Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

14 mai 2018

Aristote, Politique, chapitre IX: sur la tyrannie

Filed under: Actualité, Economie, Philosophie, Politique — Étiquettes : , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 11:55

CHAPITRE IX: Des moyens de conservation pour les États monarchiques; la royauté se sauve par la modération. Les tyrannies ont deux systèmes fort différents pour se maintenir: la violence avec la ruse, et la bonne administration; esquisse du premier système; ses vices; esquisse du second système; ses avantages; portrait du tyran; durée des diverses tyrannies; détails historiques.

1. En général, les États monarchiques doivent évidemment se conserver par des causes opposées à toutes celles dont nous venons de parler, suivant la nature spéciale de chacun d’eux. La royauté, par exemple, se maintient par la modération. Moins ses attributions souveraines sont étendues, plus elle a de chances de durer dans toute son intégrité. Le roi songe moins alors à se faire despote; il respecte plus dans toutes ses actions l’égalité commune; et les sujets de leur côté sont moins enclins à lui porter envie. Voilà ce qui explique la durée si longue de la royauté chez les Molosses. Chez les Lacédémoniens, elle n’a tant vécu que parce que, dès l’origine, le pouvoir fut partagé entre deux personnes; et que plus tard, Théopompe le tempéra par plusieurs institutions, sans compter le contrepoids qu’il lui donna dans l’établissement de l’Éphorie. En affaiblissant la puissance de la royauté, il lui assura plus de durée; il l’agrandit donc en quelque sorte, loin de la réduire; et il avait bien raison de répondre à sa femme, qui lui demandait s’il n’avait pas honte de transmettre à ses fils la royauté moins puissante qu’il ne l’avait reçue de ses ancêtres: « Non, » sans doute; car je la leur laisse beaucoup plus durable. »

2. Quant aux tyrannies, elles se maintiennent de deux manières absolument opposées. La première est bien connue, et elle est mise en usage par presque tous les tyrans. C’est à Périandre de Corinthe qu’on fait honneur de toutes ces maximes politiques dont la monarchie des Perses peut offrir aussi bon nombre d’exemples. Déjà nous avons indiqué quelques-uns des moyens que la tyrannie emploie pour conserver sa puissance, autant que cela est possible. Réprimer toute supériorité qui s’élève; se défaire des gens de cœur; défendre les repas communs et les associations; interdire l’instruction et tout ce qui tient aux lumières, c’est-à-dire, prévenir tout ce qui donne ordinairement courage et confiance en soi; empêcher les loisirs et toutes les réunions où l’on pourrait trouver des amusements communs; tout faire pour que les sujets restent inconnus les uns aux autres, parce que les relations amènent une mutuelle confiance.

3 De plus, bien connaître les moindres déplacements des citoyens, et les forcer en quelque façon à ne jamais franchir les portes de la cité, pour toujours être au courant de ce qu’ils font, et les accoutumer par ce continuel esclavage à la bassesse et à la timidité d’âme: tels sont les moyens mis en usage chez les Perses et chez les barbares, moyens tyranniques qui tendent tous au même but. En voici d’autres: savoir tout ce qui se dit, tout ce qui se fait parmi les sujets; avoir des espions pareils à ces femmes appelées à Syracuse les délatrices; envoyer, comme Hiéron, des gens pour tout écouter dans les sociétés, dans les réunions, parce qu’on est moins franc quand on redoute l’espionnage, et que si l’on parle, tout se sait;

4 semer la discorde et la calomnie parmi les citoyens; mettre aux prises les amis entre eux; irriter le peuple contre les hautes classes, qu’on désunit entre elles. Un autre principe de la tyrannie est d’appauvrir les sujets, pour que, d’une part, sa garde ne lui coûte rien à entretenir, et que, de l’autre, occupés à gagner leur vie de chaque jour, les sujets ne trouvent pas le temps de conspirer. C’est dans cette vue qu’ont été élevés les pyramides d’Egypte, les monuments sacrés des Cypsélides, le temple de Jupiter Olympien par les Pisistratides, et les grands ouvrages de Polycrate à Samos, travaux qui n’ont qu’un seul et même objet, l’occupation constante et l’appauvrissement du peuple.

5. On peut voir un moyen analogue dans un système d’impôts établis comme ils l’étaient à Syracuse: en cinq ans, Denys absorbait par l’impôt la valeur de toutes les propriétés. Le tyran fait aussi la guerre pour occuper l’activité de ses sujets, et leur imposer le besoin perpétuel d’un chef militaire. Si la royauté se conserve en s’appuyant sur des dévouements, la tyrannie ne se maintient que par une perpétuelle défiance de ses amis, parce qu’elle sait bien que, si tous les sujets veulent renverser le tyran, ses amis surtout sont en position de le faire.

6. Les vices que présente la démocratie extrême se retrouvent dans la tyrannie: licence accordée aux femmes dans l’intérieur des familles pour qu’elles trahissent leur maris; licence aux esclaves, pour qu’ils dénoncent aussi leurs maîtres; car le tyran n’a rien à redouter des esclaves et des femmes; et les esclaves, pourvu qu’on les laisse vivre à leur gré, sont très partisans de la tyrannie et de la démagogie. Le peuple aussi parfois fait le monarque; et voilà pourquoi le flatteur est en haute estime auprès de la foule comme auprès du tyran. Près du peuple, on trouve le démagogue, qui est pour lui un véritable flatteur; près du despote, on trouve ses vils courtisans, ‘qui ne font qu’œuvre de flatterie perpétuelle. Aussi la tyrannie n’aime-t-elle que les méchants, précisément parce qu’elle aime la flatterie, et qu’il n’est point de cœur libre qui s’y abaisse. L’homme de bien sait aimer, mais il ne flatte pas. De plus, les méchants sont d’un utile emploi dans des projets pervers: « Un clou chasse l’autre », dit le proverbe.

7. Le propre du tyran est de repousser tout ce qui porte une âme fière et libre; car il se croit seul capable de posséder ces hautes qualités; et l’éclat dont brilleraient auprès de lui la magnanimité et l’indépendance d’un autre, anéantirait cette supériorité de maître que la tyrannie revendique pour elle seule. Le tyran hait donc ces nobles natures, comme attentatoires à sa puissance. C’est encore l’usage du tyran d’inviter à sa table et d’admettre dans son intimité des étrangers plutôt que des nationaux; ceux-ci sont pour lui des ennemis; ceux-là n’ont aucun motif d’agir contre son autorité. Toutes ces manœuvres et tant d’autres du même genre, que la tyrannie emploie pour se maintenir, sont d’une profonde perversité.

8. En les résumant, on peut les classer sous trois chefs principaux, qui sont le but permanent de la tyrannie: d’abord, l’abaissement moral des sujets; car des âmes avilies ne pensent jamais à conspirer; en second lieu, la défiance des citoyens les uns à l’égard des autres; car la tyrannie ne peut être renversée qu’autant que des citoyens ont assez d’union pour se concerter. Aussi, le tyran poursuit-il les hommes de bien comme les ennemis directs de sa puissance, non pas seulement parce que ces hommes-là repoussent tout despotisme comme dégradant, mais encore parce qu’ils ont foi en eux-mêmes et obtiennent la confiance des autres, et qu’ils sont incapables de se trahir entre eux ou de trahir qui que ce soit. Enfin, le troisième objet que poursuit la tyrannie, c’est l’affaiblissement et l’appauvrissement des sujets; car on n’entreprend guères une chose impossible, ni par conséquent de détruire la tyrannie quand on n’a pas les moyens de la renverser.

9. Ainsi, toutes les préoccupations du tyran peuvent se diviser en trois classes que nous venons d’indiquer, et l’on peut dire que toutes ses ressources de salut se groupent autour de ces trois bases: la défiance des citoyens entre eux, leur affaiblissement et leur dégradation morale. Telle est donc la première méthode de conservation pour les tyrannies.

10. Quant à la seconde, elle s’attache à des soins radicalement opposés à tous ceux que nous venons d’indiquer. On peut la tirer de ce que nous avons dit des causes qui ruinent les royautés; car de même que la royauté compromet son autorité en voulant la rendre plus despotique, de même la tyrannie assure la sienne en la rendant plus royale. Il n’est ici qu’un point essentiel qu’elle ne doit jamais oublier: qu’elle ait toujours la force nécessaire pour gouverner, non pas seulement avec l’assentiment général, mais aussi malgré la volonté générale; renoncer à ce point, ce serait renoncer à la tyrannie même. Mais cette base une fois assurée, le tyran peut pour tout le reste se conduire comme un véritable roi, ou du moins en prendre adroitement toutes les apparences.

11. D’abord, il paraîtra s’occuper avec sollicitude des intérêts publics, et il ne se montrera point follement dissipateur de ces riches offrandes que le peuple a tant de peine à lui faire, et que le maître tire des fatigues et de la sueur de ses sujets, pour les prodiguer à des courtisanes, à des étrangers, à des artistes cupides. Le tyran rendra compte des recettes et des dépenses de l’État, chose que du reste plus d’un tyran a faite; car il a par-là cet avantage de paraître un administrateur plutôt qu’un despote; il n’a point à redouter d’ailleurs de ne jamais manquer de fonds tant qu’il reste maître absolu du gouvernement.

12. S’il vient à voyager loin de sa résidence, il vaut mieux avoir ainsi placé son argent plutôt que de laisser derrière soi des trésors accumulés; car alors ceux à la garde de qui il se confie sont moins tentés par ses richesses. Lorsque le tyran se déplace, il redoute ceux qui le gardent plus que les autres citoyens: ceux-là le suivent dans sa route, tandis que ceux-ci restent dans la ville. D’un autre côté, en levant des impôts, des redevances, il faut qu’il semble n’agir que dans l’intérêt de l’administration publique, et seulement pour préparer des ressources en cas de guerre; en un mot, il doit paraître le gardien et le trésorier de la fortune générale et non de sa fortune personnelle.

13. Il ne faut pas que le tyran se montre d’un difficile accès; toutefois son abord doit être grave, pour inspirer non la crainte, mais le respect. La chose est du reste fort délicate; car le tyran est toujours bien près d’être méprisé; mais, pour provoquer le respect, il doit, même en faisant peu de cas des autres talents, tenir beaucoup au talent politique, et se faire à cet égard une réputation inattaquable. De plus, qu’il se garde bien lui-même, qu’il empêche soigneusement tous ceux qui l’entourent d’insulter jamais la jeunesse de l’un ou l’autre sexe. Que les femmes dont il dispose montrent la même réserve avec les autres femmes; car les querelles féminines ont perdu plus d’une tyrannie.

14. S’il aime le plaisir, qu’il ne s’y livre jamais comme le font certains tyrans de notre époque, qui, non contents de se plonger dans les jouissances dès le soleil levé et pendant plusieurs jour de suite, veulent encore étaler leur licence sous les yeux de tous les citoyens, auxquels ils prétendent faire admirer ainsi leur bonheur et leur félicité. C’est en ceci surtout que le tyran doit user de modération; et s’il ne le peut, qu’il sache au moins se dérober aux regards de la foule. L’homme qu’on surprend sans peine et qu’on méprise, ce n’est point l’homme tempérant et sobre, c’est l’homme ivre; ce n’est point celui qui veille, c’est celui qui dort.

15. Le tyran prendra le contre-pied de toutes ces vieilles maximes qu’on dit à l’usage de la tyrannie. Il faut qu’il embellisse la ville, comme s’il en était l’administrateur et non le maître. Surtout qu’il affiche avec le plus grand soin une piété exemplaire. On ne redoute pas autant l’injustice de la part d’un homme qu’on croit religieusement livré à tous ses devoirs envers les dieux; et l’on ose moins conspirer contre lui, parce qu’on lui suppose le ciel même pour allié. Il faut toutefois que le tyran se garde de pousser les apparences jusqu’à une ridicule superstition. Quand un citoyen se distingue par quelque belle action, il faut le combler de tant d’honneurs qu’il ne pense pas pouvoir en obtenir davantage d’un peuple indépendant. Le tyran répartira en personne les récompenses de ce genre, et laissera aux magistrats inférieurs et aux tribunaux le soin des châtiments.

16. Tout gouvernement monarchique, quel qu’il soit, doit se garder d’accroître outre mesure la puissance d’un individu; ou, si la chose est inévitable, il faut alors prodiguer les mêmes dignités à plusieurs autres; c’est le moyen de les maintenir mutuellement. S’il faut nécessairement créer une de ces brillantes fortunes, que le tyran ne s’adresse pas du moins à un homme audacieux; car un cœur rempli d’audace est toujours prêt à tout entreprendre; et s’il faut renverser quelque haute influence, qu’il y procède par degrés, et qu’il ait soin de ne point détruire d’un seul coup les fondements sur lesquels elle repose.

17. Que le tyran, en ne se permettant jamais d’outrage d’aucun genre, en évite deux surtout: c’est de porter la main sur qui que ce soit, et d’insulter la jeunesse. Cette circonspection est particulièrement nécessaire à l’égard des cœurs nobles et fiers. Les âmes cupides souffrent impatiemment qu’on les froisse dans leurs intérêts d’argent; mais les âmes fières et honnêtes souffrent ‘bien davantage d’une atteinte portée à leur honneur. De deux choses l’une: ou il faut’ renoncer à toute vengeance contre des hommes de ce caractère, ou bien les punitions qu’on leur inflige doivent sembler toutes paternelles, et non le résultat du mépris. Si le tyran a quelques relations avec la jeunesse, il faut qu’il paraisse ne céder qu’à sa passion, et non point abuser de son pouvoir. En général, dès qu’il peut y avoir apparence de déshonneur, il faut que la réparation l’emporte de beaucoup sur l’offense.

18. Parmi les ennemis qui en veulent à la personne même du tyran, ceux-là sont les plus dangereux et les plus à surveiller, qui ne tiennent point à leur vie pourvu qu’ils aient la sienne. Aussi faut-il se garder avec la plus grande attention des hommes qui se croient insultés dans leur personne ou dans celle de gens qui leur sont chers. Quand on conspire par ressentiment, on ne s’épargne pas soi-même, et ainsi que le dit Héraclite: « Le ressentiment est bien difficile à combattre, car il met sa vie à l’enjeu ».

19. Comme l’État se compose toujours de deux partis bien distincts, les pauvres et les riches, il faut persuader aux uns et aux autres qu’ils ne trouveront de garantie que dans le pouvoir, et prévenir entre eux toute injustice mutuelle. Mais entre ces deux partis, le plus fort est toujours celui qu’il faut prendre pour instrument du pouvoir, afin que, dans un cas extrême, le tyran ne soit pas forcé ou de donner la liberté aux esclaves, ou d’enlever les armes aux citoyens. Ce parti suffit toujours à lui seul pour défendre l’autorité, dont il est l’appui, et pour lui assurer le triomphe contre ceux qui l’attaquent.

20. Du reste, nous croyons qu’il serait inutile d’entrer dans de plus longs détails. L’objet essentiel est ici bien évident. Il faut que le tyran paraisse à ses sujets, non point un despote, mais un administrateur, un roi; non point un homme qui fait ses propres affaires, mais un homme qui administre celles des autres. Il faut que dans toute sa conduite, il recherche la modération et non pas les excès. Il faut qu’il admette dans sa société les citoyens distingués, et qu’il s’attire par ses manières l’affection de la foule. Par là, il sera infailliblement sûr, non seulement de rendre son autorité plus belle et plus aimable, parce que ses sujets seront meilleurs, et non point avilis, et qu’il n’excitera ni haine, ni crainte; mais encore il rendra son autorité plus durable. En un mot, il faut qu’il se montre complètement vertueux ou du moins vertueux à demi, et qu’il ne se montre jamais vicieux, ou du moins jamais autant qu’on peut l’être.

21. Et cependant, malgré toutes ces précautions, les moins stables des gouvernements sont l’oligarchie et la tyrannie. La plus longue tyrannie a été celle d’Orthagoras et de ses descendants, à Sicyone; elle a duré cent ans; c’est qu’ils surent habilement ménager leurs sujets et se soumettre eux-mêmes en bien des choses au joug de la loi. Clisthène évita le mépris par sa capacité militaire, et il mit sans cesse tous ses soins à se concilier l’amour du peuple. Il alla même, dit-on, jusqu’à couronner de ses mains le juge qui avait prononcé contre lui en faveur de son antagoniste; et si l’on en croit la tradition, la statue assise qui est dans la place publique est celle de ce juge indépendant. Pisistrate, dit-on aussi, se laissa citer en justice devant l’Aréopage.

22. La plus longue tyrannie est en second lieu celle des Cypsélides, à Corinthe. Elle dura soixante-treize ans et six mois. Cypsèle régna personnellement trente ans, et Periandre quarante-quatre; Psammétichus, fils de Gordius, régna trois ans. Ce sont les mêmes causes qui maintinrent si longtemps la tyrannie de Cypsèle; car il était démagogue aussi; et, durant tout son règne, il ne voulut jamais avoir de satellites. Périandre était un despote, mais un grand général.

23. Il faut mettre en troisième lieu, après ces deux premières tyrannies, celle des Pisistratides, à Athènes; mais elle eut des intervalles. Pisistrate, durant sa puissance, fut forcé de prendre deux fois la fuite, et en trente-trois ans, il n’en régna réellement que dix-sept; ses enfants en régnèrent dix-huit: en tout trente-cinq ans. Viennent ensuite les tyrannies d’Hiéron et de Gélon à Syracuse. Cette dernière ne fut pas longue, et à elles deux, elles durèrent dix-huit années. Gélon mourut dans la huitième année de son règne; Hiéron régna dix ans; Thrasybule fut renversé au bout du onzième mois. A tout prendre, la plupart des tyrannies n’ont eu qu’une très courte existence.

24. Telles sont à peu près, pour les gouvernements républicains et pour les monarchies, toutes les causes de ruine qui les menacent; et tels sont les moyens de salut qui les maintiennent.

Aristote, Politique, intégrale en ligne

Pour aller plus loin:

Michel Crinetz: Complétons les théories monétaires : la domination

Les différentes étapes de l’évolution de l’Occident: Aristote, Descartes, Korzybski, Trois visions de l’homme et du monde     

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789

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12 septembre 2017

France Culture: Roland Gori: la fabrique des imposteurs et la toute puissance des pervers narcissiques

https://www.franceculture.fr/conferences/universite-de-nantes/la-fabrique-des-imposteurs-et-la-toute-puissance-du-pervers

« L’imposteur est aujourd’hui dans nos sociétés comme un poisson dans l’eau : faire prévaloir la forme sur le fond, valoriser les moyens plutôt que les fins, se fier à l’apparence et à la réputation plutôt qu’au travail et à la probité, préférer l’audience au mérite, opter pour le pragmatisme avantageux plutôt que pour le courage de la vérité, choisir l’opportunisme de l’opinion plutôt que tenir bon sur les valeurs, pratiquer l’art de l’illusion plutôt que s’émanciper par la pensée critique, s’abandonner aux fausses sécurités des procédures plutôt que se risquer à l’amour et à la création. Voilà le milieu où prospère l’imposture ! Notre société de la norme, même travestie sous un hédonisme de masse et fardée de publicité tapageuse, fabrique des imposteurs. L’imposteur est un authentique martyr de notre environnement social, maître de l’opinion, éponge vivante des valeurs de son temps, fétichiste des modes et des formes.

L’imposteur vit à crédit, au crédit de l’Autre. Soeur siamoise du conformisme, l’imposture est parmi nous. Elle emprunte la froide logique des instruments de gestion et de procédure, les combines de papier et les escroqueries des algorithmes, les usurpations de crédits, les expertises mensongères et l’hypocrisie des bons sentiments. De cette civilisation du faux-semblant, notre démocratie de caméléons est malade, enfermée dans ses normes et propulsée dans l’enfer d’un monde qui tourne à vide. Seules l’ambition de la culture et l’audace de la liberté partagée nous permettraient de créer l’avenir. » A travers cette conférence, organisée dans le cadre des conférences de l’Université permanente de l’Université de Nantes, Roland Gori revient sur les idées fortes de son dernier ouvrage « La Fabrique des imposteurs ».

Sur le même sujet:

Isabelle Aubert-Baudron: De la manipulation des symboles : (1) «les valeurs», «évaluation»

En pdf: https://generalsemantics4all.files.wordpress.com/2014/06/de-la-manipulation-des-symboles-14-06-2014.pdf

Des Systèmes de Contrôle – Tome 1 : Techniques de contrôle et stratégies de non-contrôle

6 juillet 2017

France Culture: Avoir raison avec George Orwell par Brice Couturier

Filed under: Actualité, France culture, linguistique, livres, Management, Politique, sémantique — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 7:01

https://www.franceculture.fr/emissions/avoir-raison-avec-george-orwell 

À partir de 1935, la question de la « décence commune » apparaît souvent sous la plume de George Orwell lorsqu’il évoque le peuple anglais, opposant les…

Réécouter Orwell et la décence ordinaire, avec Bruce Bégout

https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=a94d25aa-5db0-4a25-940c-eb98881f1041

03.07.2017 30min
Comment la littérature peut-elle transmettre des vérités ? Quels moyens le roman, l’essai, l’article de revue peuvent-ils opposer au mensonge ? Et surtout…
Peut-on dire la vérité en littérature ? avec Jean-Jacques Rosat

Réécouter Peut-on dire la vérité en littérature ? avec Jean-Jacques Rosat

https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=0f58a0a4-bde0-4032-bcb8-2a0db048a09f

04.07.2017 29min  

Orwell fait-il l’objet d’un détournement politique ? avec Laurent Joffrin et Alexandre Devecchio

https://www.franceculture.fr/emissions/avoir-raison-avec-george-orwell/orwell-fait-il-lobjet-dun-detournement-politique-avec

Politiquement, George Orwell était un homme résolument de gauche. Sa pensée et ses interrogations se retrouvent aujourd’hui au coeur de réflexions politiquement…
Orwell fait-il l’objet d’un détournement politique ? avec Laurent Joffrin et Alexandre Devecchio

Réécouter Orwell fait-il l’objet d’un détournement politique ? avec Laurent Joffrin et Alexandre Devecchio

https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=2962dac1-266e-4104-ab7f-cfddc7a4378e

05.07.2017 29min

La novlangue, instrument de destruction intellectuelle, avec Françoise Thom et Jean-Jacques Rosat

https://www.franceculture.fr/emissions/avoir-raison-avec-george-orwell/la-novlangue-instrument-de-destruction-intellectuelle-avec

George Orwell était écrivain, penseur, mais aussi praticien du langage. Dans son roman «1984», il invente la «novlangue», un langage dont le but est l’anéantissement…
La novlangue, instrument de destruction intellectuelle, avec Françoise Thom et Jean-Jacques Rosat

Réécouter La novlangue, instrument de destruction intellectuelle, avec Françoise Thom et Jean-Jacques Rosat

https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=9639745c-38b9-4e85-9982-f3bd81b9141e       

06.07.2017 29min

 

31 mai 2016

Bruno Dubuc: Sur les traces d’Henri Laborit – Partie 2 : Biologie

C’est avec grand plaisir que je mets (enfin!) sur Éloge de la suite la 2e partie du film Sur les traces d’Henri Laborit. Il s’agit d’un long métrage de 1h25 comprenant la 1ère partie de 7 minutes (Traces) et la nouvelle partie de 1h18 (Biologie).

Pour en revenir au projet comme tel, le film a été projeté deux fois, en privé à St-Hyacinthe devant ma famille et en public à Montréal le 13 février dernier dans le cadre d’une séance de l’UPop Montréal. Il suit chronologiquement la vie d’Henri et de Roland durant un demi-siècle, de 1914 jusqu’en 1965, une année un peu particulière pour votre humble serviteur, comme vous allez le découvrir. On y fait aussi la connaissance de Francisco Varela qui a à peine 19 ans quand cette partie du film se termine, mais dont on entrevoit une rencontre mémorable avec Laborit dont la compréhension constitue un peu le fil d’Ariane de tout ce projet. On m’a dit que la conclusion très partielle à laquelle j’en arrive dans les dernières minutes « nous laisse un peu sur notre faim » mais bon, c’est là où j’en suis présentement dans ce work-in-progress. Et puis c’est une façon comme une autre de garder son public captif jusqu’à ce que je monte la suite…  [Lire la suite au http://www.elogedelasuite.net/?p=3006 ]

Sur les traces d’Henri Laborit – Partie 1:

La deuxième partie de ce film est à la page http://www.elogedelasuite.net/?p=3006

5 juillet 2015

Le Nouvel Observateur: « Tu ne pollueras point » : l’écologie selon le pape François

http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20150617.OBS0965/tu-ne-pollueras-point-l-ecologie-selon-le-pape-francois.html

Lettre encyclique « Laudato Si » : en français dans le site du Vatican – en italien dans le site de L’Espresso »

La responsabilité de l’homme, le libéralisme et la solidarité… « L’Obs » fait le point sur les grandes lignes de la verte pensée papale.

Habemus viridem papam ? Avons-nous un pape vert ? Le souverain pontife s’apprête à publier jeudi une encyclique (une « lettre » qui s’adresse aux 1,2 milliard de fidèles et au-delà, à « tous les hommes de bonne volonté ») exposant ses positions sur l’écologie et le réchauffement climatique. Très attendu à quelques mois de la Conférence de Paris, le contenu de cette encyclique a fuité dans la presse italienne, irritant le Vatican, qui, en réponse, a décidé d’exclure le journaliste de « L’Espresso« , Sandro Magister, responsable de la diffusion de l’intégralité du texte, long de 191 pages.

« Tu ne pollueras point. »

Pour « Libération », qui relaye le contenu du document en Une, cette encyclique, la première consacrée à l’écologie, est un « coup de pied dans la fourmilière ». « Cette encyclique aura un impact majeur : François est directement impliqué comme aucun pape avant lui. Il est animé d’une profonde passion, que cette encyclique communiquera », assure également Christiana Figueres, présidente de la convention cadre de l’ONU sur le changement climatique (UNFCCC), lors d’une réunion récente à Bonn, en Allemagne.

S’il s’est personnellement impliqué, consultant de nombreux experts, dont des prêtres travaillant en Amazonie, c’est parce que l’écologie a toujours été un thème très cher à François. N’a-t-il pas, d’ailleurs, choisi son nom de pape en référence à saint François d’Assise, prophète du dépouillement de l’Eglise, mais également amoureux de la nature ? Archevêque de Buenos Aires, il avait même, rappelle « Le Figaro », déposé un recours devant la Cour suprême d’Argentine pour arrêter un programme de déforestation concernant le nord du pays.

La responsabilité de l’homme, le libéralisme et la solidarité… « L’Obs » fait le point sur les grandes lignes de la verte pensée papale.

Tu reconnaîtras ta responsabilité

Dans son encyclique, le pape affirme clairement que l’homme est le principal responsable du changement climatique, assure « Libération ». En raison notamment de l’activité humaine et de la combustion des énergies fossiles.

« Il y a de fortes preuves scientifiques que les facteurs humains causent de grands dommages pas seulement à la nature elle-même, mais aussi aux vies, particulièrement des plus pauvres. »

Selon la mouture provisoire non officielle diffusée par l’hebdomadaire italien « L’Espresso », le pape affirme également que les causes, étant d’abord humaines, doivent être maîtrisées. Il juge donc indispensable de réduire drastiquement les émissions de dioxyde de carbone et d’autres gaz hautement polluants.

Des affirmations hérisseront certains conservateurs « climato-sceptiques » qui assurent que le réchauffement n’a que des causes naturelles…

Pire, pour certains, le Souverain pontife pointe du doigt la dette climatique des pays du Nord au pays du Sud. Pour lui, certains Etats devraient supporter un coût plus élevé de la transition énergétique.

Et de s’en prendre aux pays qui pourraient faire échouer les négociations internationales :

Les négociations internationales ne peuvent pas progresser de manière significative à cause de la position de pays qui privilégient leurs intérêts nationaux plutôt que le bien commun. »

Tu changeras de paradigme

« La terre, notre maison semble se transformer de plus en plus en un immense dépôt d’immondices. » Le plaidoyer de François pour l’écologie est intimement lié à sa vision de l’égalité et de la solidarité. Il plaide donc pour un changement radical des mentalités et du capitalisme et pour, selon le terme choisi par « Libération », une forme d’écojustice.

« L’économie actuelle et la technologie » ne résoudront pas « tous les problèmes environnementaux », assure le Souverain pontife. C’est une idée trompeuse, selon lui, comme celle qui voudrait que « les problèmes de la faim et de la misère dans le monde se résolvent simplement par la croissance du marché ».

« Cela requiert de nouveaux modes de production, de distribution et de consommation », souligne l’encyclique. Soit un changement complet de paradigme.

Pour Dominique Plihon d’Attac, cité par « Libération », « cette encyclique tombe à point nommé. Elle servira de caisse de résonnance pour dire l’urgence de changer le système. Il faut du courage pour oser aller autant à contre-courant de la doxa libérale et conservatrice qui mène le monde. »

Tu feras de l’accès à l’eau un « droit humain fondamental »

Et le pape, qui dénonce le « pillage » des ressources naturelles, de réclamer que l’accès à l’eau soit reconnu comme un « droit humain fondamental et universel », alors qu’actuellement « la tendance est de privatiser cette ressource et de la soumettre à la loi du marché ».

Cela explique, selon François, l’afflux grandissant de réfugiés climatiques : « Les peuples en voie de développement, où se trouvent les réserves les plus importantes de la biosphère, continuent d’alimenter le développement des pays les plus riches au prix de leur présent et de leur futur. […] Ils fuient une misère aggravée par la dégradation de l’environnement, sans être reconnus comme des réfugiées par les conventions internationales. »

7 mai 2015

idées.fr : La BCE : un problème démocratique pour l’Europe ?

Filed under: Actualité, Economie, Politique — Étiquettes : , , , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 7:24

http://www.laviedesidees.fr/La-BCE-un-probleme-democratique.html

par Clément Fontan , le 15 avril 2014

Lors de la crise de la zone euro, la Banque Centrale Européenne (BCE) ne s’est pas contentée de répondre aux risques de déstabilisation financière ; elle a aussi étendu son influence sur la gouvernance économique des pays européens et gagné des compétences de supervision bancaire. Situation problématique au regard de l’équilibre démocratique des pouvoirs dans l’espace européen.

La suite à http://www.laviedesidees.fr/La-BCE-un-probleme-democratique.html

English version: The ECB: A Democratic Problem for Europe?

29 décembre 2014

Du côté des médecins: Nicole Ferroni: quand une humoriste comprend mieux le TPG que les journalistes

Filed under: Actualité, Economie, Ethique, Management, Politique — Étiquettes : , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 12:07

EDITORIAL

par le dr Dominique Thiers-Bautrant, vice-présidente de l’ufml

Une logique de supermarché

La médecine libérale, dans un élan commun historique, a réalisé un Front Uni demandant le Retrait de la Loi Santé.Le Tiers Payant généralisé est à cette Loi ce que l’avenant 8 est à la convention : l’arme de contrôle absolu des pratiques des médecins, qui passent sous tutelle des ARS et des financeurs.Pourquoi faire de ce TPG le seul outil d’amélioration de l’accés aux soins lorsqu’on sait que le renoncement aux soins pour causes financières, qui existe, est principalement du aux délais de rendez vous et concerne trés majoritairement les domaines dont la sécurité sociale s’est désengagée de longue date ?

Récemment, un jeune homme est mort car arrivé en fin de droit de mutuelle étudiante, les délais de réaffiliation à l’Assurance Maladie ne lui ont pas permis de se soigner. Drame humain, drame social, bug du système.
Le TPG y aurait il changé quelque chose ?

Certaines familles ne peuvent avancer 20 euros, subissant l’effet de seuil des minima sociaux qui ne leur accorderaient ni AME ni CMU. C’est une réalité, mais c’est une réalité politique et sociale qui conduira aussi cette famille à renoncer à certains aliments, fournitures diverses, vacances, déplacements etc…. La réalité médicale est que si cette famille a BESOIN de soins, ils lui seront prodigués , que ce soit en cabinet, en établissement privé, en dispensaire ou à l’hôpital.

Il y a une certaine perversité politique et idéologique à en faire un phénomène de masse mettant en danger la population et justifiant le changement de paradigme auquel nous assistons. Mais il est vrai que cette idéologie permet de mettre quelques rustines sur une situation sociale en pleine dégradation dans le pays, amenant une paix sociale, que l’on peut craindre bien provisoire sans ambition plus large.
Bien évidemment, le secteur libéral ne survivra pas à ce système car il n’a pas été conçu pour les raisons sociales citées, mais bien pour assurer aux organismes financiers de bénéficier de la  » productivité  » de la santé. Le modèle existe déjà, ce sont les centres de santé mutualistes et ils sont déficitaires, survivant à grands coups de subventions , éminemment modulables au gré des situations économiques de l’instant.

A l’image des grands groupes de distribution acquérant à bas prix des produits payés aux fournisseurs à 90 jours de carence, les financeurs  » achètent  » des prestations à coût bloqués et bien au dessous du marché européen aux professionnels, les paient… plus tard… Par le jeu de la mensualisation des cotisations, de leurs revalorisations régulières et du contrôle tarifaire absolu, le marché promet une belle rentabilité, avec une marge de progression qu’ils pourront fixer eux mêmes, tandis que les ARS veilleront au bon déroulement des opérations.
L’obligation de complémentaires, la disparition progressive des compléments d’honoraires ( notons que les assurances complètent tandis que les honoraires dépassent ), l’augmentation régulière des cotisations, ainsi que le contrôle tarifaire absolu permettront d’avoir une bonne visibilité du marché et de ses évolutions.

Les mêmes acteurs assurant le contrôle des pratiques par un jeu pervers de rémunérations sur objectifs et sanctions sur indicateurs, la chaine de production du soin est sous contrôle de bout en bout, avec nombreux points d’action possibles .
Comment les associations de patients, les politiques, les grands pourfendeurs du privé et ardents défenseurs du  » public  » mais aussi des représentants de la médecine libérale peuvent ils cautionner ce système , modèle abouti d’un capitalisme sans vergogne, cela reste un mystère .
A moins que les appétits, les ambitions personnelles, la haine de la liberté de l’autre, ne soient des moteurs bien plus puissants que le simple bon sens.

A ce titre, la menace de grève des urgentistes, retirée avant même sa naissance, sur des avancées obtenues en moins de temps qu’il ne fallut pour les demander mais opaques même aux yeux des observateurs mais dans un grand brouhaha médiatique, pose question.

* * * * *

par le Dr Jerome MARTY, président de l’ufml

Pourquoi je demande le retrait de la Loi de Santé

« On ne peut pas demander , le retrait de la loi », « elle ne retirera jamais son texte », « il faut être réaliste »,  » vous finirez par négocier à la fin » etc etc.

Combien de conseils « avisés » ai je reçu depuis des mois, combien de regards souvent condescendants sur la position de l’UFML, par les mêmes qui aujourd’hui ont fait leur, cette idée, non sans garder, près de leur main, le stylo des accords négociés…

J’ai maintenu cette position depuis la présentation du projet de loi parce qu’il ne peut en être autrement, engagé dans un combat dont la justification se trouve dans l’architecture même de la loi.

Le Tiers payant Généralisé, socle de la loi, est devenu au fil des jours, garant de la survie politique de la ministre de la santé des affaires sociales et du droit des femmes, qui de fait, à plusieurs reprises a rappelé qu’elle ne reculerait pas sur ce point.

Médecin et en responsabilité il est de mon devoir d’affirmer que la survie politique d’une ministre n’est rien face à la catastrophe annoncée du Tiers Payant Généralisé.

Le TPG va relier et soumettre le médecin aux organismes financeurs et organisateurs du soin , assurance maladie et organismes complémentaires.

Soumission, le mot est juste, au sein d’une médecine des lors sous influence d’intérêts autres que le soin.

Intérêts économiques par l’action sur l’inducteur de dépense que représente le prescripteur (il est bon à cet instant de rappeler la manipulation entretenue par différents responsables à longueur d’argumentaires par la mise en avant de l’existence du TPG dans certaines professions, sans préciser que celles ci sont des professions « prescrites »).

Intérêt politique par le rôle conféré par la loi aux organismes financeurs qui « appliquent » les directives des ARS, elles mêmes « relais » de l’état « responsable de la politique de santé » et non plus de « l’évaluation de la politique de santé » comme le disait le Code de santé publique auparavant.

Le noeud Gordien de la loi est donc là : soumettre le médecin pour contenir la dépense, puis désengager la sécurité sociale et augmenter la part du remboursement complémentaire, afin en quelques mois, de faire de la médecine une profession à remboursement sécurité sociale minoritaire permettant de lever l’obstacle à son entrée dans les réseaux de soin.

L’avenant 8 à la convention médicale, signé dans les conditions que l’on sait, a permis la mise en place du contrat d’accès au soin offrant aux organismes complémentaires une première garantie de maintien de la dépense. Les contrats responsables ont offert à ces mêmes organismes, un gain fiscal alors même qu’ils lançaient sur le marché, des sur complémentaires, seules à même de permettre aux Français d’accéder à des médecins que leurs complémentaires solvabilisaient hier. Les premiers étages de la fusée étaient en place, ils préparaient la privatisation de la santé et n’attendaient plus que la loi de santé.

La loi de santé suite logique à l’avenant 8 à l’accord national interprofessionnel et à la loi Leroux vient donc parachever un système ou le médecin ne sera plus qu’un l’officier de santé aux ordres d’ Agences Régionales de santé toutes puissantes qui borneront les pratiques aux travers de contrats pluri annuel d’objectifs et de moyen, contrats orientés par les nécessités politiques, économiques, sanitaires , et plus graves encore soumis à l’influence économique de l’organisme financeur dont à terme il deviendra l’employé.

De cette situation naitra un conflit d’intérêt permanent entre la médecine dont relève le patient et la médecine guidée et imposée par les nouveaux maitres du jeu.

Et le patient dans tout ça ? Au centre du drame, le patient sera frappé de plein fouet, sans échappatoire, la victime du système ce sera lui !

D’une médecine basée sur la confiance construite au sein du colloque singulier, respectant les dernières données acquises de la science et le code de déontologie, il sera confronté à une médecine progressivement aux ordres, aux prescriptions guidées par les intérêts économiques du moment . Il sera confronté à une médecine protocolisée ou l’intérêt collectif prime, rentabilité oblige, sur l’intérêt individuel, une médecine reproductible, une médecine presse bouton.

Il sera frappé par la multiplication des déserts médicaux précipité par l’effondrement des installations, face à une médecine soumise à obligation d’installation, de permanence des soins, aux temps de non soin toujours plus importants, aux moyens toujours au plus bas de la moyenne Européenne , aux charges toujours plus grandes.

Demain il sera orienté vers le médecin du réseau de son organisme complémentaire, otage économique du remboursement différencié, il paiera toujours plus pour accéder à une médecine non prise en charge par son forfait.

Il sera dépendant d’une médecine ou le secret médical n’existera plus , ses données médicales regroupées au sein du dossier national médical partagé désormais aux mains du financeur pourront être transférées sans son autorisation, accessibles à des non soignants, pour d’autres utilisations que le soin…

Le système d’une santé basée sur le niveau des revenus et la hauteur de son contrat de mutuelle ou d’assurances complémentaires sera en place .

L’état aura effacé une grande part du déficit de la sécurité sociale obéissant aux demandes de Bruxelles et légué le marché aux complémentaires .

Le patient et le médecin ne seront plus que des variables du système, des éléments du marché.

Cette loi n’est donc pas négociable, et lourde est la responsabilité de ceux qui laissent les Français dans l’ignorance du modèle de santé dont la loi de santé ouvre la porte.

Voila pourquoi je me bats avec l’UFML depuis des mois, voila pourquoi nous alertons depuis deux ans le monde politico médiatique et les usagers du système de soin.

Aucune promesse, aucune garantie, ne peuvent effacer le danger de cette loi, seul le retrait d’une loi construite sur d’autres buts que le soin doit être la solution.

Ensuite il sera temps, de réécrire , avec la professionnels du soin et les usagers du système, une loi qui prenne véritablement en compte les besoins face à un système de soin qui s’effondre et que certains voudraient jeter avec l’eau du bain.

* * * * *

Communiqué De Presse Ufml Du 24 Décembre 2014  

Viser Haut, Rester Droit*

Le front uni s’est constitué dans un seul but : le retrait de la loi santé, outil d’assujettissement des médecins à l’état, à ses relais ARS et aux organismes d’assurances maladie financeurs laisser à penser que le TPG pourrait être acceptable sous conditions d’aménagement et de garantie de rapidité de paiement ou demander 25 euros, ne relève pas de ce but commun.

L’UFML rappelle aux deux centrales syndicales MgF et CSMF qu’elles n’ont pas vocation à déterminer sans consultation de la profession , la hauteur de la hausse tarifaire dont elle relève.

Demander une augmentation de deux euros pour la consultation ne repose sur aucune justification et est pour l’UFML une insulte de plus faite à la médecine générale, profession au plus bas de la moyenne Européenne en matière d’échelle tarifaire, alors même que 25 euros représente selon les données de l’INSEE et en euros constants , la valeur du C en 2001 !

L’UFML demande aux 2 centrales syndicales MGF et CSMF de faire preuve de courage et de réalisme. Demander 25 euros pour le C c’est prendre le risque de bloquer pour des années toute revalorisation tarifaire et de favoriser encore une hausse des rémunérations forfaitaires contre le respect d’indicateurs.

L’UFML rappelle que l’immense majorité des médecins libéraux est opposée au TPG aménagé ou pas, sous garantie de rapidité de paiement ou pas. Le TPG est l’arme qui permettra à l’état comme au financeur d’asservir les médecins et d’agir sur leurs pratiques et sur leurs prescriptions.

Accepter le TPG , aménagé ou pas , sous garantie de rapidité de paiement ou pas c est accepter une médecine aux ordres, c’est accepter pour demain, les lettres clés flottantes et les quotas d’actes.

Accepter le TPG , aménagé ou pas, sous garantie de rapidité de paiement ou pas, c’est accepter pour demain la possibilité pour l’état de désengager progressivement et de manière invisible, pour le patient comme pour le médecin, la sécurité sociale au bénéfice des organismes complémentaires.

Accepter le TPG, aménagé ou pas, sous garantie de rapidité de paiement ou pas, c’est donc accepter que demain la profession médicale devienne à remboursement sécurité sociale minoritaire et rentre dans les critères définis par la Loi Leroux pour soumettre la médecine aux réseaux de soins fermés, les médecins aux pouvoir des organismes complémentaires et les patients au chantage économique du remboursement différencié.

L’UFML rappelle son opposition totale au TPG aménagé ou pas, sous garantie de rapidité de paiement ou pas , sa demande récurrente d’alignement des tarifs de base des médecins de France sur la moyenne Européenne et son combat pour le retrait de la loi de santé avant réécriture avec les représentants de la profession, rendu non négociable du fait des atteintes à la liberté et à l’indépendance des médecins qu’elle institue.

*Charles de Gaulle.

Union Française pour une Médecine Libre

21 juillet 2014

Enfants forcats: Documentaire d’Hubert Dubois

Filed under: Actualité, Economie, Ethique, Politique, vidéo — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 9:10

http://www.lcp.fr/emissions/docs-ad-hoc/vod/142339-enfants-forcats

En français:

En anglais: http://youtu.be/XhIMfN7K1y8

Selon le Bureau International du Travail, 115 millions d’enfants dans le monde sont soumis aux pires formes de travail : manœuvres dans les mines, petites mains dans les ateliers, ouvriers agricoles, domestiques… ils sont astreints, parfois dès l’âge de 5 ans, à des tâches au-delà de leurs forces, compromettant leur santé et leur développement, et les exposant même à la mort. Ils constituent une main d’œuvre docile, exploitée à l’extrême et privée de tous ses droits. Certains sont enchaînés par une dette perpétuelle qui lie leurs parents à des employeurs véreux. D’autres, exclus de l’école par la pauvreté, n’ont d’autres solutions que de vendre leurs bras pour assurer leur survie ou celle de leur famille.

Pourtant la quasi-totalité des États en ratifiant la convention 182 du BIT se sont donné comme objectif d’éradiquer ce fléau d’ici 2016. Des progrès ont été réalisés, mais ils sont aujourd’hui compromis par la crise économique. Dans la continuité de « L’enfance Enchaînée »qu’il réalisa en 1992 Hubert Dubois a mené une enquête dans plusieurs pays afin de mesurer le chemin qu’il reste à parcourir.

 

 

14 juin 2014

Isabelle Aubert-Baudron: Commémoration des deux guerres mondiales : De la sémantique générale comme base de résolution des problèmes humains

Nous commémorons actuellement les anniversaires des deux guerres mondiales.  Jamais autant de documents d’archives, de débats, d’articles, de reportages ne leur avaient été consacrés dans les média. Toutefois un aspect non négligeable est absent de ces documents: ce sont les mécanismes de pensée qui ont engendré ces deux guerres.

Dans le contexte de la première guerre mondiale, Alfred Korzybski, un ingénieur polonais, attaché au Service de Renseignements du Quartier général de la Seconde Armée Russe, fut envoyé comme conseiller militaire au Canada et aux Etats-Unis, après que ses blessures de guerre l’avaient rendu incapable de combattre sur le terrain. Il réalisa que les mécanismes de pensée qui avaient engendré cette guerre reposaient sur les postulats de la logique d’Aristote, générateurs de conflits, et sur une fausse identification de l’espèce humaine à l’espèce animale, selon la définition aristotélicienne qui concevait l’être humain comme  « un animal composé d’un corps et d’une âme ». Considérant que cette logique, qui reposait sur l’antique vision de l’homme et du monde et avait façonné nos langages, doctrines et institutions, était dépassée dans le contexte scientifique du XX° siècle, il entreprit d’en édifier une nouvelle, en partant des nouvelles recherches d’alors en mathématiques sur la géométrie non-euclidienne, en physique quantique sur les travaux d’Einstein. Sur ces bases il énonça de nouveaux postulats permettant d’échapper aux pièges de l’aristotélisme, à partir desquels il formula la « sémantique générale » ou « logique non-aristotélicienne ».

Il commença à enseigner celle-ci au Canada et aux Etats-Unis dans le cadre de l’armée, puis devint secrétaire de la Commission militaire franco-polonaise. Après la deuxième guerre mondiale, il devint secrétaire de la Commission Polonaise à la Société des Nations, puis fonda l’Institut de Sémantique Générale en 1938. La SDN fut remplacée en 1945 par l’ONU, dans le cadre de laquelle l’Institut de Sémantique Générale est toujours représenté en tant qu’organisation non-gouvernementale.

Au cours du XX° siècle, plusieurs auteurs, évoluant dans des sphères d’activité différentes, s’inspirèrent de ses travaux : le psychologue Gregory Bateson mit sur pied les bases de la pensée systémique, le philosophe Gaston Bachelard écrivit « La Philosophie du Non », le biologiste Henri Laborit étudia la structure des organismes vivants en situation d’agression (agressologie), élabora sa théorie de l’inhibition de l’action , et inventa, entre autres, dans le cadre de son laboratoire d’Eutonologie à l’hôpital Boucicaut, un inhibiteur de l’inhibition, la  minaprine (Agr1240), commercialisée sous le nom de Cantor (années 80 – début des années 90). En littérature, l’auteur de science-fiction Alfred Van Vogt écrivit la saga du non-A (Le Monde du Non-A, les Joueurs du Non-A, La Fin du Non-A) qui popularisa la sémantique générale, et l’écrivain américain William Burroughs l’appliqua en littérature, entre autres à travers son étude des systèmes de contrôle, dont s’inspirèrent Michel Foucault et Gilles Deleuze, et en expérimentant de nouvelles fonctions non-aristotéliciennes de l’écriture.

Or, 100 ans après le début de la première guerre mondiale, nous sommes toujours prisonniers des mêmes mécanismes de pensée et de leurs effets destructeurs, et reproduisons les mêmes comportements. Nos économistes, politiciens et autres « experts » et communiquants n’ont entamé aucune révision de leurs doctrines et continuent d’appréhender  le monde en 2014 avec des mécanismes de pensée antiques, pour notre malheur et le leur.

L’extrait ci-dessous de « Science and Sanity » (1933), l’œuvre principale de Korzyski, est plein d’enseignements concernant nos problématiques économico-politiques actuelles, les relations entre Etats-Unis et Russie, les événements qui se déroulent en Ukraine, etc.. Il nous ouvre des possibilités de résolution de ces problématiques qui existent potentiellement, mais n’ont jamais été utilisées jusqu’ici. Or ce n’est qu’en intégrant et en appliquant aux niveaux humains les avancées de notre évolution scientifique et en apprenant à utiliser notre cerveau correctement que nous pourrons les résoudre, mettre un terme à la logique du conflit qui nous maintient, en toute inconscience, depuis plus de 2000 ans, dans un état d’évolution fixé dans nos affaires humaines, et devenir des humains adaptés à ce niveau d’évolution scientifique en 2014.

Isabelle Aubert-Baudron

 

Extrait de CHAPTER XIX:  “MATHEMATICS AS A LANGUAGE OF A STRUCTURE SIMILAR TO THE STRUCTURE OF THE HUMAN NERVOUS SYSTEM”  (p. 269-274)

“La structure de nos vieux langages a façonné nos réactions sémantiques et engendré nos doctrines, croyances. , qui ont forgé nos institutions, coutumes, habitudes et ont, en fin de compte, conduit fatalement à des catastrophes comme la guerre mondiale. Nous avons appris il y a longtemps, à travers la répétition de tristes expériences, que les prédictions concernant les affaires humaines ne sont pas vérifiées empiriquement. Nos doctrines, institutions, et autres disciplines sont incapables de gérer de quelque manière que ce soit la situation sémantique, d’où la prédominance de la dépression et du pessimisme.

Nous entendons partout des récriminations concernant la stupidité ou la malhonnêteté de nos dirigeants, comme définis antérieurement (1), sans réaliser que, bien que nos dirigeants soient de l’aveu général très ignorants, et souvent malhonnêtes, toutefois les mieux informés, les plus doués, et les plus intègres d’entre eux ne peuvent prédire ni prévoir les événements, tant que leurs arguments sont énoncés dans un langage d’une structure non similaire à celle du monde et de notre système nerveux. Dans ces conditions, se répandre en imprécations, même en réponse à des provocations, ne peut être ni constructif, ni d’aucun secours. Les arguments présentés dans des langages d’une vieille structure ont conduit fatalement à des systèmes qui sont structurellement “non-naturels”, et en conséquence, sont voués à disparaître, et qui  imposent un stress inutile et artificiel à notre système nerveux. Les conditions de vie que nous nous imposons deviennent de plus en plus intenables, engendrant une augmentation des maladies mentales, de la prostitution, de la criminalité, de la brutalité, de la violence, des suicides, et de signes similaires d’inadaptation. On ne devrait jamais oublier que l’endurance humaine a des limites. Le “savoir” humain façonne le monde humain, il influe sur les conditions de l’environnement et les autres aspects de celui-ci – un facteur qui n’existe pas dans une telle mesure dans le monde animal.

Nous parlons souvent de l’influence de l’hérédité, mais nous analysons beaucoup moins l’influence que l’environnement, et particulièrement l’environnement verbal, a sur nous.  Non seulement nos doctrines sont toutes verbales, mais la structure des langages anciens reflète la métaphysique structurelle des générations passées, qui affectent les réactions sémantiques (2). Le cercle vicieux est bouclé. La mythologie primitive a façonné la structure du langage. A travers celle-ci, nous avons délibéré de nos institutions, de nos systèmes, nous les avons argumentés, et par ce biais les  suppositions primitives structurelles ou mythologies les ont une fois de plus influencées. On ne doit pas perdre de vue que les effets réciproques, les interactions et les échanges sur le plan affectif sont présents à jamais dans la vie humaine, sauf, peut-être, dans des maladies mentales sévères (pas dans tous les pays) et comparativement rares. Nous pouvons cesser de parler, nous pouvons cesser de lire ou d’écrire, et cesser tout échange et toute interaction intellectuelle entre individus, mais nous ne pouvons pas empêcher certaines réactions sémantiques ni les supprimer entièrement.

Un réajustement linguistique structurel  aura pour résultat, il est vrai, d’invalider la plupart de nos vieilles doctrines, et conduira ainsi à une révision scientifique fondamentale de nouvelles doctrines et de nouveaux systèmes, en modifiant de façon constructive nos réactions sémantiques. Ainsi par exemple il est incorrect d’opposer  les termes « capitalisme » et « socialisme », car ces termes désignent des aspects différents du problème humain, qui ne sont pas directement comparables. Si nous voulons utiliser un terme mettant en valeur le caractère symbolique des relations humaines (3), nous pouvons utiliser le terme « capitalisme » et ensuite nous pouvons comparer directement des formes de capitalisme individuel, de groupe, national, international,. Si nous voulons insister sur les aspects psycho-logiques, nous pouvons parler d’individualisme opposé au socialisme,. Evidemment, dans la vie les  effets interagissent les uns sur les autres, mais les implications verbales demeurent, empêchant toute clarté et induisant dans toute discussion des réactions sémantiques inadaptées.

En termes vernaculaires, il existe actuellement  une « lutte » et une « compétition » entre deux formes d’« industrialisation » entièrement différentes, et deux formes de « commercialisation» différentes, basées en fin de compte sur deux formes différentes de « capitalisme ». L’un est le « capitalisme individuel », qui se transforme rapidement en « capitalisme de groupe », en théorie  généralement poussé à l’extrême aux Etats-Unis d’Amérique et dans une moindre mesure dans le reste du monde occidental, et un « capitalisme social », prônée dans l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Ces deux tendances extrêmes, également liées à des perturbations  sémantiques, sont dues à une « déclaration d’indépendance » verbale (4) de deux pays qui étaient, jusqu’à  une époque récente, très isolés.  Les Etats-Unis d’Amérique ont proclamé la doctrine selon laquelle l’homme est « libre et indépendant », alors qu’en fait il n’est pas libre, mais fondamentalement interdépendant. Les Soviets ont accepté sans esprit critique et sans l’avoir révisée une  doctrine désuète basée sur la « dictature du prolétariat ». En  pratique, cela signifierait la dictature des masses non éclairées, qui, si elles étaient en réalité abandonnées à leurs croyances et privées du travail intellectuel des scientifiques et des dirigeants,  rétrograderaient à une forme primitive de vie animale. Manifestement, ces deux croyances extrêmes violent chaque caractéristique spécifiquement humaine. Nous sommes interdépendants en tant que  time-binders (5), et nous sommes interdépendants parce que nous possédons des centres nerveux supérieurs, bien plus complexes que ceux des animaux. Sans ces centres nerveux supérieurs, nous ne pourrions absolument pas être des humains ; les deux pays semblent négliger ce fait, car tous deux utilisent le travail intellectuel, et pourtant les travailleurs intellectuels n’y sont pas appréciés à leur juste valeur. La foule ignorante, avec ses réactions sémantiques animalières cultivées historiquement et psycho-logiquement, retarde le progrès et les relations de bonne intelligence entre humains. Les dirigeants ne dirigent pas, mais la plupart d’entre eux sous-estiment la psycho-logie des foules, surtout préoccupées par leur porte-monnaie ou leur estomac.

Dans les deux pays, les réactions sémantiques sont telles que le travail intellectuel, bien qu’exploité commercialement, n’est pas considéré à sa juste valeur et  qu’il est toujours persécuté ici et là. Par exemple, aux Etats-Unis, nous assistons à des procès et des résolutions contre le travail de Darwin, en dépit du fait que sans une théorie donnée de l’évolution, la plupart des sciences naturelles, y compris la médecine, seraient impossibles. En Russie, nous trouvons des décrets contre la recherche fondamentale, sans laquelle la science moderne est impossible. Les deux pays semblent oublier que tout progrès « matériel » chez les humains est dû uniquement au travail intellectuel de quelques travailleurs sous-payés et surmenés, qui utilisent correctement leurs centres nerveux supérieurs. Quand la science se saisira des problèmes de réactions sémantiques et de santé, nos relations humaines et notre bonheur  individuel deviendront également des sujets de recherches scientifiques. Si des chercheurs internationaux et interdépendants produisent des découvertes et des inventions, chacun, même au plus bas niveau de développement, peut utiliser leurs réalisations ou en abuser, quel que soit le « projet » ou le « non-projet » adopté. Les deux pays semblent ne pas comprendre actuellement qu’un grand développement des moyens mécaniques et une application des réalisations scientifiques tournée  exclusivement vers le confort animal ne parviennent pas à rendre les gens plus heureux, ni à élever le niveau culturel, et qu’ils font probablement tout l’inverse. Personnellement je ne doute pas qu’ils le comprendront un  jour ; mais si les dirigeants des deux pays étaient assez éclairés et avaient pu le prévoir assez tôt, une compréhension plus précoce de ce simple fait sémantique aurait, en attendant, évité à un grand nombre de gens une grande somme de souffrance,  de confusion et d’autres difficultés sémantiques,.

Le futur témoignera d’une lutte entre le capitalisme individuel et de groupe, comme cela se produit aux Etats-Unis d’Amérique, et entre le capitalisme collectif ou social, selon l’exemple des Républiques Soviétiques. Il n’y a pas besoin d’être prophète pour prévoir que certaines tendances de l’histoire sont inéluctables en raison de la structure du système nerveux humain. Tout comme les trusts ou les groupes ont remplacé le capitalisme en théorie « individuel » aux Etats-Unis d’Amérique, le capitalisme d’Etat remplacera les trusts, pour être remplacé à son tour par un capitalisme international (6).

Nous ne sommes pas choqués par le caractère international de la science. Nous ne sommes pas « patriotes à 100 pour cent » dès qu’il s’agit d’utiliser dans la vie de tous les jours des découvertes et des inventions provenant d’autres nations. La science est un produit sémantique d’une caractéristique symbolique humaine générale ; ainsi, naturellement, elle doit être générale et, partant de là, « internationale ». Mais le « capitalisme » est aussi un produit sémantique du symbolisme unique et général ; il est également un produit unique du système nerveux humain, dépendant des mathématiques, et destiné, en tant que tel, de par son caractère intrinsèque, à s’internationaliser. Il n’y a aucune raison pour que nos réactions sémantiques doivent être perturbées dans un cas plus que dans l’autre. Le problème ultime n’est pas d’ « abolir » ou non « le capitalisme », ce qui ne se produira jamais dans une classe de vie symbolique, mais de transférer le contrôle des dirigeants privés socialement irresponsables, non contrôlés, et pour la plupart ignorants, vers des serviteurs publics plus responsables,  formés professionnellement, et contrôlés socialement, et non à des patrons. Si un pays ne peut former des agents publics et des dirigeants honnêtes, intelligents, et dotés d’une formation scientifique, c’est, bien entendu, tout à fait désastreux pour ses citoyens ; mais cela n’est pas à généraliser, parce que c’est exceptionnel. Ainsi, dans les Républiques Soviétiques, le trafic d’influence est pratiquement absent au sens où il existe aux Etats-Unis ; mais la mentalité des hommes publics y est pratiquement paralysée du fait que le travail intellectuel est sous-évalué. Je me demande à quel point on réalise, dans l’un ou l’autre pays, que n’importe quel « travailleur manuel », aussi humble soit-il, est embauché exclusivement pour son cerveau humain, ses réactions sémantiques, et non essentiellement pour ses mains !

Le seul problème auquel le reste de l’humanité doit se confronter est de savoir comment cette lutte sera gérée et combien de temps elle durera, le résultat étant inéluctable, comme le démontre l’élimination impitoyable du capitalisme individuel par le capitalisme de groupe (trusts) aux Etats-Unis. Dans les Républiques Soviétiques, ils sont simplement allés plus loin, mais dans une direction similaire. Les luttes impliquent des souffrances ; et nous devrions nous réconcilier avec ce fait. Si nous voulons provoquer le moins de souffrances possibles, nous devrions en finir avec les méthodes animalières basées sur la compétition. Des méthodes humaines de résolution des problèmes dépendent d’ordres d’abstractions supérieurs, de recherches scientifiques sur la structure et le langage, d’une révision de nos doctrines. , visant à favoriser une adaptation pacifique aux faits de la vie, qui sont des réalités, que cela nous plaise ou non. Si nous voulons obtenir le plus de souffrances possibles, continuons dans la voie du tâtonnement stupide, aveugle, animalier et dépourvu de scientificité, comme nous le faisons actuellement.

Mon but n’est pas de prophétiser, mais d’analyser différentes questions sémantiques structurelles et linguistiques qui sous-tendent toutes les activités humaines, et de produire ainsi un matériau pouvant aider l’humanité à choisir consciemment sa destinée. Ce qu’ils feront ne me concerne pas directement, mais il semble que les deux pays, qui ont tant en commun, et qui doivent nécessairement jouer un rôle important dans le futur de l’humanité, en raison du nombre de leurs habitants, de leur superficies, et de leurs ressources naturelles, devront faire plus attention aux soi-disant questions « intellectuelles, ou, plus simplement, ne pas négliger les différences entre les réactions infantiles et adultes. Sans quoi, il en découlera des résultats culturels gravissimes et désastreux pour nous tous.

Les problèmes du monde en 1933 sont graves et se posent dans l’immédiat, portant en eux la confusion, l’amertume, le désespoir, et d’autres formes de troubles sémantiques. Sans des moyens – et dans ce cas, des moyens scientifiques et physiologiques – pour réguler nos réactions sémantiques, nous ne serons pas en mesure de résoudre nos problèmes assez tôt pour éviter des désastres. La similarité de structure entre les mathématiques et notre système nerveux, une fois mise en lumière et appliquée, nous donne un moyen unique de réguler les réactions sémantiques, sans lequel il est pratiquement impossible d’analyser de manière dépassionnée et avec sagesse les problèmes les plus cruciaux d’une importance immédiate.

La présente recherche démontre que les vieux langages, dont la structure n’est pas similaire à celle du monde et de notre système nerveux, ont automatiquement structuré nos doctrines, nos croyances et nos habitudes, nos réactions sémantiques, ainsi que ces institutions faites par l’homme qui reposent sur des controverses verbales. En outre, celles-ci façonnent à leur tour les réactions sémantiques et, tant qu’elles se perpétuent, elles contrôlent nos destinées.

Quatre questions importantes pourraient être détaillées, mais, faute  de place,  je me contente d’en faire un résumé révélateur :

  1. Dans le système aristotélicien, tous nos anciens sous-systèmes existants, avec toutes leurs qualités comme leurs défauts, sont le produit d’une nécessité sémantique aristotélicienne, psycho-logique et structurelle.
  2. Tout nouveau système moins défaillant se heurte à un handicap considérable, à savoir que de tels système manquent de nouvelles bases sémantiques constructives à valeurs infinies, et qu’ils se perpétuent sans alternative possible à travers des arguments à deux valeurs formulés dans un langage d’une vieille structure élémentaliste (7) ; pourtant ils aspirent « émotionnellement » à quelque chose de nouveau et de meilleur, alors que les deux sont inconciliables.
  3. Un discours basé sur l’ancienne orientation élémentaliste et à deux valeurs, indépendamment de sa véracité fondamentale et de ses bénéfices éventuels, peut être réfuté verbalement sur des base verbales s’il repose sur l’ancienne structure du langage. Quand nos décisions reposent sur des considérations psycho-logiques, elles ne sont jamais bien fondées : elles ne peuvent jamais susciter le respect qu’inspire la démarche scientifique, ni parvenir à la fiabilité de celle-ci. C’est pourquoi nous tâtonnons – la seule méthode possible consistant dans ces conditions à reproduire les procédés empiriques animaliers, qui consistent à manipuler les foules avec des diatribes enflammées dans lesquelles la raison n’a pas sa place, et qui demeurent, à travers la vieille structure verbale, prisonniers des conséquences antiques de postulats applicables aux animaux, mais fondamentalement inadaptés aux humains.
  4. Dans le cadre du vieux système dualiste aristotélicien, élémentaliste, il est théoriquement impossible de parvenir à un accord ; c’est pourquoi une rupture radicale avec l’ancien système nécessite principalement un système non-élémentaliste (8), basé sur une infinité de valeurs, sur des postulats de base négatifs, permettant d’élaborer une théorie de l’entente universelle, qui repose sur une révision structurelle de nos langages, engendrant de nouvelles réactions sémantiques non perturbées, évitant de calquer nos réactions nerveuses sur celles des animaux. »

__________

Notes:

1. Science and Sanity: PREFACE TO THE FIRST EDITION 1933 :

« Nos dirigeants: politiciens, “diplomates”, banquiers, prêtre de toutes sortes, économistes, hommes de loi, etc., et la majorité des enseignants demeurent actuellement largement ou totalement ignorants de la science moderne, des méthodes scientifiques, et des questions structurelles, linguistiques et sémantiques en 1933, et manquent également d’un bagage historique et anthropologique essentiel, sans lequel une orientation saine est impossible. Cette ignorance est souvent délibérée, car ils refusent, pour la plupart, sur la base d’excuses variées, de lire les travaux modernes qui traitent de tels problèmes. En découle un conflit, créé et entretenu, entre les avancées de la science qui affectent les conditions de vie actuelles, et les orientations de nos dirigeants, qui sont souvent dépassées depuis des siècles, ou un ou deux millénaires. Le monde dans les conditions actuelles est en proie au chaos ; sur le plan psycho-logique il en découle un état d’impuissance – de désespoir, engendrant souvent un sentiment d’insécurité, d’amertume, etc., et nous avons été témoins récemment de déchainements psychologiques de masse, similaires à ceux du haut moyen âge. Peu d’entre nous réalisent actuellement que, tant qu’une telle ignorance de nos dirigeants prévaut, aucune solution à nos problèmes humains n’est possible ».

2. Réaction sémantique : réaction aux mots, à la signification d’un terme que provoque son emploi. Elle affecte l’organisme au niveau cellulaire, engendrant des répercussions sur l’ensemble de l’organisme psycho-somatique pouvant entraîner certaines maladies. (Ndt)

3. Voir le chapitre VI de Science and Sanity  : Du symbolisme http://semantiquegenerale.free.fr/onsymbolism.pdf . (Ndt)

4. Voir le reportage Où va l’Ukraine ?diffusé sur Arte les 3 et 110 juin 2014 http://www.arte.tv/guide/fr/052427-000/ou-va-l-ukraine-un-pays-en-etat-d-urgence  http://videos.arte.tv/fr/videos/ou-va-l-ukraine-un-pays-en-etat-d-urgence–7869490.html https://www.youtube.com/watch?v=e05bNg81Y1Y . (Ndt)

you tube: http://youtu.be/e05bNg81Y1Y

5. Time-binders : reliés à travers l’espace-temps : grâce au langage humain et à l’écriture qui relient les humains séparés par la distance spatio-temporelle, les sociétés humaines élaborent des cultures et des civilisations qui évoluent. Chaque génération enrichit et refaçonne un acquis qu’elle transmet à la génération suivante, qui va le modifier et l’accroître à son tour. (NdT).

6. Ce capitalisme international correspond à la forme qu’il a acquise de nos jours, désignée par le terme “mondialisation”. (Ndt)

7. Elémentaliste : attitude qui consiste à séparer verbalement et à concevoir comme isolés  des facteurs ou éléments qui sont liés structurellement. Ex. :  « le corps » et « l’esprit », « l’espace » et « le temps », etc.

  • ce ne sont pas des réalités isolées,
  • ce ne sont pas des éléments que l’on peut séparer de l’ensemble formé par le jeu des relations,
  • la désignation qui les isole artificiellement ne recouvre qu’une fiction. (Ndt)

8. Non-élémentaliste : attitude non-élémentaliste : effort pour ne pas isoler les uns des autres des facteurs ou des éléments reliés les uns aux autres structurellement : l’observateur aborde ce qu’il observe avec la totalité de son organisme psychosomatique. Les caractéristiques de cet organisme sont liées aux influences reçues du milieu. (Ndt)

© Traduction (provisoire) : Isabelle AUBERT-BAUDRON

Pour en savoir plus sur la logique d’Aristote, voir Les différentes étapes de l’évolution de l’Occident: Aristote, Descartes, Korzybski, Trois visions de l’homme et du monde .

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