Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

19 février 2018

Jean-Louis Baudron: Cut-ups & Collages: Sur ma route…

Filed under: Actualité, collages, galerie — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:30

Les aléas de la route

Faire la route encore une fois II

Jean-Louis Baudron: Cut-ups & Collages Cut-ups et collages: https://www.facebook.com/jeanlouis.baudron

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L’île logique / n°8 : regarder par dessus ses lunettes

Filed under: Actualité, théatre, clowns, art & culture — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:04

Bonjour,

Bon, ça ne se fait pas, on ne souhaite pas la bonne année fin février, pour un peu on finirait même en avance pour l’année suivante…

Mais c’était le nouvel an Chinois vendredi soir…

Alors vu qu’en fait il n’y a pas de point de référence, je vous souhaite à tous un joyeux tour autour du Soleil !

De surcroît, L’île logique est heureuse de vous annoncer que :

– Nous proposons un nouveau spectacle, duo clownesque scientifique tout public : « Où ai-je ma tête ? » qui aborde les nouvelles découvertes sur le fonctionnement du cerveau, neurosciences et plasticité cérébrale au programme…

– Autre nouveauté : « Toi, émois« , interventions/spectacle clownesque pour les tous petits (3 mois à trois ans) : sons, mouvements, boules, cubes, noir et lumière, animaux, durées…

– L’île logique organise aussi un stage « théâtre et sciences » orienté clown et maths, pour les enseignants, les clowns, et les autres !! Les 8 et 9 Juillet 2018 en Bretagne (14h de stage).

– Pour la rentrée prochaine ainsi qu’en début ou fin de semestre, nous proposons aux promos d’écoles d’ingénieur et aux universités, une création « intense » (24h sur 3 jours) d’un spectacle scientifique de et par les élèves. pour voir le programme autrement et souder le groupe !

Plusieurs interventions prévues en 2018 :

– 8 et 9 mars, près de Chambéry, ateliers théâtre et sciences et créations de saynètes avec des enseignants Européens (Erasmus), une classe de 6e, spectacle Pilouface en clôture.

– 19 mars : spectacle Pilouface à Vannes

– 5 et 6 avril, deux représentations de L’Affaire 3.14 près de Paris.

– 9 et 10 avril, ateliers théâtre et maths avec les sixièmes du collège de Plescop.

– 13 avril (à confirmer), 16 avril et 24 mai : spectacle « Un océan de plastique » (Quiberon, Lanester et Languidic), sur la pollution des océans…

– 31 mai spectacle clownesque « Dé-pensons ! » sur la pensée critique

– 8 et 9 juillet, stage théâtre et sciences, clown et maths, en Bretagne…

– Du 20 au 23 octobre retrouvez L’île logique au congrès de l’APMEP

– 6 novembre, spectacle clownesque « Galois Poincaré mythes et maths » à Orléans.

Certains de ces spectacles ne sont pas ouverts au public, mais, à titre individuel, n’hésitez pas à me contacter si vous envisagez d’y venir !!

Enfin, à faire circuler sans modération :

– L’île logique co-organise la dixième édition du festival Clown hors Piste du 16 au 18 novembre prochain à Theix (56)

– Il nous reste encore des livres « A l’endroit de l’inversion« , petit essai en clownologie mathématique (préfacé par Cédric Villani et Bertil Sylvander)

– Il nous reste des disponibilités pour la semaine des maths et la semaine de la science…

– Et puis, si vous connaissez des gens riches pour co-produire une série audiovisuelle burlesque mais rigoureuse sur les mathématiques n’hésitez pas…

N°8 : regarder par dessus ses lunettes…

Regarder par dessus ses lunettes c’est concéder quelque chose,

un brin désinvolte on octroie la trêve,

Je vous écoute mais je ne quitte pas mon ouvrage,

comme une générosité égoïste, tendre la main le poing fermé,

une concession à reculons, on donne en retenant,

oui mais non.

Regarder par dessus ses lunettes,

condescendance de vieux.

Vieux de l’ignorance,

prétention de savoir,

On voit sans voir,

Sans avoir,

sans ça voir

On fait à la fois les deux

on a quatre yeux,

Prétentieux…

prétend, cieux,

Dieux…

Pourtant c’est mignon, ce petit regard chargé, embrumé de pensées profondes, qui jaillit naïvement pour s’offrir

comme celui d’un bébé par dessus les barreaux de son parc.

On se livre aussi, mais seulement pour un instant, quand on regarde par dessus ses lunettes…

mais quand on regarde trop par dessus ses lunettes, ça bouche le nez !

et un nuage, c’est de l’eau qui vole…

Merci à chacun,

Bises et tendres salutations scientifiquement clownesques…

Cédric www.ilelogique.fr

François Darnaudet: Le Papyrus de Venise

Filed under: Actualité, livres, art & culture, polar, Interzone — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:30

LE PAPYRUS DE VENISE Format Kindle

Voici ma meilleur vente en numérique : environ 2 200 ventes sur Amazon à comparer avec les 1000 exemplaires de la version papier chez Nestiveqnen. C’est le livre qui a été le plus encensé et le plus conchié de mon oeuvrette. Mais j’ai adoré l’écrire, je m’en fous. Il y avait Venise, l’Atlantide, Lautréamont, Custer, un Minotaure etc. La moyenne de 3 étoiles est obtenue grâce à un grand nombre de 1 et de 5. Bref, c’est le seul de mes romans à avoir déclenché ces réactions aussi opposées. Mais 3200 ventes (2200 + 1000) à l’arrivée. Pour un roman fantastique et aussi disjoncté…
#Amazon

Quel lien mystérieux unit les chasseurs de dinosaures du dix-neuvième siècle, la mort du poète Lautréamont en plein siège de Paris, le massacre du lieutenant-colonel Custer près de Little Bighorn, la Dame d’Elche, l’effondrement du Campanile de Venise, le disque de Phaïstos, le philosophe Platon et Venise, l’immortelle Venise ?
« L’Atlantide ! » répond un curieux personnage vivant sur l’île de Burano et qui dit s’être appelé Jacques Bergier dans une précédente vie.
La réédition en numérique du célèbre « Le papyrus de Venise ».

Le papyrus de Venise Broché – 16 novembre 2006

Et la version papier… J’aime les deux illustrations. Celle du numérique par Elric Dufau est charmante et reposante. Celle de Pierre Massine en papier est plus tourmentée. Venise, ma chère Venise dans les deux couves.
#Amazon 

François Darnaudet https://www.facebook.com/francois.darnaudet

17 février 2018

Galerie Ecritures: exposition Jean Estaque

Filed under: Actualité, art & culture, exposition, galerie — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:24

Jean ESTAQUE

A l’occasion du 100ème anniversaire de la mort d’Octave MIRBEAU, Jean ESTAQUE lui rend hommage en mettant en correspondance des textes, des illustrations de journaux d’époque, des œuvres des artistes soutenu par l’auteur et des travaux de Jean ESTAQUE mettant en valeur des textes significatifs de l’auteur.

Exposition du 17 février au 21 mai 2018

Vernissage le 17 février à partir de 10 h 30

Galerie ECRITURES

1, rue Pierre Petit 03100 MONTLUCON

de 15 h à 18 h du mardi au samedi et sur RDV

Hommage à

OCTAVE MIRBEAU

Octave Mirbeau, né le 16 février 1848 à Trévières (Calvados) et mort le 16 février 1917 à Paris, est un écrivain, critique d’art et journaliste français. Il connut une célébrité européenne et de grands succès populaires, tout en étant également apprécié et reconnu par les avant-gardes littéraires et artistiques, ce qui n’est pas commun.

Journaliste influent et fort bien rémunéré, critique d’art défenseur des avant-gardes, pamphlétaire redouté, Octave Mirbeau est aussi un romancier novateur, qui a contribué à l’évolution du genre romanesque, et un dramaturge, à la fois classique et moderne, qui a triomphé sur toutes les grandes scènes du monde. Mais, après sa mort, il traverse pendant un demi-siècle une période de purgatoire : il est visiblement trop dérangeant pour la classe dirigeante, tant sur le plan littéraire et esthétique que sur le plan politique et social.

Littérairement incorrect, il est inclassable, il fait fi des étiquettes, des théories et des écoles, et il étend à tous les genres littéraires sa contestation radicale des institutions culturelles ; également politiquement incorrect, farouchement individualiste et libertaire, il incarne une figure d’intellectuel critique, potentiellement subversif et « irrécupérable », selon l’expression de Jean-Paul Sartre dans Les Mains sales.

Parallèlement, en tant que critique d’art influent et doté d’une espèce de prescience, il pourfend l’art académique des Édouard Detaille, Jean-Louis-Ernest Meissonier, Alexandre Cabanel et William Bouguereau, il tourne en ridicule le système des Salons, ces « bazars à treize sous », ces « grandes foires aux médiocrités grouillantes et décorées », et il bataille pour les grands artistes novateurs, longtemps moqués et méconnus, parce que les sociétés, selon lui, ne sauraient tolérer le génie : « Tout l’effort des collectivités tend à faire disparaître de l’humanité l’homme de génie, parce qu’elles ne permettent pas qu’un homme puisse dépasser de la tête un autre homme, et qu’elles ont décidé que toute supériorité, dans n’importe quel ordre, est, sinon un crime, du moins une monstruosité, quelque chose d’absolument anti-social, un ferment d’anarchie. Honte et mort à celui dont la taille est trop haute ! »

Mirbeau se fait donc le chantre attitré d’Auguste Rodin, de Claude Monet et de Camille Pissarro ; il est l’admirateur de Paul Cézanne, d’Edgar Degas et d’Auguste Renoir, le défenseur d’Eugène Carrière, de Paul Gauguin — qui, grâce à ses articles élogieux, en février 1891, peut payer son voyage à Tahiti —, de Félix Vallotton, d’Édouard Vuillard et de Pierre Bonnard, le découvreur de Maxime Maufra, de Constantin Meunier, de Vincent van Gogh, de Camille Claudel, dont il proclame à trois reprises le « génie », d’Aristide Maillol et de Maurice Utrillo. Ses articles sur l’art ont été recueillis dans les deux gros volumes de ses Combats esthétiques, parus à la Librairie Séguier en 1993.

Ardent défenseur et collectionneur de l’art de son temps

« […] comme il sut choisir toujours les pièces les plus franches, les plus aiguës, les plus révélatrices, nul ensemble réuni par aucun amateur n’a encore offert une image aussi caractéristique de l’effort contemporain. » (préface anonyme du catalogue de la vente de sa collection).

Afin de pouvoir transformer la villa de Triel-sur-Seine en un lieu de villégiature pour les littérateurs et artistes « maltraités par le sort », sa veuve dut vendre cette importante collection de Tableaux, aquarelles, pastels et dessins, par Paul Cézanne (13 œuvres, dont deux autoportraits), Bonnard, Cross, Daumier, Paul Gauguin, Vincent van Gogh (2 œuvres, dont Le Père Tanguy, 1887), Claude Monet, Berthe Morisot, Camille Pissarro, Renoir, Rodin (23 dessins), K.-V. Roussel, Seurat, Signac, Utrillo, Félix Vallotton (M. Thadée Natanson, 1897), Valtat, Vuillard, et des sculptures par Camille Claudel (un plâtre), Aristide Maillol (10 plâtres, terres cuites, bois et bronzes) et Rodin (11 plâtres, marbres et bronzes, dont le buste de Victor Hugo et celui de l’écrivain, qui peut être celui reproduit plus bas), fut mise aux enchères publiques, le 24 février 1919, à la galerie Durand-Ruel, 16, rue Laffitte, à Paris.

Mirbeau n’a jamais été oublié et n’a jamais cessé d’être publié, mais on l’a souvent mal lu, à travers de trompeuses grilles de lecture (par exemple, nombre de critiques et d’historiens de la littérature l’ont embrigadé bien malgré lui parmi les naturalistes), ou bien on a voulu voir dans plusieurs de ses romans des œuvres érotiques, comme en témoignent nombre de couvertures de ses innombrables traductions. On a aussi eu fâcheusement tendance à réduire son immense production aux trois titres les plus emblématiques de son œuvre littéraire.

Politiquement incorrect, socialement irrécupérable et littérairement inclassable, il a traversé, après sa mort, une longue période d’incompréhension de la part des auteurs de manuels et d’histoires littéraires ; et le faux « Testament politique », rédigé par Gustave Hervé et publié cinq jours après sa mort par sa veuve abusive, Alice Regnault, a contribué à brouiller durablement son image.

Fondée à Angers le 28 novembre 1993 et présidée par Pierre Michel, professeur agrégé et docteur-ès-lettres, biographe et éditeur de Mirbeau, la Société Octave Mirbeau a pour objectif de contribuer à la connaissance de la vie, des combats et de l’œuvre du grand écrivain normand par tous les moyens à sa disposition. Heureusement, depuis vingt ans, grâce au développement des études mirbelliennes et de (parution de sa biographie, nombreuses découvertes de textes insoupçonnés, publication de très nombreux inédits, fondation de la Société Octave Mirbeau, création des Cahiers Octave Mirbeau, organisation de nombreux colloques internationaux et interdisciplinaires (sept entre 1991 et 2007), constitution d’un Fonds Octave Mirbeau à la Bibliothèque Universitaire d’Angers, ouverture de deux sites web consacrés à Mirbeau, mise en ligne de la plus grande partie de ses écrits), on le découvre sous un jour nouveau, on le lit sans idées préconçues ni étiquettes réductrices, on publie la totalité de son œuvre, dont des pans entiers étaient méconnus ou ignorés, voire totalement insoupçonnés (ses romans écrits comme nègre, par exemple), et on commence tardivement à prendre la mesure de son tempérament d’exception, de son originalité d’écrivain et du rôle éminent qu’il a joué sur la scène politique, littéraire et artistique de la Belle Époque, ainsi que dans l’évolution des genres littéraires.

À voir : http://www.mirbeau.org/liens.html

Galerie ECRITURES 1 rue Pierre Petit 03 100 MONTLUCON

http://www.koifaire.com/auvergne/galerie,ecritures-15609.html
facebook  http://www.facebook.com/galerie.ecritures

 

7 février 2018

Le Monde: Psychiatrie publique, le grand essoufflement

Filed under: Actualité, fonction publique, psychiatrie, santé — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:45

http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/06/la-psychiatrie-publique-est-en-etat-de-grande-fragilite_5252251_3232.html

06 02 2018

Par Pierre Micheletti (Médecin)

La ministre de la santé ne semble pas prendre conscience de la grande fragilité de la psychiatrie publique, déplore le docteur Pierre Micheletti

La ministre de la santé, Agnès Buzyn, vient d’annoncer la suppression du Conseil national de la santé mentale (CNSM), lui substituant un comité stratégique qu’elle réunira une fois pas an. Mme Buzyn, dans ses propositions, attribue à la psychiatrie hospitalière un rôle largement prépondérant qui remet en cause l’approche décloisonnée du CNSM. Pourtant, la psychiatrie publique est en état de grande fragilité, comme l’illustrent la difficulté notoire à pourvoir des postes pourtant budgétés (25 % des postes sont vacants, ou octroyés à des médecins non statutaires, selon les données 2010) ainsi que la grogne sociale actuelle des médecins comme de l’ensemble des professionnels du secteur.

Pour comprendre les racines du problème, il est utile de rappeler les particularismes de la psychiatrie hospitalière depuis les ordonnances de 1960. Ces textes, instaurant la sectorisation, ont abouti à répartir les ressources et les professionnels entre des activités intra-hospitalières et un maillage de différentes structures extra-hospitalières (centres médico-psychologiques, hôpitaux de jour…). Ces structures périphériques délivrent la grande majorité des soins en psychiatrie générale adulte et la quasi-totalité en psychiatrie générale infanto-juvénile.

C’est dire l’importance acquise par les dispositifs  » hors les murs « , car, sur bien des territoires ruraux isolés ou périurbains défavorisés, l’offre de soins libérale est absente.

Mais la France de 2018 n’est pas celle de 1960. De plus, la sectorisation s’est mise en place sans véritables outils d’aménagement du territoire. Le découpage géographique avait consisté à répartir les moyens de l’époque sur des critères simples : un secteur  » adultes  » pour 70 000 habitants, un secteur de  » psychiatrie infanto-juvénile  » pour 150 000 enfants. En raison de l’absence d’outils satisfaisants pour suivre les évolutions et décider des nécessaires adaptations, la taille des populations prises en charge par un secteur peut varier dans un rapport de 1 à 15 ! Ni les médecins ni les directeurs ne sont actuellement formés pour relever les défis propres à la psychiatrie publique.

Mouvement  » désaliéniste  »

La volonté d’offrir des soins au plus près des lieux de vie de la population était le fruit d’un puissant courant de psychiatres  » désaliénistes « , mais résultait aussi des conséquences de la mort de milliers de patients dans les hôpitaux psychiatriques français (à cause de privation de soins et de malnutrition) durant la seconde guerre mondiale. Dès lors, la baisse du nombre de patients  » internés « , comme on disait à l’époque, permit au mouvement désaliéniste de se consacrer davantage aux soins hors les murs alors que s’amorçait une vaste réduction du nombre de lits d’hospitalisation, qui allaient connaître une baisse majeure, passant de 120 000  à 55 000 lits d’hospitalisation complète.

A partir des années 1980, on assiste à la montée en puissance du nombre de psychiatres libéraux qui vont progressivement passer de 800 à 10 000, avant de décroître. Cet engouement aboutit à une nette augmentation de l’offre de soins dans les centres-villes et conduit, aujourd’hui encore, des psychiatres hospitaliers vers un exercice libéral, souvent moins contraignant, en particulier quant à la participation au régime des urgences et des gardes. Ces fonctions, à une large majorité, restent l’apanage des praticiens hospitaliers, avec leur cortège de levées nocturnes et de gestion de situations dramatiques. Sur les 13 000  psychiatres qui exercent (données 2010), la moitié d’entre eux seulement sont des hospitaliers stricts.

A ces réalités démographiques des praticiens libéraux, il convient d’ajouter deux données importantes : les grandes variations de leur répartition sur le territoire français et une pratique du secteur  2 qui, si elle reste plutôt modérée (30  % des libéraux), n’est toutefois pas sans conséquences pour les populations les plus précaires.

Enfin, dernier mécanisme qui fragilise le système, la psychiatrie, comme toutes les disciplines médicales, n’échappe pas à une dynamique d’hyper-spécialisation, sur fond de progression exponentielle des connaissances. Là où la discipline avait longtemps organisé une ligne de partage entre les adultes et les enfants, apparaissent de nouvelles nosographies qui structurent des pratiques spécifiques (gérontopsychiatrie, troubles envahissants du développement, troubles des conduites alimentaires, addictions, réhabilitation…).

Ces nouvelles pratiques du métier de psychiatre détournent bon nombre de jeunes diplômés du travail de  » soutier  » de la psychiatrie territorialisée et aggravent, chemin faisant, sa perte d’attractivité : la moyenne d’âge de la profession – véritable bombe à retardement – est de plus de 52  ans…

Tous ces mécanismes se télescopent avec des réalités épidémiologiques et socio-économiques qui expliquent l’essoufflement des praticiens hospitaliers et la baisse des vocations : 5 % de la population de notre pays présentent des troubles psychiatriques  » graves et persistants  » ; 30 % montrent des signes de souffrance mentale ; le budget global de la santé consacre 10 % de son volume aux troubles psy ; à tous les âges, les maladies liées à la santé mentale sont parmi les cinq premières causes d’affections de longue durée dans les statistiques de l’assurance-maladie.

Plus de besoins dans la population générale, moins de psychiatres hospitaliers pour les prendre en charge, des pathologies graves, des charges de travail lourdes, et maintenant des risques médico-légaux qui peuvent conduire à des procès : tel est actuellement le contexte global.

La psychiatrie publique prend en charge l’un des problèmes de santé publique majeurs dans notre pays et incarne, au quotidien, une volonté d’équité dans l’accès aux soins. Cet enjeu global renvoie à la nécessité de décisions politiques d’envergure nationale. En  2017, réunis pour – déjà – attirer l’attention des pouvoirs publics, les principaux acteurs, y compris les représentants des usagers, ont formulé des demandes claires, dans un document intitulé  » Le consensus de Blois « . Il est à la disposition de la ministre de la santé…

Pierre Micheletti

1 février 2018

Galerie Didier Devillez: Vernissage exposition Arié Mandelbaum

Filed under: Actualité, galerie, peinture — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:43

Didier Devillez
a le plaisir de vous convier
au vernissage de l’exposition

ARIÉ MANDELBAUM

Généalogie(s)

le samedi 3 février 2018
de 16 à 19h

GALERIE DIDIER DEVILLEZ
53 rue Emmanuel Van Driessche
1050 Bruxelles (Belgique)
Tél./Fax +32 (0)475 931 935
devillez@skynet.be http://www.galeriedidierdevillez.be/

Jean-Louis Baudron: Cut-ups et Collages: Un Rêve Plein de Soucis

Filed under: Actualité, collages, cut-ups, galerie — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:20

Cut-ups et collages: https://www.facebook.com/jeanlouis.baudron

Alternatives Economiques: Management, La face cachée des cabinets d’audit

Filed under: Actualité, Economie, Management — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:11

https://www.alternatives-economiques.fr//face-cachee-cabinets-daudit/00082915

Franck Aggeri

On sait peu de choses de la vie au sein des grands cabinets d’audit si ce n’est que c’est un métier prisé par les jeunes diplômés sortant des grandes écoles et des meilleures universités. On vante son caractère formateur et les perspectives de carrière qu’il ouvre. Le travail y est réputé intense mais valorisant, voire excitant pour de jeunes gens brillants et ambitieux. Les cabinets les plus attractifs sont ceux que l’on appelle les « big four » (KPMG, Price WaterHouse Coopers, Ernst and Young et Deloitte) qui travaillent avec toutes les grandes entreprises mondiales. Mais au-delà de ces quelques généralités répétées à l’envi dans les forums étudiants, qu’en est-il de la vie professionnelle concrète au sein de ces cabinets ? La façade est séduisante, mais qu’en est-il de l’envers du décor ?

Un livre remarquable(1), issu d’une thèse en sciences de gestion soutenue à HEC, vient justement éclairer la réalité du travail au sein des cabinets d’audit à partir d’une étude ethnographique approfondie. L’auteur, Sebastien Stenger, a d’abord effectué un stage d’auditeur dans l’un de ces cabinets avant de mener une enquête plus large au sein des big four. Il y décrit en particulier le système de sélection impitoyable qui y sévit – appelé up or out – et la façon dont celui-ci impacte la vie des auditeurs, façonne leurs comportements et agit sur leur subjectivité.

Le système up or out

Les Big Four sont d’énormes entreprises : elles emploient plus de 500 000 personnes dans le monde, dont 22 000 en France. Leur activité principale est de certifier les comptes financiers des entreprises, mais elles peuvent également exercer d’autres missions spéciales comme l’audit des systèmes d’information ou de fusions-acquisitions. Il s’agit d’activités fastidieuses qui mobilisent une équipe travaillant selon une division du travail et des procédures strictes. Compte tenu d’un fort turnover, entre 3 et 4 000 jeunes diplômés sont recrutés en France chaque année dans ces quatre grands cabinets.

L’organisation au sein de ces derniers est hiérarchique et pyramidale. L’on commence stagiaire en réalisant des tâches répétitives et limitées, puis l’on devient éventuellement consultant junior, consultant senior, superviseur, manager et, enfin pour quelques-uns seulement, associé.

La progression au sein de ces cabinets est régie par un système de sélection, appelé up or out : soit l’auditeur est bien évalué et monte dans la hiérarchie (up), soit il « redouble » (sic), ce qui revient à lui signifier qu’il doit quitter le cabinet (out). Ainsi, chaque auditeur est constamment évalué après chaque mission et une évaluation annuelle le classe de A à D selon le jugement par ses supérieurs de sa performance.

Dans ce système de notation, tout l’enjeu est que les auditeurs intériorisent ces règles. L’auteur souligne d’ailleurs que les auditeurs sont souvent de bons élèves, mais qui n’ont pas de vocation particulière au départ. Ils choisissent souvent l’audit par défaut, comme une activité généraliste qui est censée ouvrir des portes et permettre l’accès à des carrières prestigieuses.

Signaux et rumeurs

Les auditeurs qui sont rétifs à ce système quittent rapidement le cabinet. Ceux qui restent en acceptent les règles du jeu. Ils estiment au fond que la notation, qui s’inscrit dans la continuité du système scolaire, est légitime.

L’affectation dans une entreprise hors du CAC 40 est le signe d’un redoublement probable

L’auteur montre que ces derniers deviennent obsédés non seulement par la notation elle-même mais également par tous les signaux qualitatifs qui donnent une indication de la note qu’ils pourraient obtenir. A cette aune, tous les événements sont en permanence scrutés. Ainsi en va-t-il de l’affectation des missions : est-elle prestigieuse ? Qui sont les collègues de travail ? Ont-ils le vent en poupe ou sont-ils en perte de vitesse ? Par exemple, l’affectation au département fusions-acquisitions est la promesse d’une promotion rapide. A l’inverse, l’affectation dans une entreprise hors du CAC 40 est le signe d’un redoublement probable. Les discussions de couloir bruissent de rumeurs les plus diverses sur les chances des uns et des autres.

Il faut dire que la compétition est rude. Parmi les milliers de stagiaires recrutés chaque année en sortie d’école ou d’université, seuls 10% accéderont à un poste de manager et seuls quelques-uns à celui, tant convoité, d’associé.

Une durée de travail sans limites

Dans cette ambiance de sélection exacerbée, la durée de travail est littéralement sans limites. Les anglo-saxons évoquent une culture extrême des horaires de travail. Ainsi, au-delà de la qualité même du travail, il est bien vu de travailler au-delà du raisonnable, jusqu’à 15 heures par jour, voire davantage tant que l’on tient le coup. C’est le signe d’un engagement total pour l’organisation.

Il n’est pas nécessaire pour les managers d’exercer de contrainte pour que les salariés s’engagent sans compter

Certains démissionnent, car ils ne supportent pas ces conditions de travail, mais nombreux sont ceux qui s’y conforment dans l’espoir d’être promus. Le livre fourmille de témoignages édifiants où de jeunes auditeurs travaillent jusqu’à l’épuisement pour se montrer et se prouver qu’ils peuvent faire partie des élus. Le plus surprenant est qu’il n’est pas nécessaire pour les managers d’exercer de contrainte pour que les salariés s’engagent sans compter. Se proposer pour donner un coup de main sur une mission sur laquelle on n’est pas affecté est le signe d’un engagement inconditionnel qui sera valorisé par le management.

Le livre décrit les effets de ce système sur la vie personnelle de ces auditeurs. Très rapidement le rythme et les conditions de travail (travail nocturne et week-end) conduisent à une forme de désocialisation. Il leur devient progressivement difficile de continuer à rencontrer leurs anciens amis ou à exercer des activités extra-professionnelles. Leur vie s’organise dès lors autour du cabinet et des collègues avec qui ils partagent le même mode de vie.

Une question de prestige

Quelles raisons poussent les salariés à s’engager au-delà du raisonnable ? C’est à cette question que le livre apporte les réponses les plus passionnantes. Lorsqu’on examine avec recul les conditions de travail de ces auditeurs, rien ne justifie a priori un tel engagement. Les horaires et la pression sont hors normes ; le travail lui-même est répétitif car encadré par des normes extrêmement strictes et par une division du travail poussée ; les salaires, certes confortables, ne sont pas nécessairement plus élevés que dans des entreprises privées où les conditions de travail sont moins éprouvantes ; les perspectives de carrière sont aléatoires compte tenu de la férocité de la sélection.

L’excitation de côtoyer le pouvoir se combine à une exigence de performance où l’erreur n’est pas tolérée

L’auteur explique que le moteur principal de ces jeunes auditeurs est d’abord le prestige, le sentiment, savamment entretenu par la culture organisationnelle, d’appartenir à l’élite des affaires. Les missions dans ces grands cabinets se déroulent en effet, le plus souvent, dans des grandes entreprises du CAC 40. Ils rencontrent des responsables haut placés et doivent mener à bien dans des temps très courts des projets stratégiques. L’excitation de côtoyer le pouvoir se combine à une exigence de performance où l’erreur n’est pas tolérée. Ces qualités (exigence, capacités de travail, résistance au stress) sont appréciées des entreprises. Le passage de quelques années par un cabinet d’audit est ainsi la promesse de l’accession à des postes à responsabilité pour ceux qui font le choix volontaire d’aller voir ailleurs. Cette conception élitiste est elle-même renforcée par une vision déformée de la vie professionnelle en dehors des cabinets. Pour certains auditeurs, la vie en entreprise serait ennuyeuse et monotone, loin de l’activité frénétique et trépidante des missions d’audit.

Perte d’estime de soi et discriminations

Pour une petite proportion d’élus qui traversent avec succès les différentes étapes de sélection qui mènent à des postes à responsabilité au sein de ces cabinets, combien sont laissés pour compte ou durablement affectés par une expérience qu’ils jugent douloureuse ? L’intérêt du livre est également de révéler et de donner la parole à tous ceux qui ont le sentiment d’avoir échoué ou qui ont dû quitter le cabinet.

Pour la plupart des salariés et des managers, la vie d’auditeur est incompatible avec une vie de famille

Parmi ces derniers, Sebastien Stenger distingue trois types de profils rencontrés. Il y a tout d’abord ceux qui se sentent floués, qui ont l’impression d’avoir tout donné et qui ressentent beaucoup d’amertume à l’égard du cabinet parce qu’ils estiment avoir été mal évalués à tort. Il y a ceux ensuite qui abandonnent la compétition parce qu’ils ont intériorisé qu’ils n’étaient pas à la hauteur ou à cause d’un accident de parcours qui bouleverse leur perception de ce qui est important pour eux. Il y a enfin ceux qui quittent le cabinet sans regrets et dont l’estime de soi n’a pas été affectée. Concernant ces derniers, l’auteur montre que non seulement ils ont développé une distance et un recul critique par rapport à leur travail mais qu’ils ont souvent conservé des liens sociaux en dehors du cabinet qui leur font toucher du doigt les aberrations du système et les opportunités qui peuvent exister en dehors.

Enfin, l’auteur s’intéresse également à la question des discriminations. Il y a celles liées au diplôme qui n’offre pas à tous et à toutes les mêmes possibilités de promotion, mais plus encore, il y a celles concernant les femmes enceintes et les mères de famille. Les témoignages sont à cet égard édifiants : pour la plupart des salariés et des managers, la vie d’auditeur est incompatible avec une vie de famille. Pour beaucoup, les femmes qui veulent avoir des enfants se condamnent inévitablement à quitter le cabinet.

Une régulation du travail intellectuel à repenser

Cette plongée au cœur de ces cabinets d’audit nous interpelle à la fois sur les dérives contemporaines du travail et des formes de management qui y participent. Elle fait étrangement écho aux débats actuels sur les risques psycho-sociaux et la santé au travail, des phénomènes dont on commence seulement à mesurer l’ampleur et à reconnaître comme maladies professionnelles. Sans développer cet argument en particulier, le livre commence d’ailleurs par une anecdote qui fait froid dans le dos : celle d’un jeune stagiaire ayant enchaîné trois nuits blanches consécutives pour finir ses missions et qui, épuisé, finit par mourir d’un accident cardiaque.

Est-ce d’un type de managers ainsi formatés dont nous avons besoin pour conduire la mutation vers une économie innovante et créative ?

A cet égard, le fonctionnement de ces cabinets est aux antipodes de celui des entreprises dites « libérées ». Il n’est question ni d’épanouissement ni d’autonomie au travail mais bien, comme le souligne l’auteur, de distinction sociale et de soumission au péril de leur santé physique et mentale. Le management a sa part de responsabilité dans la mise en place d’un système de sélection qui perpétue le fonctionnement du système scolaire dans ses travers les plus extrêmes. Il y a certainement matière à réflexion pour repenser la régulation du travail intellectuel qui est visiblement hors de tout cadre légal.

Mais ce livre interroge également la formation de nos élites : est-ce bien d’un type de managers ainsi formatés, qui ont tendance à reproduire ce fonctionnement dans les entreprises où ils sont ensuite embauchés, dont nous avons besoin pour conduire la mutation vers une économie innovante et créative ?

(1) Au cœur des cabinets d’audit et de conseil. De la distinction à la soumission, Sebastien Stenger, PUF, 2017, 270 pages.

Galerie Ecritures: Décrochage chorégraphique, Bruno Danjoux

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La galerie Ecritures, Bruno Danjoux, artiste peintre, danseur et chorégraphe, et l’Association de danse contemporaine Kadansé

Présentent

HAPPENING DANSE à la galerie Ecritures
Le samedi 10 février 2018 à 18h

Bruno Danjoux, après une expo en 2010, puis en 2014, revient à la galerie Ecritures pour une nouvelle exposition « Ecouter la Lumière ». Dans ce cadre, il a animé un stage de danse contemporaine avec l’association Kadansé : « J’avais envie lors de ce stage en lien avec l’exposition Ecouter la lumière, de travailler sur ce que j’appelle les volumes porteurs de la présence. Qui danse quand je danse ? Quel est le monde que je porte en moi et que je donne à voir ? Comment retrouver cette clarté antécédente qui m’habite et qui coud le monde ensemble ; la pesanteur et la légèreté, l’intelligence et l’ignorance, le spirituel et le matériel … ? »

Le Samedi 10 février à 18 heures, l’association Kadansé proposera un « décrochage chorégraphique » dans l’espace de l’exposition, 1 rue Pierre-Petit dans le vieux Montluçon. L’occasion de transposer des petites formes (solo, duo, trio…), accompagné par le musicien : Laurent Hery. Entrée libre.

Galerie Ecritures, 1, rue Pierre Petit, 03100 Montluçon

https://www.facebook.com/Ecritures.Montlucon/

30 janvier 2018

François Darnaudet et Elric Dufau au festival de la BD d’Angoulême

Filed under: Actualité, art & culture, bande dessinée, Edition, livres — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:21

https://www.facebook.com/francois.darnaudet

Dédicace réussie à la librairie Cosmopolite d’Angoulême, samedi matin. Elric fait désormais des dessins en couleurs qui en jettent méchamment. On a bossé 1h et demie sans s’arrêter. Polo Chon et Caroline étaient contents !

BD de François Darnaudet et Elric Dufau

28 janvier 2018

Le Monde: La psychiatrie en grande souffrance

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2018/01/26/le-grand-malaise-des-soignants-en-psychiatrie-on-a-le-sentiment-d-etre-maltraitant_5247248_1650684.html

Ecrasés par les restrictions bugétaires, les soignants se disent à bout et dénoncent une « perte de sens » de leur travail.
LE MONDE | • Mis à jour le | Par François Béguin

Il y a chez eux de la fatigue, du désarroi et de la colère. Depuis des mois, des médecins et des personnels soignants du secteur psychiatrique multiplient grèves et lettres ouvertes aux autorités sanitaires pour alerter sur la dégradation de leurs conditions de travail en raison des restrictions budgétaires. Et par conséquent sur la détérioration de la prise en charge des malades.

Après des années de restructurations et de non-remplacement systématique des départs, plusieurs responsables syndicaux estiment que ce service public est désormais « à l’os ». « On nous pressurise depuis des années, on est arrivé à un point de bascule », assure Jean-Pierre Salvarelli, membre du Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH) et chef de pôle au Vinatier, à Lyon, l’un des plus gros hôpitaux psychiatriques de France. L’année dernière, 52 postes de soignants ont été supprimés dans cet établissement. « Les infirmières et les aides-soignantes se démultiplient pour boucher les trous, dit-il. Mais les équipes n’en peuvent plus. »

D’un bout à l’autre de la France, les mêmes maux et les mêmes symptômes : des taux d’absentéisme élevés, un fort turn-over des personnels, des postes de médecins non pourvus (il manquerait 900 à 1 000 psychiatres, selon le SPH), des lits en nombre insuffisant dans certains services, notamment aux urgences, et des patients à accueillir toujours plus nombreux. Entre 2010 et 2016, près de 300 000 personnes supplémentaires ont été suivies en psychiatrie. « Les ressources n’ont pas augmenté proportionnellement à la croissance de la file active, constate Magali Coldefy, géographe à l’Institut de recherche et de documentation en économie de la santé (Irdes). Faute de moyens, la psychiatrie a tendance à se replier sur l’intra-hospitalier et la gestion de la crise et de l’urgence. »

Lire aussi :   En psychiatrie, certains secteurs connaissent « des conditions matérielles et humaines déplorables »

Signes extérieurs du malaise ambiant, les établissements d’Allonnes (Sarthe), Bourges (Cher) ou Rennes (Ille-et-Vilaine) ont connu ces derniers mois des mouvements de grève. Le 5 janvier, sept anciens psychiatres de l’hôpital Philippe-Pinel, à Amiens (Somme), ont écrit à la ministre de la santé Agnès Buzyn pour lui expliquer pourquoi la « dégradation continuelle des conditions de prise en charge des patients » avait pesé dans leur choix « douloureux » de quitter l’hôpital public. Dans leur courrier, ils dénoncent un « hôpital en déshérence » et une « souffrance éthique et professionnelle à son paroxysme ».

« Je ne suis qu’un garde-fou »

La gravité de la crise commencerait-elle à être perçue au-delà des enceintes des hôpitaux psychiatriques ? La députée (La République en marche) de la Somme Barbara Pompili a dit sa « honte » après avoir visité l’établissement d’Amiens le 3 novembre 2017. « La faiblesse hallucinante des effectifs transforme cet hôpital en gigantesque garderie, avec toutes les conséquences que cela peut avoir pour ceux qui sortent, comme pour ceux qui ne sortent pas », avait-elle écrit. Quant à François Ruffin (La France insoumise), l’autre député du département, il a récemment publié un livre (Un député à l’hôpital psychiatrique, Fakir éditions) dans lequel il raconte les difficultés et les dysfonctionnements de ce même hôpital.

Lire aussi :   Au CHU de Grenoble, les travers d’un système hospitalier déshumanisé

Les restrictions budgétaires ont différents types de conséquences. Au sein même des hôpitaux, de nombreux infirmiers, dont les témoignages ont été recueillis après un appel lancé sur le site du Monde, disent ne plus avoir le temps de parler avec les patients hospitalisés ou d’effectuer avec eux des activités thérapeutiques. « On est accaparé par l’urgence et le quotidien. Nous n’avons plus le temps de faire des entretiens avec les patients, de prendre un café avec eux, ou de les accompagner pour qu’ils puissent téléphoner. Cela génère des situations d’agressivité et de violence plus fréquentes. Et nous, on a le sentiment de mal faire notre travail, d’être maltraitants », raconte Marion, 25 ans, infirmière dans un gros hôpital de province.

« Quand je suis arrivé à l’hôpital il y a quelques années, on faisait encore des sorties au musée, au cinéma ou au cirque, témoigne Cyril, infirmier dans un hôpital du sud de la France. Cette année, nous n’avons pas prévu d’en faire car nous arrivons à peine à tenir le planning et à assurer la continuité du service. » « Je ne suis qu’un garde-fou, nous n’avons plus les moyens et la motivation d’être soignant », estime un infirmier à Agen, résumant ainsi la « perte de sens » ou l’amertume racontées au Monde par de nombreux professionnels de santé.

Car pour répondre à la violence, lorsque les effectifs manquent, les recours à la chambre d’isolement (une pièce sécurisée avec matelas fixé au sol) et à la contention peuvent augmenter. En 2016, le contrôleur général des privations des lieux de liberté avait dénoncé la « banalisation » de ces pratiques.

Situation « tendue »

Après avoir fermé près de 15 000 lits de psychiatrie entre 1997 et 2015, les hôpitaux n’arrivent pas aujourd’hui à prendre en charge correctement tous les patients. Face à la hausse du nombre d’hospitalisations sous contrainte (92 000 personnes en 2015), il n’est pas rare que des unités de soins prévues pour 20 patients en accueillent davantage. « C’est la course aux lits, pour faire de la place, on fait sortir les malades dès qu’ils ne représentent plus un danger direct pour eux ou pour les autres, raconte Marie, 41 ans, psychiatre dans un établissement de la région parisienne. L’absence de lits est devenue un critère dans la durée de soins des patients, autant, voire parfois plus, que l’aspect médical. »

Une autre infirmière exerçant dans un hôpital du sud de la France fait état de patients obligés de rester en chambre d’isolement, « alors qu’ils n’en ont plus besoin au niveau psychiatrique », par manque de place.

Jean Vignes, le secrétaire général du syndicat SUD-Santé-Sociaux, juge d’ailleurs la situation « tellement tendue » qu’il plaide pour la réouverture « au moins de façon provisoire » d’un millier de lits. Pour justifier cette revendication en demi-teinte, il explique que son organisation était historiquement « pour la diminution du nombre de lits », mais « à condition d’avoir les moyens d’assurer le suivi en extra-hospitalier ».

Lire aussi :   « Des journées sans boire, sans manger » : le ras-le-bol infirmier

Or, c’est cette prise en charge, assurée hors des murs des établissements psychiatriques, par notamment les centres médico-psychologiques (CMP), émanations de l’hôpital présentes partout sur le territoire, qui semble aujourd’hui le plus souffrir des restrictions budgétaires. « On a mécaniquement tendance à alléger l’ambulatoire [le suivi à l’extérieur] et à rapatrier les ressources vers les services d’hospitalisation. C’est l’hôpital qui prime, c’est un retour à l’asile », déplore Isabelle Montet, la secrétaire générale du SPH.

« Trop de gens sont à l’hôpital parce qu’on ne sait pas où les mettre »,
Claude Finkelstein, présidente de la Fédération nationale des associations en psychiatrie (Fnapsy)

« On est obligé de se retirer des endroits où vivent les gens parce que nous sommes contraints de centrer nos efforts sur ce qui est incontournable pour la société, c’est-à-dire accueillir les patients qui relèvent de soins non consentis », explique le docteur Marie-José Cortes.

Lire aussi :   La pédopsychiatrie, un secteur sinistré

Un poids grandissant de l’hôpital, vu comme un retour en arrière par de nombreux professionnels, qui heurte aussi les associations de patients. « Je ne pense pas qu’il y ait un manque réel de moyens, de personnels et de lits », estime ainsi Claude Finkelstein, la présidente de la Fédération nationale des associations en psychiatrie (Fnapsy). Pour elle, « on travaille encore à l’ancienne » dans le domaine de la psychiatrie, et « trop de gens sont à l’hôpital parce qu’on ne sait pas où les mettre ». « Il ne faut pas colmater, mais réfléchir à une nouvelle organisation des soins », ajoute Fabienne Blain, porte-parole du collectif Schizophrénie, qui demande une vaste réallocation des moyens consacrés à la psychiatrie.

27 janvier 2018

San Francisco Chronicle: Sal Khan creates online academy to educate anyone in world for free

Photo: Peter DaSilva – Salman Khan founded the nonprofit online Khan Academy to educate anyone in the world for free.

https://www.sfchronicle.com/visionsf/article/Sal-Khan-creates-online-academy-to-educate-anyone-12511884.php

Sal Khan has interesting ideas about what constitutes riveting dinner conversation.

At the moment, he’s partial to “mind-blowing” similarities between Greek, Latin, Germanic languages and ancient Sanskrit as well as the fact that Iran and Ireland are the only countries with names that mean “land of the Aryans.”

“That’s still my favorite thing to share in conversations,” said the founder of Khan Academy, a free, online learning platform serving 15 million people a month. “The other thing is you can get hypothermia (and die) in 80-degree water.”

Khan smiled.

“I’m a nerd,” said Khan, who is a nominee for the 2018 Visionary of the Year award sponsored by The Chronicle. The winner of the award will receive a $25,000 grant that can be applied to the cause of his or her choice.

In Silicon Valley, nerds like Khan — with companies whose users number in the many millions — are often billionaires. While Khan isn’t poor, he falls well short for any list featuring big-money moguls in tech.

He probably could have been rich off the idea, but when he came up with the vision for Khan Academy, he wanted it to be free.

The mission — a free, world-class education to anyone, anywhere.

That sole mission of the company, unchanged since he founded it in 2008, is plastered on the Khan Academy website as well as the walls of his Mountain View headquarters.

Read more in the site of SFC

KhanAcademyFrancophone

Salman Khan annonce la sortie de la Khan Academy en français

51 038 vues il y a 3 ans
Khan Academy est une plate forme interactive qui propose une éducation de qualité, gratuite, pour tous, partout dans le monde en mettant à disposition des milliers de vidéos et exercices.
Rendez-vous sur : http://fr.khanacademy.orgVidéo sous licence CC-BY-SA.

23 janvier 2018

Jean-Louis Baudron: Cut-ups & collages: Nager dans la paperasse.

Filed under: Actualité, art & culture, collages, galerie — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 5:44

Nager dans la paperasse

Cut-ups et collages: https://www.facebook.com/jeanlouis.baudron

14 janvier 2018

Pique-nique de Dove Perspicacius à Lizières et retour sur le Banquet#1

Filed under: Actualité, exposition, peinture — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 3:05
PIQUE-NIQUE EN L’HONNEUR DU SOLEIL :Les Amis de Lizères, avec le soutien de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, a le plaisir de vous inviter au pique-nique présenté par l’artiste Dove Perspicacius, en clôture de sa résidence réalisée à Lizières.

Dimanche 4 février de 11h00 à 17h00

 
Nous sommes ravis de vous présenter l’artiste Claire Wallois, invitée en résidence à Lizières au début de l’année 2017. Diplomée de l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg en 2013, Claire Wallois forme Dove Perspicacius en 2010, en collaboration avec Colombe Ferté-Fogel.

L’idée est d’explorer une façon mythique de vivre le monde, transfigurer les évènements sur une échelle épique. Chacun vit, parfois plusieurs fois, une apocalypse ou une résurrection. Etre Dalila coupant les cheveux de Samson en tondant sa pelouse enrichit et intensifie un acte anodin. Il s’agit d’accepter la valeur de ce mode d’interprétation de la réalité partagé par tous. Il n’entre pas en conflit avec le rationnel. Cette réalité augmentée – où les plans du vécu et du sacré sont en connexion permanente – est la matière première à laquelle elle donne forme.

Le travail de Dove Perspicacius est conduit par une certaine idée du rôle de l’art : c’est la réalisation de l’idéal. Par leur puissance ou leur ressemblance à des archétypes, certains évènements (de notre vie ou de celle de nos proches) se relient d’emblée à la sphère du mythe. Elle les a commémorés en peintures, en broderies, en statuettes… Ces objets ont été regroupés dans des autels pour former un grand récit. L’utilisation de formes empruntées au sacré – des figures et des codes esthétiques- transfère à ces objets un pouvoir divin. Il ne s’agit pas de croyances, mais plutôt d’une conception qui invite à la célébration.
Au programme 

Ce pique-nique, tout comme l’oeuvre de Dove Perspicacius célèbrera tout particulièrement l’Eté et le Soleil car «Quand les jours ressemblent aux nuits, sans éclaircie à espérer, qui peut croire que l’été nous reviendra? ». En attendant cette période de fête et d’aventures rendons lui hommage ensemble.

Réjouissances gustatives, ateliers participatifs et activités artistiques spécialement conçues pour l’occasion.

Informations et réservations par ici.

RETOUR SUR LE BANQUET #1
(10 janvier 2018 à La Colonie, Paris)
 
Un grand merci à tous ceux qui sont venus écouter, échanger, débattre, voir, et « ce nourrir » lors du premier Banquet philosophique de Lizières qui s’est tenu à La Colonie, à Paris.

Ce Banquet#1 réunissait notamment Béatrice Josse, directrice du centre d’art Le Magasin à Grenoble, Philippe Gasnier, psychiatre, Valérie Le Huche, fondatrice de l’Art du mouvement, et Ramuntcho Matta, artiste pluridisciplinaire et fondateur de Lizières.

Il a également été l’occasion de vous présenter la revue Nourrir (Ce Nourrir). Pour plus d’informations sur la revue, n’hésitez pas à nous solliciter.

Ce fut un moment enrichissant, nourrissant et convivial que nous espérons avoir autant apprécié que vous !

(Ci-dessus, l’espace réservé au Banquet#1 à La Colonie, avant l’arrivée des invités)

SOUTENEZ LIZIÈRES !
En adhérent ou en devenant partenaire.En tant qu’adhérent, vous pouvez assister aux événements organisés par Les Amis de Lizières : pique-niques, expositions, spectacles…L’action de Amis de Lizières est avant tout la promotion des arts et des cultures. d´infos
Informations pratiques 

 LIZIÈRES, Centre de Cultures et de Ressources
11 Allée du Comte de Lostanges 02400 Épaux-Bézu
contact@lizieres.org / Tél: 09 51 07 13 74

www.lizieres.org

13 janvier 2018

Galerie Didier Devillez: Focus 01/2018 – Broderie Bushong Kuba

Filed under: Actualité, exposition, galerie — Étiquettes : — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:30

Broderie Bushong Kuba

!!! Hommage à Paul Klee !!!

Textile, 90 x 73 cm

Congo

GALERIE DIDIER DEVILLEZ
53 rue Emmanuel Van Driessche
1050 Bruxelles (Belgique)
Tél./Fax +32 (0)475 931 935

devillez@skynet.be
galeriedidierdevillez.be
tribal-collection.com

AD Winans: On My 82nd Birthday

Filed under: Actualité, beat, livres, Poésie — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 7:11

Today I turn 82 and am making some early decisions in regard to poetry. I have been writing and publishing poetry for 55 years and as I have often said, “My poetry and my life are one and the same, they can’t be separated. With this said, I am making some decisions regarding poetry in 2018 and beyond.

I have given countless poetry readings over the many decades, but beginning this year I plan on giving just one paid reading a year.

It has become harder getting to poetry readings of others and I don’t drive at night anymore, so to my friends, do not feel slighted if I am not at a poetry reading you are giving. I may make an occasional exception if the reading is during the day and not far from where I live.

I’ll be primarily submitting work to a handful of print journals that I have a long-standing relationship with although I am always open to sending a poem when asked for one.

As many of you know, I had a bilingual book of poems published in Germany in December 2017 as well as a book on Charles Bukowski published in Turkey. I just completed a book of Selected Poems that will be published in Turkey next year.

For the remainder of the year I’ll be putting together a book of love poems for publication in the UK and concentrating on the last of the Crazy John Poems series.   This will give me 65 published books and chapbooks of poetry and prose. This is my last planned book.   I may still write an occasional poem when inspired to do so, but have published everything I want to publish in book form.

The exception is compilation of works already done for publication by my friends in Turkey, Germany, and the UK.

I never expected to live this long. It has been a wild and rewarding ride. The noted authors and musicians I have met are amazing and the number of loyal friends I have is deeply appreciated.

In friendship for 2018 and beyond.

A.D. Winans

https://www.facebook.com/AD.Winans

http://www.adwinans.com/

https://www.emptymirrorbooks.com/beat/winans

29 décembre 2017

I. Aubert-Baudron: A. Korzybski: Science and Sanity: mise à jour de traductions

Les chapitres suivants de Science and Sanity ont été complétés et mis à jour dans La sémantique générale pour tous :

A. Korzybski, livres et traductions :

© I. Aubert-Baudron

L’Obs: « L’Europe a construit sa domination en écrivant l’histoire des autres »

https://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20171222.OBS9679/l-europe-a-construit-sa-domination-en-ecrivant-l-histoire-des-autres.html

L’écriture de l’Histoire a été au cœur du processus de globalisation dès le XVIe siècle, explique Serge Gruzinski. Entretien.

Par

BibliObs. Le XVIe siècle, écrivez-vous dans «la Machine à remonter le temps», est un tournant dans la façon dont on raconte l’histoire du monde. Pourquoi?

Serge Gruzinski. Il y a au XVIe siècle, avec la découverte du Nouveau Monde par les Espagnols, un mouvement inédit de connexion entre les différents continents. Les hommes, les choses, les idées et les croyances se mettent à circuler pour la première fois à une échelle planétaire. Les hommes commencent à penser en des termes globaux et non plus seulement locaux, régionaux ou nationaux. C’est ce que j’appelle l’apparition d’une «conscience monde», et le début du monde dans lequel nous vivons toujours aujourd’hui.

Dans ce livre, j’ai voulu souligner à quel point l’écriture de l’Histoire a été au cœur de cette dynamique de globalisation. Car pour dominer des sociétés jusque-là inconnues, les Espagnols ne se sont pas contentés de les conquérir militairement. Ils ont également décidé de fabriquer le passé des populations indigènes. Ils ont construit leur domination en écrivant l’histoire des autres. Un processus d’homogénéisation de l’espace et du temps s’est alors enclenché.

Comment, concrètement, les Européens procèdent-ils pour imposer cette écriture de l’histoire et leur conception du temps?

La Couronne espagnole a très rapidement compris que le pouvoir était intimement lié au savoir. Au lendemain de la Conquête du Mexique, aux alentours de 1530, elle a donc commencé par faire appel à des religieux pour qu’ils recueillent des informations sur les populations locales. Le but: tirer profit au maximum du Nouveau Monde. Des connaissances économiques ont d’abord été collectées pour déterminer ce qu’il était possible d’exploiter.

Puis les Espagnols se sont attelés à écrire l’histoire de ces peuples en capturant les mémoires locales et en les rattachant au patrimoine antique et médiéval de la chrétienté. Un de ces historiens espagnols, le missionnaire Motolinia, établit par exemple de nombreux parallèles entre les plaies d’Egypte et la Conquête du Nouveau Monde ou entre la destruction de Jérusalem, la ville sainte, et celle de Mexico, pour intégrer la Conquête au grand récit biblique.

C’est une rupture fondamentale : pour la première fois, les Espagnols se mettent à écrire l’histoire des autres. Cette entreprise de synchronisation des terres conquises avec la chrétienté européenne a été poursuivie ensuite par les autres puissances coloniales dans d’autres territoires, et a fini par gagner la planète entière.

En quoi ces bouleversements ont-ils constitué un choc pour les populations indigènes?

En écrivant l’histoire, les Européens n’ont pas fait que réécrire le passé comme on réécrit des programmes scolaires. Ils ont imposé une histoire façonnée par le christianisme et donc introduit une nouvelle matrice, de nouveaux modes de pensée.

Les Espagnols ont fait entrer les Indiens dans une chronologie qui est celle du calendrier chrétien, avec un passé qui commence en l’an 0, et une conception du temps qui se découpe entre passé-présent-futur. Les Européens ont obligé les Indiens à penser leur monde à travers leurs «lunettes», ils ont marginalisé les modes d’expression indigènes, ils ont domestiqué leurs imaginaires. L’un des piliers de ce processus d’occidentalisation du monde est la cristallisation de la parole sous la forme du livre. La suprématie de l’écrit a bouleversé l’imaginaire jusque-là prédominant.

Ce qui se joue est symboliquement et intellectuellement très violent. En imposant un cadre de pensée, les Européens ont colonisé ces populations définitivement. Ils ont aboli leur monde. Dès lors, ces autres peuples ne pouvaient plus se regarder que dans le miroir de l’Occident: ils ont été sommés d’imiter le modèle européen.

Ces populations locales ont-elles essayé de résister à cette entreprise d’homogénéisation?

Les élites indiennes ne sont pas restées passives. Elles ont cherché autant que possible à valoriser leurs propres cultures, en défendant, par exemple, l’idée qu’elles n’étaient pas «idolâtres». La colonisation des mémoires par les Espagnols ne s’est par ailleurs pas exercée sous la forme d’une méconnaissance ou d’une indifférence aux traditions indigènes. Les Espagnols se sont vraiment intéressés aux récits des populations locales. Reste que les matériaux livrés par les élites indiennes n’ont cessé d’être remaniés et interprétés selon les schémas de pensées européens.

Sur le long terme, il est intéressant de noter qu’en Amérique, en Asie et en Afrique, les «outils» imposés par les Européens se sont retournés bien plus tard contre eux. Les mouvements nationalistes qui ont émergé à travers le monde au XIXe siècle, en Chine ou Inde en particulier, ont utilisé des modes de pensées propagées par l’Europe pour justifier leur émancipation du joug occidental et/ou colonial. L’exemple le plus radical, c’est Mao en Chine, qui s’est approprié le marxisme, une doctrine venue d’Europe, pour à son tour réécrire le passé de son pays.

En quoi cette dynamique de globalisation a-t-elle durablement façonné le monde?

La globalisation, c’est lorsque quelque chose se diffuse à travers le monde et écrase tout sur son passage. Le XVIe siècle est à ce titre un véritable tournant: une histoire écrite depuis l’Europe, dont le point de vue est européen et chrétien, s’impose à des milliers de kilomètres de ce continent. C’est un processus d’une puissance folle, dont on peut percevoir l’impact encore aujourd’hui. Cinq siècles ont passé mais, depuis cette époque, une grande partie du monde écrit toujours le passé d’une même façon, une façon  européenne. Dans un manuel scolaire japonais, par exemple, l’enseignement de l’histoire démarre avec les Égyptiens, comme en Europe !

Les Espagnols ont réussi à faire vivre plusieurs continents à la même heure, au même rythme, selon les mêmes modes de vie et de pensée, et ils ont insérés différents peuples dans une même histoire. En tant qu’Européen, nous avons tendance à considérer cela comme un fait «naturel» alors que ça ne l’est pas.

L’Europe est-elle encore aujourd’hui le moteur de ce processus de mondialisation, qu’elle a amorcé au XVIe siècle?

Après l’Espagne, qui a été moteur de cette mondialisation au XVIe siècle, les puissances anglaises et françaises ont pris le relais aux XVIIe-XVIIIe siècle. Mais depuis la Première Guerre mondiale, nous sommes entrés dans une crise de la domination européenne. L’Europe a peu à peu perdu le leadership moral – avec la Shoah – puis le leadership économique et technologique. Le déclin européen n’est pas récent, il a commencé il y un siècle! Le véritable moteur de la mondialisation, maintenant, c’est évidemment la Chine.

Vous vous inscrivez depuis plusieurs années dans une approche «globale» de l’histoire, qui s’efforce d’insérer l’histoire nationale dans un cadre bien plus large. Comment percevez-vous certaines critiques, qui y voient une culture de la repentance?

Faire de l’histoire «globale», ce n’est pas faire acte de repentance. Faire de l’histoire «globale», c’est avoir un regard critique sur l’histoire telle qu’elle a été écrite pendant des siècles, une histoire eurocentrée, fondamentalement liée à la chrétienté et construite sur un biais colonial. C’est prendre conscience que notre histoire n’est pas neutre, qu’elle a été imposée à plusieurs peuples, et qu’il importe donc de prendre quelques distances vis-à-vis d’elle.

La mondialisation est un phénomène très ancien, vieux de cinq siècles. Ce qui me frappe, c’est de constater à quel point, encore aujourd’hui, nos schémas mentaux font que l’on reste très ignorants de l’étranger et du lointain, et très rétifs à s’y intéresser. D’une certaine façon, nous pensons encore comme au XVe siècle, avant la découverte de l’Amérique, comme s’il ne s’était rien passé depuis, et comme si l’échelle nationale restait la plus pertinente pour comprendre le monde.

Les débats sur l’histoire, comme enseignement ou non du «roman national», sont donc dépassés ?

Je le crois. Les médias accordent bien trop d’attention à ce type de débats, qui n’ont pas vraiment d’intérêt. Dans une société comme la nôtre, qui a vu arriver des populations venues d’ailleurs, comment peut-on envisager de ne s’intéresser en 2017 qu’à l’histoire hexagonale? La diversité des populations européennes exige un enseignement de l’histoire qui ne soit pas seulement cantonné aux frontières de la France.

Propos recueillis par Sébastien Billard

La Machine à remonter le temps:
comment l’Europe s’est mise à écrire l’histoire du monde,
par Serge Gruzinski,
Fayard, 368 p., 21,90 euros.

A D Winans: Charles Bukovski ve Yeraltı Devrimi

Filed under: Actualité, beat, Edition, livres — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 7:49
The Turkish translation of my book TheHoly Grail: Charles Bukokwski and the Second Coming Revolution is completed and will shortly see publication. The book is 296 pages
(in Turkish only) and will be published in an edition of 2000 copies. Over the last ten years, 20 poems of mine (and an essay on the San Francisco Beat Scene) have been published in Turkey. The publisher, translator and I will be working on a compilation of my poems next year and I’m hoping for a bilingual edition. Very pleased to have a book of mine done is this large an edition.
http://www.rob389.com/charles-bukovski-ve-yeralti-devrimi-a-d-winans/dp/en/11/9786059486385 
 A D Winans

30 novembre 2017

GENDXXI – Le Mag. N°18 – Novembre 2017

Filed under: Actualité, APNM, Gendarmerie — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:08

Mesdames, Messieurs,

Très chers adhérents et bénévoles,

La rédaction du magazine vous invite à prendre connaissance du numéro 18 de « GENDXXI – Le Mag » du mois de Novembre 2017.

 

 

 

AU SOMMAIRE DANS CE NUMÉRO :

  • Suicides chez les forces de l’ordre
  • Temps de travail: GendXXI attire l’attention de la Communauté Européenne
  • PLF 2018: GendXXI devant la Commission de la Défense
  • Servir: le livre-événement du Général Pierre de Villiers

 

 

Nous vous en souhaitons bonne lecture.

Associativement


Rédaction le Mag GendXXI redaction.lemag@gendxxi.org
Accéder à tous les magazines de l’association

Lenka Lente: JOHN COLTRANE (au courrier) + LE SON DU GRISLI #3 (précommande) + NURSE WITH WOUND (derniers posters)

Filed under: Actualité — Étiquettes : , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:45

 

parution à paraître déjà paru

JOHN COLTRANE

FRANK KOFSKY

CONVERSATION

LENKA LENTE – 20 NOVEMBRE 2017
LIVRE FRANÇAIS
40 PAGES
10 X 15,5 CM
ISBN : 979-10-94601-18-1
9 EUROS
http://www.lenkalente.com/product/conversation-de-john-coltrane-et-frank-kofsky
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DAVID GRUBBS, AMM, DAUNIK LAZRO, KURT SCHWITTERS

ANNA TJAN, DAVE PHILLIPS, ORNETTE COLEMAN

LE SON DU GRISLI #3

LENKA LENTE –  FIN DÉCEMBRE 2017

REVUE
150 PAGES
19 X 21 CM
12 EUROS
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NURSE WITH WOUND POSTER

Charles-Louis Phillippe vs Félix Vallotton
A5
20 EUROS
 

Galerie Ecritures: Pierre Lafoucrière

Filed under: Actualité, galerie, peinture — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:25

 

J’ai la profonde tristesse et l’immense regret de vous annoncer le décès de Pierre LAFOUCRIERE, il venait d’avoir 90 ans. Serein et entouré de ses enfants, petits-enfants et arrière petit enfant, il s’est éteint après avoir réalisé tous ses derniers projets. Ainsi il a inauguré une exposition en mai-juin à la Médiathèque de Vichy : « Le Peintre et la Bibliothécaire, Pierre Lafoucrière et Monique Kuntz une amitié féconde », il a participé activement à sa dernière exposition majeure à Montluçon en juin-juillet dans 2 lieux : Le Fonds d’Art Contemporain de la Ville de Montluçon et la Galerie Ecritures, il a terminé avec moi la préparation de sa monographie : « LAFOUCRIERE, un Chemin de Lumière » et a pu apprécier le livre édité. Il a préparé sa participation à une exposition sur le vitrail qui va avoir lieu à Souvigny début 2018 et a réalisé en Juillet et Août pour Ecritures une vingtaine d’œuvres nouvelles, un ensemble magnifique d’aquarelles et crayons de grand format, pleines de vie et de force. Ces œuvres posthumes sont prêtes pour sa prochaine exposition à la galerie.

Il va reposer auprès de Nicole, sa femme dans le petit cimetière de Valignat dans l’Allier.

Avec son décès, l’art contemporain perd un formidable créateur, maîtrisant les techniques au service d’une rare sensibilité, ce qui lui a permis de réaliser un très bel ensemble d’œuvres. Et si les supports, les couleurs, les sujets sont différents, l’ensemble est très homogène, on reconnaît de suite son travail dans lequel dominent le geste, la lumière, l’harmonie et la spiritualité. Ce travail demeurera au-delà de sa disparition. Il est dans les foyers d’amateurs, dans les Frac, les Musées, il est dans la salle qui lui est consacrée aux Musées d’Art Moderne Religieux, son œuvre est visible surtout dans les églises qui accueillent ses vitraux, ses chemins de croix, vêtements liturgiques, croix de procession et autre porte de tabernacle (plus de 14 lieux). Il est et restera dans le cœur des visiteurs et amateurs de peinture tant sa personnalité était attachante pour rester pudique.

Avec son décès, Ecritures perd un de ses fidèles collaborateurs, un soutien sans faille depuis la création il y a 40 ans, il m’avait été présenté par Louis DALLANT en 1987. Ensemble, nous avons réalisé de nombreuses expositions personnelles et collectives. En ce qui me concerne, je perds un ami qui a cheminé avec moi sur les sentiers de l’art en partageant avec lucidité les différentes traces, qu’elles soient de lui ou d’autres artistes. Nous avons aussi assisté à des concerts car la Musique avait une importance aussi capitale dans son travail que le Ciel, la Terre, l’Eau, le Feu et les couleurs du Temps. Nous avions perdu il y a juste 10 ans notre ami Louis, poète, amateur et collectionneur de peintures, cette année Pierre m’a accompagné pour le décès de Serge, collectionneur d’art et soutien des artistes. Mais je ne me sens pas seul en ce jour car ces 3 amis continueront de m’accompagner dans le travail de la Galerie.

Jean Marc VINCENT – 7 11 2017

Lenka Lente: Au courrier : Du piano-épave / The Well-Weathered Piano de Ross Bolleter !

Filed under: Actualité, Edition, livres — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:15

parution à paraître déjà paru

ROSS BOLLETER

DU PIANO-ÉPAVE

THE WELL WEATHERED PIANO

LENKA LENTE – 26 OCTOBRE 2017
LIVRE FRANÇAIS / ENGLISH
234 PAGES
15 X 19,5 CM
ISBN : 979-10-94601-17-4
20 EUROS
 
 
http://www.lenkalente.com/product/du-piano-epave-de-ross-bolleter
LENKA LENTE 7, BOULEVARD G. GUIST’HAU 44000 NANTES

José Altimiras, Etienne Rouziès: UN TICKET POUR UN TRAM

Filed under: Actualité, bande dessinée, Edition, livres — Étiquettes : , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:57

VOIX éditions

http://www.voixeditions.com

 José a encore sévi, à travers cette BD dans laquelle il nous fait voyager à bord du tram dans le Perpignan de la deuxième moitié du XXème siècle. Ce circuit touristique est commenté, sous la plume d’Etienne Rouziès, par deux voyageurs dont je me garderai de vous dévoiler l’identité. Vous la découvrirez à travers cet album, publié par Richard Meier chez Voix Editions http://www.voixeditions.com/.
D’autres BD de José Altimiras chez Interzone Editions:
Le Taxidermiste (versions française, anglaise et néerlandaise), textes de François Darnaudet, adapté du roman Le Taxidermiste (François Darnaudet & Thierry Daurel),
Central Hôtel, texte de Guy Marcenac, d’après le roman Les  Clients du Central Hôtel, d’André Héléna.
I. Aubert-Baudron

Un ticket pour un tram – José Altimiras, Etienne Rouziès

Un ticket pour un tram – Quatrième de couverture

28 octobre 2017

La vie des idées: La revanche des villages

Filed under: Actualité, Economie — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:31

http://www.laviedesidees.fr/La-revanche-des-villages.html

par Éric Charmes , le 24 octobre

Opposer la richesse des villes à la pauvreté des campagnes, c’est en fait ne pas comprendre la réalité des inégalités territoriales. Les villages sont aujourd’hui souvent plus attractifs qu’un grand nombre de villes moyennes, qui connaissent des difficultés démographiques et économiques majeures.

« La République française se veut une et indivisible, pourtant, le pays semble bien divisé en deux. France des villes et France des campagnes » (propos mis en ligne sur le site de Public Sénat, le 9 juin 2017) ; « À Paris, Emmanuel Macron a fait 90 % des voix, au Mans, 73 %. La France des villes concentre tous les pouvoirs : celui des élites, celui de la finance… Parallèlement, il y a des territoires abandonnés » (propos de campagne d’un candidat de la France insoumise dans Les Alpes mancelles, 7 juin 2017) ; « Il y a urgence aujourd’hui à faire de la ruralité une priorité de l’action publique et un sujet central du débat public. Si nous ne voulons pas voir s’agrandir le clivage entre la “France du haut” et la “France du bas”, entre les villes gagnantes de la mondialisation et les territoires ruraux qui souvent la subissent » (propos d’un élu de centre droit qui exerce des responsabilités importantes dans des associations de maires, 7 juin 2017).

Ces quelques phrases, qui ont accompagné les dernières élections législatives, montrent à quel point le discours politique est imprégné de l’idée qu’il y aurait une opposition, ou à tout le moins une tension entre la France des villes et la France des campagnes. Cette vieille opposition est pourtant bien éloignée de la réalité. Ce décalage entre le discours et les faits observables est particulièrement dommageable, car l’opposition entre villes et campagnes fait écran à la compréhension des véritables inégalités territoriales et obstacle à leur traitement. Loin de l’image d’une « France périphérique » qui serait avant tout constituée de campagnes, hors des grandes métropoles, les difficultés sociales se concentrent au cœur des villes moyennes. Il existe certes de nombreux villages pauvres, ainsi que des petites villes en grande difficulté, notamment dans les territoires miniers du nord-est de la France, mais de nombreux centres des villes moyennes sont également en crise. Plus encore, à rebours des idées qui dominent les débats publics, les territoires les mieux lotis de la France périphérique sont bien souvent des villages entrés dans l’orbite d’une ville moyenne et devenus de ce fait périurbains. Mieux, la concurrence entre ces villages périurbains et les centres des villes moyennes est l’une des principales explications des difficultés de ces centres. Certains cas relèvent même d’un white flight, c’est-à-dire d’un exil des classes moyennes (souvent blanches) dans des périphéries résidentielles, abandonnant les centres aux ménages les plus modestes (souvent d’origine maghrébine ou turque). D’une certaine manière, après un exode rural qui a laissé les campagnes exsangues au profit des villes, la périurbanisation offre une revanche aux villages [1].

Villes moyennes, métropoles et espaces urbains La ville peut être définie de multiples manières. En première approche, on peut se référer au zonage dit en « aires urbaines » produit par l’Insee en 2010. Selon ce zonage, une aire urbaine est composée d’une commune principale (le centre, qui donne son nom à l’aire urbaine), de communes de banlieue (dont les espaces bâtis sont dans la continuité de ceux du centre et qui avec ces derniers forment l’agglomération), et de communes rurales sous l’influence de ce centre et de ses banlieues (qui forment ce que l’Insee appelle les couronnes périurbaines). Selon ce zonage, 83 % de la population française vit dans l’une des 241 aires urbaines dont le centre et les banlieues comptent au moins 10 000 emplois. Parmi ces 241 aires urbaines, cet article distingue les « villes moyennes » et les grandes métropoles [2]. Il est délicat de fixer la limite entre ces deux catégories, mais on peut distinguer des centres métropolitains qui se caractérisent par une concentration marquée des « cadres des fonctions métropolitaines » (CFM). L’Insee désigne ainsi les cadres qui ont des fonctions créatives, de gestion ou de direction. Douze grandes métropoles se distinguent avec plus de 11 % de ces CFM dans la population active de leur ville centre [3]. Les aires urbaines de ces 12 métropoles comptent toutes plus de 580 000 habitants. Parmi les aires qui franchissent ce seuil démographique, seules Toulon et Rouen se singularisent avec des CFM qui représentent respectivement 6,5 et 7,4 % de la population active. Dans les villes plus petites, le seuil de 11 % n’est presque jamais dépassé. Ces aires urbaines de moins de 580 000 habitants, qualifiées ici de moyennes, rassemblent environ 44 % de la population française.

La crise des centres de villes moyennes

Hors des grandes métropoles, les villes connaissent des destins très variables [4]. Certaines jouissent d’une économie dynamique et pas seulement celles qui bénéficient d’attraits touristiques. Par exemple, dans la région Bourgogne–Franche-Comté, Besançon, dont l’aire urbaine pointe au 42e rang en termes de population, est une ville attractive, qui se développe autour de son université, des nanotechnologies, des industries de la santé et de l’horlogerie. Niort, qui pointe quant à elle au 52e rang, est aussi une ville très dynamique, bien connue comme étant le siège des principales mutuelles françaises. Niort est d’ailleurs l’une des très rares villes moyennes qui concentre autant de cadres des fonctions métropolitaines (voir encadré) qu’une ville comme Nantes, avec une part de 12,6 % de sa population active.

Ceci étant, beaucoup de villes moyennes sont en difficulté. Béziers, Carpentras, Perpignan, Chaumont, Sedan, Forbach, Mulhouse, Lens, Calais, Boulogne-sur-Mer, Maubeuge, Roubaix, Le Puy-en-Velay, Saint-Étienne, Mâcon, Angoulême, Blois, etc. Autant de noms de villes plus ou moins importantes, de préfectures ou de sous-préfectures qui toutes connaissent des dynamiques semblables. Celles-ci ont trois composantes principales. La première est démographique, avec des baisses parfois impressionnantes, notamment dans les régions en crise, au nord et à l’est de la France. Ainsi, à Lens, la ville centre a perdu plus du quart de ses habitants entre le début des années 1970 et aujourd’hui. Il ne faut toutefois pas faire de ces baisses parfois spectaculaires l’unique critère pour mesurer les difficultés démographiques d’une ville. Dans les régions attractives, des villes peuvent être en crise et avoir une population en hausse. Seulement une hausse de 15 %, comme celle qu’a connue la population de Perpignan depuis le début des années 1970 reste modeste, lorsque, dans le même temps, la population régionale augmentait de plus de 50 %.

Les difficultés des commerces sont une autre composante de la crise des villes moyennes. La clientèle se paupérise ou se raréfie et les vitrines qui portent un panonceau « À vendre » se multiplient. Cet aspect de la crise, le plus visible, est le plus médiatisé. Plusieurs reportages ont récemment montré le spectacle désolé offert par certaines rues [5]. D’un point de vue quantitatif, les chiffres publiés régulièrement par la fédération du commerce spécialisée, dénommée PROCOS, font référence. Alors que la vacance commerciale est inférieure à 5 % dans des villes comme Lyon, Nantes, Strasbourg ou Toulouse, elle dépasse 10 % dans toutes les villes listées plus haut. Elle excède même 15 % à Béziers, Forbach, Calais, Le Puy-en-Velay ou Lens. Et souvent ces taux augmentent de l’ordre d’un point par an.

Les villes en crise se distinguent enfin par la faiblesse des revenus de leurs habitants, avec une concentration notable des ménages modestes [6]. En fait, à l’échelle de la France métropolitaine, les plus bas revenus se trouvent dans quatre types de territoires : les banlieues populaires de quelques grandes villes, notamment en Seine–Saint-Denis et dans la banlieue lyonnaise (les quartiers nord de Marseille n’apparaissent pas sur les cartes, car ils sont intégrés à la ville) ; les secteurs ruraux isolés (notamment dans le centre et le Languedoc Roussillon) ; les territoires désindustrialisés (principalement dans le nord-est de la France) ; et des communes situées au centre d’une aire urbaine moyenne. Ainsi, dans la banlieue lyonnaise, les trois communes pour lesquelles la médiane des revenus fiscaux par personne est la plus basse sont Vénissieux, Vaulx-en-Velin et Saint-Fons avec 15 000 à 16 000 euros par an. C’est exactement l’intervalle dans lequel s’inscrivent les communes de Béziers, Perpignan, Carpentras, Sedan, Forbach, Mulhouse, Lens, Calais ou Boulogne-sur-Mer. À Maubeuge, la médiane est encore plus basse avec 14 700 euros et à Roubaix elle se situe à peine au-dessus de 13 000 euros. Il y a donc bien une pauvreté hors des banlieues des grandes métropoles comme l’a souligné Christophe Guilluy [7], mais cette pauvreté ne se trouve pas d’abord dans les campagnes. Les secteurs ruraux pauvres ou les petites villes déshéritées ne doivent certes pas être négligés, mais leur poids démographique est nettement moins important que celui des centres des villes moyennes.

La faute à l’étalement urbain ?

Face à cette situation, on peut incriminer les mutations de l’industrie et la crise du fordisme, on peut aussi mettre en cause la concurrence de grandes métropoles qui capteraient toutes les richesses. Ces facteurs sont connus et jouent évidemment un rôle déterminant. Ils ne suffisent cependant pas à expliquer la situation et, plus particulièrement, pourquoi, dans une région donnée, les centres des villes moyennes sont les territoires les plus en difficulté. Bien souvent en effet, dans les aires urbaines dont la ville centre est en déclin, les communes des périphéries et notamment les communes périurbaines se portent relativement bien. On y trouve peu de ménages très aisés, mais les classes moyennes y sont bien représentées. La dynamique démographique est positive et les commerces installés dans les centres commerciaux périurbains sont généralement en meilleure santé que leurs homologues des centres [8]. Ainsi, Chaumont a perdu environ 15 % de ses habitants par rapport aux années 1970 quand plusieurs communes périurbaines voisines ont vu leur population multipliée par deux [9].

Comment expliquer ces divergences dans les trajectoires sociales, économiques et démographiques de communes plongées dans un même contexte économique et géographique ? L’étalement urbain, avec son cortège de zones commerciales entourées de vastes parkings, semble un coupable tout désigné. Cette thèse domine la littérature universitaire internationale et s’est imposée dans le débat public français [10]. Sont particulièrement mis en cause les acteurs de la grande distribution qui ont parsemé le territoire de centres commerciaux périphériques et périurbains, beaucoup plus facilement accessibles en voiture que les rues commerçantes des centres, et proposant un choix plus large et des prix plus bas. Face à cette concurrence, beaucoup de commerces des centres-villes baissent progressivement pavillon. Et de nombreuses familles préfèrent quant à elles quitter les appartements de ces centres aux attraits flétris pour gagner les maisons individuelles des périphéries.

Bref, la principale source des différences entre les centres des villes et leurs périphéries résiderait dans la domination d’un modèle de développement urbain basé sur l’habitat individuel, la mobilité automobile, les centres commerciaux et les zones d’activité. Ce modèle aurait vaincu celui proposé par des centres de villes où prédominent l’habitat collectif, les déplacements piétonniers et les petits commerces indépendants. L’explication est séduisante et n’est pas sans fondement. Il reste toutefois à expliquer pourquoi ce modèle a affaibli les centres des villes moyennes et pas ceux des grandes métropoles. Au cœur de ces dernières, le commerce de détail est loin de décliner. Il s’est même imposé comme un ressort de croissance pour la grande distribution.

La revanche des villages sur la ville

L’étalement urbain concerne de nombreuses villes dans de nombreux pays. Il n’est donc pas uniquement déterminé par les particularités institutionnelles françaises. Au demeurant, la fragmentation du tissu communal français joue un rôle important. L’intensité et la forme de l’étalement urbain sont en France très liées aux pouvoirs dont disposent les communes des banlieues résidentielles et du périurbain. En matière d’urbanisme, la France a longtemps suivi le chemin d’une décentralisation radicale, notamment avec les lois du début des années 1980 qui ont confié aux communes des compétences larges et nombreuses. La tendance ne s’est véritablement inversée qu’avec les lois dites Chevènement sur l’intercommunalité votées en 1999. Cette inversion reste laborieuse et même dans les grandes métropoles, où l’intégration politique des intercommunalités paraît la plus avancée, le pouvoir des maires reste déterminant [11].

La conséquence est qu’en France, la croissance spatiale des villes a été guidée principalement par l’addition de décisions prises à l’échelle de petites communes. Lorsque des communes rurales entrent dans l’orbite d’une ville, les intérêts des propriétaires fonciers pèsent souvent lourdement dans les politiques municipales. Ces propriétaires demandent l’ouverture des vannes de l’urbanisation pour tirer parti de la rente foncière (les bénéfices privés sont parfois colossaux). Mais très vite, les nouveaux habitants (les périurbains) deviennent majoritaires et décident de refermer plus ou moins complètement ces mêmes vannes pour préserver leur cadre de vie villageois ou campagnard. C’est ainsi qu’en France, environ neuf communes périurbaines sur dix comptent moins de 2 000 habitants et se présentent comme des villages. C’est ainsi également que les couronnes périurbaines se sont largement étendues, la demande de logement se reportant d’un village à l’autre, au fur et à mesure que les premiers installés parviennent à limiter l’urbanisation. Dans une aire urbaine moyenne de l’ordre de 100 000 habitants, il est courant de compter environ 70 communes périurbaines qui rassemblent au total environ 50 000 habitants.

À l’échelle de l’aire urbaine, la concurrence règne entre les communes pour la captation des ressources fiscales locales ou de l’attraction des ménages les plus aisés. Face aux villages périurbains, seuls les centres des métropoles les plus importantes peuvent véritablement résister et continuer à capter les classes moyennes, les commerces et les entreprises. Ces centres sont suffisamment bien dotés en équipements, services et aménités pour faire face à la concurrence des périphéries. Ils peuvent non seulement maintenir en place les ménages aisés, mais aussi les attirer (la gentrification des quartiers populaires en témoigne). Dans les villes plus petites, la donne est différente. Leur accès depuis les périphéries est relativement facile (à la différence de Paris ou Lyon où résider dans le périurbain implique un accès très contraint au centre avec des déplacements de plusieurs dizaines de minutes). En même temps, elles rassemblent moins de ressources distinctives, leur offre commerciale est souvent moins diversifiée et moins compétitive que celles des centres commerciaux périurbains. Parallèlement, une part de plus en plus importante des emplois des aires urbaines moyennes se trouve dans des zones d’activité périphériques. Du coup, résider dans la ville centre de ces aires a peu d’attraits pratiques. Cela en a d’autant moins que les logements proposés dans les villages périurbains, des maisons neuves avec jardin ou d’anciens corps de ferme rénovés, sont souvent plus attrayants, tant en termes de confort qu’en termes de prix.

Dans un tel contexte, les villes qui ont déjà des difficultés (liées à des mutations économiques, à une perte d’attractivité de leur région, etc.) peuvent perdre pied. Mulhouse par exemple, qui avec Roubaix a aussi été appelée le Manchester français, éprouve de grandes difficultés à trouver un second souffle après la désindustrialisation qu’elle a connue. Avec 15 400 euros de revenu fiscal médian par an, elle fait partie des villes moyennes les plus pauvres de France, alors que sa couronne périurbaine compte au contraire des communes parmi les plus aisées du pays. À moins de six kilomètres du centre de Mulhouse en direction de Bâle, se trouve Zimmersheim, une commune d’un peu plus de 1 000 habitants où le revenu fiscal médian dépasse 32 000 € par an (ce qui place la commune dans le dernier centile à l’échelle nationale). Le cas est extrême, en raison de la proximité de la Suisse, et à Béziers ou Perpignan par exemple les contrastes sociaux entre centres et espaces périurbains sont nettement moins marqués. Il n’empêche, dans la France périphérique, on est loin d’une domination des villes sur le périurbain ou sur les campagnes.

Un white flight à la française

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