Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

8 mai 2016

Eloge de la suite: Laborit sur TF1 avec Jean-Louis Servan-Schreiber en 1980

Filed under: biologie, TV — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 11:33

http://www.elogedelasuite.net/?p=2953

Publié le 28 avril 2016

Je publie cette semaine le texte dont je vous avais parlé il y a deux semaines. Il s’agit de la retranscription du passage en 1980 de Laborit à l’émission Questionnaires de la chaîne TF1 animée par Jean-Louis Servan-Schreiber. Je ne connais malheureusement pas d’enregistrement vidéo existant de cette rencontre (contrairement à l’émission de la semaine dernière) qui semble avoir été plutôt animée, quelques mois à peine après la sortie de Mon oncle d’Amérique qui sert de point de départ à la discussion.

Je relève un passage par page, mais il y en a d’autres tout aussi savoureux…

Page 1 : (cliquez sur la page pour la lire)

« C’est parce que la vie est insupportable qu’on se suicide, c’est parce qu’on est dans un système où on ne peut pas se faire plaisir, justement. On devient agressif et la seule personne contre laquelle vous pouvez orienter votre agressivité sans que l’ensemble social puisse intervenir, c’est vous. Alors, vous êtes agressif envers vous. L’agressivité n’est jamais gratuite. »

Page 2 :

« Or, ce dont il faut se rendre compte, c’est que tous nos concepts, tous nos mouvements, tous nos comportements sont faits de nos automatismes inconscients, depuis la naissance. […] Tout cela est strictement inconscient et ce que nous essayons de rendre pas un langage, par exemple, c’est une petite frange très superficielle qui, elle, est supportée par tous ces automatismes de langage [qui] supportent une sémantique, c’est-à-dire supportent des jugements qui sont des jugements de valeur sur ce qui est favorable ou défavorable à vous ou au groupe social dans lequel vous êtes inclus. »

Page 3 :

« Donc, le système nerveux […] n’a servi qu’à transmettre l’autonomie motrice, c’est-à-dire de ne pas être lié à ce qui vous environne, et donc vous ne pourriez pas bouger sans système nerveux. Et la pensée de l’Homme n’est que l’amélioration, au cours de l’évolution, de l’efficacité de cette action […et ] le fait de parler, c’est une action; une action à distance, même, parce que mon langage va influencer. »

Page 4 :

« Mais les choses importantes dans l’histoire de l’Homme ont été découvertes par des humains angoissés de savoir pourquoi ils étaient là, quel était ce monde qui les environnait, auquel ils ne comprenaient rien, et en essayant de comprendre. »

Page 5 :

« L’évolution des espèces nous montre – c’est une analogie, je veux bien, mais elle est quand même assez parlante – qu’on n’a pas donné de règlement de manœuvre aux premières cellules qui se trouvaient dans les océans primitifs pour se réunir ensemble et faire des organismes pluricellulaires; je ne sais pas par quel moyen elles l’ont fait, mais elles ont essayé, elles ont expérimenté. Au lieu de permettre à ces ethnies, à ces nations, de découvrir leurs rapports elles-mêmes, les rapports qui auraient pu s,établir avec le système englobant […], au lieu de leur laisser découvrir elles-mêmes leur règles d’établissement de ces rapports, on a imposé une structure abstraite qui était quoi ? Les lois de l’État, l’État bourgeois ayant remplacé l’État aristocratique. »

Page 6 :

Celle-là m’a fait particulièrement plaisir…

« C’est ce qui ce passe pour le Québec actuellement. Pourquoi ne pas laisser dire à ces gens, qui constituent une ethnie vraiment particulière – j’y vis trois mois de l’année – comment ils conçoivent leurs rapports avec les ensembles qui les entourent – américains et anglais, anglo-saxons – ? D’un centralisme, on impose ce qui doit être la règle de tous. Eh bien, non. »

Cette question-là aussi :

« Croyez-vous que les Palestiniens feraient des prises d’otages s’ils avaient une terre sur laquelle ils puissent dire qu’ils sont chez eux ? »

Et ce poète que Laborit aimait vaut aussi une mention :

« Il y avait un petit poète que j’aime beaucoup – un grand poète, d’ailleurs – Fernand Gregh, qui est mort il y a quelques années, qui disait : « Il n’y a pas de méchants, il n’y a que des souffrants. » »

Page 7 :

« Au lieu de les cantonner à la table des multiplications et aux problèmes de robinets, comme j’ai l’habitude de dire, on pourrait peut-être leur apprendre ce qu’ils sont et très tôt. J’ai essayé de le faire avec un certain nombre d’enseignants de l’Ouest de la France et des Suisses actuellement : un enfant de huit à quatorze ans comprend très bien ce livre que beaucoup m’ont dit difficile, qui est « La nouvelle grille ». »

Et une petite dernière vers la fin, sur notre fin justement…

« La mort va détruire la matière et l’énergie et, finalement, bien sûre, puis qu’il n’y a plus de matière et d’énergie, l’information qui réunissait cette matière et cette énergie, qui retourne au pool commun des matières organique. Mais, entretemps, il a fait de l’information, il a produite de l’information : ça, c’est spécifiquement humain. Il a cette chance, en tant qu’humain, de pouvoir produire de l’information, c’est-à-dire influencer le monde qui l’environne et, en particulier, le monde humain. Et ça, ça ne disparaît pas. […] c’est une propriété, un trésor qui est à l’espèce, qui n’est pas à l’individu. »

 

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