Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

31 mai 2016

Bruno Dubuc: Sur les traces d’Henri Laborit – Partie 2 : Biologie

C’est avec grand plaisir que je mets (enfin!) sur Éloge de la suite la 2e partie du film Sur les traces d’Henri Laborit. Il s’agit d’un long métrage de 1h25 comprenant la 1ère partie de 7 minutes (Traces) et la nouvelle partie de 1h18 (Biologie).

Pour en revenir au projet comme tel, le film a été projeté deux fois, en privé à St-Hyacinthe devant ma famille et en public à Montréal le 13 février dernier dans le cadre d’une séance de l’UPop Montréal. Il suit chronologiquement la vie d’Henri et de Roland durant un demi-siècle, de 1914 jusqu’en 1965, une année un peu particulière pour votre humble serviteur, comme vous allez le découvrir. On y fait aussi la connaissance de Francisco Varela qui a à peine 19 ans quand cette partie du film se termine, mais dont on entrevoit une rencontre mémorable avec Laborit dont la compréhension constitue un peu le fil d’Ariane de tout ce projet. On m’a dit que la conclusion très partielle à laquelle j’en arrive dans les dernières minutes « nous laisse un peu sur notre faim » mais bon, c’est là où j’en suis présentement dans ce work-in-progress. Et puis c’est une façon comme une autre de garder son public captif jusqu’à ce que je monte la suite…  [Lire la suite au http://www.elogedelasuite.net/?p=3006 ]

Sur les traces d’Henri Laborit – Partie 1:

La deuxième partie de ce film est à la page http://www.elogedelasuite.net/?p=3006

21 mai 2016

Les gardiens de la paix valent mieux que ça, Le billet de Nicole Ferroni

Filed under: Actualité, burn out, Gendarmerie, Management, vidéo — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:42

 

17 mai 2016

L’éloge de la suite: Laborit à «On efface tout et on recommence» avec Brigitte Vincent en 1991

Filed under: Actualité, biologie, livres, radio — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 1:38

Publié le 13 mai 2016

http://www.elogedelasuite.net/?p=2991

Cette semaine, je vous présente un entretien d’un peu plus de 23 minutes de Laborit avec Brigitte Vincent en 1991 pour l’émission « On efface tout et on recommence », sur France Inter.

Brigitte Vincent explique qu’elle a voulu rencontrer Laborit suite à sa lecture, en 1987, de son livre La colombe assassinée, sur la violence et les différents types d’agressivité. La guerre du golfe fait d’ailleurs rage et Laborit ne pourra pas ne pas y faire allusion dans l’entrevue…

Laborit y rappelle que le type d’agressivité qu’on rencontre le plus souvent chez l’être humain n’est pas l’agressivité prédatrice (le lion qui mange la gazelle, ou le type qui achète un steak…), mais l’agressivité de compétition, pour le maintien des dominances : à l’intérieur des groupes humains, avec la « guerre économique », la course sans fin à la fabrication de toujours plus de marchandises; ou entre ceux-ci, comme les guerres que se livrent les États, où les gens vont se faire tuer des deux côtés pour le maintien des échelles hiérarchiques propre à chaque État…

Si on apprenait aux jeunes ce qu’il y a derrière nos mots, conclut Laborit, lorsqu’ils entendraient des expressions comme « guerre juste », ils ne pourraient avoir qu’un sourire, un sourire attristé.

Suite

Brigitte Vincent

Après l’émission de télé Ex-Libris de 1992 publiée il y a trois semaines et l’émission à Radio Libertaire de 1987 publiée la semaine dernière, je poursuis cette semaine avec un autre enregistrement du « lot de cassettes » envoyé par M. Patrice Faubert (que je remercie encore une fois). Il s’agit cette fois d’un entretien d’un peu plus de 23 minutes de Laborit avec Brigitte Vincent en 1991 pour l’émission « On efface tout et on recommence », sur France Inter.

La rencontre a eu lieu au laboratoire de Boucicaut dont Mme Vincent ne manque pas de décrire le caractère atypique, « au fond d’un hôpital, avec un escalier difficile à monter ». Laborit note d’ailleurs en début d’entrevue que ce laboratoire ne correspond pas à l’idée architecturale qu’il se fait d’un laboratoire de recherche et l’on sent ici sans doute une allusion au projet de laboratoire qu’il avait conçu avec son ami d’enfance architecte Edmond Peray et qui ne s’est jamais réalisé.

Brigitte Vincent explique qu’elle a voulu rencontrer Laborit suite à sa lecture, en 1987, de son livre La colombe assassinée, sur la violence et les différents types d’agressivité. La guerre du golfe fait d’ailleurs rage et Laborit ne pourra pas ne pas y faire allusion dans l’entrevue…

Une entrevue du reste très bien réalisée, avec la trame sonore de Mon oncle d’Amérique qui vient souvent la ponctuer, de même que la lecture d’un extrait évocateur de La colombe assassinée par Mme Vincent.

Laborit y rappelle que le type d’agressivité qu’on rencontre le plus souvent chez l’être humain n’est pas l’agressivité prédatrice (le lion qui mange la gazelle, ou le type qui achète un steak…), mais l’agressivité de compétition, pour le maintien des dominances : à l’intérieur des groupes humains, avec la « guerre économique », la course sans fin à la fabrication de toujours plus de marchandises; ou entre ceux-ci, comme les guerres que se livrent les États, où les gens vont se faire tuer des deux côtés pour le maintien des échelles hiérarchiques propre à chaque État…

Vers la fin de la rencontre, Laborit rappelle que la connaissance des comportements qu’apporte depuis quelques décennies à peine ce qu’on appelle aujourd’hui les sciences cognitives pourrait améliorer les rapports humains. Mais pour cela, insiste-t-il, il faudrait que ce soit diffusé dès le plus jeune âge au plus grand nombre, alors que l’école se contente le plus souvent de favoriser l’insertion de l’individu dans un monde marchand. Au lieu d’apprendre aux jeunes que derrière nos mots, il y a des mécanismes, ce qui ferait que lorsqu’on entendrait des expressions comme « guerre juste », on ne pourrait avoir qu’un sourire, un sourire attristé, conclut Laborit…

Audio Player

La Vie des Idées: L’entreprise de dépossession

Filed under: Actualité, communicants, Economie, harcèlement, Management — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 1:24
Essais & débats

L’entreprise de dépossession

Entretien avec Danièle Linhart

par Laurent Aucher & Frédérique Barnier [22-05-2015]
Du taylorisme au management moderne, les modèles d’organisation du travail ont toujours cherché, selon Danièle Linhart, à déposséder les salariés de leurs savoirs professionnels. Cette dépossession dans le travail est aujourd’hui également subjective, ce qui la rend très difficile à combattre.
Sociologue, Danièle Linhart est directrice de recherches émérite au CNRS, membre du laboratoire GTM-CRESPPA UMR-CNRS-Universités de Paris 8 et Paris 10. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages sur le monde du travail dont L’Appel de la sirène, ou l’accoutumance au travail (Sycomore, 1981), Le Torticolis de l’autruche. L’éternelle modernisation des entreprises françaises (Seuil, 1991) et La Comédie humaine du travail. De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale (Èrès, 2015). Cet entretien a été réalisé le 13 mars 2015 à Bourges où Danièle Linhart est venue commenter le film documentaire sur le placement des jeunes chômeurs, Les Règles du jeu de Claudine Bories et Patrice Chagnard, lors d’une projection débat avec des étudiants, organisée par le cinéma de la Maison de la Culture et l’IUT de Bourges (Université d’Orléans).

Magazine GendXXI: N° 8 et 9

Filed under: Actualité, Association, Gendarmerie — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 1:14

APNM GendXXI

Association professionnelle nationale des militaires de la gendarmerie du XXIème siècle

Mag-n°8

Mag-n°9

Archives du magazine de l’association

16 mai 2016

Andrew Lees: Mentored by a Madman: The William Burroughs Experiment

https://www.amazon.fr/Mentored-Madman-William-Burroughs-Experiment/dp/1910749109

In this extraordinary memoir, neuroscientist Andrew Lees explains how William Burroughs, author of Naked Lunch and troubled drug addict, played an unlikely part in his medical career. Lees draws on Burroughs search for an addiction cure to discover a ground-breaking treatment for shaking palsy, and learns how to use the deductive reasoning of Sherlock Holmes to diagnose patients. Lees follows Burroughs into the rainforest and under the influence of yagé (ayahuasca) gains insights that encourage him to pursue new lines of pharmacological research and explore new forms of science.

Available at Notting Hill Editions: http://www.nottinghilleditions.com/authors/andrew-lees/409

Andrew Lees

Andrew Lees is a Professor of Neurology at the National Hospital, London. He is the recipient of numerous awards including the American Academy of Neurology Life Time Achievement Award, the Association of British Neurologist’s Medal, the Dingebauer Prize for outstanding research and the Gowers Medal. He is one of the three most highly cited Parkinson’s disease researchers in the world. He is the author of several books, including Ray of Hope, runner-up in the William Hill Sports Book of the Year and The Silent Plague.
REVIEW OF Mentored by a Madman: the William Burroughs Experiment

Mentored by a Madman. The William Burroughs’s Experiment is a fascinating personal account, by one of the world’s leading neurologists, of his quest to find better treatments for Parkinson’s disease. He takes the reader on an extraordinary journey inside and outside the brain, encompassing the commanding heights of academic neurology and the Amazonian Rain Forests. His deep humanity and honesty shines throughout. The inevitable comparison with late, great Oliver Sacks is entirely just. And Lees’ mentor William Burroughs would be well pleased.” – Raymond Tallis

More at:

https://www.eventbrite.com/e/mentored-by-a-madman-the-william-burroughs-experiment-prof-andrew-lees-tickets-23417904583

http://hqinfo.blogspot.fr/2016/05/mentored-by-madman-wiiliam-burroughs.html

https://www.waterstones.com/book/mentored-by-a-madman/andrew-lees/9781910749104

8 mai 2016

Eloge de la suite: Laborit sur TF1 avec Jean-Louis Servan-Schreiber en 1980

Filed under: biologie, TV — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 11:33

http://www.elogedelasuite.net/?p=2953

Publié le 28 avril 2016

Je publie cette semaine le texte dont je vous avais parlé il y a deux semaines. Il s’agit de la retranscription du passage en 1980 de Laborit à l’émission Questionnaires de la chaîne TF1 animée par Jean-Louis Servan-Schreiber. Je ne connais malheureusement pas d’enregistrement vidéo existant de cette rencontre (contrairement à l’émission de la semaine dernière) qui semble avoir été plutôt animée, quelques mois à peine après la sortie de Mon oncle d’Amérique qui sert de point de départ à la discussion.

Je relève un passage par page, mais il y en a d’autres tout aussi savoureux…

Page 1 : (cliquez sur la page pour la lire)

« C’est parce que la vie est insupportable qu’on se suicide, c’est parce qu’on est dans un système où on ne peut pas se faire plaisir, justement. On devient agressif et la seule personne contre laquelle vous pouvez orienter votre agressivité sans que l’ensemble social puisse intervenir, c’est vous. Alors, vous êtes agressif envers vous. L’agressivité n’est jamais gratuite. »

Page 2 :

« Or, ce dont il faut se rendre compte, c’est que tous nos concepts, tous nos mouvements, tous nos comportements sont faits de nos automatismes inconscients, depuis la naissance. […] Tout cela est strictement inconscient et ce que nous essayons de rendre pas un langage, par exemple, c’est une petite frange très superficielle qui, elle, est supportée par tous ces automatismes de langage [qui] supportent une sémantique, c’est-à-dire supportent des jugements qui sont des jugements de valeur sur ce qui est favorable ou défavorable à vous ou au groupe social dans lequel vous êtes inclus. »

Page 3 :

« Donc, le système nerveux […] n’a servi qu’à transmettre l’autonomie motrice, c’est-à-dire de ne pas être lié à ce qui vous environne, et donc vous ne pourriez pas bouger sans système nerveux. Et la pensée de l’Homme n’est que l’amélioration, au cours de l’évolution, de l’efficacité de cette action […et ] le fait de parler, c’est une action; une action à distance, même, parce que mon langage va influencer. »

Page 4 :

« Mais les choses importantes dans l’histoire de l’Homme ont été découvertes par des humains angoissés de savoir pourquoi ils étaient là, quel était ce monde qui les environnait, auquel ils ne comprenaient rien, et en essayant de comprendre. »

Page 5 :

« L’évolution des espèces nous montre – c’est une analogie, je veux bien, mais elle est quand même assez parlante – qu’on n’a pas donné de règlement de manœuvre aux premières cellules qui se trouvaient dans les océans primitifs pour se réunir ensemble et faire des organismes pluricellulaires; je ne sais pas par quel moyen elles l’ont fait, mais elles ont essayé, elles ont expérimenté. Au lieu de permettre à ces ethnies, à ces nations, de découvrir leurs rapports elles-mêmes, les rapports qui auraient pu s,établir avec le système englobant […], au lieu de leur laisser découvrir elles-mêmes leur règles d’établissement de ces rapports, on a imposé une structure abstraite qui était quoi ? Les lois de l’État, l’État bourgeois ayant remplacé l’État aristocratique. »

Page 6 :

Celle-là m’a fait particulièrement plaisir…

« C’est ce qui ce passe pour le Québec actuellement. Pourquoi ne pas laisser dire à ces gens, qui constituent une ethnie vraiment particulière – j’y vis trois mois de l’année – comment ils conçoivent leurs rapports avec les ensembles qui les entourent – américains et anglais, anglo-saxons – ? D’un centralisme, on impose ce qui doit être la règle de tous. Eh bien, non. »

Cette question-là aussi :

« Croyez-vous que les Palestiniens feraient des prises d’otages s’ils avaient une terre sur laquelle ils puissent dire qu’ils sont chez eux ? »

Et ce poète que Laborit aimait vaut aussi une mention :

« Il y avait un petit poète que j’aime beaucoup – un grand poète, d’ailleurs – Fernand Gregh, qui est mort il y a quelques années, qui disait : « Il n’y a pas de méchants, il n’y a que des souffrants. » »

Page 7 :

« Au lieu de les cantonner à la table des multiplications et aux problèmes de robinets, comme j’ai l’habitude de dire, on pourrait peut-être leur apprendre ce qu’ils sont et très tôt. J’ai essayé de le faire avec un certain nombre d’enseignants de l’Ouest de la France et des Suisses actuellement : un enfant de huit à quatorze ans comprend très bien ce livre que beaucoup m’ont dit difficile, qui est « La nouvelle grille ». »

Et une petite dernière vers la fin, sur notre fin justement…

« La mort va détruire la matière et l’énergie et, finalement, bien sûre, puis qu’il n’y a plus de matière et d’énergie, l’information qui réunissait cette matière et cette énergie, qui retourne au pool commun des matières organique. Mais, entretemps, il a fait de l’information, il a produite de l’information : ça, c’est spécifiquement humain. Il a cette chance, en tant qu’humain, de pouvoir produire de l’information, c’est-à-dire influencer le monde qui l’environne et, en particulier, le monde humain. Et ça, ça ne disparaît pas. […] c’est une propriété, un trésor qui est à l’espèce, qui n’est pas à l’individu. »

 

1 mai 2016

LA ROSP : REMUNERATION SUR OBJECTIFS DE SANTE PUBLIQUE

Revue « Tenez le cap !… » http://www.fr-deming.org/afed-NL5.pdf

 Très chère santé…

LA ROSP : REMUNERATION SUR OBJECTIFS DE SANTE PUBLIQUE

Comment la vision comptable de l’Assurance Maladie cherche à influencer les médecins dans leur pratique…

Entérinée lors de la convention nationale du 26 juillet 2011, la ROSP est un nouveau type de rémunération incitative destinée aux médecins. Les premiers concernés ont été les médecins généralistes, puis d’autres spécialités les ont suivis dans un second temps (citons les cardiologues, gastroentérologues et hépatologues, entre autres ; dans cet article, seul le cas des médecins généralistes sera abordé).

CHASSEURS DE PRIMES ?

Qu’est-ce que la ROSP ? Il s’agit d’une prime allouée aux médecins traitants lorsqu’ils atteignent différents objectifs chiffrés (ou cibles selon l’Assurance Maladie). Pour les médecins généralistes, ces indicateurs sont au nombre de 29 ; pour être précis, 24 indicateurs ont des objectifs chiffrés concernant le suivi des pathologies chroniques, la prévention et l’efficience ; 5 autres indicateurs concernant l’organisation du cabinet n’ont pas d’objectifs chiffrés. Prenons donc un exemple : pour l’indicateur concernant l’hypertension artérielle, l’objectif est que 60% des patients traités par antihypertenseurs aient une pression artérielle inférieure ou égale à 140/90 millimètres de mercure. Pour que l’indicateur puisse être pris en compte, le seuil minimum requis est de 20 patients.

Concrètement, voici les informations que le médecin traitant doit renseigner sur le site « ameli.fr » :

ROSP

Pour pouvoir renseigner cet indicateur, la prescription d’antihypertenseurs devient de facto obligatoire, puisqu’il est clairement précisé que seuls les patients traités par antihypertenseurs seront pris en compte. Lorsque les objectifs sont partiellement ou entièrement atteints, une rémunération par points est calculée ; concernant l’indicateur pour l’hypertension artérielle, le nombre maximal de points est de 40, sachant qu’un point vaut 7 euros…

Que penserait Hippocrate de tout cela ?

D’après l’Assurance Maladie, cette rémunération incitative va permettre d’améliorer la qualité des soins… Mais tous ne sont pas de cet avis. Selon le Dr. Jacques Lucas, vice-président du Conseil National de l’Ordre des Médecins, 4% ont refusé la ROSP. Pourquoi ? Dans sa thèse (dont la lecture est vivement conseillée), le Dr. Andrian s’est intéressée aux motivations de ces médecins minoritaires; des  entretiens ont été menés afin de comprendre les raisons de leurs refus. Et contrairement à l’Assurance Maladie, ces médecins pensent que la ROSP n’améliorera ni les pratiques ni la qualité des soins, car certains indicateurs sont « non valides scientifiquement », ils se voient « accusés de ne pas pouvoir évaluer sérieusement les pratiques médicales, que les médecins répètent être une prise en charge globale », mais aussi que les « indicateurs choisis dans la ROSP [sont] des indicateurs ‘‘à côté du métier’’».

DES EFFETS PERVERS…

Le conflit d’intérêt est également évoqué : « la notion de contrats de résultats et non plus de moyens est fortement dénoncée. Il en est de même du conflit d’intérêt contenu dans le dispositif. Il intervient entre le médecin et son patient : le médecin étant alors partagé entre son intérêt financier et l’intérêt de santé de son patient. […] L’existence d’une rémunération variable pousse à la maximisation de la récompense. Ce qui conduit à l’émergence d’effets pervers, à l’encontre des pratiques qualité, ou même à l’origine d’une détérioration de la qualité » (thèse, p. 92-93).

Citons quelques-uns de ces effets pervers : « sélection des patients rémunérateurs », «modification de la relation au soin », « modification de la pratique d’information du patient». Au vu de ces effets, on peut vraiment se demander quel est l’intérêt pour le patient…

A posteriori, certains médecins pourraient également se rendre compte de ces effets pervers, mais une fois inscrits dans ce dispositif, les médecins n’ont plus la possibilité d’en sortir ! Par ailleurs, il est étonnant qu’ils n’aient pas été suffisamment informés en amont de la possibilité de refuser ce nouveau dispositif de rémunération à la performance (ce qui pourrait en partie expliquer que très peu de médecins l’aient refusé).

L’ECLAIRAGE DE DEMING

Que dirait Deming de cette prime ? Dans Du nouveau en économie (DnE), Deming précise qu’une prime « est un facteur de démoralisation pour toutes les personnes concernées, y compris celle qui reçoit la prime » (p.91, DnE 1ière édition).

Pourquoi donc ? Parce qu’elle s’attaque au sentiment de fierté du travail. Les gestionnaires ont tort de penser que l’on peut financièrement inciter un professionnel, car la fierté du travail bien fait ne peut s’acheter. Un médecin l’exprime d’ailleurs assez clairement : « Les médecins sont tellement nuls qu’on a besoin de poser des primes ? C’est assez dévalorisant, c’est dégradant. » (thèse, p.103).

Par ailleurs, le phénomène de surjustification est également évoqué dans la thèse : il « introduit la motivation externe de l’argent. La récompense conforte par ce mouvement externe ce que le médecin pensait déjà faire ou s’appliquer à lui-même […] la récompense a l’air de balayer l’autodétermination et la compétence avec lesquelles le médecin s’était donné dans sa propre ligne d’action. […] La surjustification renvoie aux médecins une image diminuée […], dans laquelle leur conscience morale de bien faire est monétisée» (thèse, p. 106-107).

Deming parle plutôt de « super justification » mais la signification reste la même : « Les systèmes de récompenses qui sont actuellement pratiqués sont souvent des super justifications […], le résultat d’une récompense sous forme d’argent est au mieux insignifiant, mais peut être source de découragement. Celui qui reçoit une récompense de quelqu’un qu’il ne respecte pas se sentira dégradé » (DnE, p. 91). Et c’est effectivement le cas, puisque les relations entre les médecins et l’Assurance Maladie ne sont pas bonnes. En effet, les médecins mentionnent le « mépris affiché des caisses, et plus largement des tutelles » ; « la sécurité sociale et les tutelles frisent l’indécence en évaluant la qualité des pratiques alors que tout a été fait pour ne pas créer les conditions de qualité ». Et il y a perte de confiance : « ici, la confiance est entamée à cause d’un manque de crédibilité de l’Assurance Maladie d’une part et à cause de la dissimulation qui a entouré la ROSP, donnant l’idée qu’il y avait ‘‘quelque chose à cacher’’» (thèse, p.102-103).

Des travaux en sociologie viennent également confirmer la dangerosité de ce type d’évaluation et de rémunération à la performance. Une comparaison est même faite avec le salariat : la sociologue Mme Linhart « évoque clairement pour les salariés ce management qui attaque la ressource fondamentale du travail et qui fonde la légitimité : l’expérience. […] Évaluation, démarche qualité bordent la voie dans laquelle les salariés se doivent de cheminer, sans plus pouvoir faire appel à leur expérience ».

Le problème avec cette ROSP, c’est qu’elle déstabilise le rôle-même du médecin. Faut-il rappeler aux administrateurs de l’Assurance Maladie que les médecins ont une longue formation qui les préparent à effectuer leur métier dans les règles de l’art ? Un médecin sait ce qu’il doit prescrire, à qui et quand il doit prescrire ; rien ne devrait interférer entre le médecin et son patient pendant la consultation. La relation médecin-patient devrait être indépendante, dépourvue de tout autre enjeu…

CONFLITS D’INTERETS ?

Mais alors, pourquoi donc cette ROSP ? L’Assurance Maladie aurait-elle oublié sa mission d’intérêt général ? D’autres intérêts financiers seraient-ils plus importants que ceux des patients ? Il est intéressant de noter ce que révèle l’analyse des réponses aux questionnaires envoyés aux médecins: suite au test exact de Fisher, il y a une corrélation qui est établie entre les relations avec l’industrie pharmaceutique et les relations avec l’Assurance Maladie. Ainsi, les « industrie pharmaceutique et assurance maladie sont assimilées (corrélation des relations entretenues), probablement vues comme utilisant les mêmes stratégies » (p.75-76, 85).

Cette corrélation a vraiment de quoi inquiéter… Dans un document disponible sur le site Ameli, il est mentionné que « la France métropolitaine compterait entre 12 et 14 millions d’adultes hypertendus ». Cette estimation a sûrement de quoi laisser bien songeurs ceux qui commercialisent les antihypertenseurs…

En guise de conclusion, voici le texte d’une lettre envoyée par un médecin au directeur d’une Caisse Primaire d’Assurance Maladie :

« Par la présente, ainsi qu’il m’en est donné la possibilité, je vous informe que je refuse la rémunération « à la performance » avec objectifs chiffrés, qui m’est proposé par la nouvelle convention médicale. Je ne refuse nullement les objectifs de santé publique qui y sont inscrits. Ces objectifs et l’ensemble des éléments qui en sont l’objet, relèvent, de toujours, de notre pratique quotidienne, de notre éthique et du code de déontologie médicale. Je considère donc que je n’ai aucune raison d’être rémunéré aujourd’hui, pour la mise en œuvre d’obligations qui se sont, de toujours donc, imposées à moi. Par ailleurs, je considère prendre en charge des malades et non des maladies, avec tout ce que comporte d’aléatoire l’humain qui ne saurait être ramené à de simples valeurs statistiques ou de simples données biomédicales. Il ne saurait encore moins lui être attribué une quelconque valeur marchande ajoutée alors que c’est bien de cela dont il s’agit, au final, dans cette nouvelle convention ».

Li Yang Khan

PS : mes remerciements au Dr.Andrian pour son aide et ses suggestions pour l’élaboration de cet article.

Quelques liens pour poursuivre la lecture …

Disponible sur Gallica : Du Génie d’Hippocrate et de son influence sur l’art de guérir. Dr. Charles Hardy Des Alleurs (1824)

Un article sur la revue du MAUSS permanente : Les médecins sont-ils intéressés à l’intéressement ? , par Nicolas Da Silva, économiste.

Revue « Tenez le cap !… » http://www.fr-deming.org/afed-NL5.pdf

En complément d’informations :

Les médecins ayant refusé la rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP) / paiement à la performance (P4P): une approche qualitative des raisons exprimées de leur refus thèse d’ ANDRIANTSEHENOHARINALA Lanja

 Les changements comportementaux induits par la Rémunération sur Objectifs de Santé Publique (ROSP) thèse de Carine CHHO

Enquête sur les médecins ayant refusé la ROSP (paiement à la performance)

Les faux calculs de la ROSP

Paiement à la performance : Allez ouste ! Ces confrères qui résistent encore et toujours à la ROSP…

Les médecins qui refusent la prime sécu

Prime pour mieux prescrire : de plus en plus de médecins concernés

Pourquoi certains médecins refusent-ils le paiement à la performance ?

La CNAM, le médecin traitant, le spécialiste, Sophia, le CAPI, le ROSP et le bilan périodique de santé. Histoire de consultation 145.

Hausse des primes pour les médecins « bons élèves » de la santé publique

Convention, ROSP, tarifs : Union collégiale sort l’artillerie lourde et entre en guerre procédurale

JORF n°0223 du 25 septembre 2011 page 16080 texte n° 16

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