relation au soin », « modification de la pratique d’information du patient». Au vu de ces effets, on peut vraiment se demander quel est l’intérêt pour le patient…

A posteriori, certains médecins pourraient également se rendre compte de ces effets pervers, mais une fois inscrits dans ce dispositif, les médecins n’ont plus la possibilité d’en sortir ! Par ailleurs, il est étonnant qu’ils n’aient pas été suffisamment informés en amont de la possibilité de refuser ce nouveau dispositif de rémunération à la performance (ce qui pourrait en partie expliquer que très peu de médecins l’aient refusé).

L’ECLAIRAGE DE DEMING

Que dirait Deming de cette prime ? Dans Du nouveau en économie (DnE), Deming précise qu’une prime « est un facteur de démoralisation pour toutes les personnes concernées, y compris celle qui reçoit la prime » (p.91, DnE 1ière édition).

Pourquoi donc ? Parce qu’elle s’attaque au sentiment de fierté du travail. Les gestionnaires ont tort de penser que l’on peut financièrement inciter un professionnel, car la fierté du travail bien fait ne peut s’acheter. Un médecin l’exprime d’ailleurs assez clairement : « Les médecins sont tellement nuls qu’on a besoin de poser des primes ? C’est assez dévalorisant, c’est dégradant. » (thèse, p.103).

Par ailleurs, le phénomène de surjustification est également évoqué dans la thèse : il « introduit la motivation externe de l’argent. La récompense conforte par ce mouvement externe ce que le médecin pensait déjà faire ou s’appliquer à lui-même […] la récompense a l’air de balayer l’autodétermination et la compétence avec lesquelles le médecin s’était donné dans sa propre ligne d’action. […] La surjustification renvoie aux médecins une image diminuée […], dans laquelle leur conscience morale de bien faire est monétisée» (thèse, p. 106-107).

Deming parle plutôt de « super justification » mais la signification reste la même : « Les systèmes de récompenses qui sont actuellement pratiqués sont souvent des super justifications […], le résultat d’une récompense sous forme d’argent est au mieux insignifiant, mais peut être source de découragement. Celui qui reçoit une récompense de quelqu’un qu’il ne respecte pas se sentira dégradé » (DnE, p. 91). Et c’est effectivement le cas, puisque les relations entre les médecins et l’Assurance Maladie ne sont pas bonnes. En effet, les médecins mentionnent le « mépris affiché des caisses, et plus largement des tutelles » ; « la sécurité sociale et les tutelles frisent l’indécence en évaluant la qualité des pratiques alors que tout a été fait pour ne pas créer les conditions de qualité ». Et il y a perte de confiance : « ici, la confiance est entamée à cause d’un manque de crédibilité de l’Assurance Maladie d’une part et à cause de la dissimulation qui a entouré la ROSP, donnant l’idée qu’il y avait ‘‘quelque chose à cacher’’» (thèse, p.102-103).

Des travaux en sociologie viennent également confirmer la dangerosité de ce type d’évaluation et de rémunération à la performance. Une comparaison est même faite avec le salariat : la sociologue Mme Linhart « évoque clairement pour les salariés ce management qui attaque la ressource fondamentale du travail et qui fonde la légitimité : l’expérience. […] Évaluation, démarche qualité bordent la voie dans laquelle les salariés se doivent de cheminer, sans plus pouvoir faire appel à leur expérience ».

Le problème avec cette ROSP, c’est qu’elle déstabilise le rôle-même du médecin. Faut-il rappeler aux administrateurs de l’Assurance Maladie que les médecins ont une longue formation qui les préparent à effectuer leur métier dans les règles de l’art ? Un médecin sait ce qu’il doit prescrire, à qui et quand il doit prescrire ; rien ne devrait interférer entre le médecin et son patient pendant la consultation. La relation médecin-patient devrait être indépendante, dépourvue de tout autre enjeu…

CONFLITS D’INTERETS ?

Mais alors, pourquoi donc cette ROSP ? L’Assurance Maladie aurait-elle oublié sa mission d’intérêt général ? D’autres intérêts financiers seraient-ils plus importants que ceux des patients ? Il est intéressant de noter ce que révèle l’analyse des réponses aux questionnaires envoyés aux médecins: suite au test exact de Fisher, il y a une corrélation qui est établie entre les relations avec l’industrie pharmaceutique et les relations avec l’Assurance Maladie. Ainsi, les « industrie pharmaceutique et assurance maladie sont assimilées (corrélation des relations entretenues), probablement vues comme utilisant les mêmes stratégies » (p.75-76, 85).

Cette corrélation a vraiment de quoi inquiéter… Dans un document disponible sur le site Ameli, il est mentionné que « la France métropolitaine compterait entre 12 et 14 millions d’adultes hypertendus ». Cette estimation a sûrement de quoi laisser bien songeurs ceux qui commercialisent les antihypertenseurs…

En guise de conclusion, voici le texte d’une lettre envoyée par un médecin au directeur d’une Caisse Primaire d’Assurance Maladie :

« Par la présente, ainsi qu’il m’en est donné la possibilité, je vous informe que je refuse la rémunération « à la performance » avec objectifs chiffrés, qui m’est proposé par la nouvelle convention médicale. Je ne refuse nullement les objectifs de santé publique qui y sont inscrits. Ces objectifs et l’ensemble des éléments qui en sont l’objet, relèvent, de toujours, de notre pratique quotidienne, de notre éthique et du code de déontologie médicale. Je considère donc que je n’ai aucune raison d’être rémunéré aujourd’hui, pour la mise en œuvre d’obligations qui se sont, de toujours donc, imposées à moi. Par ailleurs, je considère prendre en charge des malades et non des maladies, avec tout ce que comporte d’aléatoire l’humain qui ne saurait être ramené à de simples valeurs statistiques ou de simples données biomédicales. Il ne saurait encore moins lui être attribué une quelconque valeur marchande ajoutée alors que c’est bien de cela dont il s’agit, au final, dans cette nouvelle convention ».

Li Yang Khan

PS : mes remerciements au Dr.Andrian pour son aide et ses suggestions pour l’élaboration de cet article.

Quelques liens pour poursuivre la lecture …

Disponible sur Gallica : Du Génie d’Hippocrate et de son influence sur l’art de guérir. Dr. Charles Hardy Des Alleurs (1824)

Un article sur la revue du MAUSS permanente : Les médecins sont-ils intéressés à l’intéressement ? , par Nicolas Da Silva, économiste.

Revue « Tenez le cap !… » http://www.fr-deming.org/afed-NL5.pdf

En complément d’informations :

Les médecins ayant refusé la rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP) / paiement à la performance (P4P): une approche qualitative des raisons exprimées de leur refus thèse d’ ANDRIANTSEHENOHARINALA Lanja

 Les changements comportementaux induits par la Rémunération sur Objectifs de Santé Publique (ROSP) thèse de Carine CHHO

Enquête sur les médecins ayant refusé la ROSP (paiement à la performance)

Les faux calculs de la ROSP

Paiement à la performance : Allez ouste ! Ces confrères qui résistent encore et toujours à la ROSP…

Les médecins qui refusent la prime sécu

Prime pour mieux prescrire : de plus en plus de médecins concernés

Pourquoi certains médecins refusent-ils le paiement à la performance ?

La CNAM, le médecin traitant, le spécialiste, Sophia, le CAPI, le ROSP et le bilan périodique de santé. Histoire de consultation 145.

Hausse des primes pour les médecins « bons élèves » de la santé publique

Convention, ROSP, tarifs : Union collégiale sort l’artillerie lourde et entre en guerre procédurale

JORF n°0223 du 25 septembre 2011 page 16080 texte n° 16

1 avril 2015

Médiapart: Retour sur nos enquêtes : soupçon sur les labos

http://www.mediapart.fr/journal/france/290315/retour-sur-nos-enquetes-soupcon-sur-les-labos

A lire sur le même sujet sur Médiapart:

Les gendarmes du médicament faisaient affaire avec les laboratoires

|  Par Michaël Hajdenberg et Pascale Pascariello

La mise sur le marché de médicaments et leur remboursement sont soumis à des commissions supposées indépendantes. Or, plusieurs mois d’enquête ont permis à Mediapart de découvrir que, pendant des années, des membres éminents de ces commissions (dont un président) ont conseillé secrètement les laboratoires pharmaceutiques. L’affaire, au-delà des questions déontologiques et de conflits d’intérêts, interroge la probité du système sanitaire français.

Médicaments : Marisol Touraine exige une enquête

|  Par Michaël Hajdenberg et Pascale Pascariello

Après nos révélations sur les liens d’affaires entre d’éminents membres des agences du médicament et les laboratoires pharmaceutiques, la ministre de la santé Marisol Touraine réagit. Face à « l’extrême gravité » des faits rapportés, elle explique à Mediapart avoir demandé à la Haute Autorité de santé et à l’Agence de sécurité du médicament de mener l’enquête.

17 décembre 2014

Eloge de la suite: Hans Selye et le stress, Laborit et l’inhibition de l’action

Filed under: Actualité, biologie, santé — Étiquettes : , , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:28

Publié le 14 décembre 2014

Résumé :

L’un des apports les plus importants d’Henri Laborit est sans contredit le concept d’inhibition de l’action, concept élaboré à partir des travaux fondateur de Hans Selye sur le stress que Laborit a par la suite inscrit dans une perspective évolutive plus large. Les deux hommes se connaissaient bien et entretenaient des rapports cordiaux comme en témoigne un extrait d’entrevue d’environ 5 minutes avec Laborit tourné pour le film « Pour l’amour du stress », réalisé à l’ONF en 1990 par Jacques Godbout (suivez le lien sur Éloge de la suite…). Cette amitié entre Laborit et Selye, j’ai été à même de la constater lors de mon passage aux Archives Laborit en 2009 et 2012 pour préparer le film associé à ce site. Ayant alors accès à la correspondance privée de Laborit, je suis tombé sur quelques échanges épistolaires entre Laborit et Selye….

Lire le dossier dans le site à http://www.elogedelasuite.net/?p=1154

Pour être tenu.e au courant des publications sur Éloge de la suite :

– Facebook: https://www.facebook.com/elogedelasuite

– Twitter : https://twitter.com/BrunoDubuc

– Newsletter hebdomadaire RÉZO envoyée à tous les dimanche soir pour recevoir les nouveautés de la semaine par courriel (il s’agit d’une liste multidisciplinaire mais où l’info sur Éloge de la suite est bien en évidence au début de chaque envoi). Tous les détails au http://rezomedia.wordpress.com/liste-rezo/  pour s’abonner.

Bruno DUBUC

30 octobre 2014

The Guardian: William Burroughs’s drugs cure inspires Alzheimer’s researcher

Filed under: Recherche, santé — Étiquettes : , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 12:14

http://www.theguardian.com/science/2014/oct/26/william-burroughs-drugs-cure-inspires-alzheimers-researcher

Author’s search in South America for the shamans’ plant hallucinogenic yagé and use of apomorphine to control his addiction leads neurologist to call for clinical trials

The Observer, Sunday 26 October 2014

COLOMBIA-NATIVES-YAGE

A shaman starting a yagé ceremony in Colombia. Photograph: Eitan Abramovich/AFP/Getty Images

Alzheimer’s, Parkinson’s and motor neurone disease are the perennial neuro-degenerative afflictions which remind an ageing population that the human brain is still the final frontier of modern medicine.

Now, more than ever, the conundrum of the brain is a profound and fascinating mystery that is inspiring a new generation of graduate neuroscientists and attracting glossy funding for state-of-the-art research. But some of the advances in developing, for example, a cure for Parkinson’s are not hi-tech and have come via unlikely, even exotic, routes. Consider, for instance, the strange tale of Williams Burroughs, “the dead man’s vine” and the British medical establishment.

In 1953 the celebrated author of The Naked Lunch, a countercultural guru and lifelong junkie whose centenary is celebrated this year, travelled to South America on a quest for “the liana of the dead”, the plant source of ayahuasca, also known as yagé, a natural drug whose hallucinogenic properties, used by shamans, had long been known to European explorers. “All agree,” wrote one, “in the account of their sensations under its effects – alterations of cold and heat, fear and boldness, everything joyous and magnificent.”

Burroughs’s quest for “the final fix” was occasionally nerve-racking. After one infusion of yagé, he told his friend, the poet Allen Ginsberg: “I was completely delirious for four hours. The old bastard who prepared this potion specialises in poisoning gringos.”

The trip accelerated Burroughs’s acute drug dependence. In 1956, conscious that he might otherwise die, he went to London to be treated with apomorphine, a non-narcotic derivative of morphine, by Dr John Dent, a medical maverick and coincidentally the secretary of the British Society for the Study of Addiction.

Dent, who had begun his career in 1918 treating drunks around King’s Cross in London, had pioneered the use of apomorphine as a cure for alcoholism, reporting his findings in the British Journal of Inebriety in 1931. Acting on an inspired hunch, Dent applied his treatment to the drug-addicted Burroughs, who reported extraordinary results. “Apomorphine,” he wrote later, “acts on the back brain to normalise the bloodstream in such a way that the enzyme system of addiction is destroyed.”

Burroughs, a languid American beanpole with thin lips and pale blue eyes, attributed his international literary success to Dent’s lifesaving treatment. “At the time I took the apomorphine cure,” he said, “I had no claims to call myself a writer and my creativity was limited to filling a hypodermic. The entire body of work on which my present reputation is based was produced after the apomorphine treatment, and would never have been produced if I had not taken the cure and stayed off junk.”

Soon after Burroughs completed his treatment, Dent’s hunch about apomorphine’s remarkable effect on the addict’s brain was scientifically confirmed. But, perhaps because Dent was an outsider, with many in the medical hierarchy opposed to his radical-empiricist methods, his discovery was never fully adopted as a routine cure for addiction.

There was, however, a new generation of young, anti-establishment, counter-cultural neurologists coming up through the profession. One of these, a young medical student named Andrew Lees, just happened to be a Burroughs aficionado and had become fascinated by the role of apomorphine in curbing the brain’s propensity to addiction.

Today Lees is an internationally renowned professor of neurology at the National Hospital for Neurology and Neurosurgery in London, the author of Alzheimer’s, the Silent Plague (Penguin), and one of Britain’s leading experts in the treatment of both Alzheimer’s and Parkinson’s.

In the 1970s, inspired by Dent and Burroughs, Lees and some colleagues began to experiment with ayahuasca, also exploring the use of apomorphine in neurology, especially in the treatment of Parkinson’s.

“Apomorphine,” Lees told the Observer last week, “is free from narcotic effects and works on the brain by opening the dopamine receptor lock. Burroughs spoke about how it led to enhanced perspective and increased libido.”

At first Lees pioneered his work through self-experimentation. “It was with some trepidation,” he reports, “that I injected myself with 1mg of apomorphine” as the prelude to a fuller clinical investigation.

Later, trials Lees conducted at the Middlesex hospital showed that continuous infusions of apomorphine dramatically alleviated unwanted “switch-offs” (the process whereby patients on long-term L-Dopa treatment suddenly lose the beneficial effects of their medication). As a result, apomorphine became licensed for routine treatment of late-stage Parkinson’s.

Today, however, Lees believes there is an urgent need for more clinical trials: “Drugs like apomorphine should be reinvestigated as an alternative to buprenorphine and methadone in heroin addiction.”

A persistent side-effect of L-Dopa (a naturally occurring amino acid derived from beans) in the treatment of Parkinson’s is its tendency, in a minority of cases, to sponsor addiction with highly disturbing symptoms (binge-eating, obsessive sexual fantasies, reckless gambling, hallucinations and even cross-dressing).

To counter such side-effects, Lees has returned to Burroughs’s accounts of his apomorphine use and says he has found Burroughs’s writing “highly instructive”. Burroughs, for instance, denounces the “vested interests” of the pharmaceutical industry for spending “billions [of dollars] on tranquillisers of dubious value, but not 10 cents for a drug [apomorphine] that has unlimited potential, not only in treating addiction, but in handling the whole problem of anxiety”.

But there is a problem. Where Lees in the 1970s could freely self-experiment at his own risk, new rules and procedures now inhibit this avenue of research. “There’s an urgent need for fresh trials,” says Lees, “in the use of apomorphine for dealing with addiction, but we are up against punitive and draconian legislation. The heroic era of neuropharmacological research has now vanished.”

Lees goes on: “The notion of the investigator as the most ethical first volunteer in clinical trials is now increasingly denigrated by some lawyers and editors of medical journals. Some neuroscientists are being driven underground here.”

Partly from these inhibitions, meanwhile, the use of apomorphine has fallen out of favour. Under-recognised and under-used, the drug that saved Burroughs has become just a curiosity of avant-garde literary life when it could, potentially, become a weapon in the long battle to ameliorate the torments of Britain’s Parkinson’s sufferers.

As Lees says: “Apomorphine has never been fully tested in the way Burroughs advocated.”

_____________

Dublin Review of Books: Andrew Lees: Hanging Out With The Molecules

On apomorphine cure, Dr John Dent’s life and work: Apomorphine Versus Addiction Warwick Sweenay’s site (2014)

 

12 juin 2014

France inter: « Lean management » à l’hôpital : des soins à la chaîne ?

Filed under: Actualité, harcèlement, Management, santé — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 7:18

http://www.franceinter.fr/emission-lenquete-de-la-redaction-lean-management-a-lhopital-des-soins-a-la-chaine

dimanche 8 juin 2014

Le « lean management » ou gestion « dégraissée » débarque dans les hôpitaux. L’idée ? Optimiser les processus, éliminer les temps morts et les gâchis. Mais gère-t-on un établissement de santé comme on gère une entreprise ?

 

Gérer l’hopital comme on gère une entreprise, c’est la nouvelle tendance à la mode. À vrai dire, les établissements de santé ont-ils le choix ? L’état des finances publiques et les restrictions budgétaires qui en découlent les obligent à gérer au plus juste.

Cadences infernales

D’où l’apparition, depuis peu, d’un modèle venu de l’industrie, le « lean management » ou gestion « dégraissée » (littéralement). L’idée, c’est d’optimiser les processus, d’éliminer les temps morts et les gâchis.

Sur le papier, cela peut paraître séduisant. Mais sur le terrain la pratique se heurte à de fortes résistances chez les personnels soignants, qui ne veulent pas « soigner à la chaîne ».

Cadences infernales, perte des repères professionnels, risques aussi pour les malades, qui sont hospitalisés le moins longtemps possible… Les soignants disent souffrir de cette nouvelle organisation.

Réécouter: http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=915074

 

A lire en complément d’infos sur Infirmiers.com:

EHPAD : des soignants maltraités…

 

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