Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

7 novembre 2016

Bruno Dubuc: Eloge de la suite, 16/09/2016 – 15/10/2016

Autopoïèse et émergence des systèmes nerveux : quand Varela et Laborit se rejoignent  http://www.elogedelasuite.net/?p=3242

Publié le 16 septembre 2016

Il y a, dans cette deuxième séance, un autre « point de contact » évident avec Laborit et on peut dire qu’il passe par mon film Sur les traces d’Henri Laborit, associé à ce site. On assiste en effet, à la fin de ce film, à l’unique rencontre entre Laborit et Francisco Varela le 9 décembre 1992 au laboratoire de Boucicaut. Or Varela est abondamment cité dans cette seconde séance puisque c’est lui et Humberto Maturana qui ont théorisé, au début des années 1970, le concept d’autopoïèse qui est présenté dans la première partie de la séance et discuté en détail dans la seconde.

Cette définition première d’autopoïèse pour décrire l’essence d’un être vivant (« un réseau complexe d’éléments qui régénèrent constamment, par leurs interactions et transformations, le réseau qui les a produits »), Varela avait dû la bonifier dans ses derniers écrits pour tenir compte non seulement du maintien de l’identité des êtres vivants, mais aussi de leur capacité à tenir compte de leur environnement pour profiter des ressources qui pourraient les aider à maintenir leur structure et fuir les substances ou les situations qui pourraient la détruire.

Les habitué.es de ce site auront déjà reconnu des fondements très similaires dans la pensée de Laborit, en particulier son fameux : « La seule raison d’être d’un être, c’est d’être, c’est-à-dire de maintenir sa structure ». Tout le début de la narration de Laborit dans Mon oncle d’Amérique décrit également cet impératif de la vie de défier temporairement le second principe de la thermodynamique.

Organisation générale du cerveau humain : ce que Laborit avait bien vu http://www.elogedelasuite.net/?p=3242

Publié le 23 septembre 2016

Comme je l’ai expliqué ici, je donne cet automne un cours sur la cognition incarnée à l’UQAM. Chaque lundi, je publie dans le blogue du Cerveau à tous les niveaux un résumé de la séance que je donne le mercredi suivant. Et chaque vendredi, je fais ici des liens entre le travail de Laborit et le thème de la semaine. La séance de cette semaine intitulée « Le cerveau humain : développement, communication et intégration neuronale, organisation générale » abordait donc plusieurs sujets, mais s’il fallait n’en retenir qu’un où Laborit a été un précurseur ce serait sans doute les cellules gliales.

En effet, dès les années 1960, Laborit s’est intéressé aux cellules gliales qui reçoivent aujourd’hui l’appellation de « l’autre moitié du cerveau » tellement on commence à s’apercevoir qu’elles contribuent à la communication neuronale. On est donc loin du simple rôle de support qu’a inspiré leur nom. La « névroglie », comme on appelait souvent les cellules gliales du temps de Laborit, vient du mot grec γλοιός (gloios), « gluant », une étymologie rappelant le rôle de « colle » ou de simple remplissage qui leur avait été originellement attribué. Et même jusqu’à il y a quelques décennies, le rôle qu’on reconnaissait aux cellules gliales en était surtout un de nutrition par rapport aux neurones, alors qu’on sait aujourd’hui qu’elles ont de nombreuses autres fonctions, notamment en communiquant et en synchronisant l’activité de vastes assemblées de neurones.

Plasticité et mémoires : tout ce qui entre à notre insu dans le système nerveux http://www.elogedelasuite.net/?p=3265

Publié le 30 septembre 2016

Laborit a insisté très tôt sur le fait que plein de choses s’imprègnent dans notre système nerveux sans que l’on s’en rende compte. Toute la pub est basée sur cette idée d’associer un sentiment positif à une marque de lessive, par exemple. Mais c’est aussi le cas des normes sociales et des automatismes culturels qui entrent constamment à notre insu dans notre cerveau.

Pour le dire dans les mots de Laborit qui n’y va pas de main morte pour décrire ce phénomène :

« Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra dans sa vie d’adulte une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais. »

Et que dire des conditionnements opérants dont Laborit a montré également la prédominance dans nos comportements. La recherche de la récompense est encore un mécanisme très puissant en nous. On n’a qu’à nous regarder descendre frénétiquement notre page Facebook à la recherche des précieux « Like »… Ou encore, il faut relire là-dessus le chapitre sur l’amour dans l’Éloge de la fuite où l’être aimé est associé à son pouvoir de gratification (âmes romantiques, s’abstenir…). ;-P

Synchronisation de l’activité dynamique du cerveau : quand Laborit mène à Varela http://www.elogedelasuite.net/?p=3282

Publié le 7 octobre 2016

Ces oscillations dans les circuits de neurones, on les a observées aussi tôt qu’en 1924 alors que Hans Berger mettait au point le premier électroencéphalographe (EEG). Mais il fallut attendre plus d’un demi-siècle plus tard pour qu’elles commencent à être considérées comme autre chose qu’un simple épiphénomène. Cela explique pourquoi Laborit a peu, à ma connaissance, mentionné directement les oscillations cérébrales dans ses écrits, du moins ceux pour le grand public. Son outil de travail quotidien, on le sait, c’était la pharmacologie. Et bien que les drogues qu’il appliquait sur ses modèles animaux avaient bien entendu des effets au niveau des rythmes cérébraux, Laborit ne les a pas étudiés en tant que tel, toujours à ma connaissance…

Mais en faisant des recherches avec des mots clés pour ce billet, je suis tombé sur une page d’Éloge de la suite que j’avais écrite quelques semaines après son lancement en novembre 2014. J’y relate une autre coïncidence semblable où, en cherchant sur un colloque consacré à Laborit en 2000, j’étais tombé sur l’annonce des journées du réseau de sciences cognitives d’Île de France où l’on pouvait lire que « Dans le domaine des neurosciences, F. Varela (LENA-CNRS, Paris) a décrit les mécanismes physiologiques impliqués dans la constitution du “temps présent” et développé l’hypothèse qu’une synchronisation des activités neuronales soit à l’origine d’une conscience du présent. »

Cartographie du cerveau et grandes voies nerveuses : le « MFB » toujours à l’étude ! http://www.elogedelasuite.net/?p=3297

Publié le 15 octobre 2016

Laborit s’est constitué, avec le peu de ce que l’on savait dans les années 1950, une cartographie des différents grands faisceaux nerveux qui relient dans le cerveau les régions fondamentales pour la survie d’un animal dont le fameux « faisceau de la récompense », le Medial Forebrain Bundle, ou MFB.

Or il y a quelques mois à peine, une étude publiée dans la revue Cerebral Cortex avait pour titre « A hedonism hub in the human brain. » Ma séance de mercredi dernier s’achevait justement sur le concept de « hub », ces gros faisceaux d’axones dans le cerveau qui constituent de véritables « autoroutes » pour la transmission nerveuse. Or ce que l’étude de Zacharopoulos et ses collègues a démontré, c’est qu’il y a une corrélation positive entre la valeur que les gens portent à l’aspect « hédoniste » dans leur vie, et le volume du globus pallidus gauche, une structure cérébrale directement connectée au «superolateral medial forebrain bundle».

Si Laborit avait pu lire cette étude, je suis certain qu’il aurait souri, lui qui a si souvent répété que pour agir, il faut être motivé, et que cette motivation vient en bout de ligne du plaisir que l’on retire de cette action, comme le rappelle d’ailleurs les auteurs au début de leur article !

18 septembre 2016

GENDXXI – LE MAG – N°11

Filed under: Actualité — Étiquettes : — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:49

Au sommaire de ce numéro:

– Modalités d’application du RPJ aux GM
– Projet de fiscalisation de l’IJAT : « TOUCHEZ PAS AU GRISBI ! »
– Temps de travail des gendarmes ; ICI http://fr.calameo.com/read/0001110386ac7385cf0b7

Tous les numéros en ligne à https://www.gendxxi.org/le-mag/

Bruno Dubuc: Eloge de la suite: Survol historique des sciences cognitives : la contribution de Laborit à la révolution psychiatrique

Filed under: Actualité, recherche médicale — Étiquettes : , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:31

Comme vous allez le constater si vous jetez un coup d’œil à cette présentation, je n’ai pu m’empêcher de parler de Laborit pour évoquer les balbutiements des neurosciences vers le milieu du XXe siècle. La longue histoire de la découverte du premier neuroleptique, la chlorpromazine, par Laborit et ses collègues au tout début des années 1950 marquait en effet un tournant dans le rapport qu’entretenaient les psychiatres avec les troubles de l’esprit. Une simple molécule pouvait donc affecter l’esprit au point de rendre de grands psychotiques agités tout à fait calmes et détendus.

Cette révolution dans les mentalités dont Laborit a été l’un des artisans, je l’ai retrouvée racontée à deux endroits en faisant mes recherches là-dessus sur Internet.

Article en ligne : http://www.elogedelasuite.net/?p=3232

11 septembre 2016

I. Aubert-Baudron: Des paquebots de croisière pour les migrants?

Filed under: Alfred Korzybski, Alternative — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:16

Une proposition permettant de concilier les objectifs de sécurité et une approche humaniste de l’arrivée des migrants en Europe.  En ligne à https://blogs.mediapart.fr/miss-marple/blog/080916/des-paquebots-de-croisiere-pour-les-migrants-1

 

31 août 2016

Mises à jour de La sémantique générale pour tous

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Alfred Korzybski

Déstructuration: Enquêtes sur les mécanismes de l’économie de marché dans le domaine de la santé

HARCELEMENT MORAL: Remake des « Dix Petits Nègres »: Enquête sur les facteurs de mortalité et de morbidité en milieu hospitalier et propositions pour en sortir

L’Europe sous tutelle

27 août 2016

Bruno Dubuc: Eloge de la suite: Le bon plaisir d’Henri Laborit, une émission de France Culture de 1989 (3 et 4)

Filed under: biologie, France culture, livres, radio — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 3:34

Le bon plaisir d’Henri Laborit, une émission de France Culture de 1989 (3 de 4)

Publié le 5 août 2016

Voici donc la 3e partie (sur 4) de l’émission Le bon plaisir d’Henri Laborit commencée il y a deux semaines, conformément à mon plan de match de l’été. Un autre bon trois quart d’heure, donc, de cette émission de trois heures visant à faire connaître l’œuvre d’un.e auteur.e et qui fut diffusée une première fois le 4 février 1989, et probablement en reprise durant la «nuit du 11 avril 1989» tel qu’indiqué sur la cassette audio de M. Patrice Faubert que j’ai numérisée.

Plusieurs autres personnages font leur apparition durant ce segment comme Pierre Arditi, le comédien qui jouait l’antipathique Zambeaux dans Mon oncle d’Amérique, ainsi que Alain Finkielkraut, intellectuel français habitué aux plateaux médiatiques et aux controverses. À cette époque, il en avait évidemment moins qu’aujourd’hui, mais il avait déjà ce ton emporté (les mauvaises langues diraient ampoulé…) qui contraste avec le calme et la limpidité des propos de Laborit ! http://www.elogedelasuite.net/?p=3175

Le bon plaisir d’Henri Laborit, une émission de France Culture de 1989 (4 de 4)

Publié le 21 août 2016

Voici donc la dernière partie (sur 4) de l’émission Le bon plaisir d’Henri Laborit commencée il y a trois semaines, conformément à mon plan de match de cet été qui s’achève. La dernière demi-heure, donc, de cette émission de trois heures qui fut diffusée une première fois le 4 février 1989, et probablement en reprise durant la « nuit du 11 avril 1989 » tel qu’indiqué sur la cassette audio de M. Patrice Faubert que j’ai numérisée.

Extrait : « Il faut tout foutre par terre pour pouvoir reconstruire quelque chose qui est plus humain. On a un lobe orbito-frontal, figurez-vous, et il est là pour imaginer d’autres rapports sociaux que ceux qui sont là pour la recherche de dominance, en considérant que c’est très bien le leader, le battant, etc. Et alors il faut tout casser pour dire non, c’est pas possible ! » http://www.elogedelasuite.net/?p=3200

30 juillet 2016

Bruno Dubuc: Eloge de la suite: Le bon plaisir d’Henri Laborit, une émission de France Culture de 1989 (2 de 4)

Mon plan de match pour l’été se poursuit aujourd’hui avec la seconde partie (sur 4) de l’émission Le bon plaisir d’Henri Laborit commencée la semaine dernière. Comme je l’écrivais alors, cette émission qui durait trois heures et visait à faire connaître l’œuvre d’un.e auteur.e fut diffusée pour la première fois le 4 février 1989, et probablement en reprise durant la « nuit du 11 avril 1989 » comme l’indique la cassette audio de M. Patrice Faubert que j’ai numérisée.

À suivre, donc … mais dans trois semaines seulement, car comme ce sont les « vacances de la construction » au Québec, et que je suis un honnête constructeur de site web (!), je ferai, comme l’an dernier à pareille date, une fuite estivale dans la nature ! Je vous souhaite la même chose, et on se revoit bientôt pour d’autres surprises dans ce « Bon plaisir d’Henri Laborit » décidément très riche.

Ecouter l’enregistrement à http://www.elogedelasuite.net/?p=3161

Cette deuxième partie de l’enregistrement de l’émission est un peu plus longue que la première et dure un peu plus de trois quart d’heure. Elle débute avec l’extrait de Mon oncle d’Amérique où Laborit expose sommairement quelques fonctions cérébrales à la lumière de ce que l’on sait à l’époque. Il s’inspire donc du modèle du cerveau triunique de MacLean dont on connaît depuis les limites, bien que l’idée générale d’une histoire évolutive plus ou moins ancienne pour différentes régions cérébrales, elle, tient toujours.

On enchaîne avec un extrait de monologue de Guy Bedos sur le stress et l’on apprend tout de suite après qu’il est inspiré des travaux de Laborit que Bedos dit suivre depuis longtemps. S’ensuit un échange chaleureux et fort drôle entre lui et Laborit où l’on apprend, au détour d’une remarque de ce dernier, que c’est Laborit qui avait invité Bedos à venir à l’émission. Cela ne m’étonne guère puisque, au-delà des affinités anarchistes réciproques que les deux se reconnaissent, j’avais trouvé lors de mon passage aux archives Laborit à Créteil en 2009 la lettre de remerciement illustrant cet article que Laborit avait envoyée à Bedos après l’un de ses spectacles ! On y retrouve une allusion à la mère de Bedos (dont il parle dans l’extrait du spectacle présenté ici) et un fin questionnement sur la durée de la part de Laborit… 😉 (cliquez sur l’image pour l’agrandir)

La discussion amène Laborit à mentionner qu’il a fait partie de tous les groupes écolos quand ils se sont constitués, mais que trop souvent les dirigeants de ces groupes ont mis plus d’énergie pour montrer que leur approche était meilleure que celle du voisin au lieu de travailler concrètement pour l’environnement. Laborit rappelle alors que lorsqu’on ne sait pas qu’on est pris dans une lutte pour la dominance, on ne peut que la couvrir d’un discours logique. Bedos signale qu’il est parfois encore un peu naïf devant ces beaux discours, mais que lorsqu’il comprend qu’on l’a floué, il sort « l’artillerie lourde ». Ce à quoi Laborit s’empresse d’ajouter que ce n’est pas son cas, qu’il n’aime pas la bagarre et préfère fuir, rappelant qu’il a écrit un Éloge de la fuite

Après avoir énuméré quelques fuites possibles, celles dans les toxicomanies qui peuvent nous détruire, ou celle dans la folie qui nous coupe du monde, Laborit rappelle que la meilleure est sans doute celle que l’on peut exercer par l’imagination, si tant est que l’on n’est pas trop automatisé par notre socio-culture pour le faire. Pour sa part, Laborit rappelle que de ne pas avoir suivi les carottes qu’on lui a tendu toute sa vie lui a permis de demeurer dans la marge et de faire ce qu’il voulait. Entre autres, s’occuper de choses qu’il n’était pas supposé s’occuper, n’ayant pas les parchemins officiels pour le faire, ce qui l’a tout de même amené à un cheveux du prix Nobel, ce qui ne lui aurait pas déplu à une certaine époque pour narguer un peu ceux qui lui avait fait la vie dure, mais plus maintenant, ajoute-t-il, étant heureux dans tous les plans de sa vie.

Et Laborit de terminer ce segment en rappelant que le truc c’est, au fond, de se révolter « jusqu’au point où ça va casser ». Puis de faire un pas de côté, et d’aller là où on ne nous attend pas…

Après un autre extrait de Mon oncle d’Amérique, on a droit à un succulent petit reportage avec Claude Grenié, prof d’histoire-géo à La Rochelle et grand ami de Laborit. On entend Grenié expliquer à ses élèves les grands modes de fonctionnement du cerveau humain en s’inspirant des travaux de Laborit. Et puis, ayant rassemblé plusieurs ancien.nes élèves, certain.es s’expriment sur ce qu’ils ont intégré dans leur vie de ces notions. On sent les grandes qualités pédagogiques de Grenié qui y va par exemple d’une métaphore avec l’histoire d’Ulysse qui, pour lui, a utilisé son imagination pour échapper aux chants des sirènes ! Autre analogie originale : celle entre le mécanisme d’automates vus avec ses élèves et les cames d’un moteur à explosion que ces mêmes élèves en profils « appliqués », sont amenés à démonter dans leur cours au garage.

Dans l’avant-dernier segment, l’animatrice Marion Thiba questionne Laborit sur la spécialisation des deux hémisphères cérébraux. Laborit pense que la société occidentale favorise exagérément l’hémisphère gauche, meilleur avec les petits détails, plutôt que le droit, favorisant davantage la synthèse et une appréhension globale des choses. Alors que les deux devraient idéalement se compléter et fonctionner harmonieusement ensemble.

Le dernier segment porte sur l’amitié et nous permet de rencontrer un autre grand ami de Laborit, le physicien Claude Cuvier. Laborit dit qu’il n’y a jamais eu de compétition entre lui et Cuvier, et c’est pour ça qu’ils sont restés amis depuis leur première rencontre. Une rencontre, rappelle Cuvier, qui avait eu cette étincelle magique, celle qui fait pour Laborit qu’un visage peut évoquer instantanément en nous tout ce qu’on a déjà aimé chez d’autres. Il ajoute qu’il y a des gens avec qui l’on peut avoir toujours plaisir à être, même après des coups pendables (et l’on sent que Cuvier et lui pensent à la même personne !). Cuvier conclut ce segment en disant que pour comprendre Henri Laborit, il faut avoir lu l’Éloge de la fuite et l’Inhibition de l’action… dans les deux sens !

À suivre, donc … mais dans trois semaines seulement, car comme ce sont les « vacances de la construction » au Québec, et que je suis un honnête constructeur de site web (!), je ferai, comme l’an dernier à pareille date, une fuite estivale dans la nature ! Je vous souhaite la même chose, et on se revoit bientôt pour d’autres surprises dans ce « Bon plaisir d’Henri Laborit » décidément très riche.

18 juillet 2016

Alternatives Economiques: Participez au tour de France des alternatives monétaires

Filed under: Actualité, Economie — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:03

Voir sur le même sujet: Nouvelles données sur l’argent: de quoi parlons-nous exactement?

En juin-juillet 2016, Alternatives Economiques organise la première édition du tour de France des alternatives monétaires avec la coopération du Mouvement Sol et à l’occasion de la sortie du Dossier d’Alternatives Economiques « Réinventer la monnaie».

Pendant 2 mois, plus de 20 collectifs de monnaies locales et complémentaires vous proposent une trentaine d’événements dans toute la France (et en Suisse !).

Alors ne vous contentez plus de lire les alternatives… vivez-les !

Conférences, débats, jeux, projections … Retrouvez toutes les étapes de ce premier tour de France des alternatives monétaires, en cliquant sur la carte !

Notre numéro des Dossiers d’Alternatives Economiques n° 6 : « Réinventer la monnaie », est disponible chez votre marchand de journaux et sur notre site www.alternatives-economiques.fr

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Bruno Dubuc, Eloge de la suite: Le bon plaisir d’Henri Laborit, une émission de France Culture de 1989

Filed under: Actualité, art & culture, biologie, livres — Étiquettes : , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 5:45

Publié le 15 juillet 2016

« Poursuivant mon plan de match pour l’été, je commence aujourd’hui la diffusion de la dernière émission de radio enregistrée par les bons soins de M. Patrice Faubert (et numérisé par les miens!). L’émission s’appelait « Le bon plaisir » et l’on ajoutait ensuite le nom de la personne interviewée (dans ce cas-ci, Le bon plaisir d’Henri Laborit). L’émission fut diffusée entre 1985 et 1999, le samedi après-midi pendant 3 heures et il s’agissait de mettre en avant l’œuvre d’une personnalité du monde de la culture. Plusieurs personnalités y ont ainsi défilé comme Cornelius Castoriadis, Françoise Giroud, Jorge Semprun, etc.

L’entretien, fait par Marion Thiba et produit par Thierry Pons, a été diffusée le 4 février 1989. La cassette de M. Faubert indique pour sa part la « nuit du 11 avril 1989 », probablement une rediffusion. Elle indique aussi qu’il manque 10 minutes au début, d’où le commencement abrupte de la partie d’aujourd’hui. Peut-être un jour les retrouvera-t-on grâce aux CD de la bibliothèque de Tolbiac…  »

La suite à http://www.elogedelasuite.net/?p=3145

 

10 juillet 2016

GendXXI: le Mag N° 10

Filed under: Actualité, APNM, Gendarmerie, Littérature — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:09

Cliquer sur l’image pour accéder au pdf en ligne

Mag-n°10

Tous les numéros sont en ligne à https://www.gendxxi.org/le-mag/

 

6 juillet 2016

L’île logique, suite

Bonjour,

L’île logique, notre compagnie de théâtre et clowns de sciences fondamentales, est heureuse de vous annoncer sa participation à la 2e édition de la nuit des maths à Tours le 2 juillet prochain.
Outre la représentation de notre pièce L’affaire 3.14 (sur le programme de terminale) et un petit concert scientifique, de nombreuses autres interventions mathématiques et ludiques sont prévues, tout le programme et réservations ici.

Vous pourrez aussi désormais souscrire à l’achat du livre « A l’endroit de l’inversion, petit essai en clownologie mathématique » préfacé par Cédric Villani qui est en cours d’édition (ou en me contactant ici également)

Par ailleurs, il nous reste des disponibilités pour la fête de la science, aussi n’hésitez pas ! (spectacles, ateliers théâtre et science, animations, concerts, conférences…)

Enfin nous escomptons organiser un stage « maths et clown » les 11, 12 et 13 novembre prochain dans le cadre d’un festival de clown que nous co-organisons : festival clown hors piste, n’hésitez pas à me contacter si vous êtes intéressés !

Merci,
au plaisir,
bien à vous !
Cédric
www.ilelogique.fr

Eloge de la suite: Une autre émission Humeurs avec Laborit à Radio-Libertaire (1ère partie)

Filed under: Actualité, biologie, livres, radio — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:26

Tel qu’annoncé dans mon plan de match, on continue aujourd’hui avec les premiers trois quart d’heure d’une seconde émission Humeurs enregistrée à Radio Libertaire à l’automne 1985 et animée par Gérard Caramaro. Cette seconde émission eut lieu deux semaines après celle que l’on a terminée la semaine dernière, comme on l’apprend au début de l’enregistrement que voici. http://www.elogedelasuite.net/?p=3125

Une autre émission Humeurs avec Laborit à Radio-Libertaire (1ère partie)

Laborit à Radio Libertaire en 1985 (2e partie)

17 juin 2016

Isabelle Aubert-Baudron: Une économie non-aristotélicienne ? JUGAAD !

Hier soir sur Antenne 2 un reportage passionnant dans l’émission Un oeil sur la planète sur le concept indien de Jugaad, de Navi Radjou. Voir également sur ce concept L’innovation Jugaad, faire mieux avec moins – FUTUREMAG – ARTE

Livres de Navi Radjou

Ce concept est similaire à l’économie non-aristotélicienne que j’ai mise au point depuis la fin des années 90 à partir de la sémantique générale de Korzybski et grâce à laquelle j’ai pu mettre au point sans moyen financier, entre autres, Interzone Editions et des cours de sémantique générale en ligne.

Pour plus d’infos sur l’économie non-aristotélicienne :

Une économie de rechange ?

Une économie non-aristotélicienne :

* L’économie de marché: une économie aristotélicienne

* Déstructuration: Enquêtes sur les mécanismes de l’économie de marché dans le domaine de la santé

* Restructuration: Une économie non-aristotélicienne

* Economie A / économie non-A

Application de la démarche des mathématiciens en économie

Comment faire soi-même une dreamachine simple et pas chère (1981)

Première machine à rêver (1981)

Plus d’infos sur la dreamachine

 

11 juin 2016

Alain Garrigou: Refuser les QCM à l’Université

Filed under: Actualité, Enseignement, Management, Université — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 5:39

http://blog.mondediplo.net/2016-05-27-Refuser-les-QCM-a-l-universite

Comment l’idéologie managériale s’insinue-t-elle dans nos vies ? Comme il en va de ces mouvements longs de l’histoire qui, par petites touches isolées, sans liens qui leur donnent sens, passent inaperçus, imperceptibles. Cette histoire commence par un appel téléphonique impromptu d’un des services informatiques de mon université où l’on me demandait de communiquer un questionnaire à choix multiple (QCM). Surprise : je n’avais rien demandé, assurai-je à ma correspondante. Et je ne ferai jamais cela. Fin de la conversation. De quoi ce sigle, QCM, est-il le nom ? Au cours de notre scolarité, nous passons tous au fil des QCM, comme au fil de l’épée. Après tout, ce n’est jamais que le mode d’interrogation des sondages et des jeux télévisés. Expéditif, pas très sérieux, le QCM est à la pensée ce que Guillaume Musso est à la littérature, Bernard-Henri Lévy à la philosophie ou Pascal Perrineau à la science politique.

Lire aussi Pierre Jourde, « L’Université féodale de demain », Le Monde diplomatique, avril 2008. Comme tous ces services auxquels on a donné de beaux noms — galaxie, soleil, apogée — celui-ci s’appelle COMETE (Centre optimisé de médiatisation et de technologies éducatives). Ainsi va la novlangue managériale. Il faut la lumière ou la beauté des mots pour cacher l’obscurité ou la laideur des choses. En l’occurrence la demande concernait un nouveau cours, que j’ai du accepter au débotté à la suite d’une mutualisation m’ayant privé d’une partie de mon enseignement — sans que personne n’ait daigné me prévenir. Pas le choix. Enfin presque. Je refusai tout de même de faire mon cours devant un public « mutualisé », trois formations, soit trois groupes d’étudiants de niveaux différents (avec des horaires impossibles pour rassembler tout le monde). J’exigeai donc un public homogène, celui de la première année de science politique de Nanterre. Un jeune collègue dut se dévouer pour le cours mutualisé. Merci à lui.

De mon côté, je conçus un cours que je crois exigeant pour les étudiants de L1. L’année suivante, je retrouvai un amphi plein, l’amphi Guy Carcassonne où notre collègue, attaché aux libertés académiques comme au droit constitutionnel, aimait enseigner aux étudiants de première année. Ce ne fut qu’en évoquant les modalités d’examen que le problème apparut : des étudiants m’annoncèrent qu’ils suivaient en parallèle des cours de droit. Comme j’avais évoqué une dissertation de trois heures, comme l’année précédente, ils protestèrent. Nenni. Ils ne disposaient que d’une heure et… on a leur avait prévu un QCM. Je ne savais donc pas que mon public avait changé. J’allais demander des éclaircissements à l’administration. La réponse vint progressivement, un premier interlocuteur ne sachant pas, un autre me livrant une hypothèse. Enfin, il fallut bien que je me rende à l’évidence : l’administration m’avait gratifié d’une formation supplémentaire de 300 étudiants sans que j’en sois prévenu et sans ma permission. Avec de telles contraintes, il n’était pas question de faire une dissertation. Je faisais donc le même cours pour des étudiants qui passeraient pour certains une épreuve de trois heures et les autres une épreuve d’une heure. En matière de mutualisation, j’avais vu pire quand on m’avait gratifié d’un double public de master, l’un suivant un séminaire de vingt heures et l’autre un cours magistral de vingt-quatre heures. Je ne sais toujours pas comment il est possible de faire les deux ensemble.

Je peux comprendre l’angoisse des étudiants devant l’évaluation. Ils sont au bout d’une chaîne décisionnaire perverse. En haut, le ministère qui demande des économies et qui ordonne de mutualiser. Mutualiser ? Encore un joli mot perverti. Les plus mauvais coups se masquent toujours ainsi. Concrètement, il s’agit de demander à des enseignants de faire des cours pour plusieurs formations. Exigence d’un temps où l’on a davantage besoin de policiers ou de militaires que d’enseignants. Les protestations indignées n’y changent rien. Par contre, on demande aux universitaires d’assumer plus de travail sans les prévenir. La politesse n’est pas une vertu politique. Ni d’ailleurs universitaire.

Pour le cours magistral, c’était trop tard, mais le QCM, pas question ! A cette demande inopinée je répondis que jamais je ne ferais de QCM. Un an après, je devais encore faire la même objection de principe. Insister, répéter les procédures : c’est ainsi que les bureaucraties font céder les humains. Cette fois, on me répondit qu’il était trop tard car mes collègues dans la même situation en faisaient déjà. Les autres le font déjà, autre argument censément décisifs des bureaucraties. Je comprends mes collègues qui ont moins accepté que subi la chose, devant la perspective de plusieurs centaines de copies supplémentaires à corriger. Et donc au titre de l’égalité des étudiants devant l’examen, je ne pouvais pas faire autrement. Je ne pouvais pas non plus demander aux étudiants de faire une dissertation en une heure, j’annonçais donc un compromis sous la forme d’un contrôle de connaissances.

Lâchement ou prudemment, je préparais une retraite en pleine campagne au cas où le coût serait prohibitif. J’imaginais tourner l’affaire en dérision. Un QCM bardé d’humour. Facile. Auteur d’une citation : Thomas Hobbes, Karl Marx, Moisei Ostrogorski ou Woody Allen ? Mon fils m’apprit qu’un professeur de terminale avait eu l’intelligence de mettre ses élèves à contribution en leur faisant concevoir un QCM. Question : quel est le nom du paquebot britannique coulé par un sous-marin allemand pendant la Première guerre mondiale ? Titanic, Lusitania, Poséidon ou Costa Concordia ? Tout le monde ne trouva pas la bonne réponse. A cet âge, on ne manque pas d’humour. Dommage qu’on le perde souvent ensuite. Le professeur refusa toutefois à nos plaisantins un autre choix concernant la doctrine Monroe : « America first », « America is back », « Ein Reich ein Volk ein Führer » ou « Yes we can » ? Je concoctais finalement cinq questions de définition : qu’est-ce qu’une institution totale ? Qu’est-ce que le dilemme du prisonnier ? Etc. Lesquelles me paraissaient répondre aux exigences minimales.

Au lieu de laisser faire l’ordinateur, je corrigeais donc 200 copies supplémentaires. A l’ancienne. Conformément à mes espérances, la formule d’évaluation se révéla plus intelligente, ne souleva aucune protestation ni moue dubitative, et finalement, last but not least, ne fut pas si longue à corriger. Quant au résultat : malgré quelques très bonnes notes, un quart des copies ayant un zéro et la moitié ayant au-dessous de 5/20, je me suis demandé pourquoi certains étudiants venaient passer l’examen ? J’ajoute que mon cours était sur Internet afin de permettre à ceux qui n’auraient pu le suivre d’étudier. Il faut croire qu’ils n’étaient pas au courant ou avaient mieux à faire — une première année d’université fonctionne hélas bien souvent ainsi.

Lire aussi Laurent Bonelli, « Quand on cherche, on trouve », Le Monde diplomatique, mars 2009. L’expérience est néanmoins utile. Elle me conduit à proposer de refuser l’introduction des QCM à l’Université (il est des disciplines qui l’utilisent depuis longtemps comme la médecine sur lesquelles je n’ai pas de compétence). Il suffit de quelques heures pour faire un vrai travail d’évaluation digne de ce nom. Nous sommes tous d’accord sur ce point : l’introduction des QCM abaisse la qualité de l’enseignement. Je demande donc de ne pas céder à la pression administrative en défense de la qualité de l’enseignement et de l’honneur du métier. Il est facile sur ce point — beaucoup moins sur d’autres — de briser la loi d’airain des calculs simplistes des comptables qui nous gouvernent. Le ministère demande des économies en mutualisant, les administrations des universités — autonomes dit-on — obéissent. Le calcul est élémentaire : si un enseignant enseigne devant 100 personnes, on en ajoute 300 supplémentaires d’une autre formation. Son cours n’est-il plus adapté ? Devrait-il l’être ? Mais à quoi ? Au public, au QCM ? La question ne sera pas posée. Et comme cela fait trop de copies à corriger, on s’en remet au QCM. Economie. L’informatique le permet. De toute façon, l’enseignant n’a pas le choix. Il cède à la facilité ou on le convainc de s’aligner pour des raisons légales sur ceux qui ont cédé : la même épreuve pour tous.

Ainsi l’administration universitaire, convertie au management, abolit-t-elle lentement, doucement, imperceptiblement, à petits pas, l’autonomie pédagogique des universitaires. Là, comme ailleurs, il est encore possible de résister. Et d’abandonner les QCM aux sondages et aux jeux télévisés.

31 mai 2016

Bruno Dubuc: Sur les traces d’Henri Laborit – Partie 2 : Biologie

C’est avec grand plaisir que je mets (enfin!) sur Éloge de la suite la 2e partie du film Sur les traces d’Henri Laborit. Il s’agit d’un long métrage de 1h25 comprenant la 1ère partie de 7 minutes (Traces) et la nouvelle partie de 1h18 (Biologie).

Pour en revenir au projet comme tel, le film a été projeté deux fois, en privé à St-Hyacinthe devant ma famille et en public à Montréal le 13 février dernier dans le cadre d’une séance de l’UPop Montréal. Il suit chronologiquement la vie d’Henri et de Roland durant un demi-siècle, de 1914 jusqu’en 1965, une année un peu particulière pour votre humble serviteur, comme vous allez le découvrir. On y fait aussi la connaissance de Francisco Varela qui a à peine 19 ans quand cette partie du film se termine, mais dont on entrevoit une rencontre mémorable avec Laborit dont la compréhension constitue un peu le fil d’Ariane de tout ce projet. On m’a dit que la conclusion très partielle à laquelle j’en arrive dans les dernières minutes « nous laisse un peu sur notre faim » mais bon, c’est là où j’en suis présentement dans ce work-in-progress. Et puis c’est une façon comme une autre de garder son public captif jusqu’à ce que je monte la suite…  [Lire la suite au http://www.elogedelasuite.net/?p=3006 ]

Sur les traces d’Henri Laborit – Partie 1:

La deuxième partie de ce film est à la page http://www.elogedelasuite.net/?p=3006

21 mai 2016

Les gardiens de la paix valent mieux que ça, Le billet de Nicole Ferroni

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17 mai 2016

L’éloge de la suite: Laborit à «On efface tout et on recommence» avec Brigitte Vincent en 1991

Filed under: Actualité, biologie, livres, radio — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 1:38

Publié le 13 mai 2016

http://www.elogedelasuite.net/?p=2991

Cette semaine, je vous présente un entretien d’un peu plus de 23 minutes de Laborit avec Brigitte Vincent en 1991 pour l’émission « On efface tout et on recommence », sur France Inter.

Brigitte Vincent explique qu’elle a voulu rencontrer Laborit suite à sa lecture, en 1987, de son livre La colombe assassinée, sur la violence et les différents types d’agressivité. La guerre du golfe fait d’ailleurs rage et Laborit ne pourra pas ne pas y faire allusion dans l’entrevue…

Laborit y rappelle que le type d’agressivité qu’on rencontre le plus souvent chez l’être humain n’est pas l’agressivité prédatrice (le lion qui mange la gazelle, ou le type qui achète un steak…), mais l’agressivité de compétition, pour le maintien des dominances : à l’intérieur des groupes humains, avec la « guerre économique », la course sans fin à la fabrication de toujours plus de marchandises; ou entre ceux-ci, comme les guerres que se livrent les États, où les gens vont se faire tuer des deux côtés pour le maintien des échelles hiérarchiques propre à chaque État…

Si on apprenait aux jeunes ce qu’il y a derrière nos mots, conclut Laborit, lorsqu’ils entendraient des expressions comme « guerre juste », ils ne pourraient avoir qu’un sourire, un sourire attristé.

Suite

Brigitte Vincent

Après l’émission de télé Ex-Libris de 1992 publiée il y a trois semaines et l’émission à Radio Libertaire de 1987 publiée la semaine dernière, je poursuis cette semaine avec un autre enregistrement du « lot de cassettes » envoyé par M. Patrice Faubert (que je remercie encore une fois). Il s’agit cette fois d’un entretien d’un peu plus de 23 minutes de Laborit avec Brigitte Vincent en 1991 pour l’émission « On efface tout et on recommence », sur France Inter.

La rencontre a eu lieu au laboratoire de Boucicaut dont Mme Vincent ne manque pas de décrire le caractère atypique, « au fond d’un hôpital, avec un escalier difficile à monter ». Laborit note d’ailleurs en début d’entrevue que ce laboratoire ne correspond pas à l’idée architecturale qu’il se fait d’un laboratoire de recherche et l’on sent ici sans doute une allusion au projet de laboratoire qu’il avait conçu avec son ami d’enfance architecte Edmond Peray et qui ne s’est jamais réalisé.

Brigitte Vincent explique qu’elle a voulu rencontrer Laborit suite à sa lecture, en 1987, de son livre La colombe assassinée, sur la violence et les différents types d’agressivité. La guerre du golfe fait d’ailleurs rage et Laborit ne pourra pas ne pas y faire allusion dans l’entrevue…

Une entrevue du reste très bien réalisée, avec la trame sonore de Mon oncle d’Amérique qui vient souvent la ponctuer, de même que la lecture d’un extrait évocateur de La colombe assassinée par Mme Vincent.

Laborit y rappelle que le type d’agressivité qu’on rencontre le plus souvent chez l’être humain n’est pas l’agressivité prédatrice (le lion qui mange la gazelle, ou le type qui achète un steak…), mais l’agressivité de compétition, pour le maintien des dominances : à l’intérieur des groupes humains, avec la « guerre économique », la course sans fin à la fabrication de toujours plus de marchandises; ou entre ceux-ci, comme les guerres que se livrent les États, où les gens vont se faire tuer des deux côtés pour le maintien des échelles hiérarchiques propre à chaque État…

Vers la fin de la rencontre, Laborit rappelle que la connaissance des comportements qu’apporte depuis quelques décennies à peine ce qu’on appelle aujourd’hui les sciences cognitives pourrait améliorer les rapports humains. Mais pour cela, insiste-t-il, il faudrait que ce soit diffusé dès le plus jeune âge au plus grand nombre, alors que l’école se contente le plus souvent de favoriser l’insertion de l’individu dans un monde marchand. Au lieu d’apprendre aux jeunes que derrière nos mots, il y a des mécanismes, ce qui ferait que lorsqu’on entendrait des expressions comme « guerre juste », on ne pourrait avoir qu’un sourire, un sourire attristé, conclut Laborit…

Audio Player

La Vie des Idées: L’entreprise de dépossession

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Essais & débats

L’entreprise de dépossession

Entretien avec Danièle Linhart

par Laurent Aucher & Frédérique Barnier [22-05-2015]
Du taylorisme au management moderne, les modèles d’organisation du travail ont toujours cherché, selon Danièle Linhart, à déposséder les salariés de leurs savoirs professionnels. Cette dépossession dans le travail est aujourd’hui également subjective, ce qui la rend très difficile à combattre.
Sociologue, Danièle Linhart est directrice de recherches émérite au CNRS, membre du laboratoire GTM-CRESPPA UMR-CNRS-Universités de Paris 8 et Paris 10. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages sur le monde du travail dont L’Appel de la sirène, ou l’accoutumance au travail (Sycomore, 1981), Le Torticolis de l’autruche. L’éternelle modernisation des entreprises françaises (Seuil, 1991) et La Comédie humaine du travail. De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale (Èrès, 2015). Cet entretien a été réalisé le 13 mars 2015 à Bourges où Danièle Linhart est venue commenter le film documentaire sur le placement des jeunes chômeurs, Les Règles du jeu de Claudine Bories et Patrice Chagnard, lors d’une projection débat avec des étudiants, organisée par le cinéma de la Maison de la Culture et l’IUT de Bourges (Université d’Orléans).

Magazine GendXXI: N° 8 et 9

Filed under: Actualité, Association, Gendarmerie — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 1:14

APNM GendXXI

Association professionnelle nationale des militaires de la gendarmerie du XXIème siècle

Mag-n°8

Mag-n°9

Archives du magazine de l’association

16 mai 2016

Andrew Lees: Mentored by a Madman: The William Burroughs Experiment

https://www.amazon.fr/Mentored-Madman-William-Burroughs-Experiment/dp/1910749109

In this extraordinary memoir, neuroscientist Andrew Lees explains how William Burroughs, author of Naked Lunch and troubled drug addict, played an unlikely part in his medical career. Lees draws on Burroughs search for an addiction cure to discover a ground-breaking treatment for shaking palsy, and learns how to use the deductive reasoning of Sherlock Holmes to diagnose patients. Lees follows Burroughs into the rainforest and under the influence of yagé (ayahuasca) gains insights that encourage him to pursue new lines of pharmacological research and explore new forms of science.

Available at Notting Hill Editions: http://www.nottinghilleditions.com/authors/andrew-lees/409

Andrew Lees

Andrew Lees is a Professor of Neurology at the National Hospital, London. He is the recipient of numerous awards including the American Academy of Neurology Life Time Achievement Award, the Association of British Neurologist’s Medal, the Dingebauer Prize for outstanding research and the Gowers Medal. He is one of the three most highly cited Parkinson’s disease researchers in the world. He is the author of several books, including Ray of Hope, runner-up in the William Hill Sports Book of the Year and The Silent Plague.
REVIEW OF Mentored by a Madman: the William Burroughs Experiment

Mentored by a Madman. The William Burroughs’s Experiment is a fascinating personal account, by one of the world’s leading neurologists, of his quest to find better treatments for Parkinson’s disease. He takes the reader on an extraordinary journey inside and outside the brain, encompassing the commanding heights of academic neurology and the Amazonian Rain Forests. His deep humanity and honesty shines throughout. The inevitable comparison with late, great Oliver Sacks is entirely just. And Lees’ mentor William Burroughs would be well pleased.” – Raymond Tallis

More at:

https://www.eventbrite.com/e/mentored-by-a-madman-the-william-burroughs-experiment-prof-andrew-lees-tickets-23417904583

http://hqinfo.blogspot.fr/2016/05/mentored-by-madman-wiiliam-burroughs.html

https://www.waterstones.com/book/mentored-by-a-madman/andrew-lees/9781910749104

8 mai 2016

Eloge de la suite: Laborit sur TF1 avec Jean-Louis Servan-Schreiber en 1980

Filed under: biologie, TV — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 11:33

http://www.elogedelasuite.net/?p=2953

Publié le 28 avril 2016

Je publie cette semaine le texte dont je vous avais parlé il y a deux semaines. Il s’agit de la retranscription du passage en 1980 de Laborit à l’émission Questionnaires de la chaîne TF1 animée par Jean-Louis Servan-Schreiber. Je ne connais malheureusement pas d’enregistrement vidéo existant de cette rencontre (contrairement à l’émission de la semaine dernière) qui semble avoir été plutôt animée, quelques mois à peine après la sortie de Mon oncle d’Amérique qui sert de point de départ à la discussion.

Je relève un passage par page, mais il y en a d’autres tout aussi savoureux…

Page 1 : (cliquez sur la page pour la lire)

« C’est parce que la vie est insupportable qu’on se suicide, c’est parce qu’on est dans un système où on ne peut pas se faire plaisir, justement. On devient agressif et la seule personne contre laquelle vous pouvez orienter votre agressivité sans que l’ensemble social puisse intervenir, c’est vous. Alors, vous êtes agressif envers vous. L’agressivité n’est jamais gratuite. »

Page 2 :

« Or, ce dont il faut se rendre compte, c’est que tous nos concepts, tous nos mouvements, tous nos comportements sont faits de nos automatismes inconscients, depuis la naissance. […] Tout cela est strictement inconscient et ce que nous essayons de rendre pas un langage, par exemple, c’est une petite frange très superficielle qui, elle, est supportée par tous ces automatismes de langage [qui] supportent une sémantique, c’est-à-dire supportent des jugements qui sont des jugements de valeur sur ce qui est favorable ou défavorable à vous ou au groupe social dans lequel vous êtes inclus. »

Page 3 :

« Donc, le système nerveux […] n’a servi qu’à transmettre l’autonomie motrice, c’est-à-dire de ne pas être lié à ce qui vous environne, et donc vous ne pourriez pas bouger sans système nerveux. Et la pensée de l’Homme n’est que l’amélioration, au cours de l’évolution, de l’efficacité de cette action […et ] le fait de parler, c’est une action; une action à distance, même, parce que mon langage va influencer. »

Page 4 :

« Mais les choses importantes dans l’histoire de l’Homme ont été découvertes par des humains angoissés de savoir pourquoi ils étaient là, quel était ce monde qui les environnait, auquel ils ne comprenaient rien, et en essayant de comprendre. »

Page 5 :

« L’évolution des espèces nous montre – c’est une analogie, je veux bien, mais elle est quand même assez parlante – qu’on n’a pas donné de règlement de manœuvre aux premières cellules qui se trouvaient dans les océans primitifs pour se réunir ensemble et faire des organismes pluricellulaires; je ne sais pas par quel moyen elles l’ont fait, mais elles ont essayé, elles ont expérimenté. Au lieu de permettre à ces ethnies, à ces nations, de découvrir leurs rapports elles-mêmes, les rapports qui auraient pu s,établir avec le système englobant […], au lieu de leur laisser découvrir elles-mêmes leur règles d’établissement de ces rapports, on a imposé une structure abstraite qui était quoi ? Les lois de l’État, l’État bourgeois ayant remplacé l’État aristocratique. »

Page 6 :

Celle-là m’a fait particulièrement plaisir…

« C’est ce qui ce passe pour le Québec actuellement. Pourquoi ne pas laisser dire à ces gens, qui constituent une ethnie vraiment particulière – j’y vis trois mois de l’année – comment ils conçoivent leurs rapports avec les ensembles qui les entourent – américains et anglais, anglo-saxons – ? D’un centralisme, on impose ce qui doit être la règle de tous. Eh bien, non. »

Cette question-là aussi :

« Croyez-vous que les Palestiniens feraient des prises d’otages s’ils avaient une terre sur laquelle ils puissent dire qu’ils sont chez eux ? »

Et ce poète que Laborit aimait vaut aussi une mention :

« Il y avait un petit poète que j’aime beaucoup – un grand poète, d’ailleurs – Fernand Gregh, qui est mort il y a quelques années, qui disait : « Il n’y a pas de méchants, il n’y a que des souffrants. » »

Page 7 :

« Au lieu de les cantonner à la table des multiplications et aux problèmes de robinets, comme j’ai l’habitude de dire, on pourrait peut-être leur apprendre ce qu’ils sont et très tôt. J’ai essayé de le faire avec un certain nombre d’enseignants de l’Ouest de la France et des Suisses actuellement : un enfant de huit à quatorze ans comprend très bien ce livre que beaucoup m’ont dit difficile, qui est « La nouvelle grille ». »

Et une petite dernière vers la fin, sur notre fin justement…

« La mort va détruire la matière et l’énergie et, finalement, bien sûre, puis qu’il n’y a plus de matière et d’énergie, l’information qui réunissait cette matière et cette énergie, qui retourne au pool commun des matières organique. Mais, entretemps, il a fait de l’information, il a produite de l’information : ça, c’est spécifiquement humain. Il a cette chance, en tant qu’humain, de pouvoir produire de l’information, c’est-à-dire influencer le monde qui l’environne et, en particulier, le monde humain. Et ça, ça ne disparaît pas. […] c’est une propriété, un trésor qui est à l’espèce, qui n’est pas à l’individu. »

 

1 mai 2016

LA ROSP : REMUNERATION SUR OBJECTIFS DE SANTE PUBLIQUE

Revue « Tenez le cap !… » http://www.fr-deming.org/afed-NL5.pdf

 Très chère santé…

LA ROSP : REMUNERATION SUR OBJECTIFS DE SANTE PUBLIQUE

Comment la vision comptable de l’Assurance Maladie cherche à influencer les médecins dans leur pratique…

Entérinée lors de la convention nationale du 26 juillet 2011, la ROSP est un nouveau type de rémunération incitative destinée aux médecins. Les premiers concernés ont été les médecins généralistes, puis d’autres spécialités les ont suivis dans un second temps (citons les cardiologues, gastroentérologues et hépatologues, entre autres ; dans cet article, seul le cas des médecins généralistes sera abordé).

CHASSEURS DE PRIMES ?

Qu’est-ce que la ROSP ? Il s’agit d’une prime allouée aux médecins traitants lorsqu’ils atteignent différents objectifs chiffrés (ou cibles selon l’Assurance Maladie). Pour les médecins généralistes, ces indicateurs sont au nombre de 29 ; pour être précis, 24 indicateurs ont des objectifs chiffrés concernant le suivi des pathologies chroniques, la prévention et l’efficience ; 5 autres indicateurs concernant l’organisation du cabinet n’ont pas d’objectifs chiffrés. Prenons donc un exemple : pour l’indicateur concernant l’hypertension artérielle, l’objectif est que 60% des patients traités par antihypertenseurs aient une pression artérielle inférieure ou égale à 140/90 millimètres de mercure. Pour que l’indicateur puisse être pris en compte, le seuil minimum requis est de 20 patients.

Concrètement, voici les informations que le médecin traitant doit renseigner sur le site « ameli.fr » :

ROSP

Pour pouvoir renseigner cet indicateur, la prescription d’antihypertenseurs devient de facto obligatoire, puisqu’il est clairement précisé que seuls les patients traités par antihypertenseurs seront pris en compte. Lorsque les objectifs sont partiellement ou entièrement atteints, une rémunération par points est calculée ; concernant l’indicateur pour l’hypertension artérielle, le nombre maximal de points est de 40, sachant qu’un point vaut 7 euros…

Que penserait Hippocrate de tout cela ?

D’après l’Assurance Maladie, cette rémunération incitative va permettre d’améliorer la qualité des soins… Mais tous ne sont pas de cet avis. Selon le Dr. Jacques Lucas, vice-président du Conseil National de l’Ordre des Médecins, 4% ont refusé la ROSP. Pourquoi ? Dans sa thèse (dont la lecture est vivement conseillée), le Dr. Andrian s’est intéressée aux motivations de ces médecins minoritaires; des  entretiens ont été menés afin de comprendre les raisons de leurs refus. Et contrairement à l’Assurance Maladie, ces médecins pensent que la ROSP n’améliorera ni les pratiques ni la qualité des soins, car certains indicateurs sont « non valides scientifiquement », ils se voient « accusés de ne pas pouvoir évaluer sérieusement les pratiques médicales, que les médecins répètent être une prise en charge globale », mais aussi que les « indicateurs choisis dans la ROSP [sont] des indicateurs ‘‘à côté du métier’’».

DES EFFETS PERVERS…

Le conflit d’intérêt est également évoqué : « la notion de contrats de résultats et non plus de moyens est fortement dénoncée. Il en est de même du conflit d’intérêt contenu dans le dispositif. Il intervient entre le médecin et son patient : le médecin étant alors partagé entre son intérêt financier et l’intérêt de santé de son patient. […] L’existence d’une rémunération variable pousse à la maximisation de la récompense. Ce qui conduit à l’émergence d’effets pervers, à l’encontre des pratiques qualité, ou même à l’origine d’une détérioration de la qualité » (thèse, p. 92-93).

Citons quelques-uns de ces effets pervers : « sélection des patients rémunérateurs », «modification de la relation au soin », « modification de la pratique d’information du patient». Au vu de ces effets, on peut vraiment se demander quel est l’intérêt pour le patient…

A posteriori, certains médecins pourraient également se rendre compte de ces effets pervers, mais une fois inscrits dans ce dispositif, les médecins n’ont plus la possibilité d’en sortir ! Par ailleurs, il est étonnant qu’ils n’aient pas été suffisamment informés en amont de la possibilité de refuser ce nouveau dispositif de rémunération à la performance (ce qui pourrait en partie expliquer que très peu de médecins l’aient refusé).

L’ECLAIRAGE DE DEMING

Que dirait Deming de cette prime ? Dans Du nouveau en économie (DnE), Deming précise qu’une prime « est un facteur de démoralisation pour toutes les personnes concernées, y compris celle qui reçoit la prime » (p.91, DnE 1ière édition).

Pourquoi donc ? Parce qu’elle s’attaque au sentiment de fierté du travail. Les gestionnaires ont tort de penser que l’on peut financièrement inciter un professionnel, car la fierté du travail bien fait ne peut s’acheter. Un médecin l’exprime d’ailleurs assez clairement : « Les médecins sont tellement nuls qu’on a besoin de poser des primes ? C’est assez dévalorisant, c’est dégradant. » (thèse, p.103).

Par ailleurs, le phénomène de surjustification est également évoqué dans la thèse : il « introduit la motivation externe de l’argent. La récompense conforte par ce mouvement externe ce que le médecin pensait déjà faire ou s’appliquer à lui-même […] la récompense a l’air de balayer l’autodétermination et la compétence avec lesquelles le médecin s’était donné dans sa propre ligne d’action. […] La surjustification renvoie aux médecins une image diminuée […], dans laquelle leur conscience morale de bien faire est monétisée» (thèse, p. 106-107).

Deming parle plutôt de « super justification » mais la signification reste la même : « Les systèmes de récompenses qui sont actuellement pratiqués sont souvent des super justifications […], le résultat d’une récompense sous forme d’argent est au mieux insignifiant, mais peut être source de découragement. Celui qui reçoit une récompense de quelqu’un qu’il ne respecte pas se sentira dégradé » (DnE, p. 91). Et c’est effectivement le cas, puisque les relations entre les médecins et l’Assurance Maladie ne sont pas bonnes. En effet, les médecins mentionnent le « mépris affiché des caisses, et plus largement des tutelles » ; « la sécurité sociale et les tutelles frisent l’indécence en évaluant la qualité des pratiques alors que tout a été fait pour ne pas créer les conditions de qualité ». Et il y a perte de confiance : « ici, la confiance est entamée à cause d’un manque de crédibilité de l’Assurance Maladie d’une part et à cause de la dissimulation qui a entouré la ROSP, donnant l’idée qu’il y avait ‘‘quelque chose à cacher’’» (thèse, p.102-103).

Des travaux en sociologie viennent également confirmer la dangerosité de ce type d’évaluation et de rémunération à la performance. Une comparaison est même faite avec le salariat : la sociologue Mme Linhart « évoque clairement pour les salariés ce management qui attaque la ressource fondamentale du travail et qui fonde la légitimité : l’expérience. […] Évaluation, démarche qualité bordent la voie dans laquelle les salariés se doivent de cheminer, sans plus pouvoir faire appel à leur expérience ».

Le problème avec cette ROSP, c’est qu’elle déstabilise le rôle-même du médecin. Faut-il rappeler aux administrateurs de l’Assurance Maladie que les médecins ont une longue formation qui les préparent à effectuer leur métier dans les règles de l’art ? Un médecin sait ce qu’il doit prescrire, à qui et quand il doit prescrire ; rien ne devrait interférer entre le médecin et son patient pendant la consultation. La relation médecin-patient devrait être indépendante, dépourvue de tout autre enjeu…

CONFLITS D’INTERETS ?

Mais alors, pourquoi donc cette ROSP ? L’Assurance Maladie aurait-elle oublié sa mission d’intérêt général ? D’autres intérêts financiers seraient-ils plus importants que ceux des patients ? Il est intéressant de noter ce que révèle l’analyse des réponses aux questionnaires envoyés aux médecins: suite au test exact de Fisher, il y a une corrélation qui est établie entre les relations avec l’industrie pharmaceutique et les relations avec l’Assurance Maladie. Ainsi, les « industrie pharmaceutique et assurance maladie sont assimilées (corrélation des relations entretenues), probablement vues comme utilisant les mêmes stratégies » (p.75-76, 85).

Cette corrélation a vraiment de quoi inquiéter… Dans un document disponible sur le site Ameli, il est mentionné que « la France métropolitaine compterait entre 12 et 14 millions d’adultes hypertendus ». Cette estimation a sûrement de quoi laisser bien songeurs ceux qui commercialisent les antihypertenseurs…

En guise de conclusion, voici le texte d’une lettre envoyée par un médecin au directeur d’une Caisse Primaire d’Assurance Maladie :

« Par la présente, ainsi qu’il m’en est donné la possibilité, je vous informe que je refuse la rémunération « à la performance » avec objectifs chiffrés, qui m’est proposé par la nouvelle convention médicale. Je ne refuse nullement les objectifs de santé publique qui y sont inscrits. Ces objectifs et l’ensemble des éléments qui en sont l’objet, relèvent, de toujours, de notre pratique quotidienne, de notre éthique et du code de déontologie médicale. Je considère donc que je n’ai aucune raison d’être rémunéré aujourd’hui, pour la mise en œuvre d’obligations qui se sont, de toujours donc, imposées à moi. Par ailleurs, je considère prendre en charge des malades et non des maladies, avec tout ce que comporte d’aléatoire l’humain qui ne saurait être ramené à de simples valeurs statistiques ou de simples données biomédicales. Il ne saurait encore moins lui être attribué une quelconque valeur marchande ajoutée alors que c’est bien de cela dont il s’agit, au final, dans cette nouvelle convention ».

Li Yang Khan

PS : mes remerciements au Dr.Andrian pour son aide et ses suggestions pour l’élaboration de cet article.

Quelques liens pour poursuivre la lecture …

Disponible sur Gallica : Du Génie d’Hippocrate et de son influence sur l’art de guérir. Dr. Charles Hardy Des Alleurs (1824)

Un article sur la revue du MAUSS permanente : Les médecins sont-ils intéressés à l’intéressement ? , par Nicolas Da Silva, économiste.

Revue « Tenez le cap !… » http://www.fr-deming.org/afed-NL5.pdf

En complément d’informations :

Les médecins ayant refusé la rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP) / paiement à la performance (P4P): une approche qualitative des raisons exprimées de leur refus thèse d’ ANDRIANTSEHENOHARINALA Lanja

 Les changements comportementaux induits par la Rémunération sur Objectifs de Santé Publique (ROSP) thèse de Carine CHHO

Enquête sur les médecins ayant refusé la ROSP (paiement à la performance)

Les faux calculs de la ROSP

Paiement à la performance : Allez ouste ! Ces confrères qui résistent encore et toujours à la ROSP…

Les médecins qui refusent la prime sécu

Prime pour mieux prescrire : de plus en plus de médecins concernés

Pourquoi certains médecins refusent-ils le paiement à la performance ?

La CNAM, le médecin traitant, le spécialiste, Sophia, le CAPI, le ROSP et le bilan périodique de santé. Histoire de consultation 145.

Hausse des primes pour les médecins « bons élèves » de la santé publique

Convention, ROSP, tarifs : Union collégiale sort l’artillerie lourde et entre en guerre procédurale

JORF n°0223 du 25 septembre 2011 page 16080 texte n° 16

19 avril 2016

Secret des affaires

  • Sur France Culture, 19 avril 2016:

6 h 30: Les Matins: Secret des affaires : l’opacité peut-elle se justifier ? Ecouter

6 h 45: Le Billet économique : Entre business et compliance, les entreprises choisissent…  Ecouter

8 avril 2016

La vie des idées: transformation de la médecine de ville et réforme de l’hôpital public

Filed under: Actualité, Management, médecine — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:09
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La médecine de ville en France : la grande transformation ?

[22-03-2016]
La récente loi de modernisation du système de santé a fait du tiers-payant le pilier d’une réforme dite « sociale ». Un détour par l’histoire de la médecine libérale montre toutefois l’ambivalence de cette réforme qui va également dans le sens d’une privatisation plus prononcée de la médecine de ville. Lire →
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La réforme de l’hôpital public

[05-04-2016]
Les réformes de l’hôpital public menées depuis trente ans s’inscrivent toutes dans la lignée du nouveau management public qui vise à faire de lui une entreprise comme les autres, au mépris de son histoire et des valeurs portées par ses agents.Lire →

3 mars 2016

Bruno Dubuc: Les intuitions de Laborit sur le cerveau en pdf et bientôt en mp3 !

Filed under: Actualité, biologie, Recherche — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 6:45

Publié le 26 février 2016

Voici la version pdf de la présentation Power Point «Les intuitions de Laborit sur le cerveau » que j’ai donnée mercredi dernier le 24 février dans le cadre du cours « Deux inclassables du XXe siècle » de l’UPop Montréal. Il s’agit de la première de deux séances sur l’œuvre de Laborit, la seconde intitulée « «Conscience, connaissance, imagination » : le leitmotiv de Laborit» aura lieu le mercredi 6 avril prochain.

J’ai essayé de faire une version pdf de la présentation un peu plus facilement lisible, mais cela reste un support à une présentation orale où d’autres détails ont évidemment été donnés spontanément en plus des réponses aux questions du public, des échanges après la présentation, etc.

J’ai toutefois un petit « scoop » pour vous : la présentation a été enregistrée et sera d’ici quelques semaines disponible sur le nouveau site web Première Plus de Radio-Canada. Je remercie donc Vincent Martineau pour cet enregistrement (et pour le suivant car il a l’intention d’enregistrer aussi la prochaine séance).

Lire la suite de cet article à http://www.elogedelasuite.net/?p=2698

www.elogedelasuite.net 

 

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