Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

7 décembre 2010

Une économie de rechange ?

Filed under: Actualité, Economie, Sémantique générale — Étiquettes : , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:35

bando_012

© Isabelle Aubert-Baudron

J’ai commencé en 1997 un travail de recherche sur l’élaboration d’une économie non-aristotélicienne, à partir de la sémantique générale d’Alfred Korzybski, dans le cadre du réseau Interzone, un réseau artistique et littéraire de lecteurs de William Burroughs.  Ce travail n’avait d’autre prétention que de mettre sur pied, dans le cadre de ce réseau, une économie adaptée à la structure de celui-ci et à l’état d’esprit de ses membres, qui n’étaient pas compatibles avec l’économie managériale.

Ces recherches sont en ligne dans le site « La sémantique générale pour tous » dans la rubrique « Restructuration: Une économie non-aristotélicienne »:  les pages de présentation sont hébergées également dans ce blog :
Une économie non-aristotélicienne :
* L’économie de marché: une économie aristotélicienne
* Déstructuration: Enquêtes sur les mécanismes de l’économie de marché dans le domaine de la santé
* Restructuration: Une économie non-aristotélicienne
* Economie A / économie non-A

A partir de 2008, j’ai expérimenté dans le cadre d’Interzone Editions, puis de cours en ligne, les hypothèses élaborées à partir du travail de Korzybski, et au bout de deux ans, cette mise a l’épreuve des faits les a confirmées en ce qui me concerne : l’un et l’autre fonctionnent.

Mais en raison des réactions hostiles qui ont suivi la mise en ligne de ce dossier, (usurpations d’identité de mes sites et pillage de ma documentation dans des blogs anonymes et sites pirates, de mes emails, hacking d’un forum, trolling d’une liste yahoo, etc.) j’en ai déduit que ces recherches pouvaient avoir une importance que je n’avais pas soupçonnée tout d’abord.

Toutefois le travail réalisé jusqu’ici n’est qu’une ébauche;  il nécessite d’être poursuivi à d’autres niveaux que celui d’un simple réseau artistique. D’où ce blog, destiné à héberger la documentation à venir dans ce domaine.

Isabelle Aubert-Baudron

Publicités

15 juillet 2018

L’Illustration 1924: Une villa méditerranéenne: Les Colombières par Ferdinand Bac

Filed under: Actualité, art & culture, patrimoine — Étiquettes : , , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 3:06

PDF des planches couleur seules

PDF des articles complets

 

Suite des articles

Protocole d’accord de sortie de crise à l’hôpital Pierre Janet

Photo Mathias Monnier 

Suite dans Soutien à l’hôpital Pierre Janet

8 juillet 2018

Isabelle Aubert-Baudron: Des équipes indépendantes aides-soignantes et infirmières de services à la personne : une alternative au travail en institution

Version pdf en ligne

Soutien hôpital Pierre Janet

Contenu

Nous réapproprier notre travail

Ce qui existe déjà.

– Les associations de service à la personne.

– Les ADMR  (Aide à domicile en milieu rural).

Comparaison avec des équipes indépendantes.

– Précision.

Exemple de planning.

Détail des salaires et coût pour les employeurs.

– En comptant trois clients.

– En comptant un quatrième client permettant d’arriver à 140 h par mois.

CQFD.

Comment procéder pratiquement quand on travaille en institution.

Niveau immobilier.

Conclusion.

 

Nous réapproprier notre travail

Nos témoignages sur nos expériences à hôpital et en maisons de retraite sont indispensables pour informer le public sur les conditions de soins et de travail déplorables vécues par les patients comme par les soignants. Ceci dit, une fois ces constats établis, étant donné que ceux qui  sont censés « avoir les bases » pour décider de notre travail peinent à nous entendre, nous ne sommes pas plus avancés. Ainsi, tant que nous attendons des responsables des décisions qui ont engendré la situation présente qu’ils continuent de les prendre à notre place, je ne vois pas bien comment les choses pourraient avancer.

Regardons maintenant les possibilités réelles dont nous disposons et de ce que nous pouvons faire à notre niveau :

Au niveau professionnel, nous pouvons, tout en gardant notre emploi, réfléchir à un changement d’orientation dépendant de nous. De telles possibilités existent, tout à fait légales, faciles à mettre en place sans frais, mais nous passons à côté par manque d’information. Ainsi nous pouvons nous investir nous-mêmes dans la prise en charge des personnes âgées, en constituant des équipes infirmières-aides-soignantes de services à domicile, dans le cadre des services à la personne, payés par les particuliers employeurs en chèques emploi service universels (CESU) : Voir https://www.cesu.urssaf.fr/info/accueil/s-informer-sur-le-cesu/tout-savoir/c-est-quoi-pour-qui.html

Ce qui existe déjà dans le domaine des services à la personne

Ci-dessous deux structures différentes pour lesquelles j’ai été orientée, la première par Pôle Emploi, la seconde par une agence intérim.

Si j’ai apprécié de travailler dans ces structures en raison de l’aspect relationnel avec les clients et la nature du travail, proche des emplois d’infirmière à domicile que j’avais eu en Belgique, en revanche j’ai été confrontée à des écueils inattendus inhérents aux structures mêmes.

–         Les associations de service à la personne

Les divers CDD que j’ai trouvés comme infirmière étant le fruit de mes recherches personnelles, ce travail pour cette association est le seul que Pôle Emploi m’ait jamais procuré, après m’avoir soutenu mordicus au cours de plusieurs entretiens successifs que je ne trouverais plus de travail comme infirmière, ce qui me paraissait peu vraisemblable et s’est révélé faux par la suite. J’apprendrai plusieurs mois plus tard, lors d’un entretien avec la conseillère de la Chambre des Métiers qui supervisait alors les comptes de mon entreprise de psychothérapie, que cette expérience en structure de service à la personne vers laquelle j’avais été orientée avait pour but de m’inciter à créer ma propre structure, ceci sans alors m’en informer ni me demander ce que j’en pensais. Etant proche de la retraite, je n’ai pas envisagé de le faire, mais je rassemble ici les informations permettant à d’autres de prendre cette direction.

Problèmes 

* Les rémunérations y sont faibles, souvent limitées au seul temps d’intervention passé chez les clients: les temps de trajet et le temps passé dans les locaux de l’association ne sont pas toujours payés. Voir les salaires pratiqués par l’ADHAP à titre indicatif à https://www.indeed.fr/cmp/Adhap-Services/salaries.

* les plannings qui sont imposés sont conçus comme si vous aviez le don d’ubiquité et que vous pouviez vous téléporter d’un lieu à un autre en une seconde : ils font abstraction du temps de trajet, si bien que si vous finissez chez Mme Unetelle1 à 9h30, vous êtes censé commencer chez Mme Unetelle2 à la même heure, même si cette dernière habite à 3 kms ou que vous devez traverser la ville pour vous rendre chez-elle. Si bien que le client paie pour un temps de présence théorique, celui inscrit sur le planning, qui, en pratique, est automatiquement amputé du temps de trajet. Si vous consacrez à chaque personne le temps qui lui est dû, chaque temps de trajet représente un retard par rapport au planning, les clients sont mécontents car vous n’arrivez pas à la seconde prévue, et le retard accumulé sur votre propre horaire n’est pas payé.

Si vous utilisez votre véhicule, ce qui est généralement le cas pour les structures n’ayant pas de véhicule de service, vos frais d’essence vous sont remboursés à la fin du mois, calculés à partir du kilométrage effectué. Les sommes n’excédant généralement pas 200 € par mois, certaines associations les versent en argent liquide, sans justificatif. Une petite somme par salarié représentant une somme bien plus importante pour un effectif d’une cinquantaine d’employés, se pose la question de sa provenance. En l’occurrence, j’ai communiqué ces éléments à un élu, qui est tombé des nues en en prenant connaissance. Etant membre du conseil d’administration de la structure, il n’a pas du tout apprécié d’avoir été tenu à l’écart de cet aspect financier et a eu le sentiment d’avoir été piégé: le mois suivant, les frais d’essence étaient payés par chèque, et notifiés par écrit.

Pour les conditions de travail vécues de l’intérieur, voir « Les dessous de l’aide à domicile » https://www.sudouest.fr/2011/04/01/les-dessous-de-l-aide-a-domicile-359664-1980.php

Devant mon étonnement en fin de mois causé par un salaire inférieur à 500 €, l’administratif de l’association chargé de verser les paies m’informe que dans cette structure dédiée à la réinsertion, les salaires sont limités à 500 € par mois et qu’il a dû verser de l’argent à Pôle Emploi pour mon embauche ( ???????????). Je lui réponds qu’en tant qu’infirmière diplômée, je n’ai pas à être « réinsérée », ce à quoi il rétorque que je ne dépends pas de lui, mais de la société prestataire qui m’a recrutée à laquelle je dois m’adresser.

Autrement dit, si mon salaire est bien en dessous du salaire minimum, en revanche il rapporte de l’argent, pour ce que je peux en constater, à la société prestataire, à l’association et à Pôle emploi.

La société prestataire touche également une somme de 3000 € par an au titre de la réserve parlementaire, ce qui pose quand même question sur l’organisation du travail précaire dans ce pays, et sur la connaissance ou la méconnaissance de la précarité par les élus chargés de distribuer NOTRE argent à des acteurs prétendant lutter contre celle-ci, alors qu’ils sont responsables sur le terrain de sa planification, l’organisent sciemment et en bénéficient directement, avec des méthodes de gestion malhonnêtes dont elles se gardent bien d’informer ces mêmes élus.

Du côté des clients 

– il existe une grosse différence entre le prix payé par le client https://letarif.com/tarif#referencestva à la structure (association ou entreprise) et le prix payé à la personne qui effectue le service. Exemple : pour une heure d’intervention auprès d’une personne dépendante, le client paie 19 €, l’intervenant touche 9,97 €, si bien que 10 € sont absorbés par l’association. Autrement dit, la structure elle-même, association, entreprise, etc., absorbe une moitié de l’argent versé par le client.

– les intervenants changent tout le temps, le client ne peut pas émettre de préférence concernant les gens qui s’occupent de lui, et les responsables des plannings font en sorte que les salariés soient mobiles. Les relations entre eux et les clients doivent être les plus dépersonnalisées possible: le temps passé au auprès du client, « calculé au plus juste », limité au strict nécessaire, ne laisse pas de possibilité d’échange relationnel supplémentaire ni de temps de pause, si bien que, comme en institution, vous effectuez le travail à toute vitesse pour sauter dans votre véhicule et vous rendre le plus vite possible chez le client suivant. Les contraventions pour excès de vitesse sont à votre charge.

La plupart des associations emploient des gens non diplômés, n’ayant aucune qualification, et se chargent d’en former certains eux-mêmes (aides-soignantes). Elles emploient un maximum de gens qu’elles font travailler un nombre d’heures minimum, d’où des temps de travail d’environ une soixantaine d’heures par mois, payées au maximum 500 € : impossible de vivre avec un tel salaire. Les contrats sont précaires et peuvent être interrompus au bon vouloir de l’employeur. Ainsi, les associations dites « de réinsertion », imposent des conditions de travail telles qu’elles empêchent quiconque de se réinsérer décemment, les salaires étant à peine supérieurs à un RSA.

Chaque salarié reçoit un planning en début de journée, mais, en cas de changement au cours de la journée (annulation d’une intervention, ou intervention supplémentaire), il est plus prudent en fin de mois de vérifier le temps de travail réellement effectué, le planning de départ n’étant pas toujours actualisé en fin de mois.

–         Les ADMR  (Aide à domicile en milieu rural)

Elles emploient infirmières et aides-soignantes.

Problèmes 

Personnellement j’ai été recrutée par une agence intérim pour un remplacement d’été, en tant qu’infirmière, mais une fois dans la place, le contrat n’était pas un contrat d’intérim, mais de salarié classique, amputé des primes de l’intérim. Devant mes questions à ce sujet, le directeur me répond : « J’ai déjà payé 2000 € pour votre embauche, je ne peux pas débourser plus. » ?????????????? (Décidément, c’est fou ce qu’employer des infirmières peut rapporter ! Une vraie manne !)

Il m’annonce ensuite au bout de quelques temps qu’il n’arrive pas à trouver d’aide-soignante, qu’il en a plus besoin que d’infirmières, et que si je veux aller au bout des trois mois de travail, je travaillerai comme aide-soignante, payée comme telle. Il comprend que je puisse refuser en raison de ma qualification, mais c’est à prendre ou à laisser. Comme j’ai besoin de travailler, que j’aime bien ce travail et que je n’ai pas envie de recommencer à chercher un autre CDD, j’accepte, mais avec une baisse de salaire bien évidemment.

Donc, par rapport aux conditions de travail apparentes du départ, je suis en réalité pénalisée financièrement par le biais de deux prétextes imprévus, autrement dit, par deux artifices permettant de verser un salaire moindre que celui attendu. Il s’agit d’un jeu truqué basé non sur un contrat digne de ce nom mais sur un marché de dupes.

Un autre problème, pour les patients chez qui l’équipe intervient, est la masse de matériel importé dès la première intervention au domicile des clients, dont la quantité et l’utilité sont parfois discutables, qui encombre l’espace des chambres, et qui coûte excessivement cher.

Au niveau des soignants comme à celui des clients, il y a un parasitisme financier de la structure, à leur détriment, en lien avec des acteurs extérieurs, et dans l’intérêt de ces derniers.

Comparaison avec des équipes indépendantes

En comparaison, des intervenants travaillant pour leur propre compte :

  • Fixent eux-mêmes leur taux horaire de rémunération (au minimum 10 € de l’heure pour un intervenant non diplômé, 13 € pour un aide-soignant, et 15 € pour un infirmier) qu’ils touchent en intégralité,
  • Tiennent compte des besoins des clients pour le temps passé chez eux et les horaires des interventions,
  • Peuvent leur offrir une bonne qualité de relation,
  • S’organisent ensemble sans dépendre de qui que ce soit,
  • N’entretiennent aucune structure ni aucun intermédiaire parasitique.

Il est possible de travailler seul, mais ceci implique de devoir intervenir tous les jours auprès de ses clients, sans prendre de vacances ni de jours de congé, d’où l’intérêt de constituer des équipes, au minimum de deux personnes.

Dans le cas d’aides-soignants et d’infirmiers désirant s’orienter dans ce secteur, ils sont déjà formés, déjà diplômés et connaissent déjà le travail à réaliser. Chacun étant payé directement par la personne chez qui il intervient, qui déclare ses interventions directement à l’URSSAF, ils n’ont pas besoin de structure centralisatrice nécessitant des locaux, ni de personnel d’encadrement, ni de secrétaire, ni de logiciel de gestion, etc., ni d’intermédiaire.

En ce qui concerne les structures, créer une association implique des formalités et contraintes dévoreuses de temps et d’énergie, et une entreprise, si elle est plus facile à créer au niveau administratif que de monter un dossier de RSA, doit, pour générer des bénéfices, payer, en plus des dépenses inhérentes à l’entreprise elle-même (matériel, fournitures, etc.) un ensemble de charges et sommes diverses et peut se révéler un gouffre financier : l’ex-taxe professionnelle censée avoir été supprimée en 2010, qui a été en fait été rebaptisée en « contribution économique territoriale », et dont le montant est resté identique, la location ou achat éventuel du local professionnel, son assurance, les frais de compte bancaire professionnel, du téléphone professionnel, de comptable ou d’association de gestion agréée si vous ne faites pas votre comptabilité vous-même, de la caisse de retraite, de l’URSSAF, etc.

En comparaison, la seule condition indispensable en travaillant avec le CESU est une équipe suffisante pour pouvoir se relayer chez les patients, constituée de gens qui ont envie de travailler les uns avec les autres dans le même état d’esprit, qui s’entendent bien, et soient capables de s’organiser correctement en fonction des besoins des patients et de leurs disponibilités.

De telles équipes, une fois constituées, pourraient travailler en coordination avec les Pôles Santé pour le maintien à domicile des gens dépendants, en lien avec les différents professionnels de santé, dont les médecins généralistes des clients.

–         Précision

Il n’est pas question ici de concurrencer les infirmières libérales en empiétant sur les soins qu’elles réalisent, qui sont prescrits par un médecin. Il s’agit de prendre en charge les différentes tâches permettant aux patients dépendants de rester chez eux, au moment où ils en ont besoin (ménage, toilette, prise du traitement, accompagnement des courses, aide au maniement d’internet, etc.).

Exemple de planning

Au niveau financier, voici deux prévisions, effectuées respectivement en fonction de 3 et 4 patients, à partir de plannings réels réalisés pour des patients réels, et calculées sur la base du site de l’URSSAF . Les estimations des coûts pour les employeurs et des salaires des employés sont réalisées en prenant en compte 3 coûts horaires différents selon différentes qualifications, à partir du salaire horaire minimum.

Client 1 : 4 interventions par jour :

  • 7 h – 7 h45
  • 12 h – 12 h 45
  • 15 h – 16 h
  • 18 h 30 – 19 h117 interventions par mois, pour 77 h 45 de travail.
  • Total 3 h / jour

Client 2 : 1 intervention par jour de 0h30 le soir : 19h15- 19h45, sauf le week-end : 5 interventions / semaine.

1 intervention le matin une seule fois, de 0 h 30

Total : 19 interventions dans le mois pour 9 h 30 de travail.

Client 3 : 3 interventions / jour :

  • 9 h 15- 9 h 45
  • 12 h 30- 13 h
  • 20 h – 20 h 30

A noter que certaines interventions auprès de personnes très lourdes et difficiles à mobiliser nécessitent d’être faites à deux, à moins que l’intervenant soit un homme fort.

Ces trois clients nécessitent 77 interventions dans le mois, pour 38 h 30 de travail.

Détail des salaires et coût pour les employeurs

–          En comptant trois clients (126 heures par mois)

Pour un salaire horaire de 10 € (ASH non qualifié), avec les congés payés inclus, rajoutés automatiquement par le site du CESU :

Salaire net à verser au salarié : 1 260,00 €

Cotisations sociales prélevées aux employeurs : (à répartir entre ceux-ci) 810,53 €

Avantage fiscal pour les employeurs : 1 035,27 €

Coût réel pour les employeurs : 1 035,26 €

 

Pour un salaire horaire de 13 € (Aide-soignante):

Salaire net à verser au salarié : 1 638,00 €

Cotisations sociales prélevées à l’employeur : 1 129,31 €

Avantage fiscal pour l’employeur : 1 383,66 €

Coût réel pour l’employeur : 1 383,65 €

 

Pour un salaire horaire de 15 € (infirmière) :

Salaire net à verser au salarié : 1 890,00 €

Cotisations sociales prélevées à l’employeur : 1 341,80 €

Avantage fiscal pour l’employeur : 1 615,90 €

Coût réel pour l’employeur : 1 615,90 €

Est-il possible à un intervenant de vivre avec ces trois clients pour 126 h de travail / mois (32 h par semaine) ? Sachant qu’il faut déduire les frais d’essence, le salaire est insuffisant pour un ASH, juste pour un AS et correct pour un infirmier.

–          En comptant un quatrième client permettant d’arriver à 140 h par mois

Pour un salaire horaire de 10 € :

Salaire net à verser au salarié : 1 400,00 €

Cotisations sociales prélevées à l’employeur : 900,61 €

Avantage fiscal pour l’employeur : 1 150,31 €

Coût réel pour l’employeur : 1 150,30 €

 

Pour un salaire horaire de 13 € :

Salaire net à verser au salarié : 1 820,00 €

Cotisations sociales prélevées à l’employeur : 1 254,77 €

Avantage fiscal pour l’employeur : 1 537,39 €

Coût réel pour l’employeur : 1 537,38 €

 

Pour un salaire horaire de 15 € :

Salaire net à verser au salarié : 2 100,00 €

Cotisations sociales prélevées à l’employeur : 1 490,88 €

Avantage fiscal pour l’employeur : 1 795,44 €

Coût réel pour l’employeur : 1 795,44 €

CQFD

Autrement dit, un salaire minimum pour 140 h de travail est supérieur à celui gagné dans une institution, et ceci indépendamment de la qualification.

4 clients permettent à une personne de vivre et de payer ses frais d’essence,

8 clients font vivre 2 intervenants,

16 en font vivre 4,

Etc.

En fonction des besoins de la population, des équipes de 4 personnes ou plus pourraient ainsi se développer dans différents quartiers.

Du côté des soignants : une meilleure qualité de travail, un salaire correct, un travail autonome.

Du côté des clients : une meilleure qualité de soins, pour un coût inférieur à celui d’une association, et bien moindre qu’une maison de retraite, une meilleure qualité de vie, la conservation de son autonomie.

Du côté de l’Etat : DE GROSSES ECONOMIES POUR LA SECURITE SOCIALE ET EN FRAIS ADMINISTRATIFS.

Comment procéder pratiquement quand on travaille en institution

  • Voir d’abord si l’idée intéresse des collègues,
  • Faire une prospection au niveau de son quartier / village / ville auprès des personnes âgées : réaliser une plaquette de présentation du projet à distribuer dans les boites à lettre avec un n° de téléphone à joindre, en proposant aux gens intéressés de se manifester et voir le résultat : si une dizaine de personnes répondent, alors c’est jouable.
  • Reste à voir pratiquement comment organiser les choses avec les clients :

Avant de commencer à travailler, faire passer une information dans le journal local, informer les généralistes, organiser une réunion d’information avec la population. (Voir les conseils en ligne à https://www.creerentreprise.fr/creer-activite-services-a-la-personne-statut/. )

Quand des gens demandent d’intervenir, fixer un premier rendez-vous avec eux pour faire connaissance, évaluer leurs besoins, et leur présenter la façon dont on peut y répondre (ménage, toilette, préparation des repas, prise de médicaments, petits soins, accompagnement pour les courses, etc.), fixer les horaires des interventions, préciser le tarif horaire, le contrat de travail, et les formalités pour le CESU.

Une courte expérience dans une association de service à la personne est utile au départ, le temps de se familiariser avec le fonctionnement et l’organisation.

Et c’est tout. Coût et investissement : 0 €.

L’organisation du travail d’une équipe de 4 est simple à réaliser, par les gens eux-mêmes : il suffit de se partager les temps d’interventions. Aucune tâche administrative : les congés payés sont rajoutés par le CESU.

Les interventions se font sur la base d’un contrat de travail , et le client déclare les interventions sur son espace personnel dans le site de l’URSSAF.

Pas besoin de logiciel de gestion : un simple ordinateur avec traitement de texte Word, Office ou Page et une imprimante permettent de faire et d’imprimer les documents nécessaires :

  • un document pour chaque client avec les temps d’intervention journaliers et le total horaire en fin de mois : une copie pour l’équipe, une pour chaque intervenant, une pour le client, une pour l’URSSAF,
  • un document pour chaque intervenant avec le nombre d’heures effectuées auprès de chaque client, et le total horaire à communiquer à l’URSSAF sur la page du CESU, dans l’espace salarié .

Une fois que les détails sont réglés et qu’une équipe est en mesure de fonctionner, celle-ci peut commencer à travailler, d’abord en gardant un temps partiel en institution pour réserver ses arrières, puis en se mettant en disponibilité quelques mois afin de pouvoir revenir le cas échéant, et enfin en démissionnant si le nombre de clients permet à l’équipe de vivre sur le long terme.

Niveau immobilier

Pour les personnes âgées dont les domiciles sont devenus inadaptés (escaliers, manque de confort, etc.) elles pourraient se regrouper pour louer ou acheter ensemble (4 ou 5) (en créant une SCI, société civile immobilière, ou indépendamment les uns des autres) une maison de plain-pied confortable et pratique, en se partageant les charges, les frais de soins à domicile, de nourriture et de la vie courante, ce qui leur reviendrait bien moins cher qu’une maison de retraite.

Le Royaume Uni a adopté cette formule depuis plusieurs années, une équipe passe tous les jours en fonction des besoins.

De cette façon, les gens ne sont jamais seuls, ils gardent la maîtrise de leur environnement et leur pouvoir de décision sur leur propre vie, peuvent choisir les gens avec lesquels ils ont envie de vivre, ainsi que les salariés qu’ils emploient, s’organisent entre eux pour les tâches de la vie quotidienne qu’ils souhaitent garder (cuisine, jardinage, sorties, etc.) et peuvent ainsi bénéficier d’une qualité de vie optimum.

Pour la partie immobilière, si des clients sont intéressés par cette formule, leur conseiller de surveiller les maisons à vendre ou à louer sur Internet (sites de notaires, Le Bon Coin, agences immobilières), et les orienter vers leur notaires pour obtenir les informations nécessaires.

Conclusion

Je ne sais pas quelles bases théoriques ont les gestionnaires institutionnels pour parvenir aux résultats désastreux qu’ils obtiennent au niveau de la qualité du travail et des soins, et par-dessus le marché pour un coût tel qu’il nécessiterait de devoir « faire des économies », mais je sais que les soignants ont les bases théoriques et pratiques indispensables pour s’occuper des patients (leurs compétences professionnelles et leur expérience) et organiser leur travail, mieux que ne le font ces « gestionnaires », pour un coût bien moindre pour les particuliers qui les emploient et en bénéficiant de meilleurs conditions de travail et de meilleurs salaires pour eux-mêmes.

 « Le pouvoir est fonction d’abord de l’indispensabilité de la fonction, pour l’ensemble humain considéré. Tout individu ou tout groupe d’individus non indispensables à la structure d’un ensemble n’ont pas de raison de détenir un « pouvoir », puisque cet ensemble peut assurer sa fonction sans eux. » (Henri Laborit, « La Nouvelle Grille », p. 182, Robert Laffont). 

 Le gouvernement actuel, qui projette de se pencher sur le secteur des services à la personne, serait bien inspiré de prendre de la distance vis-à-vis des critères d’évaluation des modèles de gestion théoriques financés apparemment les yeux fermés depuis quelques décennies pour partir sur de nouvelles bases en laissant les acteurs de terrain gérer leur travail eux-mêmes. Il pourrait ainsi dégager des économies substantielles au niveau d’une masse administrative aussi ruineuse qu’inutile, dont les échelons, dépourvus de fonction pour l’ensemble des citoyens, se multiplient au détriment de ces derniers, et dont le seul but consiste à perpétuer leur propre existence.

Il serait également bienvenu d’exiger plus de transparence de la part des responsables publics et privés de cette masse administrative, dont la gestion occulte, qui échappe à tous les acteurs publics ainsi qu’à l’ensemble des citoyens, est dépourvue de légitimité dans le cadre des missions de services publics qu’ils sont payés pour assurer, et dont la confrontation à l’épreuve des faits démontre, depuis une trentaine d’années, qu’ils sont incapables de les remplir correctement.

Enfin, une plus grande vigilance de sa part au niveau de la gestion des ressources humaines est indispensable concernant des « modélisations » issues du secteur du développement personnel utilisées dans la formation des DRH, qui sont dépourvues de toute base scientifique et dont les dérives sectaires de certaines sont pointées par la MIVILUDES. Introduites en France sous la pression de lobbies d’outre-Atlantique, intégrées au package managérial, il s’agit en réalité d’outils de manipulation mentale, responsables d’un grand nombre de dépressions et de suicides dans la fonction publique. Elles servent à dissimuler des méthodes de gestion implicites peu reluisantes et à abuser les gens qui les achètent, parfois en toute bonne foi, autant que ceux qui les subissent. Loin de constituer une « modernisation », elles reposent sur les mécanismes de pensée de l’époque antique auxquelles elles prétendent nous faire régresser, et visent à nous asservir.

En revanche, sur la nouvelle base décrite ici, en restituant aux acteurs de terrain leur pouvoir de décision concernant leur propre sphère professionnelle, le gouvernement peut ainsi, pour un coût bien moindre que le coût actuel, diminuer le chômage, donner aux soignants dotés des compétences réelles les moyens de gagner leur vie correctement en travaillant dans des conditions satisfaisantes et dans le cadre d’une gestion saine et transparente, et aux personnes âgées dépendantes, la possibilité de continuer à vivre chez elles de façon adaptée à leurs revenus tout en conservant leur autonomie.

29 juin 2018

Nadège Vezinat: Dispensaires 2.0, Maisons pluridisciplinaires de santé et médecine libérale, La Vie des Idées

http://www.laviedesidees.fr/Dispensaires-2-0.html

par Nadège Vezinat , le 21 juin 2017     

L’organisation de l’offre de soins primaires en ville est un enjeu important du système français de protection sociale. Dans un contexte de transition épidémiologique, les maisons de santé pluri-professionnelles décloisonnent les terrains sociaux et médicaux. Le modèle peut-il être généralisé ?

La place de la médecine libérale est en France particulièrement importante comparativement à d’autres pays. Depuis la charte médicale de 1927, qui a instauré plusieurs principes encore en vigueur comme celui de la liberté d’installation, du paiement direct par le malade ou de la liberté de prescription, cette médecine porte en elle des relents d’hostilité au dispositif d’assurance-maladie (Palier, 2010). En constituant autour de ces principes le dogme libéral, les médecins qui ont choisi ce type d’exercice sont souvent accusés, si ce n’est de produire, au moins d’entretenir les inégalités de santé en participant à un système à deux vitesses (Gelly, Giraud Pitti, 2016).

À l’heure où certains hôpitaux commencent à externaliser des consultations de médecine générale en ville pour répondre aux demandes de soins, les professionnels de santé libéraux tentent de proposer d’autres transformations de l’organisation territoriale de l’offre de santé. Partant du constat que le recours aux soins n’est pas le même pour tous sur le territoire, la loi de modernisation de notre système de santé, promulguée le 26 janvier 2016, cherche à rendre la santé « accessible à tous ». Dans ce contexte, des « maisons pluridisciplinaires de santé » se développent pour proposer une offre de soins renouvelée reposant sur de nouvelles pratiques professionnelles, axées sur la permanence et la continuité des soins et davantage coordonnées avec le milieu hospitalier. Au delà de l’utilité sociale de ces maisons de santé, que l’ensemble des hommes politiques reconnaissent sans pour autant toujours la traduire en des propositions similaires, quel sens donner à ce nouveau mode d’organisation des soins primaires en ville ? Derrière une solution apparemment idéale à tous points de vue pour tous les acteurs, et même si la coopération accroît la qualité des soins pour les patients tout en restaurant un esprit collectif et en rétablissant des liens entre les professionnels, les maisons de santé ne sont-elles pas également source de nouveaux problèmes ? Certains professionnels peuvent ainsi éprouver des difficultés à s’intégrer ou être confrontés à des conflits internes. Au delà, ces maisons de santé peuvent présenter les défauts d’une organisation en voie de « bureaucratisation ».

10 ans de maisons de santé

Tous les candidats à l’élection présentielle de 2017 les ont évoquées, leur ont reconnu nombre de qualités, les médias les mettent en avant, mais que sont exactement les maisons de santé ? Ce ne sont ni des centres de santé, puisque les professionnels de santé n’y sont pas salariés, ni des cabinets de groupe, puisque la mise en commun y dépasse celle des moyens, des locaux et du secrétariat qui constituent généralement le cœur du regroupement effectué dans les cabinets de groupe. Les maisons de santé se caractérisent en effet par leur dimension pluri-professionnelle et l’adhésion de l’ensemble des professionnels à un projet de santé adapté à leur situation locale.

Les maisons de santé ont été reconnues légalement par la loi de financement de la sécurité sociale du 19 décembre 2007 et introduites dans le code de la santé publique avant de voir leur définition modifiée par l’article 39 de la loi Hôpital Patients Santé Territoire du 21 juillet 2009 puis par l’article 2 de la loi du 10 août 2011 sur le partage de l’information médicale. Elles ouvrent aux professionnels libéraux un mode d’exercice collectif de la médecine sur un territoire donné. Dotées de la personnalité morale (art. L. 6323-3 du Code de la Santé Publique), elles peuvent percevoir une dotation de financement afin de permettre un exercice coordonné des soins. Pour cela, les professionnels de santé qui s’y regroupent doivent élaborer un projet de santé attestant de leur exercice coordonné et conclure avec l’agence régionale de santé (ARS) un contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens.
Bien que libéral et implanté de manière non uniforme sur le territoire, ce mode d’exercice collectif présente des caractéristiques qui reconfigurent en profondeur l’activité médicale : il favorise la coordination des soins, rend la prise en charge accessible et continue, établit des protocoles de soins pluridisciplinaires, utilise des systèmes d’informations pour partager plus facilement les dossiers patients, et organise des activités préventives et transversales.

Une autre voie que l’hôpital

Un des enjeux de cette forme encore minoritaire d’organisation des soins primaires en ville est qu’elle permet un moindre recours aux urgences et constitue une alternative à l’hospitalisation. L’offre de soins en France semble aujourd’hui se réduire en raison du numerus clausus dans les professions médicales, du manque d’attractivité de la profession de médecin généraliste (par rapport à celle de spécialiste), de la désertification médicale de certains territoires et de la difficulté à organiser la complémentarité entre médecine hospitalière et médecine de ville. Par ailleurs, malgré le principe de couverture universelle, les inégalités sociales de santé se développent sur l’ensemble du territoire. Dans ce contexte, la réorganisation de l’offre de soins, qualifiée de « virage ambulatoire », devient un objectif important pour le système de protection sociale français. Les professionnels de santé en constituent la principale clé de voûte, et les maisons de santé sont présentées comme un des moyens pour réformer cette offre de soins.

Le développement depuis quelques années en France de « maisons pluridisciplinaires de santé » se présente en effet comme une solution à la « crise de la démographie médicale » [1] dans l’accès et la continuité des soins médicaux sur le territoire. Cette « crise » renvoie à la pénurie des professionnels de santé, aux difficultés d’accessibilité financière, géographique ou physique, ainsi qu’au problème de la gestion des consultations non programmées pour faire face à l’afflux de patients imprévus et à l’augmentation des poly-pathologies et des maladies chroniques.

Si les maisons de santé constituent encore un phénomène de faible ampleur numérique, elles connaissent une croissance régulière, qui traduit un besoin d’intermédiaire entre le professionnel de santé isolé et la structure hospitalière dans les transformations de l’offre de soins et de la politique de santé publique (Lombrail, 2014). En janvier 2012, 235 maisons étaient en fonctionnement et environ 450 étaient en projet, dont 80 % en milieu rural. En mars 2017, l’observatoire des maisons et pôles de santé de la DGOS (Direction Générale de l’Offre de Soins) décomptait environ 1000 structures en fonctionnement. Ce mode d’exercice, certes encore marginal, connaît une croissance numérique qui laisse supposer qu’une révolution des soins primaires peut être en cours. Cette dynamique est par ailleurs soutenue et reprise par la Fédération française des Maisons et Pôles de santé (FFMPS) créée en 2008 pour représenter les maisons de santé et soutenir ces initiatives d’organisation des soins primaires auprès des pouvoirs publics, collectivités et partenaires institutionnels variés.

Soigner des situations sociales

Les maisons de santé étant des initiatives venues du terrain, des professionnels de santé y proposent, dans une démarche réflexive, à la fois des solutions concrètes adaptées à leurs pratiques et une refondation du système de santé. En tant qu’elles sont pensées pour répondre aux besoins sur le terrain, les maisons de santé ne sont pas, pour l’instant en tout cas, perçues par les professionnels de santé comme une solution coercitive. Par ailleurs, ces maisons de santé proposent le tiers payant, des médecins conventionnés en secteur 1 (c’est-à-dire qui n’appliquent pas de dépassement d’honoraires), et acceptent les patients bénéficiant de la couverture maladie universelle (CMU), voire travaillent directement à leur ouverture de droits : l’organisation des soins qu’ils assurent vise à lutter contre les inégalités sociales de santé et reçoit à ce titre le soutien des pouvoirs publics, censés défendre ces missions relevant de l’accès de tous à la santé.

Les maisons de santé développent la coordination des soins et la coopération entre les différents professionnels de santé. Il s’agit à la fois d’articuler les parcours de soins entre les systèmes hospitalier et ambulatoire mais aussi de favoriser les relations entre les différents professionnels intervenant en ville (les médecins, les infirmiers, les médiateurs, les professions paramédicales, etc.). En considérant la coordination du soin primaire comme le chaînon manquant de la stratégie nationale de santé, les maisons de santé favorisent la pluridisciplinarité et les échanges avec les professions médico-sociales. Certaines sont même dotées de médiateurs sociaux pour traiter à la fois le médical et le social. La transversalité de la maison de santé apparaît dans l’articulation (et parfois l’exclusion) de divers dispositifs, comme l’ASALEE (action de santé libérale en équipe), le PAERPA (Parcours des personnes âgées en risque de perte d’autonomie) ou l’ETP (éducation thérapeutique des patients), dispositifs qui ont aussi des conséquences sur les configurations médicales.

À titre d’exemple, la CMU, pilier de l’assurance-maladie, remplacée en 2016 pour la CMU de base, par la PUMA (protection universelle maladie), peut être étudiée comme un point de tension vis-à-vis des objectifs de coordination dans la mesure où cette politique sociale et sanitaire n’est pas acceptée par tous les médecins. Avec le renforcement du rôle des généralistes dans le parcours de soins, ce dispositif peut s’avérer un facteur de précarisation et de stigmatisation des populations qui en bénéficient, ce qui crée un décalage avec l’objectif même d’universalisation de la couverture santé. L’éducation thérapeutique des patients (ETP) peut également être vue comme une prise en charge collective du patient puisqu’elle transforme aussi bien les relations entre médecins et patients, en les faisant sortir du rôle de profanes pour les mettre au centre de la relation, que les pratiques professionnelles des médecins, en valorisant davantage l’interdisciplinarité avec d’autres professions et l’articulation entre les soins proposés.

La considération pour le malade fait partie des objectifs revendiqués dans les maisons de santé. En se saisissant de projets d’éducation thérapeutique du patient, en formant des « patients experts », les maisons de santé contribuent à modifier la place du patient dans la relation de soin. Son point de vue est respecté et les professionnels de santé veillent à s’assurer qu’il comprend sa maladie ou son traitement. Ces pratiques renvoient à d’autres manières d’envisager la médecine et la place du patient (Bazsanger, Bungener, Paillet, 2002 ; Horowitz, 2013). Dans cette approche globale du patient, le soin est pensé comme une solution médicale à un problème de santé mais également comme une réponse à une situation sociale et à l’individualité du patient : en tentant d’éviter une hospitalisation pour permettre à un patient de rester avec son animal domestique, ou en limitant le nombre de séances pour tenir compte des trajets sur une route difficile, par exemple. Elle fait écho à l’ouverture des soignants au « care » (les soignants prenant en charge non seulement l’aspect médical mais également social de leurs patients) que repèrent les chercheurs ayant travaillé sur les Permanences d’Accès aux Soins de Santé de l’hôpital (Pierru, 2013), et peut être analysée comme un début de décloisonnement des sphères sociale et médicale.

Les maisons de santé marquent-elles alors une évolution des pratiques professionnelles ? Deux mouvements que nous allons examiner plus en détail caractérisent le travail en maisons de santé : le premier consiste en un abandon progressif et croissant de l’activité isolée, quand le second consacre le développement de la coordination des professionnels de santé et de la pluridisciplinarité des soins. Le premier mouvement n’est pas propre aux maisons de santé mais à toutes les structures d’exercice collectif de la médecine. En revanche, le passage à une activité coordonnée lui est davantage spécifique.

Exercice collectif de la médecine

L’exercice regroupé de la médecine n’est pas l’apanage des seules maisons de santé et n’est plus un phénomène atypique. Selon une étude de la Cnam réalisée en 2002, 44 % des médecins libéraux exercent de manière regroupée et l’organisation en cabinet de groupe est de plus en plus fréquente (+ 18 % entre 2000 et 2003) [2]. L’écart se réduit donc progressivement avec d’autres pays où la médecine de groupe en soins ambulatoires apparaît comparativement plus développée qu’en France : ainsi, en Finlande et en Suède, 97 % des médecins généralistes exercent en groupe, 92 % au Royaume-Uni, 25 % en Allemagne (Bourgueil, Marek, Mousques, 2007). Ce phénomène de regroupement résulte du souhait de rationaliser les frais de structure et de fonctionnement (par le partage de moyens : d’un local, d’équipements médicaux ou d’une secrétaire par exemple), de la volonté de pouvoir échanger avec des collègues (les internes étant le plus souvent formés dans des structures collectives), et du désir de mieux articuler vie privée et vie professionnelle pour des couples bi-actifs en âge d’avoir une vie de famille.

L’exercice regroupé favorise d’abord l’investissement et le développement des technologies médicales au cabinet et l’usage de systèmes d’informations. En investissant dans le partage des dossiers de patients, il libère potentiellement du temps pour les soins, améliore le suivi des patients et permet même le traitement de leurs données. L’exercice collectif semble par ailleurs particulièrement bien adapté au vieillissement de la population, qui accroît la dépendance et le nombre de patients souffrant de maladies chroniques et de poly-pathologies. La bonne connaissance de la patientèle permise par les systèmes d’information facilite en outre le lien entre la ville et l’hôpital en même temps que les relations avec le monde médico-social. Enfin, l’organisation collective et coordonnée du travail en maison de santé permet effectivement de mieux concilier vie personnelle et vie professionnelle : les horaires d’ouverture étant élargis et les remplacements assurés au sein de la maison de santé, les conditions de travail sont améliorées sans mettre à mal la permanence des soins. Les professionnels de santé peuvent prendre des vacances sans avoir le sentiment d’abandonner leurs patients. Ils conservent l’autonomie que leur garantit leur statut libéral tout en évitant l’isolement qu’il implique souvent, ne serait-ce que parce qu’ils ont la possibilité de prendre un café ou de déjeuner avec un collègue.

Si l’exercice regroupé permet de mieux organiser la continuité des soins en accompagnant, en externe, le vieillissement de la population et l’augmentation des maladies chroniques, il permet en interne de gérer les absences et les congés des uns et des autres, de partager les coûts d’installation et de gestion administrative. Mais il n’est pas exempt de difficultés puisqu’il soulève parallèlement de nouveaux problèmes, comme celui de l’intégration d’un nouveau membre dans une équipe déjà constituée, de la captation de patientèle, de la gestion des conflits au sein de l’équipe de soins primaires, ou de la transmission patrimoniale à repenser.

La coordination des pratiques de soin

Le deuxième mouvement concerne les deux grandes spécificités des maisons de santé : une activité pluri-professionnelle, c’est-à-dire organisée autour de plusieurs métiers (médecins généralistes, kinésithérapeutes, orthophonistes, infirmières, sages-femmes, etc.), et une activité coordonnée qui passe par la mise en relation des tâches organisées autour d’un médecin généraliste (Coutant, Tuffreau, 2016 ; Schweyer, 2016). L’exercice médical de proximité implique que le médecin traitant soit à l’interface des professions médicales, paramédicales et médico-sociales et joue un rôle central, de « pivot », selon la formule consacrée sur le terrain, dans l’orientation de ses patients sur leur parcours de soins (Bloy, Schweyer, 2010). Toute maison de santé comprend ainsi au moins deux médecins généralistes, afin d’assurer la permanence des soins. Ces structures de soins fonctionnent comme un système de « captation » des patients, où les médecins généralistes, grâce à leur rôle de médecin traitant, organisent le parcours de soins de leurs patients et, en tant que maîtres d’œuvre captants, coordonnent la coopération avec les autres professionnels de santé, non captants, sur un territoire donné [3]. Ce rôle de captation permet d’éviter que les patients « errent » ou sortent du système de soins, faute de susciter l’intérêt des professionnels de santé. Dans ces cas, « le renvoi d’une structure à l’autre ou d’un professionnel à l’autre est souvent le destin de ceux dont personne ne veut assumer la charge sur la durée et maîtriser la trajectoire » (Bergeron, Castel, 2010, p. 451). La maison de santé se charge alors d’offrir des soins à des patients qui pourraient sortir du système de santé sans elle. L’insolvabilité ou l’instabilité de certains patients ne sont pas les seuls facteurs d’explication de leur non-captation par le système de soins classique ; le départ à la retraite de leur médecin traitant, si celui-ci n’est pas parvenu à transmettre son cabinet médical, peut également laisser des patients dans la nature. Un des effets du non-remplacement de médecins généralistes partant à la retraite est qu’une partie de leur patientèle se trouve contrainte de se tourner vers les services hospitaliers d’urgence les plus proches ou vers des structures de type SOS Médecins pour renouveler leurs ordonnances par exemple.

Pour ce qui est de la continuité des soins, le parcours de soins du patient est organisé en maison pluri-professionnelle de santé autour d’une « équipe de soins primaires », notion à présent inscrite dans l’article 12 de la loi Touraine [4]. L’organisation en maison de santé favorise ainsi les concertations (sous la forme de « staffs » et de réunions d’équipe par exemple) qui améliorent la qualité des soins puisque, pour les cas difficiles ou incertains, il est possible de discuter en équipe du traitement le plus adéquat. Ces concertations permettent par ailleurs de partager la responsabilité des décisions prises (Schepens, 2015). La coordination passe plus largement par l’élaboration de protocoles de soins adaptés, de systèmes d’informations partagés et enrichis par chacun en vue « d’assurer la continuité (informationnelle) des soins » (Lombrail, 2014, p. 103) et par la définition et la répartition des rôles, si possible complémentaires, de chacun des professionnels dans la maison de santé. L’accent y est mis sur la qualité et la rapidité de la prise en charge, ainsi que sur la fluidité du parcours dans le but d’éviter les ruptures de soins. Les procédures co-construites dans la maison de santé créent des normes et des pratiques convergentes d’un professionnel à l’autre. Cette normalisation et cette homogénéisation des pratiques assurent certes l’égalité de traitement des patients mais elles renforcent dans le même temps le contrôle des professionnels entre eux.

Un modèle généralisable ?

Les maisons de santé ont constitué une manière pour les professionnels de santé libéraux de préempter un domaine dont l’État aurait pu se saisir. En se positionnant sur ce « mandat » (Hughes, 1996), les professionnels de santé s’assurent que la présence de l’État et sa gouvernance y demeurent faibles, ou moins fortes que ce que les représentations « repoussoirs » de « l’étatisation » de la santé ou de la « fonctionnarisation » des professionnels de santé laissent envisager à terme. Elles constituent par ailleurs un collectif sur lequel s’appuyer et au sein duquel le professionnel de santé trouve des ressources. Ce collectif peut être de type syndical, comme le montre Pascal Marichalar (2014) quand il étudie les médecins du travail, ou de type professionnel comme dans le cas des maisons de santé.

Sachant que ce qui fait advenir les institutions n’est pas nécessairement ce qui les fait perdurer ou changer, la préoccupation majeure de la fédération française des maisons de santé est de développer et pérenniser ce mode d’organisation des soins primaires. Pour convaincre les professionnels de santé et les pouvoirs publics de son bien-fondé, elle doit apparaître comme le porte-parole légitime des maisons de santé et faire la preuve du rôle social joué par celles-ci. En interne, les rencontres annuelles de la fédération servent à produire un discours unifié sur le modèle des maisons de santé et leur réussite. Le fait que la quasi-totalité des candidats à l’élection présidentielle de 2017 mentionnent les maisons de santé dans leurs discours de campagne montre que l’entreprise de légitimation de la fédération est en passe de réussir auprès des pouvoirs publics. Il lui reste cependant encore à convaincre les autres professionnels de santé de se rallier à son mode d’exercice. Pour cela, elle communique largement sur les conditions de travail dans ce type de structure, fournit des outils et aides variés, tels que le recours à des « facilitateurs » qui interviennent pour permettre aux hésitants de s’informer et de monter leur maison de santé, ou la construction d’un indicateur, « l’indice de bonheur partagé » (IBP), qui mesure le degré de satisfaction de l’équipe de soins en maison de santé. Pour vaincre les résistances du modèle traditionnel, centré autour de l’hôpital et du médecin de ville isolé, la fédération travaille donc sa cohésion en cherchant à normaliser son modèle et à convaincre les professionnels de santé les plus réfractaires, si ce n’est de rejoindre les maisons de santé, du moins de les laisser se développer à leurs côtés.

Aller plus loin

- Baszanger I., Bungener M., Paillet A., Quelle médecine voulons-nous ?, Paris, La Dispute, 2002.
- Bergeron H., Castel P., « Captation, appariement, réseau : une logique professionnelle d’organisation des soins », Sociologie du travail, 2010, n°52, p. 441-460.
- Bloy G., Schweyer F.-X., Singuliers généralistes. Sociologie de la médecine générale, Rennes, Presses de l’EHESP, 2010.
- Bourgueil Y., Marek A., Mousquès J., « Médecine de groupe en soins primaires dans six pays européens, en Ontario et au Québec : quels enseignements pour la France ? », Questions d’économie de la santé, 2007, n°127.
Coutant D., Tuffreau F., La médecine générale, une spécialité d’avenir, Rennes, Presses de l’EHESP, 2016.
- Gelly M., Giraud B., Pitti L., « Quand la santé décuple les inégalités », Agone, 2016, n°58.
- Horowitz R., In the Public Interest : Medical Licensing and the Disciplinary Process, New Brunswick, Rutgers University Press, 2013.
- Hughes E., Le regard sociologique : Essais choisis, Paris, Éditions de l’EHESS, 1996.
- Lombrail P., « Les maisons de santé pluri-professionnelles : penser localement, agir globalement ? », Sciences sociales et santé, 2014, vol.32, n°2, p. 97-108.
Marichalar P., Médecin du travail, médecin du patron ? L’indépendance médicale en question, Paris, Presses de Sciences Po, 2014.
- Palier B., La réforme des systèmes de santé, Paris, PUF, 2010.
- Pierru F., « Impératifs gestionnaires et phronesis médicale : esquisse sociologique d’un engagement éthique dans un grand hôpital parisien », Quaderni, vol.3, n°82, p.67-82, 2013.
- Schepens F., « Participer pour rendre le travail possible. Les “staffs” en unités de soins palliatifs », Sociologie du travail, 2015, n°57, p. 39-60.
- Schweyer F.-X., « Inventer et apprendre un nouveau métier ? Les médecins généralistes dans des maisons de santé », in Douguet F., Fillaut T., Hontebeyrie J. (dir.), Intervenir en première ligne. Les professions de santé libérales face au défi de la santé de proximité, Paris, L’Harmattan, 2016, p. 39-60.

Nadège Vezinat, « Dispensaires 2.0. Maisons pluridisciplinaires de santé et médecine libérale », La Vie des idées , 21 juin 2017. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Dispensaires-2-0.html

28 juin 2018

« Elle et les Jean » Farewell Poitou Charentes

Filed under: Actualité, concert, musique — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 5:36

Facebook https://www.facebook.com/elle-et-les-jean-211470388864626/

Site: Elle et les Jean http://bbkiss.free.fr/

Isabelle Aubert-Baudron: Des paquebots de croisière pour les migrants ?

Un problème mal posé

Un des facteurs problématiques dans la question des migrants repose sur notre façon de poser le problème : nous nous trouvons devant deux positions idéologiques opposées, une position identitaire en faveur de la fermeture des frontières et du rejet des migrants, et une position humaniste qui est favorable à leur accueil.

Tant que nous abordons le problème dans ce cadre de logique par opposition, qui limite la réalité à deux visions opposées, nous limitons notre façon de l’appréhender à ces deux seules visions. Les discours demeurent limités à des échanges polémiques dans lesquels chaque groupe défend ses positions et tente de démontrer qu’il a « raison » et que l’autre a « tort », ces controverses visant non pas tant à résoudre le problème qu’à récolter les voix des futurs électeurs, autrement dit à instrumentaliser la question.

Si bien que chaque camp concentre son énergie sur ce conflit et la lutte contre ses opposants, plutôt que sur la résolution du problème lui-même, qui ne fait que s’aggraver avec le temps. Ces énergies qui s’affrontent se détruisent mutuellement, aucun des groupes n’est en mesure d’avancer, et les débats tournent en rond, chacun répétant sempiternellement, comme des magnétophones, les mêmes arguments conformes au modèle idéologique statique prôné.

Or aucun des deux groupes n’a une vision globale de ce qui se passe réellement et ne peut avoir totalement « raison » : les deux conceptions, vécues comme inconciliables a priori, s’excluent l’une l’autre, alors qu’elles sont face à une seule et même situation. Chaque groupe l’appréhende avec des critères d’évaluation différents, et une partie des débats se résume à des échanges verbaux qui ne mènent à rien, entre des gens qui sont d’accord pour ne jamais être d’accord, ce qui rend impossible de s’entendre d’une part, et d’autre part de s’attaquer ensemble sérieusement à la résolution du problème lui-même. C’est pourquoi cet abord idéologique de la question, qui fait abstraction du coefficient des observateurs et des éléments objectifs de la situation, réduisant le problème aux seuls migrants, est en lui-même problématique.

A partir de là, il me semblerait plus cohérent de mettre de côté ces positions idéologiques pour examiner le problème dans le cadre d’une démarche scientifique, plus réaliste, basée non plus sur des opinions ou des croyances, mais sur l’examen des faits tangibles et démontrables, avec pour cadre légal, les fondements démocratiques de notre constitution.

Reposer le problème en partant des gens réels, des moyens réels et des possibilités réelles

Concernant les migrants dont l’arrivée en masse par la mer est problématique pour le continent européen, je me suis demandée quelle sorte de bateau pourrait être utilisée pour saper à la base le trafic des passeurs: les paquebots de croisière qui peuvent héberger plusieurs milliers de gens pendant une semaine, et où les migrants pourraient être hébergés provisoirement, le temps de voir qui est qui et qui fait quoi, d’où il vient, etc., et de prendre le temps de voir ce qu’il peut en advenir une fois sur terre.

La location de ces bateaux pourrait être partagée entre tous les pays européens, mais les migrants, qui paient pour les bateaux des passeurs, pourraient aussi participer à cette location. Vu les prix exorbitants exigés par les passeurs, les paquebots de croisière leur reviendraient de toute façon moins cher.

Une des données du problème est que nous l’abordons généralement sous des angles conflictuels, où chaque analyse repose sur un débat entre 2 partisans de possibilités opposées, et en mélangeant les niveaux d’abstraction (politique, religieux, idéologique, militaire, etc.). Tout cela entraine une confusion, des incompréhensions, des malentendus, qui rendent les problèmes inextricables. J’essaie donc d’aborder celui-ci sous un angle pratique, en partant des besoins humains réels et des moyens réels dont nous disposons pour y répondre.

Est-ce que nous disposons de bateaux capables d’héberger un certain temps dans des conditions décentes les migrants fuyant leur pays par la mer, afin de réduire le nombre de ceux qui entrent en Europe, en le limitant temporairement à ceux qui viennent par la terre ? Oui, nous disposons de tels bateaux : Oasis of the Seas et Allure of the Seas peuvent accueillir 6296 passagers, et le dernier né,  Symphony of the seas, peut en accueillir 8000 !

Le « Symphony of the seas », plus gros navire de croisière au monde livré par le chantier naval STX, a levé l’ancre du port de Saint-Nazaire samedi 24 mars devant plusieurs centaines de personnes venues assister à la manœuvre spectaculaire.

Données pratiques du problème

Pratiquement, qu’est-ce qui est nécessaire pour cela mettre en place ?

– Il est impossible aux migrants, dont bon nombre n’ont plus de papiers, de s’inscrire légalement à des croisières de tourisme.

– Les paquebots sont construits par les Chantiers de l’Atlantique à Saint Nazaire. Il devrait être de l’ordre du possible pour nos dirigeants d’entrer en relation avec un site de chantiers navals français,

– L’embarquement et le suivi des gens devraient être organisés officiellement, ce qui implique que l’opération soit menée par les gouvernements ou au niveau européen. En conséquence, il faudrait que les Etats (ou l’Europe / l’ONU, etc.) puissent disposer de tels bateaux le temps nécessaire.

Une telle opération peut entrer dans le cadre du partenariat public-privé : exemple: l‘Etat loue les  paquebots aux sociétés qui les possèdent, et fait payer une partie du trajet aux migrants de façon à combler le prix de la location et à effectuer l’opération sans débourser d’argent public. Les associations d’aide aux migrants pourraient participer financièrement pour payer le séjour des plus démunis, de même que des gens fortunés désireux de s’impliquer dans la résolution du problème.

Pour les gens concernés, une telle solution serait  éminemment moins chère que les tarifs que leurs imposent les passeurs. Le gouvernement met un site en ligne avec un numéro de téléphone, un formulaire de contact, et les migrants peuvent alors s’inscrire eux-mêmes directement, sans intermédiaire mafieux. Ensuite, une fois à bord, ils peuvent bénéficier de conditions confortables leur permettant de décompresser, de déstresser pendant leur séjour à bord.

En plus de l’encadrement de la sécurité (identité, origine, etc.), il peut y avoir une organisation permettant de prévoir leur avenir, en répertoriant les professions des gens, et ce qu’ils peuvent apporter à leur pays d’accueil, en fonction des besoins de ces derniers. Ainsi cette immigration pourrait répondre aux intérêts respectifs, autant des arrivants que des pays d’accueil. Par le biais des associations d’aide aux migrants, ils pourraient entrer en contact avec des citoyens des pays d’accueil désireux de les héberger.

Ils pourraient aussi, une fois à bord, s’organiser entre eux avec l’aide des ONG pour les tâches de la vie quotidienne en fonction de leurs professions : il ne me parait pas réaliste d’attendre que le personnel employé pour les croisières continue de l’être dans cette circonstance : planifier les repas avec des aliments auxquels ils sont habitués (riz, lentilles, blé, épices, etc.), ce qui serait bien moins onéreux que les plateaux repas et une multitude de plats, faire la cuisine, le ménage, etc.. Les médecins s’occuperaient de la santé, les enseignants pourraient enseigner, etc., si bien qu’une fois ordonnée la vie quotidienne permettant de vivre correctement à bord, les migrants s’occuperaient aux tâches nécessaires à leur séjour sur le paquebot.

Le personnel fourni par les Etats pourrait alors se limiter à l’encadrement et aux forces de l’ordre, et les dépenses, à la nourriture, aux médicaments, au matériel médical et aux produits de santé.

Il me semblerait aussi nécessaire d’expliquer aux migrants ce que venir en Europe implique de leur part, à savoir accepter le  mode de vie et les lois de leur pays d’accueil. En résumé leur enseigner les bases légales, sans quoi, venant d’une autre culture, ils ne peuvent les connaître, et partant de là, ne peuvent les respecter. Ainsi, il me semble utile de les prévenir qu’il n’est pas réaliste de venir en Europe en s’attendant à y vivre comme dans un pays régi par la charia: il s’agit là d’une question de cohérence vis-à-vis d’eux-mêmes et de leurs pays d’accueil. Si cela ne leur convient pas, rien n’empêche de les orienter vers un pays correspondant au mode de vie qu’ils souhaitent.

Ceci dit, les gens qui ont déjà trouvé asile dans les petites communes qui les ont accueillis n’ont manifestement pas du tout envie de reproduire les conditions de vie de leurs pays d’origine : ils font de leur mieux pour s’adapter et ne demandent qu’à vivre tranquillement en harmonie avec les habitants. Les réticences que pouvaient avoir ces derniers, confrontées aux faits, ont disparu, ceux-ci ayant constaté que les nouveaux arrivants ne leur causaient aucun préjudice et que leurs craintes de départ n’étaient pas fondées.

Quelques chiffres

En ce qui concerne les croisières en Méditerranée, les prix de celles-ci sont en moyenne de 500 € par semaine par personne.

Actuellement les migrants arrivant par la mer paient de fortes sommes (pouvant atteindre 10 000 € ou plus) pour voyager sur un bateau surpeuplé avec une probabilité importante de mourir pendant le voyage, sans savoir s’ils arriveront ni où ils arriveront, ni quels pays ils vont traverser ensuite, la seule certitude étant que la suite du voyage va être difficile.

Se pose le problème du contrôle des passagers au départ, pour éviter d’embarquer des gens constituant des menaces, mais je suppose qu’un tel contrôle à l’embarquement serait plus facile à organiser et plus efficace que de laisser des milliers de migrants entrer illégalement, en traversant des frontières improvisées à la hâte dans les conditions d’urgence actuelles.

Pour ce qui est des migrants eux-mêmes, la plupart sont des gens éduqués appartenant à la classe moyenne, pouvant débourser 10 000 €. Avec la formule des bateaux de croisière, pour un prix de 500 € par semaine, ils pourraient séjourner pendant 10 000 / 500 = 20 semaines = 5 mois. En appliquant l’organisation décrite plus haut, le coût de leur séjour serait bien inférieur. Prendre en compte leurs connaissances et leurs capacités professionnelles serait de l’intérêt général et de toute façon plus sensé et plus réaliste que les réactions présentes, qui consistent à les considérer comme un flux informe et incontrôlable et à adopter des mesures dans l’urgence.

Dans de telles conditions, aucun migrant ne serait plus volontaire pour un voyage dangereux. Seuls les gens problématiques choisiraient les chemins illégaux, leur nombre serait limité, et ils seraient plus faciles à détecter. En conséquence, il semble que les paquebots de croisière, en plus du niveau humain, seraient également plus efficaces sur le plan de la sécurité.

Ces paquebots pourraient également représenter une alternative à la jungle de Calais, dans la mesure où ils pourraient héberger les gens qui y vivent actuellement.

Quelques conséquences

  • Sécurisation de la Méditerranée,
  • Désengorgement de Calais,
  • Conditions d’accueil organisées de façon plus humaine et plus cohérente,
  • Apport dans le pays de nouveaux citoyens permettant d’apporter des solutions à des problèmes tels que la baisse de la fécondité, la désertification des villages et des petites villes, la fermeture des écoles et la disparition des services publics: il n’est pas cohérent d’un côté de se plaindre des difficultés qu’ils entrainent dans notre vie et notre milieu, et de l’autre de  rejeter les gens qui nous permettraient d’équilibrer le renouvellement des générations et de réduire les déséquilibres de population entre la ville et la campagne (voir l’article en bas de page: En Sicile, «une chose très belle est arrivée, nous avons été envahis par les immigrés »).
  • Diminution des tensions avec les autres pays confrontés au problème : ceux dont sont originaires les migrants ainsi que les autres pays d’accueil, diminution des conflits entre pays européens,
  • Amélioration de l’image du pays à l’extérieur, plus conforme à « nos valeurs »,
  • Diminution du nombre des passeurs, dépourvus de fonction, et des trafics humains, effondrement de leurs bénéfices, par manque de candidats, les politiques les plus restrictives en matière d’immigration représentant paradoxalement, contrairement aux arguments qu’elles avancent, la base de leur fonds de commerce illégal.

Conclusion

Bien entendu, ceci n’est qu’une idée qui demande d’être examinée et complétée, car beaucoup de données m’échappent. De plus, il ne s’agit ici que d’une possibilité parmi d’autres : nous sommes devant non pas deux possibilités opposées, mais une infinité, à côté desquelles nous passons, non pas par manque de moyens, ni en raison de mauvaises intentions, mais du seul fait d’idées fausses et de préjugés.

Nous devons également prendre en compte nos ressources réelles, et les moyens réels dont nous disposons, qui sont généralement bien plus étendus que ceux que nous utilisons généralement.

Sur de telles bases, le problème des migrants peut cesser d’être une source de problèmes insolubles et de conflits tous azimuts pour devenir maîtrisable à brève échéance, à des coûts bien moindres que les solutions proposée jusqu’ici, et de façon bénéfique pour toutes les parties.

Isabelle AUBERT.

Sur le même sujet

En Sicile, «une chose très belle est arrivée, nous avons été envahis par les immigrés » http://www.liberation.fr/planete/2018/01/09/en-sicile-une-chose-tres-belle-est-arrivee-nous-avons-ete-envahis-par-les-immigres_1621325

27 juin 2018

Jean-Louis Baudron: Cut-ups et collages, suite

Filed under: Actualité, art & culture, collages, galerie, Interzone — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:39
Jean-louis Baudron Collages et Cut-ups

Les Bonnes Figures de la Grand Route

Anubis au Soleil Couchant 210518

De Motel en Motel 280518

Soutien hôpital Pierre Janet au Havre, suite

Sur Facebook https://www.facebook.com/groups/1736092319761292

Hôpital Pierre Janet PERSONNEL HOSPITALIER ET INTERSYNDIACALE a lancé cette pétition adressée à Agnès Buzyn et à 3 autres https://www.change.org/p/agn%C3%A8s-buzyn-soutien-%C3%A0-l-h%C3%B4pital-pierre-janet

   

L’île logique / n° 533 : La cam

d accord en maths reduit

Bonjour,

Entre Volheinkempfleskeschtumpf  et Turstichdungenlezrtzen, la petite France, le Palais de Rohan, la cathédrale et les ponts couverts, entre choucroute, flammenküche et autres Bretzels : Strasbourg, qu’est-ce que c’est beau, tous ces gens à vélo, le soleil, la pluriculturalité, l’Europe, tout ça… Moi qui suis pour un quart de Niederbronn, je n’avais jamais vu l’Alsace autrement qu’à la Toussaint, dans la forêt noire, pas noire du tout mais multicolore, teintes vives éclatantes et magnifiques de l’automne, alors je ne regrette pas d’y avoir passé plusieurs jours, non, mais… qu’est-ce que c’est galère d’avoir un bébé spectacle qui perd les eaux, contractions en Bretagne, et un camion en panne à 1000 bornes de là dans la ville la plus à l’Est de la France !
Mais bon, bref, on y est arrivés ! Aussi la dernière création de L’île logique, le duo clownesque « Où ai-je ma tête ? » sur les neurosciences, le cerveau, verra bien le jour comme prévu samedi prochain, le 30, à 11h, à la ferme de Mangorvenec de St Avé (56) !!L’île logique vous souhaite un bel été, scientifique et artistique…
Plusieurs interventions prévues en 2018 :– 30 juin donc : Sortie du spectacle « Où ai-je ma tête ?« , duo clownesque sur le fonctionnement du cerveau (neurosciences), à 11h à la ferme de Mangorvenec de St Avé (56) (les 10 ans de l’AMAP, dans les champs…)

– Le 4 juillet : Pilouface à 20h30 à Theix-Noyalo (56) au Parc de Brural.

– 17, 18 et 19 septembre : création d’un spectacle scientifique avec les 75 élèves de 3e année de l’école d’ingénieur ICAM (Vannes)

– 9 octobre : Pilouface à St Pierre la cour (Mayenne)

– 11 octobre à 14h et à 21h : Pilouface à Toulouse (centre culturel Henri Desbals)

– 13 octobre : Un Océan de plastique à Dieppe

– 18, 19 et 20 octobre : L’île logique (Dé-pensons ou autre…) à St Denis (festival « Maths en ville ») + ateliers de théâtre et maths.

– Du 20 au 23 octobre retrouvez L’île logique au congrès de l’APMEP

– 23 octobre : Pilouface à Sanguinet (Bordeaux)

– 6 novembre, spectacle clownesque « Galois Poincaré mythes et maths » à Orléans (Université)

– 10 novembre : Où ai-je ma tête ? à Plescop (56), dans le cadre du festival Clown hors Piste.

– 14 novembre : Un océan de Plastique à Vannes (Kercado) 15h.

– 17 novembre : un océan de plastique à Theix-Noyalo, 14h, dans le cadre du festival Clown Hors Piste.

– 8 décembre : Y a pas rien à Chateaulin

Certains de ces spectacles ne sont pas ouverts au public, mais, à titre individuel, n’hésitez pas à me contacter si vous envisagez d’y venir !!

2019 :

– L’île logique part à l’étranger !! L’affaire 3.14, ou ai-je ma tête ?, Pilouface, Galois Poincaré, des ateliers théâtre et sciences, en cours de mise en place pour la semaine des maths à Casablanca, à Dublin et peut-être Madrid…

– 29 et 30 mars : Partons ici même et « Où ai-je ma tête ? » à Decazeville

Enfin, à faire circuler sans modération :

– L’île logique co-organise la dixième édition du festival Clown hors Piste du 16 au 18 novembre prochain à Theix (56)

– Il nous reste encore des livres « A l’endroit de l’inversion« , petit essai en clownologie mathématique (préfacé par Cédric Villani et Bertil Sylvander)

– Il nous reste des disponibilités pour la semaine de la science 2018 (la semaine des maths 2019 est quasi complète)…

– Et puis, si vous connaissez des gens riches pour co-produire une série audiovisuelle burlesque mais rigoureuse sur les mathématiques n’hésitez pas…

N°533 : la cam

La cam.
Non, pas la came, la cam.
Ce n’est pas pareil car on peut en être dépendant, et puis c’est une histoire d’œil, pas de narine…
La cam c’est pour se voir.

Parfois dans la vraie vie vraie, avec mes amis ou ma famille, on se voit.
Et finalement on sait qu’on s’est vus car nos regards se sont croisés.

Or avec la cam on ne se voit pas, aucun échange de regard.
On peut seulement voir l’autre qui est en train de nous regarder.

Mais que voit-il ?
Il me voit en train de le regarder me regarder,
C’est comme l’infini avec deux miroirs,
à la cam on ne se voit pas,
impossible de se regarder les yeux dans les yeux.

Si on veut regarder quelqu’un dans les yeux, avec la cam, il faut regarder un petit point rouge.
Il suffit juste de se convaincre que ce point rouge est le regard de ton ami.
Ce n’est pas évident, car quand même, un point rouge, c’est moins vivant qu’un regard,
sauf bien sûr pour ceux qui ont des amis avec des points rouges à la place des yeux, mais c’est rare…

et là : ah enfin, ton ami retrouve ton regard !
Enfin presque, il te voit en train de le regarder dans les yeux, certes, mais seulement comme si lui, il n’était qu’un petit point rouge…
Car on ne regarde pas pareil des yeux et un point rouge.

Mais toi, que vois-tu alors ? Un petit point rouge…

C’est nul,
alors tu regardes l’écran de l’autre, l’image de ton ami qui regarde ton image dans un écran qui regarde un point rouge.
Et personne ne voit plus aucun regard,

Foot,
Les bleus dans les yeux, coupe du Monde,
il y a un type, un cameraman,
dont le boulot consiste à trouver dans le public de beaux visages avec un regard vrai,
on y voit, visages en gros plan, des enfants, des femmes, des hommes, des émotions surtout, c’est touchant,
c’est beau et c’est sur l’écran géant du stade ça,
mais souvent tout s’écroule, c’est gâché, ou pas,
car on les voit qui voient qu’ils sont vus, plouf, ce n’est plus pareil…

C’est vraiment de la poudre aux yeux…

Une ligne blanche plutôt qu’un point rouge ?
Et puis quoi encore ? C’est n’importe quoi !

Est-ce que la cam est une came ?

Merci à chacun,

Salutations scientifiquement clownesques…

Cédricwww.ilelogique.fr

21 juin 2018

Isabelle Aubert-Baudron: Un grand bravo pour l’Ecole du chat – les discrets minets !

Un grand bravo pour l’Ecole du chat les discrets minets https://www.facebook.com/Ecole-du-chat-les-discrets-minets-834127466609706/ grâce à laquelle la colonie de chats du quartier a pu être quasiment circonscrite:

   

Mimine et Lili – Ludo

 

Fifi – Shy

Après ses interventions en 2013 (stérilisation de Mimine, chatte abandonnée par des voisins lors d’un changement de domicile, et de ses deux filles Lili et Lola), puis en 2017, celle de Ludo (chatte abandonnée, qui a trouvé un foyer depuis), l’association a stérilisé cette année deux chattes sauvages, Fifi et Shy, et euthanasié dès leur naissance les trois chatons de Shy.

Sur les quatre autres chatons nés d’une autre chatte sauvage, mon chien en a tué trois. Leur mère s’est enfuie avec le quatrième et l’a caché depuis. Elle vient de réapparaître, flanquée de celui-ci qui, se retrouvant seul à bénéficier du lait disponible à l’origine pour les quatre, est gras comme un moine. Vérification faite, c’est un mâle. Ouf !

Dans cette colonie, seules sont potentiellement adoptables Mimine et sa fille Lili, qui ont ne se quittent pas d’une semelle. Toutefois, ayant depuis 2013 toujours vécu à l’extérieur sur le même territoire, les essais tentés pour les familiariser avec l’environnement d’une maison se sont révélés infructueux. Fifi est à moitié apprivoisée, mais n’a pas apprécié de se retrouver dans une chambre au retour de sa stérilisation, et s’est changée en un petit diable, me mordant les mains et les mollets jusqu’à ce que je la libère. Les autres sont sauvages et ne se laissent pas approcher.

Un grand merci, donc, à Madame Courvoisier, à son équipe et aux membres de l’association l’Ecole du Chat, pour avoir pu résoudre efficacement et au moment nécessaire au niveau du quartier le problème auquel mes voisins et moi sommes confrontés depuis plusieurs années, à savoir celui de la multiplication, à une vitesse exponentielle à chaque printemps, de colonies de chats sauvages en ville.

Isabelle Aubert-Baudron

Voir la vidéo réalisée sur l’arrivée des premiers chats en 2013 : Cinq squatters dans le poulailler :

English version below

Mediapart: Dr Bretel: Après le CH du Rouvray à Rouen, la révolte éclate au CH Pierre Janet au Havre

 

Groupe Facebook: Soutien hôpital Pierre Janet au Havre

Après le CH du Rouvray à Rouen, la révolte éclate au CH Pierre Janet au Havre

https://blogs.mediapart.fr/brefthi/blog/140618/apres-le-ch-du-rouvray-rouen-la-revolte-eclate-au-ch-pierre-janet-au-havre

La colère des personnels hospitaliers en psychiatrie devient virale et vient d’éclater au Havre dans la foulée de la victoire obtenue au CH du Rouvray par les grévistes de la faim. Une grève reconductible vient de démarrer au CH Pierre Janet et des actions « coup de poing » ont commencé en dehors de l’hôpital, à grand renfort de soutiens militants provenant des hospitaliers solidaires et au-delà.
Mobilisations des hospitaliers devant l'entrée principale du CH Pierre Janet
Mobilisations des hospitaliers devant l’entrée principale du CH Pierre Janet

Comme on pouvait s’y attendre, dans la foulée de l’accord obtenu avec l’ARS par les grévistes de la faim du Centre Hospitalier du Rouvray le vendredi 8 juin dernier, l’intersyndicale du personnel du Centre Hospitalier Pierre Janet au Havre y a déposé un pré-avis de grève reconductible à compter du 15 juin et des actions « coup de poing » ont déjà été organisées, comme le blocage du pont de Normandie ou celui du centre ville du Havre. D’autres suivront à n’en pas douter, car les soignants du CH Pierre Janet, à leur tour, sont bien déterminés à en découdre avec les conditions d’accueil indignes des patients dans leur établissement et avec la souffrance qu’ils vivent dans l’exercice quotidien de leur travail, en constatant eux aussi qu’ils n’ont plus guère le temps suffisant pour parler avec leurs patients. Là aussi, leur rôle s’est malgré eux réduit à l’enfermement, l’administration de médicaments et le service des repas et ce, à une cadence infernale vue l’augmentation croissante des admissions dans l’établissement. L’unité d’accueil et de crise (UAC), par où transitent les admissions au CH Pierre Janet, se trouve particulièrement en difficulté avec 5 lits pour accueillir quotidiennement plus du double de patients !

Au Havre, comme à Rouen et ailleurs, les mêmes causes produisent les mêmes effets : le manque de personnel soignant en hospitalisation, le manque de lits pour faire face au débit d’admissions en urgences, la mise à mal des structures de soins ambulatoires et le manque de personnel pour y assurer des suivis de qualité et prévenir ainsi les hospitalisations, tout ceci entraîne une suroccupation chronique de l’hôpital qui favorise la maltraitance des patients et la souffrance des soignants.

Mais, dans la ville d’Edouard Philippe, la situation de la psychiatrie publique est encore plus critique. En effet, la pénurie de médecins psychiatres y est particulièrement grave et le CH Pierre Janet peine depuis des années à en recruter de nouveaux. L’établissement connaît un sous-effectif impressionnant dans la profession, amenant ceux qui y travaillent encore à se décourager et souvent quitter le navire à leur tour. Certains confrères locaux m’ont confié leur épuisement, pour ne pas dire leur dépression. Quant aux locaux de l’établissement hospitalier, où se concentre désormais également le plus gros de l’activité de consultation et d’hospitalisation de jour, ils sont devenus vétustes et largement sous-dimensionnés, car construits au début des années 70, à une époque où l’activité était sans commune mesure avec l’essor de celle qu’on y connaît aujourd’hui.

Étant praticien hospitalier en disponibilité du CH du Rouvray, je ne suis bien sûr pas le médecin le mieux placé pour décrire la réalité de terrain du CH Pierre Janet. En revanche, mon histoire havraise remonte à la fin de l’année 2014 où, par un ordre de mission de l’ARS Haute-Normandie, j’avais été amené, entre autre, à participer à une étude sur les hospitalisations au long cours dans l’établissement. Et j’ai appris peu de temps après que cette étude avait été la réponse apportée par l’ARS à une demande de renforcement de l’établissement en psychiatres. Pas étonnant donc, que l’accueil en interne n’y ait pas été des plus enthousiastes…

Quoiqu’il en soit, les résultats de cette étude, rendus à automne 2015, faisaient notamment apparaître qu’environ 40% des hospitalisations du CH Pierre Janet se prolongeaient indûment, les patients concernés étant alors en attente d’admission au sein d’établissements médico-sociaux (c’est-à-dire de lieux de vie pour personnes sévèrement handicapées), eux-même déjà saturés. Pourtant, lorsqu’on observait le parcours de ces personnes avant leur hospitalisation prolongée, on pouvait se rendre compte du fait que le soutien dont ils bénéficiaient à l’extérieur de l’hôpital était bien insuffisant. Ainsi, faute de soutien et de suivi à l’extérieur de l’hôpital, les patients finissent par y arriver en urgence, dans des états de détresse majeurs. Puis, pour les même raisons, leur retour à domicile est compromis et les hospitalisations se prolongent.

Un peu partout en France, on assiste à une régression continue de la politique de sectorisation en psychiatrie mise en place courant des années 70. Celle-ci s’est fondée sur le redéploiement d’une partie des moyens des hôpitaux psychiatriques vers la création de structures de soins extra-hospitalières au plus proche de la population soignée, à partir de la fermeture de lits d’hospitalisation : centre médico-psychologiques (centres publics de consultations psychiatriques), centres d’activité thérapeutiques à temps partiel et hôpitaux de jour. Mais, à partir dès années 2000, le chemin inverse a été parcouru en fermant une à une ces structures de soins de proximité, sans pour autant re-doter en conséquence l’hospitalisation, ce qui explique la situation de surcharge des hôpitaux psychiatriques que l’on connaît.

Mais, mon parcours au Havre ne s’arrête pas là, car j’ai été mandaté au CH Pierre Janet depuis mars 2017 pour y développer une structure de soins ambulatoire dite de « réhabilitation psychosociale » pour laquelle le Groupement Hospitalier du Havre (au sein duquel s’inscrit le CH Pierre Janet) perçoit une dotation spécifique d’environ 400 000 euros annuels depuis fin 2015. A l’heure où j’écris ces lignes, cette unité n’a pu encore voir le jour, faute de moyens disponibles sur le terrain. Et si j’y interviens moi-même, n’étant pourtant pas havrais, c’est qu’il n’a pas été possible de trouver en interne un médecin porteur de ce projet, commandé par l’ARS.

Pour avoir rencontré un certain nombre de patients sur le territoire, j’ai pu me rendre compte de l’extrême pauvreté de l’offre de soins ambulatoire. Actuellement, il est pratiquement devenu impossible d’accéder à un suivi psychiatrique pour quiconque ne serait pas d’abord passé par l’hospitalisation ! Les quelques praticiens de ville, eux, voient leur consultation complètement saturée et pour la plupart, n’acceptent plus de nouveaux suivis. Les patients n’ont plus le choix de leur psychiatre (et doivent déjà s’estimer heureux d’être suivis par l’un d’eux quand c’est le cas). De fait, quand un problème survient avec l’un d’entre eux (car les patients ressentent de plus en plus que leur parole n’est plus prise en considération, et comment le pourrait-elle quand les durées de consultation n’excèdent plus 15 minutes ?), ils arrêtent tout bonnement d’être suivis, plutôt que de s’adresser à un autre, augmentant ainsi leur désespoir et par conséquent leur risque de rechute, laquelle finira par les conduire aux urgences du CH Pierre Janet (dont on a vu qu’elles étaient largement sous-dotées par rapport à la demande)… La boucle est bouclée.

Il faut aussi préciser que le territoire havrais, contrairement à celui de Rouen, a été doté d’une clinique privée spécialisée en psychiatrie sur autorisation de l’ARS il y a quelques années. L’établissement dispose de lits d’hospitalisation, d’un hôpital de jour et d’une consultation. Or, on aurait pu imaginer que cette offre privée vienne compléter utilement celle, bien insuffisante, du secteur public, au bénéfice de la population. Mais en réalité il n’en est rien. Les deux institutions travaillent chacune de leur côté, sans n’avoir développé aucun lien fonctionnel ! J’ai moi-même demandé maintes fois à un confrère de cette clinique de venir les rencontrer, mais mes demandes sont restées sans suite. Voilà un bel exemple de maillage territorial raté entre public et privé, au plus grand dam de la population.

Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi les soignants n’en peuvent plus. Car c’est bien eux qui sont confrontés en première ligne à la souffrance et à la colère légitime des patients. Or, le mouvement havrais bénéficie d’emblée de la dynamique initiée au Rouvray et les soutiens arrivent en masse. A commencer par leurs collègues hospitaliers. Le collectif activiste des Blouses Noires émanant du CH du Rouvray est à leurs côtés depuis le début. Une page Facebook du soutien de la lutte a été crée et compte déjà plus de 1500 membres à ce jour ! Que les pouvoirs publics ne s’y trompent pas, la colère des hospitaliers (en psychiatrie et ailleurs) converge et on se trouve face à un mouvement viral d’une ampleur inédite. C’est vrai sur le territoire normand, comme ailleurs. Les soignants n’acceptent plus la résignation et somment désormais rien de moins que l’Etat de redoter les hôpitaux psychiatriques urgemment  Les regards se tournent désormais vers Madame Christine Gardel, directrice de l’ARS Normandie, qui sort à peine de négociations obtenues « à l’arrachée » par les grévistes de la faim du CH du Rouvray et dont on connaît l’issue victorieuse pour les soignants…

Le Quotidien du Médecin: Poursuite de la grêve à l’hôpital psychiatrique du Havre

6 juin 2018

Ramuntcho Matta: le Champ du Chant, vernissage Galerie Ecritures

Filed under: Actualité, art & culture, exposition, galerie, peinture — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 2:47

Ramuntcho MATTA

Les Champs du Chant

Exposition du 15 juin au 15 septembre 2018

Vernissage le 15 juin à 18 h

Galerie ECRITURES 1 rue Pierre PETIT 03100 MONTLUCON

A cette occasion, Romain Becdelievre consacre son émission « Par les temps qui courent »  sur France Culture au travail de Ramuntcho Matta et de cette expo, le mercredi 13 juin à 21 h

Il y a bien longtemps que je voulais proposer une exposition à Ramuntcho MATTA, artiste multimédium. Car s’il est musicien, la rencontre avec Ramuntcho ne s’est pas faite seulement autour de la chanson et de la musique, mais elle s’est faite dès les années 80 à travers la poésie et la peinture, grâce à Brion GYSIN. C’était au début de la création d’ECRITURES, j’allais souvent à Paris chez Brion qui a collaboré tout de suite à la revue. Il m’a rapidement fait rencontrer Ramuntcho qu’il aimait beaucoup et dont il appréciait le travail. Avec Ramuntcho, nous ne nous sommes pas souvent retrouvés chez Brion, car ce dernier aimait recevoir individuellement les gens qu’il appréciait, mais nous parlions souvent de lui. A cette époque, en plus de l’écriture et de la peinture, la musique était présente aussi, que ce soit celle de Ramuntcho ou de Genesis P-Orridge, que nous faisait écouter Brion en expérimentant la Dream Machine. Puis est arrivée l’époque de « Toi, toi mon toit » et Ramuntcho m’a fait découvrir ses autres créations en collaboration avec Brion Gysin, Don Cherry, Elli Medeiros, Polo Lombardo, Lou Reed …. Le graphisme de ses pochettes d’alors m’avait beaucoup plu avec des écritures et des dessins qui racontaient des histoires comme celles que l’on retrouve dans son travail d’aujourd’hui. J’avais très envie que Ramuntcho montre ses créations à la galerie, ici à Montluçon, et alors qu’il a gentiment accepté, nous avons convenu de réaliser un carnet autour du travail qu’il nous présente dans cette exposition, carnet que nous avons édité et qui sera en vente à la galerie.

Jean Marc VINCENT

Entre Elli Medeiros, Don Cherry, William Burroughs et Lou Reed, il y a Ramuntcho MATTA

Ramuntcho Matta est un artiste pluridisciplinaire français né le 4 février 1960 à Neuilly-sur-Seine. Il est le fils du peintre chilien Roberto Matta, frère du plasticien et architecte Gordon Matta-Clark et de Federica Matta, il a vécu dans une illustre famille de créateurs en choisissant d’abord la musique comme principal support, notamment lorsqu’il habitait à New-York à la fin des années 70. 

Diagnostiqué autiste à la naissance, sa thérapie reposera sur l’apprentissage de la musique et du yoga. À 7 ans, il s’initie à la guitare auprès du Cuarteto Cedrón. En 1974-1975, il intègre successivement la Schola Cantorum pour le piano et le Conservatoire Rachmaninoff pour l’harmonie.

À l’âge de quinze ans, il fréquentait déjà Burroughs, Don Cherry, les poètes beat mais surtout Brion Gysin, poète sonore et écrivain beat américain qui avait élu résidence à Paris, et véritable inventeur de la technique du cut up selon Burroughs. « Je suis tombé sur un directeur d’école quand j’avais 15 ans qui m’a fait un deal : tu viens en cours de philo et de poésie et je ne dirai pas à tes parents que tu ne vas pas à l’école. Je veux que tu ailles faire les courses pour un ami à moi qui est très malade. Cet ami c’était Brion Gysin. Je me suis trouvé l’assistant et le secrétaire de Brion Gysin. Mais surtout je découvre Burroughs, Iggy Pop, David Bowie, Ginsberg. Je lis ce livre qui s’appelle The Third Mind qui montre, qu’à deux personnes, on peut créer une troisième personne. Donc mon travail, quand je travaille avec un artiste, avec un autiste, avec un musicien, c’est essayer de voir ce qu’il y a en lui, c’est pas de projeter. J’ai une espèce de don pour rendre la personne à l’aise avec son mal-être ». 

En 1979, il part étudier à la « Third Street School of Music » à New York. Il rencontre Laurie Anderson qui lui expose ses concepts architecturaux appliqués à la composition et rencontre John Cage. En 1981, il rencontre Don Cherry et initie avec lui une collaboration musicale qui donnera naissance à plusieurs albums.

À partir de 1984, il collabore avec une artiste uruguayenne, Elli Medeiros, sa future épouse ; il élabore avec elle une chanson « Toi mon toit », suivie de plusieurs albums trouvant une possibilité de modeler une nouvelle pop française mêlée d’influences afro-cubaines. Le tube « Toi, Mon Toit ». De nature discrète, il fut mis à la lumière avec la composition et la production du titre « Toi mon Toit », tube d’Elli Medeiros sorti en 1986, soit une paire d’années après Les Nuits de la Pleine Lune de Rohmer et la séparation du duo Elli & Jacno. Ce morceau, à l’image du parcours de Ramuntcho Matta, lui est arrivé dessus de manière plutôt accidentelle, alors qu’il n’aspirait pas nécessairement à pénétrer l’industrie du disque : « Je fais une grand distinction entre l’art et l’industrie du disque. Ça m’est tombé dessus, je n’ai rien fait pour, ma mère est tombée malade et je suis tombé amoureux. Pour Toi Mon Toit, j’avais en tête un morceau de Meredith Monk qui faisait « you you you you », et moi j’entendais « toi toi toi toi », c’est comme ça que « Toi Mon Toit » est née. C’était une vraie chanson d’amour. » « Après « Toi Mon Toit », beaucoup de maisons de disques m’ont donné beaucoup d’argent pour refaire des tubes. Mais moi ça ne m’intéressait pas,  j’allais à fond dans la direction de l’artiste. Les mecs de maisons de disques gueulaient, mais je leur disais que c’était précisément mon travail, d’accompagner les artistes. »

Après ce début de carrière artistique dans la musique de style variété pop rock à la fin des années 70, il s’oriente plus tard sur des sujets de création plus singuliers dans lesquels il utilise aussi les arts plastiques par delà son travail de compositeur afin de donner forme à des questionnements, des sujets de création plus singuliers et complexes utilisant parfois le son, le dessin, la vidéo, l’espace, les mots ou des combinatoires.

En 1989, il monte un studio d’enregistrement au Portugal. De 1991 à 2000, en tant que consultant en arborescence émotionnelle et concepteur sonore, il travaille sur des habillages sonores, des projets de CD-roms éducatifs, des scénographies interactives. Il enseigne une méthodologie du doute et est directeur du Bureau du doute à l’ENSCI. Depuis 2000, Ramuntcho Matta développe sa pratique artistique et collabore au sein du label SometimeStudio à la production d’artistes soit oubliés, soit à découvrir.

En 2008, il fonde le projet Lizières, plateforme de réflexion et d’échanges autour des notions de cultures et de ressources, avec pour objectifs de faire sortir l’avant-garde de son isolement et de donner des espaces de liberté à l’expérimentation.

En 2011-2012, il réalise un long métrage, Intimatta, consacré à son père l’artiste Roberto Matta, qui reçoit le soutien du Conseil national de la télévision chilienne

Chris Marker en tentant de définir son travail trouva l’adjectif: « multimedium ». En tant que compositeur, il a réalisé 23 CD solo et a collaboré à une vingtaine d’autres disques. Il a exposé ses travaux multimediums à Paris, New York, Londres, Madrid, Barcelone, Tokyo et Rome. Depuis toujours, Ramuntcho Matta semble avoir passé son temps à semer ses poursuivants, des requins de maisons de disques aux promoteurs, producteurs ou mécènes plus ou moins mal intentionnés. (« Si on veut avancer, il faut rester dans l’ombre. C’est de là qu’on voit le mieux la lumière »).

« Avec Laurie Anderson, j’ai découvert la construction sonore.

Avec Robert Wilson, j’ai découvert certaines notions de scénographie et d’espace.

Avec Don Cherry, j’ai découvert une conscience du jazz, de l’improvisation…

Avec Brion Gysin, j’ai découvert la narration.

Avec Félix Guattari, j’ai découvert le multiple.

Avec John Cage, j’ai découvert l’aléatoire.

Avec Chris Marker, j’ai découvert la synthèse.

Avec la musique, j’ai découvert la complémentarité.

Avec mon père, j’ai découvert le ”regarder”.

Avec mon chat, j’ai découvert le ronronnement. »

 

27 mai 2018

André Aubert: guerre 1914-1918- diaporama.

Filed under: Actualité, éducation, Histoire, Reportage, vidéo — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 4:10

Photos: André Aubert (6 juillet 1892 – 5 septembre 1916)

Vidéo en ligne à http://www.interzoneeditions.net/guerre14-18.mp4

Pour éviter le temps de téléchargement en ligne de la vidéo, cliquer droit sur le lien, puis « Enregistrer la cible sous » sur votre ordinateur. La vidéo s’ouvrira immédiatement quand vous voudrez la visionner.

Tranchée de Ransart – Maréchal des logis Aubert.

Vidéo: Isabelle Aubert.

15 mai 2018

L’Illustration 1924: En Afghanistan

Document en ligne à http://www.interzoneeditions.net/Illustration1924_EnAfghanistan.pdf

Sommaire

LA PREMIÈRE LÉGATION FRANÇAISE EN AFGHANISTAN, 5 janvier 1924   p.  2

L’ARRIVÉE DU PREMIER REPRÉSENTANT DE LA FRANCE EN AFGHANISTAN,  p. 3

L’ÉVOLUTION MODERNE DE L’AFGHANISTAN, 22 novembre 1924, p. 6

UNE MISSION DE FOUILLES FRANÇAISE,  p. 11

MISSION ARCHÉOLOGIQUE FRANÇAISE EN AFGHANISTAN: DE GHAZNI A LA VALLÉE DE BAMIYAN, p. 14

SITES ARCHÉOLOGIQUES DE L’AFGHANISTAN,  p. 16

14 mai 2018

Aristote, Politique, chapitre IX: sur la tyrannie

Filed under: Actualité, Economie, Philosophie, Politique — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 11:55

CHAPITRE IX: Des moyens de conservation pour les États monarchiques; la royauté se sauve par la modération. Les tyrannies ont deux systèmes fort différents pour se maintenir: la violence avec la ruse, et la bonne administration; esquisse du premier système; ses vices; esquisse du second système; ses avantages; portrait du tyran; durée des diverses tyrannies; détails historiques.

1. En général, les États monarchiques doivent évidemment se conserver par des causes opposées à toutes celles dont nous venons de parler, suivant la nature spéciale de chacun d’eux. La royauté, par exemple, se maintient par la modération. Moins ses attributions souveraines sont étendues, plus elle a de chances de durer dans toute son intégrité. Le roi songe moins alors à se faire despote; il respecte plus dans toutes ses actions l’égalité commune; et les sujets de leur côté sont moins enclins à lui porter envie. Voilà ce qui explique la durée si longue de la royauté chez les Molosses. Chez les Lacédémoniens, elle n’a tant vécu que parce que, dès l’origine, le pouvoir fut partagé entre deux personnes; et que plus tard, Théopompe le tempéra par plusieurs institutions, sans compter le contrepoids qu’il lui donna dans l’établissement de l’Éphorie. En affaiblissant la puissance de la royauté, il lui assura plus de durée; il l’agrandit donc en quelque sorte, loin de la réduire; et il avait bien raison de répondre à sa femme, qui lui demandait s’il n’avait pas honte de transmettre à ses fils la royauté moins puissante qu’il ne l’avait reçue de ses ancêtres: « Non, » sans doute; car je la leur laisse beaucoup plus durable. »

2. Quant aux tyrannies, elles se maintiennent de deux manières absolument opposées. La première est bien connue, et elle est mise en usage par presque tous les tyrans. C’est à Périandre de Corinthe qu’on fait honneur de toutes ces maximes politiques dont la monarchie des Perses peut offrir aussi bon nombre d’exemples. Déjà nous avons indiqué quelques-uns des moyens que la tyrannie emploie pour conserver sa puissance, autant que cela est possible. Réprimer toute supériorité qui s’élève; se défaire des gens de cœur; défendre les repas communs et les associations; interdire l’instruction et tout ce qui tient aux lumières, c’est-à-dire, prévenir tout ce qui donne ordinairement courage et confiance en soi; empêcher les loisirs et toutes les réunions où l’on pourrait trouver des amusements communs; tout faire pour que les sujets restent inconnus les uns aux autres, parce que les relations amènent une mutuelle confiance.

3 De plus, bien connaître les moindres déplacements des citoyens, et les forcer en quelque façon à ne jamais franchir les portes de la cité, pour toujours être au courant de ce qu’ils font, et les accoutumer par ce continuel esclavage à la bassesse et à la timidité d’âme: tels sont les moyens mis en usage chez les Perses et chez les barbares, moyens tyranniques qui tendent tous au même but. En voici d’autres: savoir tout ce qui se dit, tout ce qui se fait parmi les sujets; avoir des espions pareils à ces femmes appelées à Syracuse les délatrices; envoyer, comme Hiéron, des gens pour tout écouter dans les sociétés, dans les réunions, parce qu’on est moins franc quand on redoute l’espionnage, et que si l’on parle, tout se sait;

4 semer la discorde et la calomnie parmi les citoyens; mettre aux prises les amis entre eux; irriter le peuple contre les hautes classes, qu’on désunit entre elles. Un autre principe de la tyrannie est d’appauvrir les sujets, pour que, d’une part, sa garde ne lui coûte rien à entretenir, et que, de l’autre, occupés à gagner leur vie de chaque jour, les sujets ne trouvent pas le temps de conspirer. C’est dans cette vue qu’ont été élevés les pyramides d’Egypte, les monuments sacrés des Cypsélides, le temple de Jupiter Olympien par les Pisistratides, et les grands ouvrages de Polycrate à Samos, travaux qui n’ont qu’un seul et même objet, l’occupation constante et l’appauvrissement du peuple.

5. On peut voir un moyen analogue dans un système d’impôts établis comme ils l’étaient à Syracuse: en cinq ans, Denys absorbait par l’impôt la valeur de toutes les propriétés. Le tyran fait aussi la guerre pour occuper l’activité de ses sujets, et leur imposer le besoin perpétuel d’un chef militaire. Si la royauté se conserve en s’appuyant sur des dévouements, la tyrannie ne se maintient que par une perpétuelle défiance de ses amis, parce qu’elle sait bien que, si tous les sujets veulent renverser le tyran, ses amis surtout sont en position de le faire.

6. Les vices que présente la démocratie extrême se retrouvent dans la tyrannie: licence accordée aux femmes dans l’intérieur des familles pour qu’elles trahissent leur maris; licence aux esclaves, pour qu’ils dénoncent aussi leurs maîtres; car le tyran n’a rien à redouter des esclaves et des femmes; et les esclaves, pourvu qu’on les laisse vivre à leur gré, sont très partisans de la tyrannie et de la démagogie. Le peuple aussi parfois fait le monarque; et voilà pourquoi le flatteur est en haute estime auprès de la foule comme auprès du tyran. Près du peuple, on trouve le démagogue, qui est pour lui un véritable flatteur; près du despote, on trouve ses vils courtisans, ‘qui ne font qu’œuvre de flatterie perpétuelle. Aussi la tyrannie n’aime-t-elle que les méchants, précisément parce qu’elle aime la flatterie, et qu’il n’est point de cœur libre qui s’y abaisse. L’homme de bien sait aimer, mais il ne flatte pas. De plus, les méchants sont d’un utile emploi dans des projets pervers: « Un clou chasse l’autre », dit le proverbe.

7. Le propre du tyran est de repousser tout ce qui porte une âme fière et libre; car il se croit seul capable de posséder ces hautes qualités; et l’éclat dont brilleraient auprès de lui la magnanimité et l’indépendance d’un autre, anéantirait cette supériorité de maître que la tyrannie revendique pour elle seule. Le tyran hait donc ces nobles natures, comme attentatoires à sa puissance. C’est encore l’usage du tyran d’inviter à sa table et d’admettre dans son intimité des étrangers plutôt que des nationaux; ceux-ci sont pour lui des ennemis; ceux-là n’ont aucun motif d’agir contre son autorité. Toutes ces manœuvres et tant d’autres du même genre, que la tyrannie emploie pour se maintenir, sont d’une profonde perversité.

8. En les résumant, on peut les classer sous trois chefs principaux, qui sont le but permanent de la tyrannie: d’abord, l’abaissement moral des sujets; car des âmes avilies ne pensent jamais à conspirer; en second lieu, la défiance des citoyens les uns à l’égard des autres; car la tyrannie ne peut être renversée qu’autant que des citoyens ont assez d’union pour se concerter. Aussi, le tyran poursuit-il les hommes de bien comme les ennemis directs de sa puissance, non pas seulement parce que ces hommes-là repoussent tout despotisme comme dégradant, mais encore parce qu’ils ont foi en eux-mêmes et obtiennent la confiance des autres, et qu’ils sont incapables de se trahir entre eux ou de trahir qui que ce soit. Enfin, le troisième objet que poursuit la tyrannie, c’est l’affaiblissement et l’appauvrissement des sujets; car on n’entreprend guères une chose impossible, ni par conséquent de détruire la tyrannie quand on n’a pas les moyens de la renverser.

9. Ainsi, toutes les préoccupations du tyran peuvent se diviser en trois classes que nous venons d’indiquer, et l’on peut dire que toutes ses ressources de salut se groupent autour de ces trois bases: la défiance des citoyens entre eux, leur affaiblissement et leur dégradation morale. Telle est donc la première méthode de conservation pour les tyrannies.

10. Quant à la seconde, elle s’attache à des soins radicalement opposés à tous ceux que nous venons d’indiquer. On peut la tirer de ce que nous avons dit des causes qui ruinent les royautés; car de même que la royauté compromet son autorité en voulant la rendre plus despotique, de même la tyrannie assure la sienne en la rendant plus royale. Il n’est ici qu’un point essentiel qu’elle ne doit jamais oublier: qu’elle ait toujours la force nécessaire pour gouverner, non pas seulement avec l’assentiment général, mais aussi malgré la volonté générale; renoncer à ce point, ce serait renoncer à la tyrannie même. Mais cette base une fois assurée, le tyran peut pour tout le reste se conduire comme un véritable roi, ou du moins en prendre adroitement toutes les apparences.

11. D’abord, il paraîtra s’occuper avec sollicitude des intérêts publics, et il ne se montrera point follement dissipateur de ces riches offrandes que le peuple a tant de peine à lui faire, et que le maître tire des fatigues et de la sueur de ses sujets, pour les prodiguer à des courtisanes, à des étrangers, à des artistes cupides. Le tyran rendra compte des recettes et des dépenses de l’État, chose que du reste plus d’un tyran a faite; car il a par-là cet avantage de paraître un administrateur plutôt qu’un despote; il n’a point à redouter d’ailleurs de ne jamais manquer de fonds tant qu’il reste maître absolu du gouvernement.

12. S’il vient à voyager loin de sa résidence, il vaut mieux avoir ainsi placé son argent plutôt que de laisser derrière soi des trésors accumulés; car alors ceux à la garde de qui il se confie sont moins tentés par ses richesses. Lorsque le tyran se déplace, il redoute ceux qui le gardent plus que les autres citoyens: ceux-là le suivent dans sa route, tandis que ceux-ci restent dans la ville. D’un autre côté, en levant des impôts, des redevances, il faut qu’il semble n’agir que dans l’intérêt de l’administration publique, et seulement pour préparer des ressources en cas de guerre; en un mot, il doit paraître le gardien et le trésorier de la fortune générale et non de sa fortune personnelle.

13. Il ne faut pas que le tyran se montre d’un difficile accès; toutefois son abord doit être grave, pour inspirer non la crainte, mais le respect. La chose est du reste fort délicate; car le tyran est toujours bien près d’être méprisé; mais, pour provoquer le respect, il doit, même en faisant peu de cas des autres talents, tenir beaucoup au talent politique, et se faire à cet égard une réputation inattaquable. De plus, qu’il se garde bien lui-même, qu’il empêche soigneusement tous ceux qui l’entourent d’insulter jamais la jeunesse de l’un ou l’autre sexe. Que les femmes dont il dispose montrent la même réserve avec les autres femmes; car les querelles féminines ont perdu plus d’une tyrannie.

14. S’il aime le plaisir, qu’il ne s’y livre jamais comme le font certains tyrans de notre époque, qui, non contents de se plonger dans les jouissances dès le soleil levé et pendant plusieurs jour de suite, veulent encore étaler leur licence sous les yeux de tous les citoyens, auxquels ils prétendent faire admirer ainsi leur bonheur et leur félicité. C’est en ceci surtout que le tyran doit user de modération; et s’il ne le peut, qu’il sache au moins se dérober aux regards de la foule. L’homme qu’on surprend sans peine et qu’on méprise, ce n’est point l’homme tempérant et sobre, c’est l’homme ivre; ce n’est point celui qui veille, c’est celui qui dort.

15. Le tyran prendra le contre-pied de toutes ces vieilles maximes qu’on dit à l’usage de la tyrannie. Il faut qu’il embellisse la ville, comme s’il en était l’administrateur et non le maître. Surtout qu’il affiche avec le plus grand soin une piété exemplaire. On ne redoute pas autant l’injustice de la part d’un homme qu’on croit religieusement livré à tous ses devoirs envers les dieux; et l’on ose moins conspirer contre lui, parce qu’on lui suppose le ciel même pour allié. Il faut toutefois que le tyran se garde de pousser les apparences jusqu’à une ridicule superstition. Quand un citoyen se distingue par quelque belle action, il faut le combler de tant d’honneurs qu’il ne pense pas pouvoir en obtenir davantage d’un peuple indépendant. Le tyran répartira en personne les récompenses de ce genre, et laissera aux magistrats inférieurs et aux tribunaux le soin des châtiments.

16. Tout gouvernement monarchique, quel qu’il soit, doit se garder d’accroître outre mesure la puissance d’un individu; ou, si la chose est inévitable, il faut alors prodiguer les mêmes dignités à plusieurs autres; c’est le moyen de les maintenir mutuellement. S’il faut nécessairement créer une de ces brillantes fortunes, que le tyran ne s’adresse pas du moins à un homme audacieux; car un cœur rempli d’audace est toujours prêt à tout entreprendre; et s’il faut renverser quelque haute influence, qu’il y procède par degrés, et qu’il ait soin de ne point détruire d’un seul coup les fondements sur lesquels elle repose.

17. Que le tyran, en ne se permettant jamais d’outrage d’aucun genre, en évite deux surtout: c’est de porter la main sur qui que ce soit, et d’insulter la jeunesse. Cette circonspection est particulièrement nécessaire à l’égard des cœurs nobles et fiers. Les âmes cupides souffrent impatiemment qu’on les froisse dans leurs intérêts d’argent; mais les âmes fières et honnêtes souffrent ‘bien davantage d’une atteinte portée à leur honneur. De deux choses l’une: ou il faut’ renoncer à toute vengeance contre des hommes de ce caractère, ou bien les punitions qu’on leur inflige doivent sembler toutes paternelles, et non le résultat du mépris. Si le tyran a quelques relations avec la jeunesse, il faut qu’il paraisse ne céder qu’à sa passion, et non point abuser de son pouvoir. En général, dès qu’il peut y avoir apparence de déshonneur, il faut que la réparation l’emporte de beaucoup sur l’offense.

18. Parmi les ennemis qui en veulent à la personne même du tyran, ceux-là sont les plus dangereux et les plus à surveiller, qui ne tiennent point à leur vie pourvu qu’ils aient la sienne. Aussi faut-il se garder avec la plus grande attention des hommes qui se croient insultés dans leur personne ou dans celle de gens qui leur sont chers. Quand on conspire par ressentiment, on ne s’épargne pas soi-même, et ainsi que le dit Héraclite: « Le ressentiment est bien difficile à combattre, car il met sa vie à l’enjeu ».

19. Comme l’État se compose toujours de deux partis bien distincts, les pauvres et les riches, il faut persuader aux uns et aux autres qu’ils ne trouveront de garantie que dans le pouvoir, et prévenir entre eux toute injustice mutuelle. Mais entre ces deux partis, le plus fort est toujours celui qu’il faut prendre pour instrument du pouvoir, afin que, dans un cas extrême, le tyran ne soit pas forcé ou de donner la liberté aux esclaves, ou d’enlever les armes aux citoyens. Ce parti suffit toujours à lui seul pour défendre l’autorité, dont il est l’appui, et pour lui assurer le triomphe contre ceux qui l’attaquent.

20. Du reste, nous croyons qu’il serait inutile d’entrer dans de plus longs détails. L’objet essentiel est ici bien évident. Il faut que le tyran paraisse à ses sujets, non point un despote, mais un administrateur, un roi; non point un homme qui fait ses propres affaires, mais un homme qui administre celles des autres. Il faut que dans toute sa conduite, il recherche la modération et non pas les excès. Il faut qu’il admette dans sa société les citoyens distingués, et qu’il s’attire par ses manières l’affection de la foule. Par là, il sera infailliblement sûr, non seulement de rendre son autorité plus belle et plus aimable, parce que ses sujets seront meilleurs, et non point avilis, et qu’il n’excitera ni haine, ni crainte; mais encore il rendra son autorité plus durable. En un mot, il faut qu’il se montre complètement vertueux ou du moins vertueux à demi, et qu’il ne se montre jamais vicieux, ou du moins jamais autant qu’on peut l’être.

21. Et cependant, malgré toutes ces précautions, les moins stables des gouvernements sont l’oligarchie et la tyrannie. La plus longue tyrannie a été celle d’Orthagoras et de ses descendants, à Sicyone; elle a duré cent ans; c’est qu’ils surent habilement ménager leurs sujets et se soumettre eux-mêmes en bien des choses au joug de la loi. Clisthène évita le mépris par sa capacité militaire, et il mit sans cesse tous ses soins à se concilier l’amour du peuple. Il alla même, dit-on, jusqu’à couronner de ses mains le juge qui avait prononcé contre lui en faveur de son antagoniste; et si l’on en croit la tradition, la statue assise qui est dans la place publique est celle de ce juge indépendant. Pisistrate, dit-on aussi, se laissa citer en justice devant l’Aréopage.

22. La plus longue tyrannie est en second lieu celle des Cypsélides, à Corinthe. Elle dura soixante-treize ans et six mois. Cypsèle régna personnellement trente ans, et Periandre quarante-quatre; Psammétichus, fils de Gordius, régna trois ans. Ce sont les mêmes causes qui maintinrent si longtemps la tyrannie de Cypsèle; car il était démagogue aussi; et, durant tout son règne, il ne voulut jamais avoir de satellites. Périandre était un despote, mais un grand général.

23. Il faut mettre en troisième lieu, après ces deux premières tyrannies, celle des Pisistratides, à Athènes; mais elle eut des intervalles. Pisistrate, durant sa puissance, fut forcé de prendre deux fois la fuite, et en trente-trois ans, il n’en régna réellement que dix-sept; ses enfants en régnèrent dix-huit: en tout trente-cinq ans. Viennent ensuite les tyrannies d’Hiéron et de Gélon à Syracuse. Cette dernière ne fut pas longue, et à elles deux, elles durèrent dix-huit années. Gélon mourut dans la huitième année de son règne; Hiéron régna dix ans; Thrasybule fut renversé au bout du onzième mois. A tout prendre, la plupart des tyrannies n’ont eu qu’une très courte existence.

24. Telles sont à peu près, pour les gouvernements républicains et pour les monarchies, toutes les causes de ruine qui les menacent; et tels sont les moyens de salut qui les maintiennent.

Aristote, Politique, intégrale en ligne

Pour aller plus loin:

Michel Crinetz: Complétons les théories monétaires : la domination

Les différentes étapes de l’évolution de l’Occident: Aristote, Descartes, Korzybski, Trois visions de l’homme et du monde     

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789

Michel Crinetz: Complétons les théories monétaires : la domination

Filed under: Actualité, Economie, Management, secret des affaires — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 11:33

complétons les théories monétaires

https://blogs.mediapart.fr/michel-crinetz/blog/030418/completons-les-theories-monetaires-la-domination

Michel Crinetz est ancien superviseur  financier.

Le blog de Michel Crinetz: 1 ,  ,  ,  , 6 .

 

11 mai 2018

L’île logique / N° 90 : le train du sommeil

Filed under: Actualité, art & culture, éducation, clowns, livres, Mathématiques, théatre — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 3:17

Bonjour,

après un hiver studieux, joyeux, pluvieux, mélodieux, gadouilleux, mélodieux, et encore pluvieux… que ma grand-mère,

L’île logique continue de promouvoir par le spectacle et les ateliers, le théâtre et clown de sciences fondamentales !

Aussi, n’hésitez pas à nous contacter pour quoi que ce soit !

De surcroît, L’île logique est heureuse de vous annoncer que :

– Nous proposons un nouveau spectacle, duo clownesque scientifique tout public : « Où ai-je ma tête ? » qui aborde les nouvelles découvertes sur le fonctionnement du cerveau, neurosciences et plasticité cérébrale au programme… sortie prévue vers l’été…

– Autre nouveauté : « Toi, émois« , interventions/spectacle clownesque pour les tous petits (3 mois à trois ans) : sons, mouvements, boules, cubes, noir et lumière, animaux, durées…

– L’île logique organise aussi un stage « théâtre et sciences » orienté clown et maths, pour les enseignants, les clowns, et les autres !! Les 8 et 9 Juillet 2018 en Bretagne (14h de stage) et il reste des places !

– Pour la rentrée prochaine ainsi qu’en début ou fin de semestre, nous proposons aux promos d’écoles d’ingénieur et aux universités, une création « intense » (24h sur 3 jours) d’un spectacle scientifique de et par les élèves. pour voir le programme autrement et souder la promo !

Plusieurs interventions prévues en 2018 :

– 24 mai : spectacle « Un océan de plastique » (Languidic, 56), sur la pollution des océans…

– 31 mai spectacle clownesque « Dé-pensons ! » (Lorient, 56), sur la pensée critique

– 4 juin à Strasbourg, ateliers théâtre et maths avec les étudiants de l’Université + spectacle clownesque « Galois Poincaré, mythes et maths »

– 4 juillet à Theix Noyalo (56), spectacle « Pilouface, quand les clowns tombent sur la tranche« , spectacle familial tout public.

– 8 et 9 juillet, stage théâtre et sciences, clown et maths, en Bretagne… il reste des places !

– 11 octobre, Toulouse, deux représentations du spectacle « Pilouface, quand les clowns tombent sur la tranche »

– 12 octobre, Dieppe, 2 représentations du spectacle « Un Océan de plastique« , sur la pollution des océans par le plastique, tout public (à confirmer)

– Du 20 au 23 octobre retrouvez L’île logique à Bordeaux au congrès de l’APMEP

– 23 octobre, Sanguinet, Spectacle « Pilouface, quand les clowns tombent sur la tranche » (à confirmer)

– 6 novembre, spectacle clownesque « Galois Poincaré mythes et maths » à Orléans.

– 10 novembre, Plescop (56), dernière création clownesque « Où ai-je ma tête ?« , sur les neurosciences.

Certains de ces spectacles ne sont pas ouverts au public, mais, à titre individuel, n’hésitez pas à me contacter si vous envisagez d’y venir !!

Enfin, à faire circuler sans modération :

– L’île logique co-organise la dixième édition du festival Clown hors Piste du 16 au 18 novembre prochain à Theix (56)

– Il nous reste encore des livres « A l’endroit de l’inversion« , petit essai en clownologie mathématique (préfacé par Cédric Villani et Bertil Sylvander)

– Il nous reste des disponibilités pour la semaine des maths 2019 et la semaine de la science 2018, mais qui se réduisent…

– Et puis, si vous connaissez des gens riches pour co-produire une série audiovisuelle burlesque mais rigoureuse sur les mathématiques n’hésitez pas…

N°90 : le train du sommeil

Il faut prendre le train du sommeil.

Le train du sommeil, quand il est passé c’est qu’on l’a raté, on doit attendre le suivant.

Le train du sommeil, si on l’a pris, alors on ne lit pas ceci maintenant.

On ne peut lire cela que sur un quai, même si on dit bâille bâille…

Le train du sommeil, tu sais que tu l’as pris seulement quand tu en descends.

Un train de sommeil ça passe parfois au loin, on l’entend vaguement mais on n’a plus le temps de rejoindre la gare…

Comme si il y avait des gares…

Peut-on changer de wagon dans les trains de sommeil ?

Pause pipi, ça c’est une gare,

on change de rêve,

on repart à zéro

heure vingt trois,

ou Quatre heures sept.

Tout objet abandonné sera détruit

votre précédent rêve sera anéanti

cycles de sommeil et nombre de tours de bielle,

Je déraille,

jeu des rails,

J’ai raté un train de sommeil, alors j’écris ceci,

j’erre dans une gare vide,

et toi tu lis, sur un quai forcément,

faut-il un ticket ?

Je cherche une voie,

Tiens un bonnet rouge pour me renseigner…

Où s’échoue-t-on ? Sur une grève, c’est là qu’on survit,

grève, gravats, graviers et sable,

grève, pavés parfois…

cailloux roulés,

gravité, masse grave.

Grève, bateau, zone d’échouage,

cailloux roulés,

on peut dire plage.

Bref grève, et âge des choux.

Plus de train de sommeil.

Y a-t-il un dernier train ?

Prendre un train de sommeil en marche ?

Parfois, dans le train de banlieue, le train du sommeil passe tôt, le matin pour aller au boulot

L’allumeur de réverbère ne respecte plus la consigne

je dors éveillé,

d’or, mire….

insomnie, un somme nie

somme ? Nan, bulles.

Train fantôme, et wagon lit,

défilé onirique du paysage éthéré qui passe en bon ordre fou par les fenêtres embuées du train du sommeil

vaches qui paissent et passent,

les trains regardent passer les vaches…

Marcher sur la grève ?

Les grèves sont des chaussures, on marche dessus et c’est grâce à elles qu’on avance.

Des plages ? Au quai !

Prenons le train et dormons sur le quai…

Bises,
Cédric.
Dans le train du sommeil il y a toujours de la place… Au lit !

Homage to Paul O’Donovan!

Filed under: Actualité, art & culture, beat, Galerie, Interzone, musique, peinture — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 11:42

Pete Briddon , Lizzie and Paul

Paul O’Donovan passed away on May 8th. We got in touch through the network Interzone, when he started to send me astonishing portraits of William Burroughs. He kept sending illustrations: the ones on Burroughs, Gysin, Interzone and the Beats are gathered in the first tome of The Time of the Naguals – Around Burroughs and Gysin and in the French Tome Le Temps des Naguals – Autour de Burroughs et Gysin .

Many others are in Interzone GalleriesPaul O’DONOVAN: 1 2 3 4  6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38  39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71

and in his Facebook page.

He realized the illustration of Interzone Editions: Modified corn dollys’ literary circle.

Paul O’Donovan: Modified corn dollys’ literary circle

Paul also was a singer and guitar player: you can listen to his  live album « The Happy Lands and Elsewhere » and record it.

Farewell, Paul !  See you in the Western Lands.

My deepest sympathy to his love, Elisabeth !

« When you read this I am alive.

I am here on this page. I am here. I am HERE! »

                                                                                                         Brion Gysin, Beat Museum – Bardo Hotel Chapter 2.

29 avril 2018

Vaidas Šadeika: Lithuanian translation of « The Cat Inside » by William Burroughs

Filed under: Actualité, art & culture, Interzone, livres, musique, musique — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 11:05

Williamas S. Burroughsas. Ugnės Žilytės piešinys

Vaidas Šadeika est un traducteur lituanien, également musicien, et professeur d’anglais. Sa traduction du livre de William Burroughs, « The Cat Inside« , vient d’être publiée par ‘Literatura ir menas’ (Littérature et art), sous le titre « Katé viduje », en ligne à http://literaturairmenas.lt/2018-01-19-nr-3647/4443-vertimai/6757-william-s-burroughs-kate-viduje .

Autres traductions de Vaidas Šadeika

Demaskavimas by Michael Crichton,

Šamaniškos Egipto misterijos by Nicki Scully

33 karo strategijos by Robert Greene (Goodreads Author), Ovidijus Stokys (Translator), Rasa Jurevičienė (Translator), Vaidas Šadeika (Translator)

 Sur YouTube

– Poezijos ir muzikos vakaras: Vaidas Šadeika : « The Smile » de William Blake: http://www.youtube.com/watch?v=esSKPyZtmUo– Poezijos ir muzikos vakaras: Vaidas Šadeika : Rilke
http://www.youtube.com/watch?v=QWcacWumGsM&feature=related
Poezijos ir muzikos vakaras: Vaidas Šadeika : Rimbaud
http://www.youtube.com/watch?v=JJ-3WMU1kh0 

English

Vaidas Šadeika is a Lithuanian translator, also musician and English teacher. His translation of William Burroughs’ book, « The Cat Inside« , is now published by ‘Literatura ir menas’ (Literature and art), with thetitle « Katé viduje », on line at http://literaturairmenas.lt/2018-01-19-nr-3647/4443-vertimai/6757-william-s-burroughs-kate-viduje .

Other translations by Vaidas Šadeika

Demaskavimas by Michael Crichton,

Šamaniškos Egipto misterijos by Nicki Scully

33 karo strategijos by Robert Greene (Goodreads Author), Ovidijus Stokys (Translator), Rasa Jurevičienė (Translator), Vaidas Šadeika (Translator)

On YouTube

Poezijos ir muzikos vakaras: Vaidas Šadeika
– Poezijos ir muzikos vakaras: Vaidas Šadeika : « The Smile » de William Blake: http://www.youtube.com/watch?v=esSKPyZtmUo– Poezijos ir muzikos vakaras: Vaidas Šadeika : Rilke
http://www.youtube.com/watch?v=QWcacWumGsM&feature=related
Poezijos ir muzikos vakaras: Vaidas Šadeika : Rimbaud
http://www.youtube.com/watch?v=JJ-3WMU1kh0 

La Grande Librairie: François Cheng: « De l’âme »

François Busnel reçoit Luc Ferry et Frédéric Lenoir. Ce dernier évoque son ouvrage «Philosopher et méditer avec les enfants». François Cheng, poète, romancier et essayiste, publie «De l’âme», chez Albin Michel. Le slameur Abd Al Malik rend hommage à l’écrivain qui a guidé ses pas dans «Camus, l’art de la révolte».

22 avril 2018

Paul-Eric Langevin: Œuvres de Paul Langevin sur Wikisource: similarités avec Korzybski

Paul Langevin

Publiée sur Wikisource par Paul-Eric Langevin, petit-fils de Paul Langevin: une documentation scientifique et en sciences humaines considérable: https://biblio.wiki/wiki/Paul_Langevin et  http://interdisciplinarite.blogspot.fr/search/label/Archives%20P.Langevin dans son site  Interdisciplinarités.

Paul Langevin et Alfred Korzybski écrivaient sur des sujets similaires, à partir des mêmes sources scientifiques : voir, entre autres :

I. Aubert: Suicides chez les forces de l’ordre : Suicides encore et toujours: une analyse structurelle

Par Isabelle AUBERT,

pour le Mag N° 18 de l’APNM GendXXI.

Sommaire

Suicides chez les forces de l’ordre : Suicides encore et toujours: une analyse structurelle. 1

Les causes ?. 1

Mon expérience et mon analyse. 2

Une similarité de structure entre les gestions des divers services publics. 3

Les réponses proposées. 3

Nécessité de réformes structurelles. 4

Des modèles économiques inconstitutionnels et scientifiquement discutables. 4

Une restructuration nécessaire, sur des bases fiables et crédibles. 5

Notes. 6

De nombreux media traitent cette semaine de la recrudescence des suicides dans la police et la gendarmerie.

Les causes ?

Au fil des gouvernements qui se succèdent, la réponse est la même : « Il est établi que les causes sont majoritairement d’ordre privé » (2013), sous-entendant que ces causes sont imputables aux individus, non à l’institution.

En fait, dans la réalité, vie professionnelle et vie privé ne sont pas des domaines d’activités séparés : ils sont reliés entre eux structurellement et interagissent l’une sur l’autre. Votre vie personnelle est-elle différente selon que vous avez un salaire correct, un emploi sûr, des conditions de travail épanouissantes, des relations de travail chaleureuses, des supérieurs hiérarchiques que vous respectez ou un emploi précaire, des conditions de travail qui font fi des besoins fondamentaux de notre organisme, vous imposent une charge de travail supérieure à vos capacités d’exécution, un temps de travail supérieurs aux capacités de récupération de votre organisme, un climat relationnel conflictuel, etc. ? Ces dernières engendrent une dégradation de l’état de santé psycho-somatique qui se répercutent sur la vie privée, empoisonnent le climat relationnel familial, et engendrent des divorces qui ne seraient jamais arrivés dans des conditions de travail humaines. Incriminer la vie privée pour expliquer les suicides revient à inverser les causes et les effets.

Une autre cause souvent évoquée est la fragilité des individus. Si nous prenons l’exemple des véhicules de service, que l’entretien n’est pas fait, que les conducteurs veulent les conduire en les poussant au-delà les vitesses inscrites au compteur, et qu’ils ne remplissent pas le réservoir d’essence, vous n’allez pas les conduire longtemps. Si vous exigez de l’assurance qu’elle vous rembourse votre véhicule hors d’usage, et que vous retournez contre le constructeur en imputant une fragilité originelle du véhicule, je doute qu’autant l’assurance que le constructeur vous donne raison. Il vous sera répondu que vous étiez responsable de l’entretien du véhicule, et que vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous. Ce raisonnement tombe sous le sens quand il s’agit de véhicules. En revanche, dans la gestion des ressources humaines, c’est apparemment au-delà des capacités d’entendement.

Mon expérience et mon analyse

Pour parler de ce que je connais, ce qui est plus sûr, dans ma sphère professionnelle d’infirmière de secteur psychiatrique, j’ai été diplômée en décembre 1978 après 3 ans d’études théoriques et pratiques (nous travaillions dans les services, en plus des effectifs infirmiers). A partir du début des années 80, le nombre de lits d’hospitalisation a été réduit, ainsi que les effectifs, il fallait « faire des économies », puis les écoles ont été fermées, notre diplôme supprimé, ainsi que les domaines de connaissance enseignés. Les objectifs soignants sont passés à la trappe, et notre fonction, ce pour quoi nous avions été formés et payés très correctement pour l’être avec l’argent public pendant 3 ans, a été remplacé par des objectifs financiers, basés sur des critères sans rapport avec notre fonction. Nous avons alors été privés du temps et des moyens dont nous disposions auparavant pour nous occuper des patients, le harcèlement professionnel est apparu, sans que le terme existe alors et bien avant que le phénomène soit reconnu et décrit à l’échelle du pays. En deux mots, nous avons été déprofessionnalisés[1] , notre diplôme a été dévalué, ceci sur le seul territoire français, notre statut dans le reste de l’Union Européenne demeurant celui d’infirmiers spécialisés correspondant à ce que nous étions réellement. Les professionnels psy, y compris les psychiatres, ont vécu le même phénomène[2].

Bilan humain consécutif à cette « nouvelle gestion publique » entre 1980 et 1991 : 15 morts, dont 7 par suicides, parmi les soignants dans les 2 services de psychiatrie du petit hôpital Nord Deux–Sèvres, sur une centaine d’infirmiers, alors qu’au cours des années précédentes, aucun décès n’avait eu lieu[3]. Parmi les patients, la liste est encore plus longue : la plupart de ceux que j’ai connus alors ont disparu.

Nous n’avions alors pas assez d’éléments de compréhension de ce qui se passait. Je savais seulement que le taux de mortalité et de morbidité excessif provenait de facteurs inconnus, mais réels. Après que nous avons tenté au cours des années 80, mes collègues et moi-même, à la demande de l’administration sous le ministère de Jack Ralite, d’améliorer le sort des patients, et y être parvenus dans une certaine mesure[4], les résultats thérapeutiques obtenus au bout de trois ans ont été considérés, sous le ministère suivant, comme « remettant en question toute l’institution ». Les réalisations ont été arrêtées. Nous avons été soumis à des conditions de travail invivables (2 infirmiers pour 20 lits, plus les patients venant en hôpital de jour). Considérant qu’il était impossible de travailler sérieusement dans de telles conditions, j’ai tiré ma révérence.

Si les effectifs et les moyens des soignants ont fondu, en revanche ceux de l’administration ont explosé, sans pour autant que celle-ci ait apparemment les moyens de faire correctement son travail, puisque les soignants, en plus d’assurer leur fonction, doivent en plus assurer une charge et un temps de travail administratifs !

Depuis les années 2000, les malades mentaux ont été criminalisés, présentés comme des délinquants potentiels, et orientés vers les prisons, dans lesquelles ils moisissent sans soins si ce n’est médicamenteux, et sans condamnation, potentiellement ad vitam aeternam. Effectivement, un prix de journée de 100 € en prison à la place de 800 € en hôpital, ça fait des économies, même si le bilan humain est catastrophique, et si les prisons sont engorgées par des gens qui n’ont rien à y faire, ce qui permet à certains d’en réclamer davantage.

Une similarité de structure entre les gestions des divers services publics

Nous voyons ici que le phénomène des suicides dans la police et la gendarmerie est similaire à celui qui a lieu dans d’autres secteurs comme la santé, qu’il n’est pas nouveau, qu’il est apparu dans le contexte de cette « nouvelle gestion publique ».

La gestion des ressources humaine instituée dans ce cadre est très différente de la gestion publique antérieure aux années 80, qui reposait sur les critères du service public : ces critères disparaissent également, remplacés par des critères financiers, ceux du secteur privé, depuis que le ministère de l’économie a confié depuis 2004 la gestion des services publics à des sociétés de services informatiques[5] privées.

Ainsi, cette gestion des ressources humaines ne dépend pas des ministères successifs, mais des sociétés avec lesquelles l’Etat a conclu des contrats, en fonction desquels elles s’engagent à fournir aux Etats partenaires des services donnés.

Il semble alors que nous nous trompions d’interlocuteurs: dans la mesure où l’argent de l’Etat sort de nos poches, c’est bien nous qui payons pour ces « services ». Etant rétribuées avec l’argent public, ces sociétés ont de ce fait, dans notre pays, que cela leur plaise ou non, des missions de service public, puisqu’étant leurs employeurs réels, nous sommes en droit de leur demander des comptes sur la nature et la qualité des services rendus au regard des sommes investies dans ces contrats, ainsi qu’aux fonctionnaires de l’Etat qui les ont signés, dans la mesure où ils sont non pas propriétaires de cet argent public, mais dépositaires, en tant que nos représentants.

Les réponses proposées

– « une évaluation des mesures mises en œuvre pour prévenir les suicides parmi les forces de l’ordre ».

– réunir « rapidement les représentants des policiers et gendarmes pour évoquer les dispositifs de prévention existants et les moyens d’en renforcer encore l’efficacité ».

Parmi les réponses proposées en haut lieu face à cette augmentation des suicides, il ne semble pas être question de s’attaquer aux causes, ni aux facteurs structurels : Qui va être chargé d’effectuer les audits sur les suicides dans la police et la gendarmerie ? Les mêmes sociétés de services informatiques qui nous infligent les politiques du chiffre. Qui va être chargé de la mise en œuvre des moyens de prévention préconisés ? La même administration qu’à l’heure actuelle, gérée par les mêmes gestionnaires. Qui paiera l’argent investi dans ces audits et ces « moyens de prévention », dans les conférences, les séminaires consacrés au sujet ? L’argent public = nous. Pour quels résultats ? Les mêmes causes engendrant les mêmes effets, des résultats similaires aux résultats actuels, à savoir négatifs pour le pays sur les plans financiers et humains.

Nécessité de réformes structurelles

J’en conclus qu’un changement à ce niveau requiert une prise de conscience des citoyens concernés par ces évolutions des règles du jeu économique: nous sommes dans une position comparable à celle de joueurs qui penseraient jouer à la bataille, avec d’autres joueurs qui joueraient implicitement au poker avec leur argent !

En conséquence, les réponses idéologiques, morales, politiques, etc., qui ont été tentées s’étant révélées jusqu’ici inaptes à influer positivement sur les résultats obtenus effectivement au niveau humain, il me semble que le problème mérite d’être posé par les citoyens eux-mêmes, en utilisant les moyens légaux dont ils disposent, à partir de bases de gestion en réalité très simples. Je ne parle pas ici d’idéologie, ni de morale, ni de politique, c’est une simple conversation d’affaire, le B.A. BA de la gestion d’entreprise: montant de l’argent public, montant des recettes, montant des dépenses, bénéfice ou déficit. Dans les dépenses, qui est payé pour remplir quels services et combien ? Les résultats des services rendus sont-ils conformes aux clauses des contrats signés ? Les jugeons-nous satisfaisants pour le pays et les citoyens ? Convient-il de reconduire ces contrats en l’état, ou de les redéfinir, ou d’y mettre un terme ?

Le postulat du partenariat public-privé qui repose sur la « socialisation des pertes et la privatisation des bénéfices »[6], et qui participe à l’augmentation de la dette publique, est-il compatible avec une gestion républicaine de l’argent public ? Notre pays peut-il s’affranchir de ses engagements envers la communauté européenne en soumettant ses citoyens à des normes et des critères d’évaluation inexistants dans le reste des pays européens, qui lui valent d’être condamné par des institutions européennes ? Peut-il faire payer aux citoyens, autrement dit, aux victimes effectives et potentielles de ses propres manquements, les factures de ses condamnations et en dédouaner financièrement les responsables réels ?

Des modèles économiques inconstitutionnels et scientifiquement discutables

Quand nous nous penchons sur les modèles appliqués dans la gestion des ressources humaines, nous voyons qu’ils sont d’origine américaine[7] issus de la gestion privée. Ces modèles reposent sur une vision de l’économie déconnectée de ses acteurs humains, comme si celle-ci était doté d’une existence propre, et fonctionnant sur des lois physiques aussi immuables que celles de la pesanteur, dans un système de pensée qui traite l’organisme humain dans une complète ignorance de son fonctionnement biologique, de ses besoins, de ses capacités et de ses limites, et les activités humaines, qui sont reliées entre elles structurellement, comme des catégories séparées et parfois opposées. Ces modèles de gestion américaine n’ont strictement rien à voir avec nos constitutions nationales ni européennes, se considérant comme indépendants de celles-ci et au-dessus d’elles[8]. Loin de constituer un « progrès », elles engendrent une structure de rapports économiques et sociaux basés sur la compétition, des relations de type domination-soumission, antérieure à notre modèle constitutionnel, et de ce fait, dépassée, et leur résultats se traduisent par une succession de crises économiques[9]. Structurellement, un modèle de relations basé sur la compétition et les rapports de force n’est pas compatible avec un modèle de relations basé sur les principes de liberté, d’égalité, et de fraternité, tout comme des relations sociales basées sur des rapports de force sont incompatibles avec l’Etat de droit.

Quant aux modélisations importées de même source[10], et qui sont enseignées aux DRH, l’observation de leur contenu laisse parfois pantois : on se retrouve devant un fatras de pseudo-sciences et d’impostures intellectuelles, face à des hordes de pseudo-formateurs, à des centres de formation enseignant diverses « méthodes de développement personnel » basées sur des visions des êtres humains et de la psyché humaine différentes et inconciliables entre elles, certaines bricolées de bric et de broc à partir de copiés collés d’extraits piochés dans des sites internet par des experts en « art de la manipulation », et reprenant parfois des méthodes de lobbying dignes de prédicateurs américains. Navrant ! Affligeant !

Très franchement, pouvons-nous sérieusement continuer à confier la gestion de notre administration à des gens si peu crédibles ?

Une restructuration nécessaire, sur des bases fiables et crédibles

Dans le contexte de la volonté actuelle de l’Union Européenne de se réapproprier le secteur de sa défense, ne serait-il pas judicieux de nous réapproprier également celui de la gestion de nos propres ressources humaines, sur la base de modèles correspondant à notre état d’évolution scientifique actuel, et similaires à la structure de notre constitution nationale, au modèle républicain réel, qui est lui-même similaire dans l’esprit à celui de la Constitution européenne, de l’ONU et de l’UNESCO dont la France vient de prendre la présidence ? Or notre pays dispose, au niveau scientifique, de domaines de connaissances propres inexploités, car jusqu’ici exclus par les économistes autorisés. Ils sont susceptibles d’apporter des solutions permettant de concilier à la fois les missions de services publics et les intérêts publics et privés. Il ne tient qu’aux dirigeants actuels de s’en saisir, de les utiliser et de les enseigner dans un cadre public, structurellement conforme à l’enseignement républicain.

Il n’est pas du tout question ici d’enfreindre des devoirs de réserve spécifiques à tel ou tel ministère, avec lesquels ces questions n’ont rien à voir, ni d’utiliser de moyens de pression de quelque ordre que ce soit (manifestations, grèves, etc.,) ni de prétendre juger ou condamner qui que ce soit à l’avance, ni d’exiger le départ de quiconque, simplement de poser les problèmes correctement, afin d’y voir plus clair, et de pouvoir les résoudre sur la base de l’Etat de droit, non plus dans un contexte conflictuel, mais entre gens sensés et de bonne compagnie.

Je pense que cela nécessite de voir les choses avec du recul, à l’échelle de l’évolution de notre pays. Les impasses auxquelles sont conduites nos sociétés ont une utilité : elles nous permettent d’explorer collectivement des directions, et, une fois que nous sommes confrontés aux impasses, de pouvoir comprendre l’origine des erreurs et d’explorer de nouvelles voies, qui n’étaient pas disponibles auparavant. Mais cela demande du temps, et intégrer, pour les économistes actuels, les bases de notre évolution scientifiques, est comparable à une révolution copernicienne. Nous devons cesser de voir notre monde actuel sous l’angle d’Aristote, la vision antique du monde et les critères d’évaluation de l’Ecole scolastique[11] (XIème siècle) étant inopérants pour appréhender et à résoudre les problèmes du XXIème siècle.

« Ce n’est pas l' »esprit » humain et ses « limites » qui sont à blâmer, mais un langage primitif, et sa structure étrangère à ce monde, qui ont provoqué de tels désordres dans nos doctrines et nos institutions. » Alfred Korzybski, Science and Sanity[12].

[1] Voir Les enjeux de la déprofessionnalisation , Lise Demailly et Patrice de la Broise.

[2] Voir La réforme de l’hôpital public, un management sans ménagement, et Réformer l’hôpital comme une entreprise. Les errements de trente ans de politique hospitalière (1983-2013), de Jean-Paul Domin.

[3] Voir Enquête sur les facteurs de mortalité et de morbidité en milieu hospitalier (1) et Enquête sur les facteurs de mortalité et de morbidité.. comment en sortir (2006): (2)

[4] Voir les N° 1 à 7 du magazine Objectifs (1984-1987), réalisé par des patients et des soignants, qui contient des comptes-rendus du travail réalisé. (Intégrale des numéros d’Objectifs disponible en pdf).

[5] Voir Wikipedia, Entreprise de services informatiques.

[6] INVESTOPEDIA « DEFINITION of ‘Privatizing Profits And Socializing Losses ‘: A phrase describing how businesses and individuals can successfully benefit from any and all profits related to their line of business, but avoid losses by having those losses paid for by society. Privatizing profits and socializing losses suggests that when large losses occur for speculators or businesses, they are able to successfully lobby government for aide rather than face the consequences of said losses. »

Traduction: « Définition de ‘Privatisation des pertes et socialisation des profits’: Une phrase décrivant comment les entreprises et les individus peuvent tirer bénéfice de tout profit lié à leur secteur d’activité, mais éviter les pertes en.les faisant payer par la société. Privatiser les profits et socialiser les pertes suggère que quand des spéculateurs ou des entreprises subissent de grosses pertes, ils sont en mesure de réussir à faire pression sur le gouvernement pour obtenir une aide plutôt que de faire face aux conséquences des dites pertes. »

[7] Voir La gouvernance hospitalière à la croisée des chemins, Jean-Pierre Claveranne, Christophe Pascal, David Piovesan.

[8] Voir OCDE, La Faisabilité politique de l’ajustement par Christian Morrisson, une stratégie mondiale de déstabilisation des constitutions nationales.

[9] Idem. Lire les principaux extraits.

[10] Voir Assemblée Nationale, Documents parlementaires: Rapport fait au nom de la Commission d’enquête sur la situation financière, patrimoniale et fiscale des sectes, ainsi que sur leurs activités économiques et leurs relations avec les milieux économiques et financiers , Assemblée nationale Président : Jacques Guyard ; rapporteur : Jean-Pierre Brard, 1999, N° 1687 et Rapport fait au nom de la Commission d’enquête sur les sectes, Assemblée nationale, 1995 , Président : Alain Gest ; rapporteur : Jacques Guyard, N° 1687.

[11] « Scolastique: Enseignement philosophique et théologique dispensée dans l’Université du XIe au XVIIe siècle (apogée au XIIIe s.) et dont le propos était de concilier la foi chérifienne et la raison. (Marquée par l’influence prépondérante de l’aristotélisme, la scolastique a été principalement illustrée par saint Albert le Grand, saint Thomas d’Aquin, saint Bonaventure, Duns Scott et Guillaume d’Occam.) » Larousse.

[12] Version originale intégrale: Science and Sanity . Extraits en français.

20 avril 2018

Education: Plan Langevin-Wallon: 71 ans

Filed under: Actualité, éducation, Enseignement, patrimoine — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 4:47

Le plan Langevin-Wallon est le nom donné au projet global de réforme de l’enseignement et du système éducatif français élaboré à la Libération conformément au programme de gouvernement du Conseil national de la Résistance (CNR) en date du 15 mars 1944. (Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_Langevin-Wallon

Elaboré à la Libération (1945-1946) par une commission ministérielle présidée par Paul Langevin, physicien, puis, après la mort de ce dernier, par Henri Wallon, psychologue, élabore un plan qui avait pour but la démocratisation de l’école et l’égalité des chances. Il n’a jamais été appliqué mais il reste un des textes de référence en matière d’éducation.

Texte du plan Langevin-Wallon: http://www.vie-publique.fr/documents-vp/projet_langevin.shtml  https://escales.enfa.fr/wp-content/uploads/sites/7/2009/03/Plan-Langevin-Wallon.pdf

En savoir plus:

Paul Langevin (1872-1946) & Henri Wallon (1879-1962) (Wikipédia)

1947, le plan Langevin-Wallon pour une école de justice et d’émancipation

Interdisciplinarités: Le blog de Paul-Eric Langevin, petit fils de Paul Langevin: Archives sur Paul Langevin

18 avril 2018

Jean-Louis Baudron: Cut-ups et collages: Dos tourné vers l’Infini & La chambre de l’Autodidacte

Le dos tourné vers l’Infini – Collage Jean-Louis Baudron

 

La Chambre de l’Autodidacte – Collage Jean-Louis Baudron

Jean-Louis Baudron: Cut-ups et collages: https://www.facebook.com/jeanlouis.baudron

16 avril 2018

Interzone Editions: L’Illustration 1925

Filed under: Actualité, art & culture, galerie, Histoire, Interzone, journalisme, patrimoine, peinture — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 12:31

Quelques tableaux tirés de l’Illustration 1925, pdf en ligne

 http://www.interzoneeditions.net/Illustration1925.pdf

Sous la tonnelle, par Cyprien BOULET

Older Posts »

Commencez votre blog avec WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :