Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

19 mai 2015

Rue 89: Un ministre a-t-il le droit de dire tout le mal qu’il pense du franc CFA ?

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http://blogs.rue89.nouvelobs.com/rues-dafriques/2015/05/14/un-ministre-t-il-le-droit-de-dire-tout-le-mal-quil-pense-du-franc-cfa-234557

Sabine Cessou
journaliste

Publié le 14/05/2015 à 13h15

Kako Nubukpo, ministre de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques au Togo, est un économiste bien connu en Afrique de l’Ouest pour ses prises de position critiques à l’égard du franc CFA – une « servitude volontaire » à son avis, comme l’indique le titre d’un article qu’il a publié en mars 2007 dans la revue Politique africaine.

Ses critiques répétées lui valent d’être dans le collimateur de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui chercherait sinon à obtenir sa tête, du moins à le faire taire.

Une devise « trop forte »

La devise du franc CFA, créée en 1945, circule dans les quatorze anciennes colonies françaises d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale (en plus des Comores, la Guinée Bissau et la Guinée équatoriale).

Elle est liée à l’euro par un taux de parité fixe, et s’avère du coup « trop forte » pour garantir la compétitivité des économies concernées, estime Kako Nubukpo.

Elle rattache par ailleurs les pays de la zone franc à la France par le biais d’un « pacte colonial » qui les contraint à placer 50% de leurs réserves de change auprès du Trésor public français – pour représenter au moins 20% de couverture de l’émission monétaire, un taux qui serait en réalité beaucoup plus important, à plus de 100% selon Kako Nubukpo. Autant d’argent qui ne peut pas servir aux pays d’où il provient, pour financer leur propre développement…

L’« acharnement » du ministre

Des courriers internes à la BCEAO dont nous avons obtenu des copies, émanant notamment de Kossi Tenou, directeur de l’antenne de la Banque centrale au Togo et adressés au gouverneur de la BCEAO, l’Ivoirien Tiemoko Meyliet Koné, font état d’un « acharnement » de la part du ministre.

L’un des cadres de la BCEAO, sollicité pour avis par Kossi Tenou, recommande au sujet de Kako Nubukpo :

« Il conviendrait de le rappeler à l’ordre pour éviter à l’avenir qu’il continue de formuler des critiques qui n’ont aucun lien avec les objectifs poursuivis lors des colloques au cours desquels il intervient. »

Dans un avis différent, émis par un autre cadre de la BCEAO :

« Le ministre à mon humble avis est libre d’exprimer ces critiques, qu’il ne sera ni le premier ni le dernier à faire. »

Pour « un débat franc et ouvert »

Réaction de Kako Nubukpo :

« Au lieu d’engager un débat franc et ouvert, la BCEAO a fait le choix, par des voies tortueuses, de chercher à sanctionner le ministre d’un pays souverain, qu’elle accuse “d’acharnement” à l’encontre de sa politique monétaire.

Je considère que c’est une double atteinte, d’une part contre mon sérieux intellectuel (d’où le terme “d’acharnement”) et contre la souveraineté du Togo. Je rappelle que la BCEAO est une délégation de souveraineté, elle ne peut pas s’imposer aux Etats. »

« Culture d’irresponsabilité »

Un ministre d’un pays de la zone franc a-t-il le droit de dire ce qu’il pense du système monétaire hérité de la colonisation – et qui rattache désormais le franc CFA à l’euro ? Réponse claire de Mamadou Koulibaly, ancien ministre des Finances de Côte-d’Ivoire et ancien président de l’Assemblée nationale, candidat à la présidentielle de 2015, économiste lui aussi connu pour ses critiques à l’encontre du franc CFA :

« Oui, on a le droit si l’on se considère dans un partenariat où l’on s’exprime d’égal à égal. En revanche, si l’on se considère dans un régime de subordination et que des voix peuvent s’exprimer mais pas d’autres, alors on la ferme !

Les gouvernements africains ont fait de ce sujet un tabou et les autorités monétaires pensent qu’elles seules ont le droit de parler de ces questions. Dans la zone euro, les ministres, les gouverneurs et les membres de la Commission européenne expriment des points de vue critiques. C’est impossible dans l’UEMOA [Union économique et monétaire ouest-africaine, ndlr], à cause d’une culture d’irresponsabilité, qui fait que les gens ont pris l’habitude de ne rien dire. »

« Qui s’y frotte, s’y pique ! »

Qu’en pense de son côté Sanou Mbaye, économiste sénégalais lui aussi très critique à l’égard de la devise coloniale et post-coloniale, ancien cadre de la Banque africaine de développement (BAD) aujourd’hui basé à Londres ?

« Non seulement les ministres ont le droit de s’exprimer, mais tous les citoyens de la zone franc. Le problème, c’est que la France a fait écarter tous ceux qui se sont attaqués au franc CFA. La BCEAO n’est qu’une agence du Trésor public français. Heureusement, certaines voix s’élèvent aujourd’hui chez les intellectuels, mais la plupart des gens se taisent parmi les élites francophones.

J’ai moi-même été visé au cours de ma carrière lorsque j’ai publié un article critiquant le franc CFA. La France avait demandé à la BAD de me renvoyer, et le président de la BAD à l’époque, en 1994, m’avait donné un blâme.

Mais tous les intellectuels de la zone franc le savent : qui s’y frotte, s’y pique ! »

« L’argent de l’Afrique se retrouve à Paris ! »

L’économiste sénégalais enfonce le clou, sur les vraies raisons du maintien d’une devise post-coloniale qui permet aux élites politiques d’Afrique francophone de s’acheter facilement des appartements à Paris :

« Il faut une vraie convertibilité de la devise, la fin de la parité fixe et la fin des transferts libres de capitaux en francs CFA entre les pays de la zone et la France. Ces transferts libres n’existent ni en Chine, ni au Brésil, ni en Afrique du Sud… Ils permettent aux sociétés françaises de rapatrier leurs profits et aux élites locales de s’acheter des appartements à Paris… Tout cela doit finir ! »

Quant à l’universitaire sénégalais Lamine Sagna, ancien professeur d’économie à Princeton (Etats-Unis), il explique en des termes très clairs le « problème CFA » – une analyse qui rejoint celle de Kako Nubukpo :

« La France ne tient pas à changer le système, puisque tout l’argent de l’Afrique se retrouve à Paris ! Le système de solidarité monétaire du franc CFA oblige les pays de la zone franc à mettre 50% de leurs réserves de devises étrangères dans le compte du Trésor français. Il y a un plafond sur le crédit accordé à chaque pays membre qui équivaut à 20% de leurs recettes publiques de l’année précédente.

Si les pays ont besoin d’emprunter plus, tant pis pour eux ! Le dernier mot sur le franc CFA appartient au Trésor public français, qui investit l’argent des pays africains en son propre nom à la Bourse de Paris. C’est un grand avantage pour la France, dont on ne parle pas assez ! »

PS Quatre économistes viennent d’écrire cette lettre ouverte à la BCEAO, « Nécessité d’une critique nouvelle et interne du franc CFA ».

En complément d’infos:

– Sur jeuneafrique.com: Zone franc, zone d’ombre , par Kako Nubukpo,

– Le Quotidien (Sénégal): Lettre ouverte à la Bceao : Nécessité impérieuse d’une critique nouvelle et interne du Franc Cfa , par Martial Ze BELINGA,  Makhily GASSAMA,  Demba Moussa DEMBELE et Sakho BAMBA.

Franc CFA (Wikipédia).

26 janvier 2015

Le Monde: 10 chiffres sur l’Afrique qui pourraient vous surprendre

Filed under: Actualité, Economie — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 4:34
Loin des famines, des guerres, des massacres et des clichés, l’Afrique est aussi un continent de bonnes nouvelles et d’informations positives. La preuve en dix chiffres.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique:lma/video/2015/01/19/10-chiffres-sur-l-afrique-qui-pourraient-vous-surprendre_4558989_3212.html
Crédits musique : Sauti Sol

16 juillet 2014

Le développement économique de l’Afrique, avec Lionel Zinsou

Filed under: Actualité, Economie, France culture, radio — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:09

L’Esprit Public, France culture, 06.07.2014 – 11:00

http://www.franceculture.fr/emission-l-esprit-public-le-developpement-economique-de-l-afrique-avec-lionel-zinsou-2014-07-06

Enregistrement de l’émission : http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4867064

Lionel Zinsou, vous êtes franco-béninois. Vous êtes normalien et agrégé, et vous avez enseigné l’économie à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Vous avez été l’un des principaux conseillers de Laurent Fabius à Matignon de 1984 à 1986. Vous avez par la suite rejoint la Banque Rothschild dont vous avez développé les activités financières en Afrique et au Moyen-Orient. Depuis 2008, vous dirigez PAI Partners, l’un des principaux fonds d’investissements européens. Avec vous, nous allons nous intéresser au développement économique de l’Afrique.

En 2014, d’après le FMI, le taux de croissance de l’Afrique subsaharienne devrait atteindre 5,4%. C’est une croissance équivalente à celle de l’Inde et deux fois supérieure à celle des Etats-Unis. Ces bons résultats sont le fruit d’une dynamique engagée au début des années 2000.  Les investissements étrangers en Afrique ont massivement augmenté. Ils devraient atteindre un montant historique de 80 milliards de dollars en 2014. La Chine représente à elle seule la moitié de ces investissements. D’après l’OCDE et la Banque africaine de développement, ces fonds contribuent à diversifier les sources de la croissance africaine. Celle-ci ne repose plus uniquement sur les secteurs pétrolier et minier. Le continent voit se développer une industrie manufacturière et de services, favorable à l’émergence d’une classe moyenne. L’agriculture n’en reste pas moins l’un des piliers de l’économie africaine. Ce secteur représente un quart du PIB africain et 60% de l’emploi.

Ce développement général du continent est tiré par un petit nombre de pays dont les performances sont remarquables. En Ethiopie, où l’Etat finance massivement des grands chantiers d’infrastructure, la croissance a atteint 9.7% en 2013. Le pays est en passe de devenir un champion régional en matière d’électricité, notamment grâce à ses investissements dans les énergies renouvelables. L’industrie manufacturière, qui profite des délocalisations, est florissante. Au Ghana, où le taux de croissance à culminé à 13,4% en 2011, la récente découverte de gisements de pétrole a soutenu le développement du pays. Avec l’or et le cacao, l’or noir fait du Ghana une grande puissance exportatrice. Le Parlement ghanéen a strictement encadré l’exploitation du pétrole afin de prévenir la corruption. Cette mesure fait figure d’exception dans une région où la présence d’hydrocarbures nuit souvent au bien être matériel des populations et à l’état de la démocratie. Au nord du continent, le Maroc ambitionne de devenir une grande puissance régionale et se présente comme un modèle de développement. Cet hiver, le roi Mohammed VI a effectué une longue tournée diplomatique en Afrique subsaharienne. Il a conclu de nombreux partenariats bilatéraux qui renforcent l’influence de son pays. En concurrence avec l’Afrique du Sud et l’Algérie, plus riches, le Maroc offre l’image d’un Etat stable. Le pays se modernise et se démocratise petit à petit. Il est l’un des principaux nœuds commerciaux du continent. Les liens forts que le Maroc entretient avec l’Europe contribuent à le rendre attrayant. Les échanges commerciaux à l’intérieur du continent sont encore faibles et devraient exploser dans les années à venir.

Les bonnes performances économiques de l’Afrique sont cependant relatives. L’indice de développement humain reste très faible dans la plupart des pays africains. La situation politique de la région est un autre sujet d’inquiétude. Les régimes autoritaires sont nombreux. Les guerres civiles se sont multipliées ces dernières années, en République démocratique du Congo, au Sud-Soudan, au Mali, en Centrafrique. La Somalie est partiellement aux mains des pirates ou des milices islamistes. En Côte d’Ivoire, après les troubles qui ont suivi l’élection présidentielle de 2011, on redoute une remontée de la violence pour le prochain scrutin, prévu en 2015.

Lionel Zinsou, d’après vous, quelle est la place que l’Afrique est appelée à jouer dans la mondialisation ? Va-t-elle suivre le modèle de développement asiatique ou bien peut-elle trouver sa propre voie ? La stabilité politique a-t-elle vraiment progressé ?

Invités

Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris

Eric LE BOUCHER, éditorialiste aux Echos et co-fondateur de Slate

Thierry PECH, directeuur général de la fondation Terra Nova

Lionel ZINSOU, banquier d’affaires franco-béninois, normalien et agrégé

 

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