Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

26 février 2018

Collectif Lea Guessier: La « haute » administration comme parti présidentiel : une confusion dangereuse

Filed under: Actualité — Étiquettes : , , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:27

https://blogs.mediapart.fr/lea-guessier/blog/220218/la-haute-administration-comme-parti-presidentiel-une-confusion-dangereuse

Léa Guessier

Collectif d’agents publics engagé.e.s

 » Léa Guessier-Liedde est un collectif d’agents publics se réunissant régulièrement pour examiner les politiques publiques qu’ils et elles contribuent à élaborer, contrôler et mettre en œuvre. En tant qu’agents publics, nous souhaitons exposer, à partir de nos expériences professionnelles, les biais… Lire la suite détournant l’administration de la poursuite de l’intérêt général. En tant que citoyen.ne.s, nous sommes préoccupé.e.s par l’affaiblissement et la disqualification du débat politique notamment face aux considérations budgétaires et sécuritaires. Dans ce contexte, nous aspirons à participer au débat public et politique, notamment en explicitant les choix et les valeurs qui sous-tendent les politiques publiques actuellement mises en œuvre. Nous nous nourrissons d’échanges avec les mouvements associatifs et syndicaux. Ce blog présente le résultat de ces réflexions et espère recueillir les vôtres. »

(Une partie de cet article a été publié sous forme d’une tribune dans Le Monde daté du 22 février 2018)

Plus que la ligne politique du Gouvernement, somme toute assez classique, c’est son origine sociologique et idéologique qui semble constituer une des caractéristiques majeures du macronisme. Aujourd’hui en effet, dans ces deux dimensions, la communion entre administration et Gouvernement est totale, comme si la « haute » administration était devenue le véritable parti présidentiel.

L’arrivée au pouvoir d’E. Macron et du Gouvernement E. Philippe représente une évolution majeure pour la politique française et le fonctionnement des institutions. Bien que difficile à caractériser, ce changement ne saurait en aucun cas être réduit aux éléments de communication mis en place par LREM qui vantent le « dépassement du clivage gauche-droite » au profit d’une « politique de bon sens » et la substitution d’un « mouvement nouveau » aux « vieux partis politiques ». En réalité, la ligne politique portée par le Gouvernement n’a rien de novateur. En revanche, la fusion quasi-totale entre celle-ci et la doctrine dominante de la « haute » administration est, elle, tout à fait insolite. C’est peut-être justement un des facteurs qui caractérise la période actuelle : une confusion profonde, à la fois idéologique et sociologique, entre une partie de cette haute administration et ses idées d’une part, et le Gouvernement et la politique qu’il mène d’autre part.

Des cultures et idéologies propres au sein de l’administration

Le fait que l’administration dispose d’un pouvoir propre n’est pas un phénomène nouveau. C’est même une des raisons d’être de l’administration française, « de carrière », qui a pour mission d’assurer la continuité de l’Etat par-delà les changements politiques. Le corollaire de cette permanence administrative est, théoriquement, la neutralité des fonctionnaires.

Pourtant, au sein de chaque administration perdure une ligne idéologique qui lui est propre. Les fonctionnaires passent souvent de longues années au sein d’un même ministère, avec les mêmes interlocuteurs extérieurs, s’imprègnent de sa « culture » et participent à la renforcer. Bercy et ses multiples administrations en est un exemple frappant. Il est ainsi de notoriété administrative que la direction du budget joue un rôle spécifique de serrage de vis budgétaire sur l’ensemble des missions de l’Etat, s’arrogeant dès lors un pouvoir très politique. La direction générale du trésor, chargée de donner son avis sur l’ensemble des arbitrages ayant une dimension économique, défend pour sa part une ligne largement orthodoxe économiquement, etc.

Si chaque administration dispose de ses priorités propres, toutes ne jouissent cependant pas d’un poids équivalent dans l’appareil d’Etat : selon leur capacité d’influence, elles dominent plus ou moins fréquemment les arbitrages interministériels rendus, en dernier ressort, par Matignon. En découle une ligne idéologique administrative dominante, tantôt concordante avec l’orientation politique gouvernementale, tantôt source de frictions. Au point que certaines administrations ont parfois semblé prendre le pas sur le Gouvernement, dans l’orientation globale comme dans des arbitrages ponctuels : réduction du montant du grand emprunt en 20091, renonciation à une privatisation partielle de la Française des jeux en 20142 etc. Alors que les ministres sont bel et bien, juridiquement, les chef.fe.s de l’administration, ces situations où les techniciens se sont emparés de la définition des politiques publiques ont, d’une certaine manière, pavé le chemin de la confusion actuelle.

Une confusion profonde entre politique et « main droite de l’Etat »

La configuration actuelle n’a pourtant pas grand chose d’une démission du politique, dépassé par une administration qui imposerait ses priorités. Au contraire, l’action du Gouvernement témoigne d’une direction politique claire, aux bénéficiaires bien identifiés. L’exemple le plus marquant ? La vigueur de la politique fiscale, incarnée par la suppression de l’ISF et la distribution de plus de 70% de son coût de 3,2 milliards d’euros en bénéfices fiscaux pour les 100 000 plus grandes fortunes. La politique économique choisie ? Le reaganisme du « trickle down economics » (ou « économie du ruissellement ») et ses désormais fameux « premiers de cordée », censés tirer – à long terme et de manière hypothétique – l’économie vers le haut. Et côté questions de société ? La transformation de l’état d’urgence en état permanent achève de convaincre de la cohérence idéologique du Gouvernement actuel : à l’ordolibéralisme, il ajoute un volet sécuritaire et répressif déterminé, aux dépens de la protection des droits fondamentaux.

Une des nouveautés est que cette politique gouvernementale claire se dissimule désormais derrière le paravent du « bon sens ». Elle résonne ainsi avec l’idéologie des administrations dominantes, Bercy3 et Beauvau en particulier, qui se pensent en dehors des clivages et revendiquent, elles aussi, ce « pragmatisme ». Cette pensée du bon sens est même caractéristique de l’administration française : composée d’expert.e.s en leur domaine intimement convaincu.e.s de l’existence d’une « vérité », notamment économique, et de détenir une partie substantielle des « solutions », elle leur permet de distinguer les « bonnes » politiques publiques – la baisse de cotisations sociales – des « mauvaises » – les emplois aidés – à l’aune d’une « efficacité » en permanence invoquée mais très rarement évaluée. Tout se passe comme si l’administration, empêchée de mettre en place ces « réformes nécessaires » pendant trop longtemps, disposait désormais des coudées franches pour « enfin » réformer le pays sous l’impulsion d’un Gouvernement débarrassé des contingences partisanes.

Idéologiquement, la communion entre administration et politique est totale. Et pour cause : la ligne politique gouvernementale est très largement issue du terreau administratif incarné par « la main droite de l’Etat », celle que P. Bourdieu définissait comme les « énarques du ministère des finances, des banques publiques ou privées et des cabinets ministériels ». Dès la campagne présidentielle d’E. Macron, la porosité entre cette « haute » administration et l’équipe de campagne a d’ailleurs été très nette. Elle s’est manifesté dans le choix des personnalités charnières de l’élaboration du programme, dont J. Pisani-Ferry, commissaire général à la stratégie et à la prospective auprès du précédent Premier ministre, devenu en janvier dernier responsable du programme et des idées de l’équipe de campagne d’E. Macron, est l’exemple le plus marquant mais loin d’être unique.

Une administration – parti

Cette confusion entre politique et haute administration, perceptible dès la campagne électorale, a pris une ampleur nouvelle depuis l’élection d’E. Macron. A l’image de sa majorité parlementaire invisible, le parti politique LREM n’a pas trouvé sa place dans l’arène politique. Or les partis politiques jouaient jusqu’à présent un rôle d’interface, de filtre entre les hauts fonctionnaires peuplant les cabinets ministériels et alimentant les propositions gouvernementales. Et c’est peut-être leur absence qui constitue la vraie nouveauté du macronisme : dans la droite lignée de la campagne électorale, les deux fonctions traditionnelles du parti – sélection du personnel politique et élaboration du programme et des propositions – sont aujourd’hui essentiellement et directement assurées par l’administration.

Le rôle prépondérant de l’administration dans la fourniture du personnel politique est flagrant au plus haut niveau, le niveau ministériel. Parmi les 14 ministres ou secrétaires d’Etat qui pourraient être considéré.e.s comme venant de la société civile, les deux tiers d’entre elles et eux avaient auparavant exercé de très hautes responsabilités administratives, le plus souvent de direction d’administration centrale. Il ne s’agit pas ici de débattre de l’opportunité de la mise en place d’un système des dépouilles (spoils system) à la française, où les directeurs et directrices d’administration centrale seraient choisis directement par les ministres : il s’agit de constater que, avec une ampleur inédite dans l’histoire de la République, on choisit les ministres parmi les directeurs et directrices de l’administration.

Le second rôle traditionnel d’un parti politique, l’élaboration du programme et des idées, est aujourd’hui aussi assuré de manière exacerbée par l’administration, parachevant cette mutation vers une « administration – parti ». C’est notamment une conséquence directe de la diminution de la taille des cabinets ministériels : supposés orienter l’action de l’administration dans le sens souhaité par le ministre, leur réduction à portion congrue ne leur permet de jouer ce rôle qu’à la marge. Les propositions politiques émanent dès lors des fonctionnaires et agents publics, dont le rôle – de ce fait – politique est entretenu avec d’autant plus de désinvolture que la ligne dominante de l’administration est celle du Gouvernement. Ce rôle politique de l’administration a trouvé son paroxysme dans le recours aux ordonnances pour la libéralisation du marché du travail : élément clef du programme présidentiel d’E. Macron, les modalités de cette réforme et leur négociation ont été confiées en intégralité à l’administration. Il n’a été demandé qu’une chose aux député.e.s de la majorité parlementaire : l’entériner.

L’ombre de la technocratie

Les risques de la confusion actuelle sont nombreux. L’un d’entre eux se détache particulièrement : le remplacement de démocratie – littéralement, le « pouvoir du peuple » – par la technocratie, au sens premier du terme : le pouvoir des techniciens.

L’ombre de la technocratie était déjà en germe dans la technicisation croissante du débat public : on n’argumente plus toujours pour convaincre du bien-fondé d’une vision de la société, mais pour écraser l’adversaire sous les chiffres, les courbes et les références, censés prouver que notre proposition est « la bonne ». Le pragmatisme autoproclamé des technocrates au pouvoir achève de lisser les différentes options idéologiques derrière un pseudo-débat technique. Il tend à accréditer l’idée d’une seule politique « réaliste », commune à la droite et à la gauche, déplaçant progressivement le clivage gauche/droite vers un clivage entre réalisme et populisme, dont l’extrême-droite fait profit.

Le risque d’une technocratie se matérialise surtout dans la substitution progressive des lieux de pouvoirs. La confusion entre administration et politique et la substitution de l’administration au parti présidentiel conduisent à localiser ce qu’il reste du débat sur la politique gouvernementale au sein de l’administration, entre fonctionnaires choisis par concours, et non à l’Assemblée nationale et au Sénat, au grand jour, entre représentant.e.s du suffrage universel.

En creux, se dessine une double exigence, à la fois éthique et démocratique : la mise en évidence des choix effectués et des alternatives possibles, et, dès lors, la repolitisation du débat public.

1 Bercy au cœur du pouvoir: Enquête sur le ministère des Finances, T. Bronnec et L. Fargues, mars 2011.

2 Dans l’enfer de Bercy, Enquête sur les secrets du ministère des Finances, F. Says et M. L’Hour, janvier 2017

3 Il ne nous aura pas échappé que Bercy, le ministère des finances, est composé d’une myriade d’administrations aux compétences variées et à l’influence inégale. Le terme est employé par commodité pour caractériser l’influence des grandes directions dites « d’état-major » : direction du budget, direction générale du trésor et inspection générale des finances.

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22 février 2018

APNM GendXXI: Militaire français et citoyen européen : le déséquilibre des droits. Un militaire européen résidant en France a plus de droits que ses homologues militaires français.

Filed under: Actualité, APNM, fonction publique, Gendarmerie, Management — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:11

https://www.gendxxi.org/militaire-francais-et-citoyen-europeen-le-desequilibre-des-droits-un-militaire-europeen-residant-en-france-a-plus-de-droits-que-ses-homologues-militaires-Français/

21 février 201

Les députés et les sénateurs devront bientôt se prononcer sur le projet de Loi de Programmation Militaire (LMP) 2019-2025.

GendXXI saisie les parlementaires sur la possibilité ouverte aux militaires de se présenter aux élections municipales.

L’article 18 du projet de loi relatif à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense tire « les conséquences de la décision du Conseil constitutionnel ayant jugé non-conforme à la Constitution l’incompatibilité générale entre le statut de militaire en service et l’exercice d’un mandat municipal».

Cette décision a été rendue en novembre 2014 dans le cadre d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). « Le législateur a institué une interdiction qui, par sa portée, excède manifestement ce qui est nécessaire pour protéger la liberté de choix de l’électeur ou l’indépendance de l’élu contre les risques de confusions ou de conflits d’intérêts », avait alors estimé le Conseil constitutionnel.

La LMP 2019-2025 devrait ouvrir le droit aux militaires de se présenter aux élections municipales, pourtant l’APNM (Association Professionnelle Nationale de Militaires) GendXXI considère que le projet de loi manque d’ambition sur ce point.

Dans son écriture actuelle, l’article 18 de la LMP 2019-2025 offre la possibilité pour les militaires d’accepter un mandat de conseiller municipal dans les communes de moins de 3 500 habitants.

Pourquoi cette limitation selon l’importance des villes ? Les citoyens européens vivants sur le sol français ne subissent pas cette limitation quand bien même ils seraient militaires en activité. GendXXI souhaite la suppression de cette limitation.

De même, pourquoi ne pas profiter de la LPM pour ouvrir aux militaires la possibilité de représenter les français aux élections européennes comme c’est le cas pour les autres citoyens européens résidant en France ?

Enfin GendXXI souhaiterait la suppression du 3ème alinéa de l’article L4121-3 du Code de la Défense. En effet la position de détachement entraîne une suppression de la solde, empêchant de ce fait un plein exercice du mandat du militaire. (le militaire peut être placé à la suite)

GendXXI souhaite que l’étude de la Loi de Programmation Militaire soit l’occasion d’améliorer la condition de citoyen des militaires de France.

Si les militaires ont un statut qui leur impose de légitimes restrictions, certaines appartiennent à un temps révolu et doivent être considérées comme contraires à l’égalité des droits.

GendXXI juge nécessaire les évolutions permettant aux militaires, dans le respect de leur devoir, d’être enfin des citoyens comme les autres.

APNM GendXXI: Le temps de garde, c’est du temps de travail, tranche la Cour européenne de justice

Filed under: Actualité, APNM, fonction publique, Gendarmerie, Management — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:03

RTBF  – Publié le mercredi 21 février 2018 à 11h28

Le temps de garde, c’est du temps de travail, tranche la Cour européenne de justice

Le temps de garde d’un travailleur à domicile obligé de répondre aux appels de l’employeur dans un délai bref doit être considéré comme du temps de travail, a jugé la Cour européenne de justice dans un arrêt rendu mercredi à propos des pompiers volontaires de Nivelles.

En 2015, la Cour du travail de Bruxelles a posé des questions préjudicielles à la Cour de justice pour savoir si ces temps de garde pouvaient entrer dans la définition européenne du temps de travail.

« Le temps de garde qu’un travailleur est contraint de passer à domicile avec l’obligation de répondre aux appels de son employeur dans un délai de huit minutes -ce qui restreint très significativement les possibilités d’exercer d’autres activités- doit être considéré comme du temps de travail », dit la Cour de Luxembourg.

En l’espèce, en cas d’appel, les pompiers doivent se rendre immédiatement à la caserne, ce qui les empêche d’exercer d’autres activités.

Cette décision va désormais faire jurisprudence en Europe, pour autant que les salariés concernés aient l’obligation de se rendre rapidement sur leur lieu de travail. Par contre ce que les juges ne disent pas, c’est la manière dont ces heures d’astreinte doivent être rémunérées.
Cela reste une compétence de chaque Etat membre.

https://www.rtbf.be/…/detail_pompiers-de-nivelles-le-temps-… 

https://www.facebook.com/gendxxi/ 

Voir également sur la Libre Belgique:

21 février 2018

Mediapart: Témoignage d’un médecin hospitalier: La «baisse en gamme» du niveau de soin

Filed under: Actualité, fonction publique, hôpital, Management, médecine — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:13

https://blogs.mediapart.fr/vowl/blog/180218/temoignage-d-un-medecin-hospitalier-la-baisse-en-gamme-du-niveau-de-soin

L’hôpital public français va mal, tout le monde le sait déjà. Mais un fait que la population française ignore pour diverses raisons, c’est que le niveau des soins prodigués dans les hôpitaux est en train de plonger et pour des raisons facilement identifiables.

Je suis un médecin spécialisé en réanimation médicale et je travaille actuellement dans une unité de soins continus, un service dédié à la prise en charge des patients présentant un état menaçant, «précritique» ou «post-critique», dans l’hôpital d’une agglomération de plus de cinquante mille habitants. Voici les extraits de deux courriels que j’ai adressés à la direction de l’hôpital et à plusieurs de mes collègues : « (…) Je tiens à vous rapporter une conséquence particulièrement sévère de l’absence de kinésithérapeute sur l’unité de soins continus. 

Vendredi dernier (02 février), nous avons reçu Monsieur …, de retour d’un séjour en Réanimation au CHU de …. Il avait présenté un état de choc septique avec une défaillance multiviscérale (NDR : une infection très sévère) en post opératoire d’une occlusion intestinale.

48 heures avant son transfert dans notre unité, il avait été extubé (NDR : sevré de la respiration artificielle) et avait récupéré de toutes ses défaillances. Nos collègues du CHU souhaitaient donc nous réadresser le patient. Il restait un encombrement bronchique et je les ai alertés sur l’absence chronique de kinésithérapeute dans notre unité de soins continus. Leur évaluation a conclu à la possibilité de transférer ce patient malgré cette carence en soin.

Comme toujours en médecine, il existe forcément une marge d’erreur et ce qui devait arriver arriva : en l’absence de kinésithérapie de drainage bronchique, le patient a présenté des atélectasies (NDR : une «fermeture du poumon», bouché par les secrétions) récidivantes qui ont conduit à une nouvelle intubation (NDR : une reprise de la respiration artificielle) puis, par conséquent, un deuxième séjour en réanimation chez un patient déjà très fatigué par le premier épisode, le tout entraînant un retentissement majeur sur son pronostic vital (NDR : ses chances de survie).

Bien entendu, il me semble inenvisageable de rejeter la faute sur nos collègues du CHU qui sont censés pouvoir transférer ce patient qui relevait tout à fait d’une unité de soins continus standard. De même, je ne mets personne en cause en particulier (surtout pas les kinésithérapeutes qui sont bien trop en sous-effectif pour recevoir une quelconque critique) et je sais que les solutions de la problématique des kinésithérapeutes ne sont détenues par aucun d’entre nous.  Evidemment, ce cas est tout à fait caricatural mais c’est bien entendu la partie émergée de l’iceberg car la majorité des patients en subissent un retentissement. 

En fait, en vous adressant ce mail, je tiens à faire remonter le fait de manière officielle que notre unité de soins continus (comme la totalité des autres services de l’hôpital probablement) se retrouve lourdement amputée de ses capacités thérapeutiques avec un retentissement net sur le pronostic vital et fonctionnel des patients qui y séjournent.

Je ne pose même pas la question d’une réflexion sur la répartition de la ressource « Kiné », tant cette ressource essentielle est devenue rare mais je fais face à un véritable cas de conscience : celui de proposer de prendre en charge des patients qui s’imaginent que leurs soins seront gérés de manière optimale alors que ce n’est pas le cas. Je me sens déloyal vis à vis des patients que j’admets dans le service car j’entretiens cette ignorance en ne leur révélant pas que le « niveau de gamme »  en soin n’est pas aussi élevé qu’ils le pensent et qu’ils choisiraient probablement de se faire soigner ailleurs s’ils le savaient.

Attendant votre réponse.»

Voici le deuxième courriel, écrit un jour après, le jour même du décès d’une autre patiente.

« Bonjour à tous,

Madame …, 78 ans, est décédée cette nuit à 3h du matin. C’est une patiente insuffisante respiratoire chronique, atteinte d’une maladie d’Alzheimer, qui était venue pour un occlusion intestinale sur une bride, opérée à J6.

La patiente est décédée cette nuit à la suite d’un encombrement bronchique d’aggravation progressive, aboutissant à une détresse respiratoire.

Cette patiente était fragile et, de plus, en période post-opératoire. Ainsi, l’absence de kinésithérapeute sur l’unité de soins continus a une imputabilité certaine dans l’occurrence de ce décès, tout comme c’était le cas pour l’intubation de Monsieur … la semaine dernière. (NDR : cf le cas précédent)

J’ai sur les lits d’USC (NDR : unité de soins continus) une patiente de 35 ans avec une pneumopathie d’inhalation sur un terrain de myopathie (myotonie de Steinert) qui n’est même pas en détresse respiratoire mais que j’ai prise en l’absence de place sur le CHU de …, sachant pertinemment que l’absence d’un passage biquotidien d’un kinésithérapeute lui sera fatal. Je vais donc devoir la transférer quoi qu’il arrive aujourd’hui.

Au problème de l’absence de la ressource « kiné », s’ajoute celui de l’absence de l’oxygénothérapie nasale à très haut debit qui est devenue un outil de travail incontournable en USC. Cette carence a également des conséquences en terme de transferts de patients au CHU et/ou de perte de chance.

Je pense que l’unité de soins continus ne répond actuellement pas au besoin de santé auquel elle est censée répondre et que le retentissement sur la santé des patients est incontestable.

A titre professionnel, je me sens tout à fait désemparé, ne sachant plus si je peux continuer à prendre des patients dans le service. Le moment n’est-il pas venu de prévenir l’ARS ?

Cordialement » 

La disparition progressive des kinésithérapeutes à l’hôpital

Comme chacun d’entre vous peut le constater, ces deux courriels sont essentiellement centrés sur la problématique des effectifs de kinésithérapeutes dans l’hôpital publique. Si de nombreux autres dysfonctionnements occasionnent également une baisse du «niveau de gamme du soin» dans les hôpitaux touchés (c’est à dire la majeure partie), celui-ci est particulièrement caricatural car grave et ancien avec des conséquences qui sont particulièrement dévastatrices à de nombreux niveaux.

En effet, la kinésithérapie respiratoire est très souvent nécessaire et son absence a des conséquences majeures sur le pronostic vital, faisant clairement augmenter la mortalité, mais également sur la durée d’hospitalisation et sur la récupération des capacités physiques d’un patient. Le manque de kinésithérapie mobilisatrice aura également les mêmes conséquences mais dans le sens inverse, ayant principalement un impact sur la récupération des capacités physiques, l’autonomie du patient et la durée d’hospitalisation. Ces trois dernières retentiront ensuite de manière indirecte sur l’espérance de vie du patient.

Alors on pourrait se dire que la kinésithérapie coûte cher et que les finances publiques étant ce qu’elles sont, il faut juste accepter l’idée que nous n’avons plus les moyens dans notre pays d’avoir un soin optimal. Pourquoi pas ?… Sauf que le manque de kinésithérapie et de rééducation au sens large génère énormément de dépendance et que celle-ci est un des principaux fléaux qui frappent notre pays (cf «le naufrage économique et éthique de la dépendance»). En effet, les dépenses secondaires occasionnées sont sans commune mesure avec quelques séances de kinésithérapie.

On peut se demander comment on en est arrivé là et comme bien souvent les causes sont multiples et intriquées. Tout d’abord, le nombre de kinésithérapeutes formés chaque année est limité depuis très longtemps par un numerus clausus ce qui a provoqué une pénurie de kinésithérapeute par rapport à des besoins de santé qui n’ont cessé d’augmenter au fur et à mesure que la population a vieilli. Cette pénurie a fait augmenter l’activité des kinésithérapeutes de villes et donc leurs revenus alors que le statut des kinésithérapeutes dans l’hôpital publique n’a pas été revalorisé, créant un fossé sans cesse grandissant entre les rémunérations dans le secteur privé par rapport à celles du secteur publique. La pénurie s’est donc en majorité portée sur ce dernier. Le dernier facteur qui a fini d’aggraver les choses sont les finances hospitalières : un directeur d’hôpital est censé équilibrer les comptes de l’hôpital dont il a la responsabilité et c’est son objectif premier, en second vient la qualité des soins prodigués dans l’hôpital, quant aux problématiques de santé publique de la population, autant dire que ce n’est bien souvent qu’une vague préoccupation lointaine. Alors, quand l’hôpital vient à manquer cruellement de kinésithérapeutes et qu’un seul poste est pourvu sur les quatre qui sont censés l’être, disons que les administrateurs ne se démènent pas vraiment pour remédier au problème dans la mesure où cela fait trois employés de moins à rémunérer et que les services qu’ils rendent n’arrive pas à  leur apparaitre comme immédiatement «utiles» par rapport aux services rendus par une infirmière, une aide-soignante ou un médecin qui, eux, produisent des soins directement  rémunérateur pour l’établissement. De plus, une grande partie des administrateurs sont peu préoccupés par l’allongement des durées de séjour hospitalier, imputable à cette carence en soins, qui sont pourtant néfastes pour les comptes de l’hôpital et la quasi-totalité n’ont pas grand chose à faire des conséquences d’une telle carence sur la population générale en terme de perte d’autonomie et donc de retentissements graves sur l’économie nationale.

Et encore ! S’il n’y avait que les kinés…

Malheureusement, de nombreux secteurs du soins sont en train de pâtir des finances hospitalières et les effectifs de tous les personnels paramédicaux et médicaux sont en train d’être restreints. Ainsi, dans les hôpitaux les plus fragilisés, là où on comptait une infirmière pour huit à dix patients il y a dix ans dans un service de médecine de court séjour, on en compte maintenant une pour quinze ce qui appelle une augmentation de productivité de… 50 à 80 % !!! Dans n’importe quelle entreprise, si vous diminuez le coût de production encore et encore, vous aboutissez forcément à une baisse du niveau de gamme de la marchandise produite. Et bien pour le soin, c’est exactement pareil : si vous accordez de moins en moins de temps à un soin, à examiner un patient, à réfléchir à son diagnostic et son traitement, vous augmentez le risque qu’un problème survienne et il sera simplement moins bien soigné.

Encore dans les hôpitaux les plus fragilisés, les restrictions budgétaires sont telles qu’elles poussent les directions à ne plus investir dans du matériel actualisé et dans des techniques de soins modernes, comme je le signale dans mon deuxième courriel («oxygénothérapie nasale à très haut débit»). Les soins sont donc parfois prodigués avec du matériel obsolète ou ne fonctionnant plus correctement, voire ne sont pas prodigués du tout faute du matériel adéquat. Là encore, la baisse en gamme est évidente.

Sans parler des techniques de soins poussées, les pharmacies hospitalières, toujours afin de «faire des économies», se retrouvent à faire le choix d’acheter du matériel du quotidien bas-de-gamme. Prenons l’exemple des masques chirurgicaux : ces masques sont de si mauvaise qualité qu’ils descendent peu à peu à chaque mouvement de menton pour finir en pleine procédure de soin par découvrir le nez et la bouche du soignant qui ne peut donc plus ajuster son masque, exposant ainsi le patient à un risque de contamination et donc d’infection nosocomiale… Et des exemples comme celui-ci, il en existe évidemment des dizaines.

Ils ont bon dos, les directeurs d’hôpitaux !

En lisant cet article, on pourrait se dire que les hôpitaux sont mal gérés et que les directeurs sont des incapables. S’ils sont parfois complètement déconnectés de nombreuses réalités du terrain et prennent donc pour certains d’entre eux de nombreuses décisions aberrantes, l’équation qu’il leur est demandé de résoudre est tout simplement insoluble. En effet, les efforts de gestion considérables réalisés depuis plusieurs années ont abouti à des réductions de dépenses très importantes à activité constante. De manière logique, cela aurait donc dû aboutir à une équilibration des budgets hospitaliers mais ça n’a tout simplement pas été le cas dans la mesure où l’état à diminué régulièrement l’argent alloué aux hôpitaux publiques malgré des objectifs d’activité atteints (à lire dans https://www.latribune.fr/economie/france/pourquoi-le-deficit-des-hopitaux-publics-augmente-491808.html et http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/12/20/le-deficit-des-hopitaux-publics-atteint-un-niveau-record_5232481_3224.html ). De manière très simple, c’est un peu comme si, depuis quelques années, tout avait été fait au plus haut niveau de l’état pour démanteler l’hôpital publique.

Mais faut-il vraiment s’inquiéter de tout ça ?

Et bien oui, après tout ? Si les hôpitaux publiques sont si mal gérés, pourquoi ne pas les faire volontairement péricliter afin qu’ils soient naturellement remplacés par des établissements privés ? En fait cela pose une seule question : les cliniques sont-elles en mesure, en continuant de fonctionner comme elles le font, de prendre la place des établissements publiques. En théorie, «oui» : elles ont mis en place des systèmes basés sur le profit, avec une productivité en soin très élevée. Mais en pratique, j’affirme que «non», elles en sont incapables.

En effet, leurs systèmes fonctionnent généralement très bien tant que les patients ne présentent pas ou peu de complications et qu’ils ne sont pas trop fragiles. Ces derniers (ainsi que les moins aisés) sont régulièrement orientés vers l’hôpital publique dès que le risque opératoire devient élevé ou que le séjour hospitalier risque d’être long. Effectivement, tout ces patients ne sont pas «rentables» car rapportent peu, voire coûtent plus cher qu’ils ne rapportent à l’établissement qui les soigne. Ainsi l’hôpital devient tout naturellement la structure qui prendra le mieux ces patients en charge car c’est là son rôle mais c’est aussi une des causes de ses difficultés car ces patients vont demander un soin plus poussé, plus prolongé et souvent plus gourmand en personnel soignant à toutes les phases de leur prise en charge. Ainsi, pendant que pas mal de bruit est fait autour des problèmes de l’hôpital publique, une grande partie des cliniques privées dysfonctionnent elles-aussi mais dans le plus grand silence, certes de manière différente mais au moins aussi révoltante car la recherche de la rentabilité poussée à l’extrême dans nombre de cliniques aboutit à des situations scandaleuses ignorées du grand public.

De par la spécialité que je pratique, j’ai l’opportunité de récupérer tous les patients pour lesquels les choses se passent le plus mal et d’être ainsi confronté à toutes les «casseroles» des collègues de l’hôpital publique comme de la clinique et, croyez moi, nos confrères du privé ne sont pas en reste à ce niveau. Juste une anecdote (véridique) parmi tant d’autres pour illustrer ce propos : Une patiente âgée d’une soixantaine d’année se retrouve à avoir une chirurgie pour la mise en place d’une prothèse totale de hanche. Alors qu’elle est allongée sur le côté, sous anesthésie générale, pendant la réalisation de l’intervention, elle présente un arrêt cardiaque probablement sur une embolie gazeuse. Dans ce type de situation, le bon sens le plus élémentaire veut que l’intervention soit suspendue, la patiente remise sur le dos afin que soient réalisés les manœuvres de «réanimation». Et bien, non, pas dans dans cette clinique : le chirurgien a poursuivi son intervention jusqu’à son terme sur quelqu’un en arrêt cardiaque, l’anesthésiste a pratiqué un massage cardiaque sur la patiente positionnée sur le côté, un peu comme s’il jouait de l’accordéon avec le thorax de la patiente (je vous laisse imaginer l’efficacité du massage…). Bien entendu, la patiente n’a pu récupérer un rythme cardiaque que plus de vingt minutes après le début de l’arrêt cardiaque. Bien sûr, elle est décédée des séquelles de son arrêt cardiaque dans notre service de réanimation et je vous laisse imaginer comme il a pu être particulièrement délicat d’expliquer les choses aux proches de la patiente. Voilà le type d’aberrations que peut générer la recherche de la rentabilité à tout prix.

En fait, cette situation ne serait pas si révoltante si les choses étaient clairement annoncées et assumées : les cliniques sont des systèmes à haut rendement de soins où les situations à faible risques seront gérées efficacement et plus rapidement que dans l’hôpital publique, mais moins capables de gérer des patients plus lourds et plus fragiles. En revanche, l’hôpital prodigue les soins les plus sensibles et les plus pointus chez des patients plus à risque mais avec un rendement et une rentabilité moindre. Les deux types de structures sont totalement essentielles au bon fonctionnement du sytème de santé actuel, elles n’ont juste pas tout à fait la même mission ni les mêmes objectifs financiers et les systèmes de financement de ces deux entités devraient donc différer afin que chacun puisse arriver à remplir son rôle de manière satisfaisante.

Le conflit intérieur du soignant

Comme je l’expose dans mes courriels, je fais face, comme beaucoup d’autre médecins je suppose, à un véritable cas de conscience : je sais pertinemment que certains patients ignorent totalement qu’ils ne sont pas soignés aussi bien qu’ils le devraient dans l’unité de soins continus au sein de laquelle je travaille. De manière évidente et par impératif moral, il faudrait effectivement l’annoncer de manière officielle à la population couverte par l’hôpital concerné afin que la population puisse faire ses choix en connaissance de cause sauf que je ne peux en aucun cas communiquer publiquement là-dessus autrement que sous un pseudonyme sans nommer qui que ce soit car une telle annonce aurait des conséquences dévastatrices pour une structure qui est déjà terriblement fragilisée mais qui reste parfaitement indispensable en terme de santé publique. Cela pourrait, en effet, potentiellement provoquer la fermeture de cet hôpital ce qui, au final, aurait un effet encore plus négatif sur la population couverte, les structures voisines étant dans l’incapacité totale d’absorber tous les gens soignés localement.

L’anonymat a un autre effet bénéfique dans le cas de figure présent : celui de généraliser le propos à une grande partie des hôpitaux en difficulté en évitant de stigmatiser un centre hospitalier en particulier et donc, de faire comprendre au lecteur que ces problématiques sont généralisées sur une bonne partie du territoire français.

Dernier avantage de l’anonymat : celui de me préserver, ma famille et moi, de tout un tas de problèmes et représailles diverses et variées qu’occasionneraient de tels propos non anonymisés.

Le Monde: « Il faut réviser les modes de financement de l’hôpital public »

http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/14/il-faut-reviser-les-modes-de-financement-de-l-hopital-public_5256450_3232.html

Dans une tribune au « Monde », les professeurs Philippe Grimbert et André Grimaldi souhaitent que cesse l’opposition entre l’intérêt de l’établissement et celui de la Sécurité sociale à cause de la survalorisation des actes médicaux.
LE MONDE | • Mis à jour le |

Par PHILIPPE GRIMBERT et ANDRÉ GRIMALDI

Alors que le gouvernement a lancé, mardi 13 février, une « réforme globale » du système de santé, les professeurs Philippe Grimbert et André Grimaldi appellent à une révision des modes de financement

L’hôpital public est en France dans une situation alarmante. En dépit d’efforts substantiels (7 milliards d’euros d’économies en dix ans), les hôpitaux publics devraient voir leur déficit tripler cette année et devront réaliser plus de 1,5 milliard d’économies l’année prochaine. La situation de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) est tout aussi alarmante, puisqu’elle s’achemine vers un déficit de 174 millions d’euros en 2017 et va fortement limiter sa masse salariale d’ici à 2022. De nouveaux efforts vont donc être demandés à une communauté de soignants, médicaux et paramédicaux déjà à bout de souffle et dont l’état d’esprit collectif se détériore progressivement.

Comment en est-on arrivé à cette situation ? La majorité du financement des hôpitaux dépend du nombre et de la nature des actes réalisés, la fameuse tarification à l’acte (T2A) mise en place en 2004 et généralisée en 2008. Destinée à stimuler la productivité des établissements de soins, elle peut également encourager à la multiplication d’actes non pertinents et à « optimiser le codage », c’est-à-dire à augmenter autant que faire se peut la facture adressée à la Sécurité sociale. Elle peut surtout arriver à mettre l’hôpital en déficit quand l’activité stagne ou lorsque les prix des actes diminuent. Système ubuesque où, pour limiter les déficits, l’hôpital public est entraîné dans une course à l’activité sans augmenter le nombre des personnels soignants et tout en faisant l’impasse sur la complexité des pratiques médicales, sur la précarité sociale des patients et sur la gravité des pathologies souvent prises en charge en milieu hospitalier.

Dans cette logique purement comptable, la quantité d’activité prime sur la qualité et l’objet concerné par les indices d’évaluation de la qualité n’est ni le patient ni la pathologie, mais le respect de procédures. De plus, les pratiques médicales ne cessent d’évoluer mais les soignants ne peuvent mettre en œuvre de nouvelles pratiques que si elles correspondent à des tarifs rentables, d’où le retard pris au développement des prises en charge ambulatoire et de la télémédecine. La T2A est devenue un carcan qui freine la modernisation en transformant l’hôpital en chaîne de production.

C’est donc logiquement, dans ce contexte quelque peu surréaliste, que les relations qu’entretiennent les directeurs d’établissement public hospitalier avec les personnels médical et paramédical se dégradent de manière croissante et participent grandement à l’incompréhension voire à l’exaspération des soignants. En avril 2008, Nicolas Sarkozy déclarait : « Il faut à l’hôpital un patron et un seul… Il faut bien qu’il y ait quelqu’un qui décide et qui assume ses responsabilités.» Malgré quelques aménagements décidés sous le précédent quinquennat, les directeurs d’hôpitaux placés sous la tutelle des directeurs d’Agence régionale de santé (ARS) restent les principaux gestionnaires de la mise en application du contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens. En clair, il s’agit de maintenir l’équilibre des comptes malgré une augmentation des charges (plus 4 % en moyenne) nettement supérieure à l’augmentation de la dotation votée par l’Assemblée nationale (plus 2 %).

RÉÉQUILIBRAGE DE LA GOUVERNANCE

C’est eu égard à sa capacité d’« équilibriste » sur le fil de « la trajectoire financière » qu’un directeur d’hôpital se voit octroyer annuellement des primes de fonction et de résultats (PFR) dont les montants cumulés peuvent dépasser les 30 000 euros annuels et aller, selon le Journal officiel, jusqu’à 50 000 euros, instaurant un potentiel conflit d’intérêts.

Alors que de vastes projets de regroupements et de restructurations de l’offre de soins se préparent, notamment dans les hôpitaux de l’AP-HP, il est à craindre que la survalorisation des actes génère davantage une mise en concurrence des établissements que l’organisation d’une véritable coopération. Les conflits qui en découlent ne pourront que s’amplifier. L’application de la règle du « juste soin pour tous les patients au moindre coût pour la collectivité » doit conduire à une révision des modes de financement mettant fin à l’opposition entre l’intérêt de l’établissement et l’intérêt de la Sécurité sociale. Cela suppose un rééquilibrage de la « gouvernance » entre les soignants et les gestionnaires.

Philippe Grimbert est professeur de néphrologie, chef de service, CHU Henri-Mondor (Créteil)

André Grimaldi est professeur émérite, CHU Pitié-Salpêtrière (Paris)

19 février 2018

Jean-Louis Baudron: Cut-ups & Collages: Sur ma route…

Filed under: Actualité, collages, galerie — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:30

Les aléas de la route

Faire la route encore une fois II

Jean-Louis Baudron: Cut-ups & Collages https://www.facebook.com/jeanlouis.baudron

L’île logique / n°8 : regarder par dessus ses lunettes

Filed under: Actualité, art & culture, clowns, théatre — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:04

Bonjour,

Bon, ça ne se fait pas, on ne souhaite pas la bonne année fin février, pour un peu on finirait même en avance pour l’année suivante…

Mais c’était le nouvel an Chinois vendredi soir…

Alors vu qu’en fait il n’y a pas de point de référence, je vous souhaite à tous un joyeux tour autour du Soleil !

De surcroît, L’île logique est heureuse de vous annoncer que :

– Nous proposons un nouveau spectacle, duo clownesque scientifique tout public : « Où ai-je ma tête ? » qui aborde les nouvelles découvertes sur le fonctionnement du cerveau, neurosciences et plasticité cérébrale au programme…

– Autre nouveauté : « Toi, émois« , interventions/spectacle clownesque pour les tous petits (3 mois à trois ans) : sons, mouvements, boules, cubes, noir et lumière, animaux, durées…

– L’île logique organise aussi un stage « théâtre et sciences » orienté clown et maths, pour les enseignants, les clowns, et les autres !! Les 8 et 9 Juillet 2018 en Bretagne (14h de stage).

– Pour la rentrée prochaine ainsi qu’en début ou fin de semestre, nous proposons aux promos d’écoles d’ingénieur et aux universités, une création « intense » (24h sur 3 jours) d’un spectacle scientifique de et par les élèves. pour voir le programme autrement et souder le groupe !

Plusieurs interventions prévues en 2018 :

– 8 et 9 mars, près de Chambéry, ateliers théâtre et sciences et créations de saynètes avec des enseignants Européens (Erasmus), une classe de 6e, spectacle Pilouface en clôture.

– 19 mars : spectacle Pilouface à Vannes

– 5 et 6 avril, deux représentations de L’Affaire 3.14 près de Paris.

– 9 et 10 avril, ateliers théâtre et maths avec les sixièmes du collège de Plescop.

– 13 avril (à confirmer), 16 avril et 24 mai : spectacle « Un océan de plastique » (Quiberon, Lanester et Languidic), sur la pollution des océans…

– 31 mai spectacle clownesque « Dé-pensons ! » sur la pensée critique

– 8 et 9 juillet, stage théâtre et sciences, clown et maths, en Bretagne…

– Du 20 au 23 octobre retrouvez L’île logique au congrès de l’APMEP

– 6 novembre, spectacle clownesque « Galois Poincaré mythes et maths » à Orléans.

Certains de ces spectacles ne sont pas ouverts au public, mais, à titre individuel, n’hésitez pas à me contacter si vous envisagez d’y venir !!

Enfin, à faire circuler sans modération :

– L’île logique co-organise la dixième édition du festival Clown hors Piste du 16 au 18 novembre prochain à Theix (56)

– Il nous reste encore des livres « A l’endroit de l’inversion« , petit essai en clownologie mathématique (préfacé par Cédric Villani et Bertil Sylvander)

– Il nous reste des disponibilités pour la semaine des maths et la semaine de la science…

– Et puis, si vous connaissez des gens riches pour co-produire une série audiovisuelle burlesque mais rigoureuse sur les mathématiques n’hésitez pas…

N°8 : regarder par dessus ses lunettes…

Regarder par dessus ses lunettes c’est concéder quelque chose,

un brin désinvolte on octroie la trêve,

Je vous écoute mais je ne quitte pas mon ouvrage,

comme une générosité égoïste, tendre la main le poing fermé,

une concession à reculons, on donne en retenant,

oui mais non.

Regarder par dessus ses lunettes,

condescendance de vieux.

Vieux de l’ignorance,

prétention de savoir,

On voit sans voir,

Sans avoir,

sans ça voir

On fait à la fois les deux

on a quatre yeux,

Prétentieux…

prétend, cieux,

Dieux…

Pourtant c’est mignon, ce petit regard chargé, embrumé de pensées profondes, qui jaillit naïvement pour s’offrir

comme celui d’un bébé par dessus les barreaux de son parc.

On se livre aussi, mais seulement pour un instant, quand on regarde par dessus ses lunettes…

mais quand on regarde trop par dessus ses lunettes, ça bouche le nez !

et un nuage, c’est de l’eau qui vole…

Merci à chacun,

Bises et tendres salutations scientifiquement clownesques…

Cédric www.ilelogique.fr

François Darnaudet: Le Papyrus de Venise

Filed under: Actualité, art & culture, Interzone, livres, polar — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:30

LE PAPYRUS DE VENISE Format Kindle

Voici ma meilleur vente en numérique : environ 2 200 ventes sur Amazon à comparer avec les 1000 exemplaires de la version papier chez Nestiveqnen. C’est le livre qui a été le plus encensé et le plus conchié de mon oeuvrette. Mais j’ai adoré l’écrire, je m’en fous. Il y avait Venise, l’Atlantide, Lautréamont, Custer, un Minotaure etc. La moyenne de 3 étoiles est obtenue grâce à un grand nombre de 1 et de 5. Bref, c’est le seul de mes romans à avoir déclenché ces réactions aussi opposées. Mais 3200 ventes (2200 + 1000) à l’arrivée. Pour un roman fantastique et aussi disjoncté…
#Amazon

Quel lien mystérieux unit les chasseurs de dinosaures du dix-neuvième siècle, la mort du poète Lautréamont en plein siège de Paris, le massacre du lieutenant-colonel Custer près de Little Bighorn, la Dame d’Elche, l’effondrement du Campanile de Venise, le disque de Phaïstos, le philosophe Platon et Venise, l’immortelle Venise ?
« L’Atlantide ! » répond un curieux personnage vivant sur l’île de Burano et qui dit s’être appelé Jacques Bergier dans une précédente vie.
La réédition en numérique du célèbre « Le papyrus de Venise ».

Le papyrus de Venise Broché – 16 novembre 2006

Et la version papier… J’aime les deux illustrations. Celle du numérique par Elric Dufau est charmante et reposante. Celle de Pierre Massine en papier est plus tourmentée. Venise, ma chère Venise dans les deux couves.
#Amazon 

François Darnaudet https://www.facebook.com/francois.darnaudet

17 février 2018

Galerie Ecritures: exposition Jean Estaque

Filed under: Actualité, art & culture, exposition, galerie — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:24

Jean ESTAQUE

A l’occasion du 100ème anniversaire de la mort d’Octave MIRBEAU, Jean ESTAQUE lui rend hommage en mettant en correspondance des textes, des illustrations de journaux d’époque, des œuvres des artistes soutenu par l’auteur et des travaux de Jean ESTAQUE mettant en valeur des textes significatifs de l’auteur.

Exposition du 17 février au 21 mai 2018

Vernissage le 17 février à partir de 10 h 30

Galerie ECRITURES

1, rue Pierre Petit 03100 MONTLUCON

de 15 h à 18 h du mardi au samedi et sur RDV

Hommage à

OCTAVE MIRBEAU

Octave Mirbeau, né le 16 février 1848 à Trévières (Calvados) et mort le 16 février 1917 à Paris, est un écrivain, critique d’art et journaliste français. Il connut une célébrité européenne et de grands succès populaires, tout en étant également apprécié et reconnu par les avant-gardes littéraires et artistiques, ce qui n’est pas commun.

Journaliste influent et fort bien rémunéré, critique d’art défenseur des avant-gardes, pamphlétaire redouté, Octave Mirbeau est aussi un romancier novateur, qui a contribué à l’évolution du genre romanesque, et un dramaturge, à la fois classique et moderne, qui a triomphé sur toutes les grandes scènes du monde. Mais, après sa mort, il traverse pendant un demi-siècle une période de purgatoire : il est visiblement trop dérangeant pour la classe dirigeante, tant sur le plan littéraire et esthétique que sur le plan politique et social.

Littérairement incorrect, il est inclassable, il fait fi des étiquettes, des théories et des écoles, et il étend à tous les genres littéraires sa contestation radicale des institutions culturelles ; également politiquement incorrect, farouchement individualiste et libertaire, il incarne une figure d’intellectuel critique, potentiellement subversif et « irrécupérable », selon l’expression de Jean-Paul Sartre dans Les Mains sales.

Parallèlement, en tant que critique d’art influent et doté d’une espèce de prescience, il pourfend l’art académique des Édouard Detaille, Jean-Louis-Ernest Meissonier, Alexandre Cabanel et William Bouguereau, il tourne en ridicule le système des Salons, ces « bazars à treize sous », ces « grandes foires aux médiocrités grouillantes et décorées », et il bataille pour les grands artistes novateurs, longtemps moqués et méconnus, parce que les sociétés, selon lui, ne sauraient tolérer le génie : « Tout l’effort des collectivités tend à faire disparaître de l’humanité l’homme de génie, parce qu’elles ne permettent pas qu’un homme puisse dépasser de la tête un autre homme, et qu’elles ont décidé que toute supériorité, dans n’importe quel ordre, est, sinon un crime, du moins une monstruosité, quelque chose d’absolument anti-social, un ferment d’anarchie. Honte et mort à celui dont la taille est trop haute ! »

Mirbeau se fait donc le chantre attitré d’Auguste Rodin, de Claude Monet et de Camille Pissarro ; il est l’admirateur de Paul Cézanne, d’Edgar Degas et d’Auguste Renoir, le défenseur d’Eugène Carrière, de Paul Gauguin — qui, grâce à ses articles élogieux, en février 1891, peut payer son voyage à Tahiti —, de Félix Vallotton, d’Édouard Vuillard et de Pierre Bonnard, le découvreur de Maxime Maufra, de Constantin Meunier, de Vincent van Gogh, de Camille Claudel, dont il proclame à trois reprises le « génie », d’Aristide Maillol et de Maurice Utrillo. Ses articles sur l’art ont été recueillis dans les deux gros volumes de ses Combats esthétiques, parus à la Librairie Séguier en 1993.

Ardent défenseur et collectionneur de l’art de son temps

« […] comme il sut choisir toujours les pièces les plus franches, les plus aiguës, les plus révélatrices, nul ensemble réuni par aucun amateur n’a encore offert une image aussi caractéristique de l’effort contemporain. » (préface anonyme du catalogue de la vente de sa collection).

Afin de pouvoir transformer la villa de Triel-sur-Seine en un lieu de villégiature pour les littérateurs et artistes « maltraités par le sort », sa veuve dut vendre cette importante collection de Tableaux, aquarelles, pastels et dessins, par Paul Cézanne (13 œuvres, dont deux autoportraits), Bonnard, Cross, Daumier, Paul Gauguin, Vincent van Gogh (2 œuvres, dont Le Père Tanguy, 1887), Claude Monet, Berthe Morisot, Camille Pissarro, Renoir, Rodin (23 dessins), K.-V. Roussel, Seurat, Signac, Utrillo, Félix Vallotton (M. Thadée Natanson, 1897), Valtat, Vuillard, et des sculptures par Camille Claudel (un plâtre), Aristide Maillol (10 plâtres, terres cuites, bois et bronzes) et Rodin (11 plâtres, marbres et bronzes, dont le buste de Victor Hugo et celui de l’écrivain, qui peut être celui reproduit plus bas), fut mise aux enchères publiques, le 24 février 1919, à la galerie Durand-Ruel, 16, rue Laffitte, à Paris.

Mirbeau n’a jamais été oublié et n’a jamais cessé d’être publié, mais on l’a souvent mal lu, à travers de trompeuses grilles de lecture (par exemple, nombre de critiques et d’historiens de la littérature l’ont embrigadé bien malgré lui parmi les naturalistes), ou bien on a voulu voir dans plusieurs de ses romans des œuvres érotiques, comme en témoignent nombre de couvertures de ses innombrables traductions. On a aussi eu fâcheusement tendance à réduire son immense production aux trois titres les plus emblématiques de son œuvre littéraire.

Politiquement incorrect, socialement irrécupérable et littérairement inclassable, il a traversé, après sa mort, une longue période d’incompréhension de la part des auteurs de manuels et d’histoires littéraires ; et le faux « Testament politique », rédigé par Gustave Hervé et publié cinq jours après sa mort par sa veuve abusive, Alice Regnault, a contribué à brouiller durablement son image.

Fondée à Angers le 28 novembre 1993 et présidée par Pierre Michel, professeur agrégé et docteur-ès-lettres, biographe et éditeur de Mirbeau, la Société Octave Mirbeau a pour objectif de contribuer à la connaissance de la vie, des combats et de l’œuvre du grand écrivain normand par tous les moyens à sa disposition. Heureusement, depuis vingt ans, grâce au développement des études mirbelliennes et de (parution de sa biographie, nombreuses découvertes de textes insoupçonnés, publication de très nombreux inédits, fondation de la Société Octave Mirbeau, création des Cahiers Octave Mirbeau, organisation de nombreux colloques internationaux et interdisciplinaires (sept entre 1991 et 2007), constitution d’un Fonds Octave Mirbeau à la Bibliothèque Universitaire d’Angers, ouverture de deux sites web consacrés à Mirbeau, mise en ligne de la plus grande partie de ses écrits), on le découvre sous un jour nouveau, on le lit sans idées préconçues ni étiquettes réductrices, on publie la totalité de son œuvre, dont des pans entiers étaient méconnus ou ignorés, voire totalement insoupçonnés (ses romans écrits comme nègre, par exemple), et on commence tardivement à prendre la mesure de son tempérament d’exception, de son originalité d’écrivain et du rôle éminent qu’il a joué sur la scène politique, littéraire et artistique de la Belle Époque, ainsi que dans l’évolution des genres littéraires.

À voir : http://www.mirbeau.org/liens.html

Galerie ECRITURES 1 rue Pierre Petit 03 100 MONTLUCON

http://www.koifaire.com/auvergne/galerie,ecritures-15609.html
facebook  http://www.facebook.com/galerie.ecritures

 

7 février 2018

Le Monde: Psychiatrie publique, le grand essoufflement

Filed under: Actualité, fonction publique, psychiatrie, santé — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:45

http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/06/la-psychiatrie-publique-est-en-etat-de-grande-fragilite_5252251_3232.html

06 02 2018

Par Pierre Micheletti (Médecin)

La ministre de la santé ne semble pas prendre conscience de la grande fragilité de la psychiatrie publique, déplore le docteur Pierre Micheletti

La ministre de la santé, Agnès Buzyn, vient d’annoncer la suppression du Conseil national de la santé mentale (CNSM), lui substituant un comité stratégique qu’elle réunira une fois pas an. Mme Buzyn, dans ses propositions, attribue à la psychiatrie hospitalière un rôle largement prépondérant qui remet en cause l’approche décloisonnée du CNSM. Pourtant, la psychiatrie publique est en état de grande fragilité, comme l’illustrent la difficulté notoire à pourvoir des postes pourtant budgétés (25 % des postes sont vacants, ou octroyés à des médecins non statutaires, selon les données 2010) ainsi que la grogne sociale actuelle des médecins comme de l’ensemble des professionnels du secteur.

Pour comprendre les racines du problème, il est utile de rappeler les particularismes de la psychiatrie hospitalière depuis les ordonnances de 1960. Ces textes, instaurant la sectorisation, ont abouti à répartir les ressources et les professionnels entre des activités intra-hospitalières et un maillage de différentes structures extra-hospitalières (centres médico-psychologiques, hôpitaux de jour…). Ces structures périphériques délivrent la grande majorité des soins en psychiatrie générale adulte et la quasi-totalité en psychiatrie générale infanto-juvénile.

C’est dire l’importance acquise par les dispositifs  » hors les murs « , car, sur bien des territoires ruraux isolés ou périurbains défavorisés, l’offre de soins libérale est absente.

Mais la France de 2018 n’est pas celle de 1960. De plus, la sectorisation s’est mise en place sans véritables outils d’aménagement du territoire. Le découpage géographique avait consisté à répartir les moyens de l’époque sur des critères simples : un secteur  » adultes  » pour 70 000 habitants, un secteur de  » psychiatrie infanto-juvénile  » pour 150 000 enfants. En raison de l’absence d’outils satisfaisants pour suivre les évolutions et décider des nécessaires adaptations, la taille des populations prises en charge par un secteur peut varier dans un rapport de 1 à 15 ! Ni les médecins ni les directeurs ne sont actuellement formés pour relever les défis propres à la psychiatrie publique.

Mouvement  » désaliéniste  »

La volonté d’offrir des soins au plus près des lieux de vie de la population était le fruit d’un puissant courant de psychiatres  » désaliénistes « , mais résultait aussi des conséquences de la mort de milliers de patients dans les hôpitaux psychiatriques français (à cause de privation de soins et de malnutrition) durant la seconde guerre mondiale. Dès lors, la baisse du nombre de patients  » internés « , comme on disait à l’époque, permit au mouvement désaliéniste de se consacrer davantage aux soins hors les murs alors que s’amorçait une vaste réduction du nombre de lits d’hospitalisation, qui allaient connaître une baisse majeure, passant de 120 000  à 55 000 lits d’hospitalisation complète.

A partir des années 1980, on assiste à la montée en puissance du nombre de psychiatres libéraux qui vont progressivement passer de 800 à 10 000, avant de décroître. Cet engouement aboutit à une nette augmentation de l’offre de soins dans les centres-villes et conduit, aujourd’hui encore, des psychiatres hospitaliers vers un exercice libéral, souvent moins contraignant, en particulier quant à la participation au régime des urgences et des gardes. Ces fonctions, à une large majorité, restent l’apanage des praticiens hospitaliers, avec leur cortège de levées nocturnes et de gestion de situations dramatiques. Sur les 13 000  psychiatres qui exercent (données 2010), la moitié d’entre eux seulement sont des hospitaliers stricts.

A ces réalités démographiques des praticiens libéraux, il convient d’ajouter deux données importantes : les grandes variations de leur répartition sur le territoire français et une pratique du secteur  2 qui, si elle reste plutôt modérée (30  % des libéraux), n’est toutefois pas sans conséquences pour les populations les plus précaires.

Enfin, dernier mécanisme qui fragilise le système, la psychiatrie, comme toutes les disciplines médicales, n’échappe pas à une dynamique d’hyper-spécialisation, sur fond de progression exponentielle des connaissances. Là où la discipline avait longtemps organisé une ligne de partage entre les adultes et les enfants, apparaissent de nouvelles nosographies qui structurent des pratiques spécifiques (gérontopsychiatrie, troubles envahissants du développement, troubles des conduites alimentaires, addictions, réhabilitation…).

Ces nouvelles pratiques du métier de psychiatre détournent bon nombre de jeunes diplômés du travail de  » soutier  » de la psychiatrie territorialisée et aggravent, chemin faisant, sa perte d’attractivité : la moyenne d’âge de la profession – véritable bombe à retardement – est de plus de 52  ans…

Tous ces mécanismes se télescopent avec des réalités épidémiologiques et socio-économiques qui expliquent l’essoufflement des praticiens hospitaliers et la baisse des vocations : 5 % de la population de notre pays présentent des troubles psychiatriques  » graves et persistants  » ; 30 % montrent des signes de souffrance mentale ; le budget global de la santé consacre 10 % de son volume aux troubles psy ; à tous les âges, les maladies liées à la santé mentale sont parmi les cinq premières causes d’affections de longue durée dans les statistiques de l’assurance-maladie.

Plus de besoins dans la population générale, moins de psychiatres hospitaliers pour les prendre en charge, des pathologies graves, des charges de travail lourdes, et maintenant des risques médico-légaux qui peuvent conduire à des procès : tel est actuellement le contexte global.

La psychiatrie publique prend en charge l’un des problèmes de santé publique majeurs dans notre pays et incarne, au quotidien, une volonté d’équité dans l’accès aux soins. Cet enjeu global renvoie à la nécessité de décisions politiques d’envergure nationale. En  2017, réunis pour – déjà – attirer l’attention des pouvoirs publics, les principaux acteurs, y compris les représentants des usagers, ont formulé des demandes claires, dans un document intitulé  » Le consensus de Blois « . Il est à la disposition de la ministre de la santé…

Pierre Micheletti

1 février 2018

Galerie Didier Devillez: Vernissage exposition Arié Mandelbaum

Filed under: Actualité, galerie, peinture — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:43

Didier Devillez
a le plaisir de vous convier
au vernissage de l’exposition

ARIÉ MANDELBAUM

Généalogie(s)

le samedi 3 février 2018
de 16 à 19h

GALERIE DIDIER DEVILLEZ
53 rue Emmanuel Van Driessche
1050 Bruxelles (Belgique)
Tél./Fax +32 (0)475 931 935
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Jean-Louis Baudron: Cut-ups et Collages: Un Rêve Plein de Soucis

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Alternatives Economiques: Management, La face cachée des cabinets d’audit

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Franck Aggeri

On sait peu de choses de la vie au sein des grands cabinets d’audit si ce n’est que c’est un métier prisé par les jeunes diplômés sortant des grandes écoles et des meilleures universités. On vante son caractère formateur et les perspectives de carrière qu’il ouvre. Le travail y est réputé intense mais valorisant, voire excitant pour de jeunes gens brillants et ambitieux. Les cabinets les plus attractifs sont ceux que l’on appelle les « big four » (KPMG, Price WaterHouse Coopers, Ernst and Young et Deloitte) qui travaillent avec toutes les grandes entreprises mondiales. Mais au-delà de ces quelques généralités répétées à l’envi dans les forums étudiants, qu’en est-il de la vie professionnelle concrète au sein de ces cabinets ? La façade est séduisante, mais qu’en est-il de l’envers du décor ?

Un livre remarquable(1), issu d’une thèse en sciences de gestion soutenue à HEC, vient justement éclairer la réalité du travail au sein des cabinets d’audit à partir d’une étude ethnographique approfondie. L’auteur, Sebastien Stenger, a d’abord effectué un stage d’auditeur dans l’un de ces cabinets avant de mener une enquête plus large au sein des big four. Il y décrit en particulier le système de sélection impitoyable qui y sévit – appelé up or out – et la façon dont celui-ci impacte la vie des auditeurs, façonne leurs comportements et agit sur leur subjectivité.

Le système up or out

Les Big Four sont d’énormes entreprises : elles emploient plus de 500 000 personnes dans le monde, dont 22 000 en France. Leur activité principale est de certifier les comptes financiers des entreprises, mais elles peuvent également exercer d’autres missions spéciales comme l’audit des systèmes d’information ou de fusions-acquisitions. Il s’agit d’activités fastidieuses qui mobilisent une équipe travaillant selon une division du travail et des procédures strictes. Compte tenu d’un fort turnover, entre 3 et 4 000 jeunes diplômés sont recrutés en France chaque année dans ces quatre grands cabinets.

L’organisation au sein de ces derniers est hiérarchique et pyramidale. L’on commence stagiaire en réalisant des tâches répétitives et limitées, puis l’on devient éventuellement consultant junior, consultant senior, superviseur, manager et, enfin pour quelques-uns seulement, associé.

La progression au sein de ces cabinets est régie par un système de sélection, appelé up or out : soit l’auditeur est bien évalué et monte dans la hiérarchie (up), soit il « redouble » (sic), ce qui revient à lui signifier qu’il doit quitter le cabinet (out). Ainsi, chaque auditeur est constamment évalué après chaque mission et une évaluation annuelle le classe de A à D selon le jugement par ses supérieurs de sa performance.

Dans ce système de notation, tout l’enjeu est que les auditeurs intériorisent ces règles. L’auteur souligne d’ailleurs que les auditeurs sont souvent de bons élèves, mais qui n’ont pas de vocation particulière au départ. Ils choisissent souvent l’audit par défaut, comme une activité généraliste qui est censée ouvrir des portes et permettre l’accès à des carrières prestigieuses.

Signaux et rumeurs

Les auditeurs qui sont rétifs à ce système quittent rapidement le cabinet. Ceux qui restent en acceptent les règles du jeu. Ils estiment au fond que la notation, qui s’inscrit dans la continuité du système scolaire, est légitime.

L’affectation dans une entreprise hors du CAC 40 est le signe d’un redoublement probable

L’auteur montre que ces derniers deviennent obsédés non seulement par la notation elle-même mais également par tous les signaux qualitatifs qui donnent une indication de la note qu’ils pourraient obtenir. A cette aune, tous les événements sont en permanence scrutés. Ainsi en va-t-il de l’affectation des missions : est-elle prestigieuse ? Qui sont les collègues de travail ? Ont-ils le vent en poupe ou sont-ils en perte de vitesse ? Par exemple, l’affectation au département fusions-acquisitions est la promesse d’une promotion rapide. A l’inverse, l’affectation dans une entreprise hors du CAC 40 est le signe d’un redoublement probable. Les discussions de couloir bruissent de rumeurs les plus diverses sur les chances des uns et des autres.

Il faut dire que la compétition est rude. Parmi les milliers de stagiaires recrutés chaque année en sortie d’école ou d’université, seuls 10% accéderont à un poste de manager et seuls quelques-uns à celui, tant convoité, d’associé.

Une durée de travail sans limites

Dans cette ambiance de sélection exacerbée, la durée de travail est littéralement sans limites. Les anglo-saxons évoquent une culture extrême des horaires de travail. Ainsi, au-delà de la qualité même du travail, il est bien vu de travailler au-delà du raisonnable, jusqu’à 15 heures par jour, voire davantage tant que l’on tient le coup. C’est le signe d’un engagement total pour l’organisation.

Il n’est pas nécessaire pour les managers d’exercer de contrainte pour que les salariés s’engagent sans compter

Certains démissionnent, car ils ne supportent pas ces conditions de travail, mais nombreux sont ceux qui s’y conforment dans l’espoir d’être promus. Le livre fourmille de témoignages édifiants où de jeunes auditeurs travaillent jusqu’à l’épuisement pour se montrer et se prouver qu’ils peuvent faire partie des élus. Le plus surprenant est qu’il n’est pas nécessaire pour les managers d’exercer de contrainte pour que les salariés s’engagent sans compter. Se proposer pour donner un coup de main sur une mission sur laquelle on n’est pas affecté est le signe d’un engagement inconditionnel qui sera valorisé par le management.

Le livre décrit les effets de ce système sur la vie personnelle de ces auditeurs. Très rapidement le rythme et les conditions de travail (travail nocturne et week-end) conduisent à une forme de désocialisation. Il leur devient progressivement difficile de continuer à rencontrer leurs anciens amis ou à exercer des activités extra-professionnelles. Leur vie s’organise dès lors autour du cabinet et des collègues avec qui ils partagent le même mode de vie.

Une question de prestige

Quelles raisons poussent les salariés à s’engager au-delà du raisonnable ? C’est à cette question que le livre apporte les réponses les plus passionnantes. Lorsqu’on examine avec recul les conditions de travail de ces auditeurs, rien ne justifie a priori un tel engagement. Les horaires et la pression sont hors normes ; le travail lui-même est répétitif car encadré par des normes extrêmement strictes et par une division du travail poussée ; les salaires, certes confortables, ne sont pas nécessairement plus élevés que dans des entreprises privées où les conditions de travail sont moins éprouvantes ; les perspectives de carrière sont aléatoires compte tenu de la férocité de la sélection.

L’excitation de côtoyer le pouvoir se combine à une exigence de performance où l’erreur n’est pas tolérée

L’auteur explique que le moteur principal de ces jeunes auditeurs est d’abord le prestige, le sentiment, savamment entretenu par la culture organisationnelle, d’appartenir à l’élite des affaires. Les missions dans ces grands cabinets se déroulent en effet, le plus souvent, dans des grandes entreprises du CAC 40. Ils rencontrent des responsables haut placés et doivent mener à bien dans des temps très courts des projets stratégiques. L’excitation de côtoyer le pouvoir se combine à une exigence de performance où l’erreur n’est pas tolérée. Ces qualités (exigence, capacités de travail, résistance au stress) sont appréciées des entreprises. Le passage de quelques années par un cabinet d’audit est ainsi la promesse de l’accession à des postes à responsabilité pour ceux qui font le choix volontaire d’aller voir ailleurs. Cette conception élitiste est elle-même renforcée par une vision déformée de la vie professionnelle en dehors des cabinets. Pour certains auditeurs, la vie en entreprise serait ennuyeuse et monotone, loin de l’activité frénétique et trépidante des missions d’audit.

Perte d’estime de soi et discriminations

Pour une petite proportion d’élus qui traversent avec succès les différentes étapes de sélection qui mènent à des postes à responsabilité au sein de ces cabinets, combien sont laissés pour compte ou durablement affectés par une expérience qu’ils jugent douloureuse ? L’intérêt du livre est également de révéler et de donner la parole à tous ceux qui ont le sentiment d’avoir échoué ou qui ont dû quitter le cabinet.

Pour la plupart des salariés et des managers, la vie d’auditeur est incompatible avec une vie de famille

Parmi ces derniers, Sebastien Stenger distingue trois types de profils rencontrés. Il y a tout d’abord ceux qui se sentent floués, qui ont l’impression d’avoir tout donné et qui ressentent beaucoup d’amertume à l’égard du cabinet parce qu’ils estiment avoir été mal évalués à tort. Il y a ceux ensuite qui abandonnent la compétition parce qu’ils ont intériorisé qu’ils n’étaient pas à la hauteur ou à cause d’un accident de parcours qui bouleverse leur perception de ce qui est important pour eux. Il y a enfin ceux qui quittent le cabinet sans regrets et dont l’estime de soi n’a pas été affectée. Concernant ces derniers, l’auteur montre que non seulement ils ont développé une distance et un recul critique par rapport à leur travail mais qu’ils ont souvent conservé des liens sociaux en dehors du cabinet qui leur font toucher du doigt les aberrations du système et les opportunités qui peuvent exister en dehors.

Enfin, l’auteur s’intéresse également à la question des discriminations. Il y a celles liées au diplôme qui n’offre pas à tous et à toutes les mêmes possibilités de promotion, mais plus encore, il y a celles concernant les femmes enceintes et les mères de famille. Les témoignages sont à cet égard édifiants : pour la plupart des salariés et des managers, la vie d’auditeur est incompatible avec une vie de famille. Pour beaucoup, les femmes qui veulent avoir des enfants se condamnent inévitablement à quitter le cabinet.

Une régulation du travail intellectuel à repenser

Cette plongée au cœur de ces cabinets d’audit nous interpelle à la fois sur les dérives contemporaines du travail et des formes de management qui y participent. Elle fait étrangement écho aux débats actuels sur les risques psycho-sociaux et la santé au travail, des phénomènes dont on commence seulement à mesurer l’ampleur et à reconnaître comme maladies professionnelles. Sans développer cet argument en particulier, le livre commence d’ailleurs par une anecdote qui fait froid dans le dos : celle d’un jeune stagiaire ayant enchaîné trois nuits blanches consécutives pour finir ses missions et qui, épuisé, finit par mourir d’un accident cardiaque.

Est-ce d’un type de managers ainsi formatés dont nous avons besoin pour conduire la mutation vers une économie innovante et créative ?

A cet égard, le fonctionnement de ces cabinets est aux antipodes de celui des entreprises dites « libérées ». Il n’est question ni d’épanouissement ni d’autonomie au travail mais bien, comme le souligne l’auteur, de distinction sociale et de soumission au péril de leur santé physique et mentale. Le management a sa part de responsabilité dans la mise en place d’un système de sélection qui perpétue le fonctionnement du système scolaire dans ses travers les plus extrêmes. Il y a certainement matière à réflexion pour repenser la régulation du travail intellectuel qui est visiblement hors de tout cadre légal.

Mais ce livre interroge également la formation de nos élites : est-ce bien d’un type de managers ainsi formatés, qui ont tendance à reproduire ce fonctionnement dans les entreprises où ils sont ensuite embauchés, dont nous avons besoin pour conduire la mutation vers une économie innovante et créative ?

(1) Au cœur des cabinets d’audit et de conseil. De la distinction à la soumission, Sebastien Stenger, PUF, 2017, 270 pages.

Galerie Ecritures: Décrochage chorégraphique, Bruno Danjoux

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La galerie Ecritures, Bruno Danjoux, artiste peintre, danseur et chorégraphe, et l’Association de danse contemporaine Kadansé

Présentent

HAPPENING DANSE à la galerie Ecritures
Le samedi 10 février 2018 à 18h

Bruno Danjoux, après une expo en 2010, puis en 2014, revient à la galerie Ecritures pour une nouvelle exposition « Ecouter la Lumière ». Dans ce cadre, il a animé un stage de danse contemporaine avec l’association Kadansé : « J’avais envie lors de ce stage en lien avec l’exposition Ecouter la lumière, de travailler sur ce que j’appelle les volumes porteurs de la présence. Qui danse quand je danse ? Quel est le monde que je porte en moi et que je donne à voir ? Comment retrouver cette clarté antécédente qui m’habite et qui coud le monde ensemble ; la pesanteur et la légèreté, l’intelligence et l’ignorance, le spirituel et le matériel … ? »

Le Samedi 10 février à 18 heures, l’association Kadansé proposera un « décrochage chorégraphique » dans l’espace de l’exposition, 1 rue Pierre-Petit dans le vieux Montluçon. L’occasion de transposer des petites formes (solo, duo, trio…), accompagné par le musicien : Laurent Hery. Entrée libre.

Galerie Ecritures, 1, rue Pierre Petit, 03100 Montluçon

https://www.facebook.com/Ecritures.Montlucon/

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