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16 avril 2018

Le Monde: Le philosophe iranien Daryush Shayegan est mort

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2018/03/26/le-philosophe-iranien-daryush-shayegan-est-mort_5276610_3382.html

LE MONDE | • Mis à jour le | Par Ghazal Golshiri (Téhéran, correspondance)

Connu en France pour ses dizaines d’ouvrages sur la poésie persane et le soufisme, le spécialiste des religions orientales est mort le 22 mars, à Téhéran, à l’âge de 83 ans.

İranlı filozof Daryush Shayegan, 83 yaşında hayatını kaybetti. Photo: © demokrathaber.org/

Daryush Shayegan, l’un des plus grands philosophes contemporains iraniens, connu en France pour ses dizaines d’ouvrages sur la poésie persane et le soufisme, est mort le 22 mars, à Téhéran, après presque deux mois passés dans le coma. Agé de 83 ans, ce spécialiste des religions orientales avait notamment rédigé des ouvrages remettant en cause la domination occidentale de la pensée philosophique et prônait dans ses premiers travaux une identité fondée sur les traditions et l’héritage culturel en Orient.

L’essayiste, né le 2 février 1935 à Téhéran d’un père iranien, d’ethnie turque, et d’une mère géorgienne, élevé par une nourrice russe et ensuite scolarisée dans une école française à Téhéran, a été dès l’enfance bercé dans une multitude de langues et de cultures. Des années plus tard, c’est ce même contexte qui le fait étudier les interactions entre cultures et civilisations.

A 15 ans, Daryush Shayegan part étudier au Royaume-Uni, puis en Suisse, et finalement en France, où il fait son doctorat en philosophie à la Sorbonne avec le grand professeur de philosophie islamique iranienne Henry Corbin (1903-1978). Spécialiste des religions et des écoles philosophiques de l’Inde à seulement 25 ans, Daryush Shayegan commence à dispenser des cours de sanskrit à l’université de Téhéran.

Dialogue des civilisations

Ses recherches sur l’islam et sa fréquentation des penseurs musulmans comme Muhammad Husayn at-Tabataba’i (1903-1981), renforce son regard critique : « S’abandonner face à l’Occident relève de l’ignorance vis-à-vis de ce dernier », disait-il. Son ouvrage « l’Asie face à l’Occident » (1977, non traduit) a eu un grand succès auprès de l’intelligentsia iranienne au cours des années qui ont mené à la révolution et au renversement du chah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, en 1979, lequel était critiqué notamment pour sa proximité avec l’Occident.

Avant la révolution, Daryush Shayegan développe également l’idée du dialogue des civilisations et devient le directeur du Centre iranien pour l’étude des civilisations à l’université de Téhéran, parrainé par la reine Farah. Deux décennies plus tard, en 1997, c’est cette même idée que reprend le président réformateur Khatami, valant à ce dernier une notoriété et un prestige universels. En 2009, les deux hommes reçoivent, au Danemark, le Prix du dialogue global qui célèbre les personnages tentant de « préserver la paix dans les conditions de la diversité culturelle et dans un climat de tensions géopolitiques de plus en plus accrues ».

Après la révolution qui a vu naître la République islamique, Daryush Shayegan quitte l’Iran et choisit la France, pays avec lequel il a entretenu des liens étroits durant toute sa vie. Après douze ans d’exil volontaire, en 1991, le penseur retourne vivre en Iran, où, avec quelques amis, il fonde la maison d’édition Farzan Rouz, publiant quelques 350 titres en philosophie et en littérature.

Une position critique

Sa « vénération quasi religieuse pour la langue persane », selon ses propres mots, partagée par beaucoup d’Iraniens, l’a poussé à consacrer un ouvrage, L’Ame poétique persane (Albin Michel, 2017), à cinq éminents poètes iraniens, dont Ferdowsi, l’auteur du Livre des Rois, Omar Khayyam, qui chérissait tant l’instant présent, et Rumi, l’un des plus grands mystiques de tous les temps.

Daryush Shayegan a toujours gardé une position critique face aux penseurs et intellectuels iraniens qui, selon lui, « ont été devancés par le peuple ». « La mentalité iranienne, expliquait-il dans un entretien accordé au quotidien iranien Shargh, en 2012, est toujours emprisonnée de ses légendes (…) et les grands penseurs iraniens restent, même aujourd’hui, les poètes iraniens, le plus récent étant Hafez, qui a vécu il y a sept siècles. C’est bien pour cela que nous [les Iraniens] ne pensons pas librement. »

Daryush Shayegan se disait « sans engagement envers toute idéologie politique », mais ces dernières années, il a critiqué de plus en plus ouvertement le système politique fermé de la République islamique d’Iran. Quant à la société iranienne, « elle est déjà dans une situation post-islamique », disait-il dans un entretien au Financial Times en 2015. « La jeune génération a accepté la réalité des identités plurielles, ajoutait-il. Quand je leur parle, ils disent : Nous sommes occidentaux et nous sommes persans.” »

Le seul souhait de ce philosophe, décoré en 2011 par la grande médaille de la francophonie de l’Académie française, a été que sa patrie s’ouvre au monde. « J’aime l’Iran et je pense que notre peuple mérite un changement », avait précisé Daryush Shayegan dans un entretien accordé au mensuel iranien Andisheh Pouya, en 2014.

 – Articles sur Daryush Shayegan

Daryush Shayegan, philosophe sans frontières https://www.scienceshumaines.com/daryush-shayegan-philosophe-sans-frontieres_fr_29181.html

Daryush Shayegan: la poésie, ultime quête du philosophe https://www.mediapart.fr/journal/international/240318/daryush-shayegan-la-poesie-ultime-quete-du-philosophe

Daryush Shayegan raconte le prestige et l’omniprésence de la poésie en Iran http://www.rfi.fr/hebdo/20180309-daryush-shayegan-raconte-prestige-omnipresence-poesie-iran

Extraits d’ouvrages

« Le regard mutilé: Schizophrénie culturelle: pays traditionnels face à la modernité »

La lumière vient de l’Occident

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1 décembre 2016

France Culture: La science et la religion doivent-elles dialoguer ?

https://www.franceculture.fr/emissions/la-conversation-scientifique/la-science-et-la-religion-doivent-elles-dialoguer

Réécouter: https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=a803dd29-7671-4972-9e13-44d8b29135ff

Aujourd’hui, la question des relations entre sciences et religions et des appels au « dialogue » entre ces deux domaines pourtant si éloignés par leurs objets et leurs méthodes refait surface.

La science est la science, qui n’est pas la religion, la religion est la religion, qui n’est pas la science. Après des siècles de conflit entre ces deux « sphères de la vie de l’esprit », si on peut les appeler ainsi, on avait fini par comprendre qu’il ne faut pas les confondre, ni les mélanger ni surtout subordonner l’une à l’autre. Car si on ne respecte pas leurs différences, qui sont irréductibles, on s’empêtre dans des tentatives concordistes menées à grand coup de sparadrap syncrétique, ou on fabrique une harmonie toujours artificielle entre les connaissances scientifiques et les croyances religieuses.

Pourtant, depuis quelques années, on assiste à un regain d’intérêt pour ce qu’on appelle « le dialogue entre science et religion » ? Mais un tel dialogue est-il seulement possible ? Et, si oui, sur quoi porte-t-il ? Et que vise-t-il ?

Yves Gingras est sociologue, professeur à l’université du Québec à Montréal et titulaire de la chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences. Il vient de publier L’impossible dialogue, sciences et religions (PUF)

Intervenants

  • Yves Gingras : Professeur d’histoire des sciences à l’université du Québec à Montréal

La Conversation scientifique Etienne Klein 

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