Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

15 juillet 2018

Protocole d’accord de sortie de crise à l’hôpital Pierre Janet

Photo Mathias Monnier 

Suite dans Soutien à l’hôpital Pierre Janet

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8 juillet 2018

Isabelle Aubert-Baudron: Des équipes indépendantes aides-soignantes et infirmières de services à la personne : une alternative au travail en institution

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Soutien hôpital Pierre Janet

Contenu

Nous réapproprier notre travail

Ce qui existe déjà.

– Les associations de service à la personne.

– Les ADMR  (Aide à domicile en milieu rural).

Comparaison avec des équipes indépendantes.

– Précision.

Exemple de planning.

Détail des salaires et coût pour les employeurs.

– En comptant trois clients.

– En comptant un quatrième client permettant d’arriver à 140 h par mois.

CQFD.

Comment procéder pratiquement quand on travaille en institution.

Niveau immobilier.

Conclusion.

 

Nous réapproprier notre travail

Nos témoignages sur nos expériences à hôpital et en maisons de retraite sont indispensables pour informer le public sur les conditions de soins et de travail déplorables vécues par les patients comme par les soignants. Ceci dit, une fois ces constats établis, étant donné que ceux qui  sont censés « avoir les bases » pour décider de notre travail peinent à nous entendre, nous ne sommes pas plus avancés. Ainsi, tant que nous attendons des responsables des décisions qui ont engendré la situation présente qu’ils continuent de les prendre à notre place, je ne vois pas bien comment les choses pourraient avancer.

Regardons maintenant les possibilités réelles dont nous disposons et de ce que nous pouvons faire à notre niveau :

Au niveau professionnel, nous pouvons, tout en gardant notre emploi, réfléchir à un changement d’orientation dépendant de nous. De telles possibilités existent, tout à fait légales, faciles à mettre en place sans frais, mais nous passons à côté par manque d’information. Ainsi nous pouvons nous investir nous-mêmes dans la prise en charge des personnes âgées, en constituant des équipes infirmières-aides-soignantes de services à domicile, dans le cadre des services à la personne, payés par les particuliers employeurs en chèques emploi service universels (CESU) : Voir https://www.cesu.urssaf.fr/info/accueil/s-informer-sur-le-cesu/tout-savoir/c-est-quoi-pour-qui.html

Ce qui existe déjà dans le domaine des services à la personne

Ci-dessous deux structures différentes pour lesquelles j’ai été orientée, la première par Pôle Emploi, la seconde par une agence intérim.

Si j’ai apprécié de travailler dans ces structures en raison de l’aspect relationnel avec les clients et la nature du travail, proche des emplois d’infirmière à domicile que j’avais eu en Belgique, en revanche j’ai été confrontée à des écueils inattendus inhérents aux structures mêmes.

–         Les associations de service à la personne

Les divers CDD que j’ai trouvés comme infirmière étant le fruit de mes recherches personnelles, ce travail pour cette association est le seul que Pôle Emploi m’ait jamais procuré, après m’avoir soutenu mordicus au cours de plusieurs entretiens successifs que je ne trouverais plus de travail comme infirmière, ce qui me paraissait peu vraisemblable et s’est révélé faux par la suite. J’apprendrai plusieurs mois plus tard, lors d’un entretien avec la conseillère de la Chambre des Métiers qui supervisait alors les comptes de mon entreprise de psychothérapie, que cette expérience en structure de service à la personne vers laquelle j’avais été orientée avait pour but de m’inciter à créer ma propre structure, ceci sans alors m’en informer ni me demander ce que j’en pensais. Etant proche de la retraite, je n’ai pas envisagé de le faire, mais je rassemble ici les informations permettant à d’autres de prendre cette direction.

Problèmes 

* Les rémunérations y sont faibles, souvent limitées au seul temps d’intervention passé chez les clients: les temps de trajet et le temps passé dans les locaux de l’association ne sont pas toujours payés. Voir les salaires pratiqués par l’ADHAP à titre indicatif à https://www.indeed.fr/cmp/Adhap-Services/salaries.

* les plannings qui sont imposés sont conçus comme si vous aviez le don d’ubiquité et que vous pouviez vous téléporter d’un lieu à un autre en une seconde : ils font abstraction du temps de trajet, si bien que si vous finissez chez Mme Unetelle1 à 9h30, vous êtes censé commencer chez Mme Unetelle2 à la même heure, même si cette dernière habite à 3 kms ou que vous devez traverser la ville pour vous rendre chez-elle. Si bien que le client paie pour un temps de présence théorique, celui inscrit sur le planning, qui, en pratique, est automatiquement amputé du temps de trajet. Si vous consacrez à chaque personne le temps qui lui est dû, chaque temps de trajet représente un retard par rapport au planning, les clients sont mécontents car vous n’arrivez pas à la seconde prévue, et le retard accumulé sur votre propre horaire n’est pas payé.

Si vous utilisez votre véhicule, ce qui est généralement le cas pour les structures n’ayant pas de véhicule de service, vos frais d’essence vous sont remboursés à la fin du mois, calculés à partir du kilométrage effectué. Les sommes n’excédant généralement pas 200 € par mois, certaines associations les versent en argent liquide, sans justificatif. Une petite somme par salarié représentant une somme bien plus importante pour un effectif d’une cinquantaine d’employés, se pose la question de sa provenance. En l’occurrence, j’ai communiqué ces éléments à un élu, qui est tombé des nues en en prenant connaissance. Etant membre du conseil d’administration de la structure, il n’a pas du tout apprécié d’avoir été tenu à l’écart de cet aspect financier et a eu le sentiment d’avoir été piégé: le mois suivant, les frais d’essence étaient payés par chèque, et notifiés par écrit.

Pour les conditions de travail vécues de l’intérieur, voir « Les dessous de l’aide à domicile » https://www.sudouest.fr/2011/04/01/les-dessous-de-l-aide-a-domicile-359664-1980.php

Devant mon étonnement en fin de mois causé par un salaire inférieur à 500 €, l’administratif de l’association chargé de verser les paies m’informe que dans cette structure dédiée à la réinsertion, les salaires sont limités à 500 € par mois et qu’il a dû verser de l’argent à Pôle Emploi pour mon embauche ( ???????????). Je lui réponds qu’en tant qu’infirmière diplômée, je n’ai pas à être « réinsérée », ce à quoi il rétorque que je ne dépends pas de lui, mais de la société prestataire qui m’a recrutée à laquelle je dois m’adresser.

Autrement dit, si mon salaire est bien en dessous du salaire minimum, en revanche il rapporte de l’argent, pour ce que je peux en constater, à la société prestataire, à l’association et à Pôle emploi.

La société prestataire touche également une somme de 3000 € par an au titre de la réserve parlementaire, ce qui pose quand même question sur l’organisation du travail précaire dans ce pays, et sur la connaissance ou la méconnaissance de la précarité par les élus chargés de distribuer NOTRE argent à des acteurs prétendant lutter contre celle-ci, alors qu’ils sont responsables sur le terrain de sa planification, l’organisent sciemment et en bénéficient directement, avec des méthodes de gestion malhonnêtes dont elles se gardent bien d’informer ces mêmes élus.

Du côté des clients 

– il existe une grosse différence entre le prix payé par le client https://letarif.com/tarif#referencestva à la structure (association ou entreprise) et le prix payé à la personne qui effectue le service. Exemple : pour une heure d’intervention auprès d’une personne dépendante, le client paie 19 €, l’intervenant touche 9,97 €, si bien que 10 € sont absorbés par l’association. Autrement dit, la structure elle-même, association, entreprise, etc., absorbe une moitié de l’argent versé par le client.

– les intervenants changent tout le temps, le client ne peut pas émettre de préférence concernant les gens qui s’occupent de lui, et les responsables des plannings font en sorte que les salariés soient mobiles. Les relations entre eux et les clients doivent être les plus dépersonnalisées possible: le temps passé au auprès du client, « calculé au plus juste », limité au strict nécessaire, ne laisse pas de possibilité d’échange relationnel supplémentaire ni de temps de pause, si bien que, comme en institution, vous effectuez le travail à toute vitesse pour sauter dans votre véhicule et vous rendre le plus vite possible chez le client suivant. Les contraventions pour excès de vitesse sont à votre charge.

La plupart des associations emploient des gens non diplômés, n’ayant aucune qualification, et se chargent d’en former certains eux-mêmes (aides-soignantes). Elles emploient un maximum de gens qu’elles font travailler un nombre d’heures minimum, d’où des temps de travail d’environ une soixantaine d’heures par mois, payées au maximum 500 € : impossible de vivre avec un tel salaire. Les contrats sont précaires et peuvent être interrompus au bon vouloir de l’employeur. Ainsi, les associations dites « de réinsertion », imposent des conditions de travail telles qu’elles empêchent quiconque de se réinsérer décemment, les salaires étant à peine supérieurs à un RSA.

Chaque salarié reçoit un planning en début de journée, mais, en cas de changement au cours de la journée (annulation d’une intervention, ou intervention supplémentaire), il est plus prudent en fin de mois de vérifier le temps de travail réellement effectué, le planning de départ n’étant pas toujours actualisé en fin de mois.

–         Les ADMR  (Aide à domicile en milieu rural)

Elles emploient infirmières et aides-soignantes.

Problèmes 

Personnellement j’ai été recrutée par une agence intérim pour un remplacement d’été, en tant qu’infirmière, mais une fois dans la place, le contrat n’était pas un contrat d’intérim, mais de salarié classique, amputé des primes de l’intérim. Devant mes questions à ce sujet, le directeur me répond : « J’ai déjà payé 2000 € pour votre embauche, je ne peux pas débourser plus. » ?????????????? (Décidément, c’est fou ce qu’employer des infirmières peut rapporter ! Une vraie manne !)

Il m’annonce ensuite au bout de quelques temps qu’il n’arrive pas à trouver d’aide-soignante, qu’il en a plus besoin que d’infirmières, et que si je veux aller au bout des trois mois de travail, je travaillerai comme aide-soignante, payée comme telle. Il comprend que je puisse refuser en raison de ma qualification, mais c’est à prendre ou à laisser. Comme j’ai besoin de travailler, que j’aime bien ce travail et que je n’ai pas envie de recommencer à chercher un autre CDD, j’accepte, mais avec une baisse de salaire bien évidemment.

Donc, par rapport aux conditions de travail apparentes du départ, je suis en réalité pénalisée financièrement par le biais de deux prétextes imprévus, autrement dit, par deux artifices permettant de verser un salaire moindre que celui attendu. Il s’agit d’un jeu truqué basé non sur un contrat digne de ce nom mais sur un marché de dupes.

Un autre problème, pour les patients chez qui l’équipe intervient, est la masse de matériel importé dès la première intervention au domicile des clients, dont la quantité et l’utilité sont parfois discutables, qui encombre l’espace des chambres, et qui coûte excessivement cher.

Au niveau des soignants comme à celui des clients, il y a un parasitisme financier de la structure, à leur détriment, en lien avec des acteurs extérieurs, et dans l’intérêt de ces derniers.

Comparaison avec des équipes indépendantes

En comparaison, des intervenants travaillant pour leur propre compte :

  • Fixent eux-mêmes leur taux horaire de rémunération (au minimum 10 € de l’heure pour un intervenant non diplômé, 13 € pour un aide-soignant, et 15 € pour un infirmier) qu’ils touchent en intégralité,
  • Tiennent compte des besoins des clients pour le temps passé chez eux et les horaires des interventions,
  • Peuvent leur offrir une bonne qualité de relation,
  • S’organisent ensemble sans dépendre de qui que ce soit,
  • N’entretiennent aucune structure ni aucun intermédiaire parasitique.

Il est possible de travailler seul, mais ceci implique de devoir intervenir tous les jours auprès de ses clients, sans prendre de vacances ni de jours de congé, d’où l’intérêt de constituer des équipes, au minimum de deux personnes.

Dans le cas d’aides-soignants et d’infirmiers désirant s’orienter dans ce secteur, ils sont déjà formés, déjà diplômés et connaissent déjà le travail à réaliser. Chacun étant payé directement par la personne chez qui il intervient, qui déclare ses interventions directement à l’URSSAF, ils n’ont pas besoin de structure centralisatrice nécessitant des locaux, ni de personnel d’encadrement, ni de secrétaire, ni de logiciel de gestion, etc., ni d’intermédiaire.

En ce qui concerne les structures, créer une association implique des formalités et contraintes dévoreuses de temps et d’énergie, et une entreprise, si elle est plus facile à créer au niveau administratif que de monter un dossier de RSA, doit, pour générer des bénéfices, payer, en plus des dépenses inhérentes à l’entreprise elle-même (matériel, fournitures, etc.) un ensemble de charges et sommes diverses et peut se révéler un gouffre financier : l’ex-taxe professionnelle censée avoir été supprimée en 2010, qui a été en fait été rebaptisée en « contribution économique territoriale », et dont le montant est resté identique, la location ou achat éventuel du local professionnel, son assurance, les frais de compte bancaire professionnel, du téléphone professionnel, de comptable ou d’association de gestion agréée si vous ne faites pas votre comptabilité vous-même, de la caisse de retraite, de l’URSSAF, etc.

En comparaison, la seule condition indispensable en travaillant avec le CESU est une équipe suffisante pour pouvoir se relayer chez les patients, constituée de gens qui ont envie de travailler les uns avec les autres dans le même état d’esprit, qui s’entendent bien, et soient capables de s’organiser correctement en fonction des besoins des patients et de leurs disponibilités.

De telles équipes, une fois constituées, pourraient travailler en coordination avec les Pôles Santé pour le maintien à domicile des gens dépendants, en lien avec les différents professionnels de santé, dont les médecins généralistes des clients.

–         Précision

Il n’est pas question ici de concurrencer les infirmières libérales en empiétant sur les soins qu’elles réalisent, qui sont prescrits par un médecin. Il s’agit de prendre en charge les différentes tâches permettant aux patients dépendants de rester chez eux, au moment où ils en ont besoin (ménage, toilette, prise du traitement, accompagnement des courses, aide au maniement d’internet, etc.).

Exemple de planning

Au niveau financier, voici deux prévisions, effectuées respectivement en fonction de 3 et 4 patients, à partir de plannings réels réalisés pour des patients réels, et calculées sur la base du site de l’URSSAF . Les estimations des coûts pour les employeurs et des salaires des employés sont réalisées en prenant en compte 3 coûts horaires différents selon différentes qualifications, à partir du salaire horaire minimum.

Client 1 : 4 interventions par jour :

  • 7 h – 7 h45
  • 12 h – 12 h 45
  • 15 h – 16 h
  • 18 h 30 – 19 h117 interventions par mois, pour 77 h 45 de travail.
  • Total 3 h / jour

Client 2 : 1 intervention par jour de 0h30 le soir : 19h15- 19h45, sauf le week-end : 5 interventions / semaine.

1 intervention le matin une seule fois, de 0 h 30

Total : 19 interventions dans le mois pour 9 h 30 de travail.

Client 3 : 3 interventions / jour :

  • 9 h 15- 9 h 45
  • 12 h 30- 13 h
  • 20 h – 20 h 30

A noter que certaines interventions auprès de personnes très lourdes et difficiles à mobiliser nécessitent d’être faites à deux, à moins que l’intervenant soit un homme fort.

Ces trois clients nécessitent 77 interventions dans le mois, pour 38 h 30 de travail.

Détail des salaires et coût pour les employeurs

–          En comptant trois clients (126 heures par mois)

Pour un salaire horaire de 10 € (ASH non qualifié), avec les congés payés inclus, rajoutés automatiquement par le site du CESU :

Salaire net à verser au salarié : 1 260,00 €

Cotisations sociales prélevées aux employeurs : (à répartir entre ceux-ci) 810,53 €

Avantage fiscal pour les employeurs : 1 035,27 €

Coût réel pour les employeurs : 1 035,26 €

 

Pour un salaire horaire de 13 € (Aide-soignante):

Salaire net à verser au salarié : 1 638,00 €

Cotisations sociales prélevées à l’employeur : 1 129,31 €

Avantage fiscal pour l’employeur : 1 383,66 €

Coût réel pour l’employeur : 1 383,65 €

 

Pour un salaire horaire de 15 € (infirmière) :

Salaire net à verser au salarié : 1 890,00 €

Cotisations sociales prélevées à l’employeur : 1 341,80 €

Avantage fiscal pour l’employeur : 1 615,90 €

Coût réel pour l’employeur : 1 615,90 €

Est-il possible à un intervenant de vivre avec ces trois clients pour 126 h de travail / mois (32 h par semaine) ? Sachant qu’il faut déduire les frais d’essence, le salaire est insuffisant pour un ASH, juste pour un AS et correct pour un infirmier.

–          En comptant un quatrième client permettant d’arriver à 140 h par mois

Pour un salaire horaire de 10 € :

Salaire net à verser au salarié : 1 400,00 €

Cotisations sociales prélevées à l’employeur : 900,61 €

Avantage fiscal pour l’employeur : 1 150,31 €

Coût réel pour l’employeur : 1 150,30 €

 

Pour un salaire horaire de 13 € :

Salaire net à verser au salarié : 1 820,00 €

Cotisations sociales prélevées à l’employeur : 1 254,77 €

Avantage fiscal pour l’employeur : 1 537,39 €

Coût réel pour l’employeur : 1 537,38 €

 

Pour un salaire horaire de 15 € :

Salaire net à verser au salarié : 2 100,00 €

Cotisations sociales prélevées à l’employeur : 1 490,88 €

Avantage fiscal pour l’employeur : 1 795,44 €

Coût réel pour l’employeur : 1 795,44 €

CQFD

Autrement dit, un salaire minimum pour 140 h de travail est supérieur à celui gagné dans une institution, et ceci indépendamment de la qualification.

4 clients permettent à une personne de vivre et de payer ses frais d’essence,

8 clients font vivre 2 intervenants,

16 en font vivre 4,

Etc.

En fonction des besoins de la population, des équipes de 4 personnes ou plus pourraient ainsi se développer dans différents quartiers.

Du côté des soignants : une meilleure qualité de travail, un salaire correct, un travail autonome.

Du côté des clients : une meilleure qualité de soins, pour un coût inférieur à celui d’une association, et bien moindre qu’une maison de retraite, une meilleure qualité de vie, la conservation de son autonomie.

Du côté de l’Etat : DE GROSSES ECONOMIES POUR LA SECURITE SOCIALE ET EN FRAIS ADMINISTRATIFS.

Comment procéder pratiquement quand on travaille en institution

  • Voir d’abord si l’idée intéresse des collègues,
  • Faire une prospection au niveau de son quartier / village / ville auprès des personnes âgées : réaliser une plaquette de présentation du projet à distribuer dans les boites à lettre avec un n° de téléphone à joindre, en proposant aux gens intéressés de se manifester et voir le résultat : si une dizaine de personnes répondent, alors c’est jouable.
  • Reste à voir pratiquement comment organiser les choses avec les clients :

Avant de commencer à travailler, faire passer une information dans le journal local, informer les généralistes, organiser une réunion d’information avec la population. (Voir les conseils en ligne à https://www.creerentreprise.fr/creer-activite-services-a-la-personne-statut/. )

Quand des gens demandent d’intervenir, fixer un premier rendez-vous avec eux pour faire connaissance, évaluer leurs besoins, et leur présenter la façon dont on peut y répondre (ménage, toilette, préparation des repas, prise de médicaments, petits soins, accompagnement pour les courses, etc.), fixer les horaires des interventions, préciser le tarif horaire, le contrat de travail, et les formalités pour le CESU.

Une courte expérience dans une association de service à la personne est utile au départ, le temps de se familiariser avec le fonctionnement et l’organisation.

Et c’est tout. Coût et investissement : 0 €.

L’organisation du travail d’une équipe de 4 est simple à réaliser, par les gens eux-mêmes : il suffit de se partager les temps d’interventions. Aucune tâche administrative : les congés payés sont rajoutés par le CESU.

Les interventions se font sur la base d’un contrat de travail , et le client déclare les interventions sur son espace personnel dans le site de l’URSSAF.

Pas besoin de logiciel de gestion : un simple ordinateur avec traitement de texte Word, Office ou Page et une imprimante permettent de faire et d’imprimer les documents nécessaires :

  • un document pour chaque client avec les temps d’intervention journaliers et le total horaire en fin de mois : une copie pour l’équipe, une pour chaque intervenant, une pour le client, une pour l’URSSAF,
  • un document pour chaque intervenant avec le nombre d’heures effectuées auprès de chaque client, et le total horaire à communiquer à l’URSSAF sur la page du CESU, dans l’espace salarié .

Une fois que les détails sont réglés et qu’une équipe est en mesure de fonctionner, celle-ci peut commencer à travailler, d’abord en gardant un temps partiel en institution pour réserver ses arrières, puis en se mettant en disponibilité quelques mois afin de pouvoir revenir le cas échéant, et enfin en démissionnant si le nombre de clients permet à l’équipe de vivre sur le long terme.

Niveau immobilier

Pour les personnes âgées dont les domiciles sont devenus inadaptés (escaliers, manque de confort, etc.) elles pourraient se regrouper pour louer ou acheter ensemble (4 ou 5) (en créant une SCI, société civile immobilière, ou indépendamment les uns des autres) une maison de plain-pied confortable et pratique, en se partageant les charges, les frais de soins à domicile, de nourriture et de la vie courante, ce qui leur reviendrait bien moins cher qu’une maison de retraite.

Le Royaume Uni a adopté cette formule depuis plusieurs années, une équipe passe tous les jours en fonction des besoins.

De cette façon, les gens ne sont jamais seuls, ils gardent la maîtrise de leur environnement et leur pouvoir de décision sur leur propre vie, peuvent choisir les gens avec lesquels ils ont envie de vivre, ainsi que les salariés qu’ils emploient, s’organisent entre eux pour les tâches de la vie quotidienne qu’ils souhaitent garder (cuisine, jardinage, sorties, etc.) et peuvent ainsi bénéficier d’une qualité de vie optimum.

Pour la partie immobilière, si des clients sont intéressés par cette formule, leur conseiller de surveiller les maisons à vendre ou à louer sur Internet (sites de notaires, Le Bon Coin, agences immobilières), et les orienter vers leur notaires pour obtenir les informations nécessaires.

Conclusion

Je ne sais pas quelles bases théoriques ont les gestionnaires institutionnels pour parvenir aux résultats désastreux qu’ils obtiennent au niveau de la qualité du travail et des soins, et par-dessus le marché pour un coût tel qu’il nécessiterait de devoir « faire des économies », mais je sais que les soignants ont les bases théoriques et pratiques indispensables pour s’occuper des patients (leurs compétences professionnelles et leur expérience) et organiser leur travail, mieux que ne le font ces « gestionnaires », pour un coût bien moindre pour les particuliers qui les emploient et en bénéficiant de meilleurs conditions de travail et de meilleurs salaires pour eux-mêmes.

 « Le pouvoir est fonction d’abord de l’indispensabilité de la fonction, pour l’ensemble humain considéré. Tout individu ou tout groupe d’individus non indispensables à la structure d’un ensemble n’ont pas de raison de détenir un « pouvoir », puisque cet ensemble peut assurer sa fonction sans eux. » (Henri Laborit, « La Nouvelle Grille », p. 182, Robert Laffont). 

 Le gouvernement actuel, qui projette de se pencher sur le secteur des services à la personne, serait bien inspiré de prendre de la distance vis-à-vis des critères d’évaluation des modèles de gestion théoriques financés apparemment les yeux fermés depuis quelques décennies pour partir sur de nouvelles bases en laissant les acteurs de terrain gérer leur travail eux-mêmes. Il pourrait ainsi dégager des économies substantielles au niveau d’une masse administrative aussi ruineuse qu’inutile, dont les échelons, dépourvus de fonction pour l’ensemble des citoyens, se multiplient au détriment de ces derniers, et dont le seul but consiste à perpétuer leur propre existence.

Il serait également bienvenu d’exiger plus de transparence de la part des responsables publics et privés de cette masse administrative, dont la gestion occulte, qui échappe à tous les acteurs publics ainsi qu’à l’ensemble des citoyens, est dépourvue de légitimité dans le cadre des missions de services publics qu’ils sont payés pour assurer, et dont la confrontation à l’épreuve des faits démontre, depuis une trentaine d’années, qu’ils sont incapables de les remplir correctement.

Enfin, une plus grande vigilance de sa part au niveau de la gestion des ressources humaines est indispensable concernant des « modélisations » issues du secteur du développement personnel utilisées dans la formation des DRH, qui sont dépourvues de toute base scientifique et dont les dérives sectaires de certaines sont pointées par la MIVILUDES. Introduites en France sous la pression de lobbies d’outre-Atlantique, intégrées au package managérial, il s’agit en réalité d’outils de manipulation mentale, responsables d’un grand nombre de dépressions et de suicides dans la fonction publique. Elles servent à dissimuler des méthodes de gestion implicites peu reluisantes et à abuser les gens qui les achètent, parfois en toute bonne foi, autant que ceux qui les subissent. Loin de constituer une « modernisation », elles reposent sur les mécanismes de pensée de l’époque antique auxquelles elles prétendent nous faire régresser, et visent à nous asservir.

En revanche, sur la nouvelle base décrite ici, en restituant aux acteurs de terrain leur pouvoir de décision concernant leur propre sphère professionnelle, le gouvernement peut ainsi, pour un coût bien moindre que le coût actuel, diminuer le chômage, donner aux soignants dotés des compétences réelles les moyens de gagner leur vie correctement en travaillant dans des conditions satisfaisantes et dans le cadre d’une gestion saine et transparente, et aux personnes âgées dépendantes, la possibilité de continuer à vivre chez elles de façon adaptée à leurs revenus tout en conservant leur autonomie.

27 juin 2018

Soutien hôpital Pierre Janet au Havre, suite

Sur Facebook https://www.facebook.com/groups/1736092319761292

Hôpital Pierre Janet PERSONNEL HOSPITALIER ET INTERSYNDIACALE a lancé cette pétition adressée à Agnès Buzyn et à 3 autres https://www.change.org/p/agn%C3%A8s-buzyn-soutien-%C3%A0-l-h%C3%B4pital-pierre-janet

   

21 juin 2018

Mediapart: Dr Bretel: Après le CH du Rouvray à Rouen, la révolte éclate au CH Pierre Janet au Havre

 

Groupe Facebook: Soutien hôpital Pierre Janet au Havre

Après le CH du Rouvray à Rouen, la révolte éclate au CH Pierre Janet au Havre

https://blogs.mediapart.fr/brefthi/blog/140618/apres-le-ch-du-rouvray-rouen-la-revolte-eclate-au-ch-pierre-janet-au-havre

La colère des personnels hospitaliers en psychiatrie devient virale et vient d’éclater au Havre dans la foulée de la victoire obtenue au CH du Rouvray par les grévistes de la faim. Une grève reconductible vient de démarrer au CH Pierre Janet et des actions « coup de poing » ont commencé en dehors de l’hôpital, à grand renfort de soutiens militants provenant des hospitaliers solidaires et au-delà.
Mobilisations des hospitaliers devant l'entrée principale du CH Pierre Janet
Mobilisations des hospitaliers devant l’entrée principale du CH Pierre Janet

Comme on pouvait s’y attendre, dans la foulée de l’accord obtenu avec l’ARS par les grévistes de la faim du Centre Hospitalier du Rouvray le vendredi 8 juin dernier, l’intersyndicale du personnel du Centre Hospitalier Pierre Janet au Havre y a déposé un pré-avis de grève reconductible à compter du 15 juin et des actions « coup de poing » ont déjà été organisées, comme le blocage du pont de Normandie ou celui du centre ville du Havre. D’autres suivront à n’en pas douter, car les soignants du CH Pierre Janet, à leur tour, sont bien déterminés à en découdre avec les conditions d’accueil indignes des patients dans leur établissement et avec la souffrance qu’ils vivent dans l’exercice quotidien de leur travail, en constatant eux aussi qu’ils n’ont plus guère le temps suffisant pour parler avec leurs patients. Là aussi, leur rôle s’est malgré eux réduit à l’enfermement, l’administration de médicaments et le service des repas et ce, à une cadence infernale vue l’augmentation croissante des admissions dans l’établissement. L’unité d’accueil et de crise (UAC), par où transitent les admissions au CH Pierre Janet, se trouve particulièrement en difficulté avec 5 lits pour accueillir quotidiennement plus du double de patients !

Au Havre, comme à Rouen et ailleurs, les mêmes causes produisent les mêmes effets : le manque de personnel soignant en hospitalisation, le manque de lits pour faire face au débit d’admissions en urgences, la mise à mal des structures de soins ambulatoires et le manque de personnel pour y assurer des suivis de qualité et prévenir ainsi les hospitalisations, tout ceci entraîne une suroccupation chronique de l’hôpital qui favorise la maltraitance des patients et la souffrance des soignants.

Mais, dans la ville d’Edouard Philippe, la situation de la psychiatrie publique est encore plus critique. En effet, la pénurie de médecins psychiatres y est particulièrement grave et le CH Pierre Janet peine depuis des années à en recruter de nouveaux. L’établissement connaît un sous-effectif impressionnant dans la profession, amenant ceux qui y travaillent encore à se décourager et souvent quitter le navire à leur tour. Certains confrères locaux m’ont confié leur épuisement, pour ne pas dire leur dépression. Quant aux locaux de l’établissement hospitalier, où se concentre désormais également le plus gros de l’activité de consultation et d’hospitalisation de jour, ils sont devenus vétustes et largement sous-dimensionnés, car construits au début des années 70, à une époque où l’activité était sans commune mesure avec l’essor de celle qu’on y connaît aujourd’hui.

Étant praticien hospitalier en disponibilité du CH du Rouvray, je ne suis bien sûr pas le médecin le mieux placé pour décrire la réalité de terrain du CH Pierre Janet. En revanche, mon histoire havraise remonte à la fin de l’année 2014 où, par un ordre de mission de l’ARS Haute-Normandie, j’avais été amené, entre autre, à participer à une étude sur les hospitalisations au long cours dans l’établissement. Et j’ai appris peu de temps après que cette étude avait été la réponse apportée par l’ARS à une demande de renforcement de l’établissement en psychiatres. Pas étonnant donc, que l’accueil en interne n’y ait pas été des plus enthousiastes…

Quoiqu’il en soit, les résultats de cette étude, rendus à automne 2015, faisaient notamment apparaître qu’environ 40% des hospitalisations du CH Pierre Janet se prolongeaient indûment, les patients concernés étant alors en attente d’admission au sein d’établissements médico-sociaux (c’est-à-dire de lieux de vie pour personnes sévèrement handicapées), eux-même déjà saturés. Pourtant, lorsqu’on observait le parcours de ces personnes avant leur hospitalisation prolongée, on pouvait se rendre compte du fait que le soutien dont ils bénéficiaient à l’extérieur de l’hôpital était bien insuffisant. Ainsi, faute de soutien et de suivi à l’extérieur de l’hôpital, les patients finissent par y arriver en urgence, dans des états de détresse majeurs. Puis, pour les même raisons, leur retour à domicile est compromis et les hospitalisations se prolongent.

Un peu partout en France, on assiste à une régression continue de la politique de sectorisation en psychiatrie mise en place courant des années 70. Celle-ci s’est fondée sur le redéploiement d’une partie des moyens des hôpitaux psychiatriques vers la création de structures de soins extra-hospitalières au plus proche de la population soignée, à partir de la fermeture de lits d’hospitalisation : centre médico-psychologiques (centres publics de consultations psychiatriques), centres d’activité thérapeutiques à temps partiel et hôpitaux de jour. Mais, à partir dès années 2000, le chemin inverse a été parcouru en fermant une à une ces structures de soins de proximité, sans pour autant re-doter en conséquence l’hospitalisation, ce qui explique la situation de surcharge des hôpitaux psychiatriques que l’on connaît.

Mais, mon parcours au Havre ne s’arrête pas là, car j’ai été mandaté au CH Pierre Janet depuis mars 2017 pour y développer une structure de soins ambulatoire dite de « réhabilitation psychosociale » pour laquelle le Groupement Hospitalier du Havre (au sein duquel s’inscrit le CH Pierre Janet) perçoit une dotation spécifique d’environ 400 000 euros annuels depuis fin 2015. A l’heure où j’écris ces lignes, cette unité n’a pu encore voir le jour, faute de moyens disponibles sur le terrain. Et si j’y interviens moi-même, n’étant pourtant pas havrais, c’est qu’il n’a pas été possible de trouver en interne un médecin porteur de ce projet, commandé par l’ARS.

Pour avoir rencontré un certain nombre de patients sur le territoire, j’ai pu me rendre compte de l’extrême pauvreté de l’offre de soins ambulatoire. Actuellement, il est pratiquement devenu impossible d’accéder à un suivi psychiatrique pour quiconque ne serait pas d’abord passé par l’hospitalisation ! Les quelques praticiens de ville, eux, voient leur consultation complètement saturée et pour la plupart, n’acceptent plus de nouveaux suivis. Les patients n’ont plus le choix de leur psychiatre (et doivent déjà s’estimer heureux d’être suivis par l’un d’eux quand c’est le cas). De fait, quand un problème survient avec l’un d’entre eux (car les patients ressentent de plus en plus que leur parole n’est plus prise en considération, et comment le pourrait-elle quand les durées de consultation n’excèdent plus 15 minutes ?), ils arrêtent tout bonnement d’être suivis, plutôt que de s’adresser à un autre, augmentant ainsi leur désespoir et par conséquent leur risque de rechute, laquelle finira par les conduire aux urgences du CH Pierre Janet (dont on a vu qu’elles étaient largement sous-dotées par rapport à la demande)… La boucle est bouclée.

Il faut aussi préciser que le territoire havrais, contrairement à celui de Rouen, a été doté d’une clinique privée spécialisée en psychiatrie sur autorisation de l’ARS il y a quelques années. L’établissement dispose de lits d’hospitalisation, d’un hôpital de jour et d’une consultation. Or, on aurait pu imaginer que cette offre privée vienne compléter utilement celle, bien insuffisante, du secteur public, au bénéfice de la population. Mais en réalité il n’en est rien. Les deux institutions travaillent chacune de leur côté, sans n’avoir développé aucun lien fonctionnel ! J’ai moi-même demandé maintes fois à un confrère de cette clinique de venir les rencontrer, mais mes demandes sont restées sans suite. Voilà un bel exemple de maillage territorial raté entre public et privé, au plus grand dam de la population.

Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi les soignants n’en peuvent plus. Car c’est bien eux qui sont confrontés en première ligne à la souffrance et à la colère légitime des patients. Or, le mouvement havrais bénéficie d’emblée de la dynamique initiée au Rouvray et les soutiens arrivent en masse. A commencer par leurs collègues hospitaliers. Le collectif activiste des Blouses Noires émanant du CH du Rouvray est à leurs côtés depuis le début. Une page Facebook du soutien de la lutte a été crée et compte déjà plus de 1500 membres à ce jour ! Que les pouvoirs publics ne s’y trompent pas, la colère des hospitaliers (en psychiatrie et ailleurs) converge et on se trouve face à un mouvement viral d’une ampleur inédite. C’est vrai sur le territoire normand, comme ailleurs. Les soignants n’acceptent plus la résignation et somment désormais rien de moins que l’Etat de redoter les hôpitaux psychiatriques urgemment  Les regards se tournent désormais vers Madame Christine Gardel, directrice de l’ARS Normandie, qui sort à peine de négociations obtenues « à l’arrachée » par les grévistes de la faim du CH du Rouvray et dont on connaît l’issue victorieuse pour les soignants…

Le Quotidien du Médecin: Poursuite de la grêve à l’hôpital psychiatrique du Havre

28 janvier 2018

Le Monde: La psychiatrie en grande souffrance

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2018/01/26/le-grand-malaise-des-soignants-en-psychiatrie-on-a-le-sentiment-d-etre-maltraitant_5247248_1650684.html

Ecrasés par les restrictions bugétaires, les soignants se disent à bout et dénoncent une « perte de sens » de leur travail.
LE MONDE | • Mis à jour le | Par François Béguin

Il y a chez eux de la fatigue, du désarroi et de la colère. Depuis des mois, des médecins et des personnels soignants du secteur psychiatrique multiplient grèves et lettres ouvertes aux autorités sanitaires pour alerter sur la dégradation de leurs conditions de travail en raison des restrictions budgétaires. Et par conséquent sur la détérioration de la prise en charge des malades.

Après des années de restructurations et de non-remplacement systématique des départs, plusieurs responsables syndicaux estiment que ce service public est désormais « à l’os ». « On nous pressurise depuis des années, on est arrivé à un point de bascule », assure Jean-Pierre Salvarelli, membre du Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH) et chef de pôle au Vinatier, à Lyon, l’un des plus gros hôpitaux psychiatriques de France. L’année dernière, 52 postes de soignants ont été supprimés dans cet établissement. « Les infirmières et les aides-soignantes se démultiplient pour boucher les trous, dit-il. Mais les équipes n’en peuvent plus. »

D’un bout à l’autre de la France, les mêmes maux et les mêmes symptômes : des taux d’absentéisme élevés, un fort turn-over des personnels, des postes de médecins non pourvus (il manquerait 900 à 1 000 psychiatres, selon le SPH), des lits en nombre insuffisant dans certains services, notamment aux urgences, et des patients à accueillir toujours plus nombreux. Entre 2010 et 2016, près de 300 000 personnes supplémentaires ont été suivies en psychiatrie. « Les ressources n’ont pas augmenté proportionnellement à la croissance de la file active, constate Magali Coldefy, géographe à l’Institut de recherche et de documentation en économie de la santé (Irdes). Faute de moyens, la psychiatrie a tendance à se replier sur l’intra-hospitalier et la gestion de la crise et de l’urgence. »

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Signes extérieurs du malaise ambiant, les établissements d’Allonnes (Sarthe), Bourges (Cher) ou Rennes (Ille-et-Vilaine) ont connu ces derniers mois des mouvements de grève. Le 5 janvier, sept anciens psychiatres de l’hôpital Philippe-Pinel, à Amiens (Somme), ont écrit à la ministre de la santé Agnès Buzyn pour lui expliquer pourquoi la « dégradation continuelle des conditions de prise en charge des patients » avait pesé dans leur choix « douloureux » de quitter l’hôpital public. Dans leur courrier, ils dénoncent un « hôpital en déshérence » et une « souffrance éthique et professionnelle à son paroxysme ».

« Je ne suis qu’un garde-fou »

La gravité de la crise commencerait-elle à être perçue au-delà des enceintes des hôpitaux psychiatriques ? La députée (La République en marche) de la Somme Barbara Pompili a dit sa « honte » après avoir visité l’établissement d’Amiens le 3 novembre 2017. « La faiblesse hallucinante des effectifs transforme cet hôpital en gigantesque garderie, avec toutes les conséquences que cela peut avoir pour ceux qui sortent, comme pour ceux qui ne sortent pas », avait-elle écrit. Quant à François Ruffin (La France insoumise), l’autre député du département, il a récemment publié un livre (Un député à l’hôpital psychiatrique, Fakir éditions) dans lequel il raconte les difficultés et les dysfonctionnements de ce même hôpital.

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Les restrictions budgétaires ont différents types de conséquences. Au sein même des hôpitaux, de nombreux infirmiers, dont les témoignages ont été recueillis après un appel lancé sur le site du Monde, disent ne plus avoir le temps de parler avec les patients hospitalisés ou d’effectuer avec eux des activités thérapeutiques. « On est accaparé par l’urgence et le quotidien. Nous n’avons plus le temps de faire des entretiens avec les patients, de prendre un café avec eux, ou de les accompagner pour qu’ils puissent téléphoner. Cela génère des situations d’agressivité et de violence plus fréquentes. Et nous, on a le sentiment de mal faire notre travail, d’être maltraitants », raconte Marion, 25 ans, infirmière dans un gros hôpital de province.

« Quand je suis arrivé à l’hôpital il y a quelques années, on faisait encore des sorties au musée, au cinéma ou au cirque, témoigne Cyril, infirmier dans un hôpital du sud de la France. Cette année, nous n’avons pas prévu d’en faire car nous arrivons à peine à tenir le planning et à assurer la continuité du service. » « Je ne suis qu’un garde-fou, nous n’avons plus les moyens et la motivation d’être soignant », estime un infirmier à Agen, résumant ainsi la « perte de sens » ou l’amertume racontées au Monde par de nombreux professionnels de santé.

Car pour répondre à la violence, lorsque les effectifs manquent, les recours à la chambre d’isolement (une pièce sécurisée avec matelas fixé au sol) et à la contention peuvent augmenter. En 2016, le contrôleur général des privations des lieux de liberté avait dénoncé la « banalisation » de ces pratiques.

Situation « tendue »

Après avoir fermé près de 15 000 lits de psychiatrie entre 1997 et 2015, les hôpitaux n’arrivent pas aujourd’hui à prendre en charge correctement tous les patients. Face à la hausse du nombre d’hospitalisations sous contrainte (92 000 personnes en 2015), il n’est pas rare que des unités de soins prévues pour 20 patients en accueillent davantage. « C’est la course aux lits, pour faire de la place, on fait sortir les malades dès qu’ils ne représentent plus un danger direct pour eux ou pour les autres, raconte Marie, 41 ans, psychiatre dans un établissement de la région parisienne. L’absence de lits est devenue un critère dans la durée de soins des patients, autant, voire parfois plus, que l’aspect médical. »

Une autre infirmière exerçant dans un hôpital du sud de la France fait état de patients obligés de rester en chambre d’isolement, « alors qu’ils n’en ont plus besoin au niveau psychiatrique », par manque de place.

Jean Vignes, le secrétaire général du syndicat SUD-Santé-Sociaux, juge d’ailleurs la situation « tellement tendue » qu’il plaide pour la réouverture « au moins de façon provisoire » d’un millier de lits. Pour justifier cette revendication en demi-teinte, il explique que son organisation était historiquement « pour la diminution du nombre de lits », mais « à condition d’avoir les moyens d’assurer le suivi en extra-hospitalier ».

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Or, c’est cette prise en charge, assurée hors des murs des établissements psychiatriques, par notamment les centres médico-psychologiques (CMP), émanations de l’hôpital présentes partout sur le territoire, qui semble aujourd’hui le plus souffrir des restrictions budgétaires. « On a mécaniquement tendance à alléger l’ambulatoire [le suivi à l’extérieur] et à rapatrier les ressources vers les services d’hospitalisation. C’est l’hôpital qui prime, c’est un retour à l’asile », déplore Isabelle Montet, la secrétaire générale du SPH.

« Trop de gens sont à l’hôpital parce qu’on ne sait pas où les mettre »,
Claude Finkelstein, présidente de la Fédération nationale des associations en psychiatrie (Fnapsy)

« On est obligé de se retirer des endroits où vivent les gens parce que nous sommes contraints de centrer nos efforts sur ce qui est incontournable pour la société, c’est-à-dire accueillir les patients qui relèvent de soins non consentis », explique le docteur Marie-José Cortes.

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Un poids grandissant de l’hôpital, vu comme un retour en arrière par de nombreux professionnels, qui heurte aussi les associations de patients. « Je ne pense pas qu’il y ait un manque réel de moyens, de personnels et de lits », estime ainsi Claude Finkelstein, la présidente de la Fédération nationale des associations en psychiatrie (Fnapsy). Pour elle, « on travaille encore à l’ancienne » dans le domaine de la psychiatrie, et « trop de gens sont à l’hôpital parce qu’on ne sait pas où les mettre ». « Il ne faut pas colmater, mais réfléchir à une nouvelle organisation des soins », ajoute Fabienne Blain, porte-parole du collectif Schizophrénie, qui demande une vaste réallocation des moyens consacrés à la psychiatrie.

28 octobre 2017

Infirmiers.com: Emploi infirmier : quelles solutions face aux difficultés ?

https://www.infirmiers.com/profession-infirmiere/vie-pratique/crise-emploi-infirmier-quelles-solutions.html

Les difficultés pour trouver un premier emploi – ou en changer – qui touchent la profession infirmière depuis ces deux dernières années en surprend plus d’un. Bien qu’autrefois ce métier rimait avec stabilité professionnelle, ce n’est désormais plus le cas. D’après une étude menée par Infirmiers.com début 2017, sur le front de l’emploi, la précarité existe : recherches actives de postes et contrat à durée déterminée (CDD) à la clé. Quelles solutions s’offrent aux jeunes infirmiers pour faire face à une crise qui touche l’ensemble de la profession ? Comment envisager une reconversion, une reprise d’études, ou de nouveaux projets professionnels avec peu de moyens ? Réponses.

Les jeunes diplômés majoritairement touchés par la précarité

hôpital soignants
Pour 30% des personnes interrogées, la recherche d’emploi dure depuis plus de six mois, parfois plus d’un an.

Après l’obtention du diplôme d’État infirmier (DEI) une question se pose désormais pour les nouveaux soignants : comment trouver un emploi stable ? Il y a quelques années, cette interrogation ne taraudait que très rarement les jeunes diplômés – pour ne pas dire jamais – comme en témoigne Karine. Quand j’ai commencé il y a 15 ans, on obtenait un contrat à durée indéterminée (CDI) en sortant de l’institut de formation en soins infirmiers (IFSI). On était immédiatement embauché en tant que stagiaire et la titularisation s’effectuait au bout de 6 mois. Mais en 2016, la recherche d’emploi peut s’avérer plus longue : moins de 3 mois pour 42% des infirmiers, entre 3 et 5 mois pour 27% et plus de six mois, parfois plus d’un an, pour 30% des IDE. Ajoutons à cela que plus de 40% des infirmiers exercent à durée déterminée et sont donc touchés par la précarité. Pour ma part, j’ai mon DEI depuis un an et je suis toujours en CDD dans un centre hospitalier public. A chaque fois, on ne me propose que des CDD d’une durée de trois mois maximum. Désormais, il faut en passer par là pour espérer obtenir un CDI, puis une stagiairisation. L’hôpital public n’a plus d’argent et les soignants comme les patients en font les frais, témoigne Caroline.

Plus de 40% des personnes interrogées ont un contrat à durée déterminée (CDD).

Le CDD devenu populaire dans le secteur public

En réalité, si la durée des recherches d’emploi s’est sensiblement rallongée pour les infirmiers, leurs issues restent pour le moins décevantes d’une façon générale. Et pour cause, les établissements de soins proposent de plus en plus des contrats à durée déterminée au lieu d’une embauche définitive. Cela fait 3 ans que je suis diplômée et toujours pas l’opportunité d’un contrat à durée indéterminée. Désormais, les employeurs ont l’embarras du choix, du coup l’exigence est à son comble ! La moindre chose déplaisante ou le moindre petit désagrément est fatal : on ne renouvelle pas votre CDD pour des raisons insensées !, réagit Claire. Mais cette nouvelle tendance ne semble toucher que le secteur public (pour le moment). D’après Lucile, les CDD se multiplient principalement dans les hôpitaux publics avec des délais irrationnels avant de pouvoir devenir stagiaire puis titulaire. Pour sa part, elle a trouvé un moyen d’éviter un emploi précaire. J’ai fait le choix de travailler dans une clinique privée. A l’obtention de mon diplôme, par chance, j’ai eu une proposition de poste en CDI après un entretien dans le privé. Alors, certes je n’ai pas la sécurité de l’emploi d’un fonctionnaire, mais lorsque je vois le nombre de mes collègues de promotion qui multiplient les CDD, je ne regrette pas !. Quid des éventuelles autres solutions ?

A chacun sa solution…

Nombreuses sont les conséquences d’un marché de l’emploi précaire pour l’ensemble de la profession. Baisse du pouvoir d’achat, difficultés à changer de poste… Les contrecoups de cette crise privent les infirmiers de leurs principaux avantages. Mais comme Lucile, beaucoup se sont fait une raison et ont décidé d’y faire face d’une manière ou d’une autre… Témoignages.

Julien, infirmier depuis 1 mois, a changé ses aspirations professionnelles

J’ai trouvé un CDI à temps plein en guise de premier emploi au sein d’un EHPAD. Ce n’était pas mon secteur de prédilection, mais je me considère chanceux. Notre métier devient de plus en plus précaire avec des CDD de courte durée. Désormais, c’est vers ce type service qu’il faut s’orienter pour être sûr de trouver un emploi stable.

Emeline, infirmière depuis 7 ans, a décidé de vaquer à de nouveaux projets

Aujourd’hui, il est devenu difficile de changer de service pour exercer autrement ou parfaire son expérience. Pour ma part, impossible d’en changer. Les postes proposés ne m’intéressaient pas du tout. Alors j’ai décidé de faire des économies pour me donner les moyens de faire autre chose. J’ai épargné pendant plus de 3 ans. Dès que j’ai eu le budget nécessaire pour monter mon projet d’aide à la personne, j’ai demandé une disponibilité à la fonction publique hospitalière. J’arrête dans un mois. C’est un nouveau départ…

Sophia, infirmière depuis 4 ans, opte pour l’exercice libéral

Vu les conditions qui se dégradent de plus en plus, et pas uniquement en matière d’embauche, les infirmiers n’en peuvent plus et j’en fais partie. Mon option choisie : le libéral.  Dans la fonction publique, on ne gagne pas grand chose et il n’y a plus beaucoup d’avantages surtout, quand vous passez du métier d’aide-soignant à celui d’infirmier et que vous retombez à l’échelon 1. Bonjour la claque ! Il y en a aussi qui désirent tenter l’aventure ailleurs et qui n’ont pas envie de se figer dans un seul unique service toute leur carrière.

Alexandre, infirmier depuis 9 mois, prévoit de reprendre ses études

Comme beaucoup de parents, les miens ont mis de l’argent de côté pour mes études. Je n’ai pas tout utilisé durant mes trois ans à l’IFSI. Si je ne parviens pas à trouver un emploi stable d’ici deux mois, je vais essayer de suivre un diplôme universitaire en soins palliatifs. En espérant que cette spécialisation me permettra de trouver un emploi.

Pour beaucoup d’infirmiers, cette crise de l’emploi touche la profession pour de multiples raisons telles que les mesures d’économie adoptées par les établissements de soins. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui elle représente une démotivation de plus à exercer le métier pour certains, et une opportunité d’utiliser son diplôme d’État d’infirmier autrement pour d’autres.

Les CDD se multiplient principalement dans les hôpitaux publics avec des délais irrationnels avant de devenir stagiaire puis titulaire.

Comment épargner avec un petit salaire pour donner un nouvel élan à sa vie professionnelle ?

Il n’est pas donné à tout le monde de nourrir de nouveaux projets pour faire face à la crise de l’emploi infirmier. Bien souvent de nouvelles ambitions requièrent un budget parfois conséquent. Épargner est l’un des meilleurs moyens de le constituer. Mais comment faire avec un petit salaire ?

  1. Bien définir ses objectifs. Il s’agit de savoir où l’on va et quel est l’objectif de ces économies (achat important, épargner pour sa retraite…).
  2. Ne pas se perdre dans les différentes propositions. De nombreuses possibilités d’épargne sont possibles, telles que le Livret A, le Plan Épargne Logement ou encore le Livret Développement Durable. Il suffit de trouver l’offre qui correspond le mieux à l’objectif fixé.
  3. Prendre l’habitude d’épargner, même des petites sommes qui peuvent paraître dérisoires mais qui ont leur importance.
  4. Mettre en place des virements automatiques. Mieux vaut programmer le virement en début de mois, cela permet de mieux gérer son budget au fil des jours.
  5. Placer directement les primes et cadeaux. Ce n’est pas forcément plaisant au début, mais à terme, cela peut s’avérer très utile en cas d’imprévu.

Sur le même sujet:

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Dans ce site:

Pénurie d’infirmières: un phénomène planifié sur le long terme

Infirmières : évolution des frais d’inscription aux concours d’entrée aux IFSI et des coûts des formations (1)

Infirmières : évolution des frais d’inscription aux concours d’entrée aux IFSI et des coûts des formations (2)

Double facturation: A qui profite la pénurie d’infirmières?

Dénonciations calomnieuses et méthodes mafieuses: quand les entreprises et les services publics deviennent des zones de non-droit

20 octobre 2017

Le Monde: Le cri d’alarme inédit des salariés et directeurs de maisons de retraite

Les professionnels des Ehpad ont lancé un appel au secours commun à Emmanuel Macron pour en finir avec les mauvaises conditions d’accueil.
LE MONDE | • Mis à jour le |

« Faites un test : levez-vous le matin, faites votre toilette, votre lit, mettez-vous à petit-déjeuner, chronométrez-vous, vous verrez que vous ne tiendrez pas en quinze minutes. Et pourtant vous êtes en bonne santé. » Le défi est lancé par Anne-Sophie Pelletier, membre de la CGT, ancienne porte-parole des aides-soignantes en grève de la maison de retraite Les Opalines, à Foucherans (Jura). Quinze minutes, c’est le temps dont ces professionnelles disposent pour accompagner dans ces tâches les personnes âgées dépendantes hébergées dans l’établissement où elle travaille. A Foucherans, la grève a duré d’avril à juillet, deux postes supplémentaires ont été obtenus, « mais le sous-effectif perdure ». Comme dans tous les Ehpad de France.

Lire aussi :   « On ne les met pas au lit, on les jette » : enquête sur le quotidien d’une maison de retraite

C’est ce qu’ont dénoncé, dans une lettre ouverte au président de la République rendue publique jeudi 19 octobre, cinq syndicats de salariés du secteur médico-social (CGT, FO, UNSA, CFDT, CFTC) et l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA). La démarche est inédite. Parce que l’heure est grave, selon les auteurs de l’appel.

« Terrible angoisse »

« Malgré les évolutions du secteur (…), la situation reste extrêmement tendue au regard des besoins et attentes des personnes âgées, écrivent-ils. Ces dernières entrent en établissement avec des handicaps physiques et psychiques de plus en plus importants, auxquels s’ajoutent parfois des pathologies psychiatriques pour lesquelles les personnels ne sont pas préparés ; les personnes âgées sont insuffisamment accompagnées dans les actes de la vie quotidienne, les familles s’épuisent et les professionnels sont au bord de la rupture. »

Des statistiques de la Caisse nationale d’assurance-maladie montrent une fréquence des accidents du travail trois fois supérieure à la moyenne dans ce secteur d’activité. « La qualité de vie au travail des salariés a une influence directe sur la qualité de séjour des personnes, observe Jean-Claude Stutz, secrétaire national adjoint de l’UNSA Santé-sociaux. Quand on sait que certains directeurs ont pour objectif que leurs résidents aient à manger une fois par jour, c’est inacceptable. »

« On est dans un soin technique, renchérit Anne-Sophie Pelletier. Comment attirer des jeunes avec des conditions de travail pareilles ? » Elle dénonce également un « glissement de tâches » : « On envoie du personnel de ménage non formé distribuer des médicaments. »

Les syndicats de salariés et l’association des directeurs d’établissement (qui rassemble secteurs public, associatif et privé) réclament à l’unisson une augmentation du taux d’encadrement obligatoire dans les Ehpad, même si l’objectif final ne fait pas l’unanimité. Les syndicats veulent dix soignants pour dix personnes âgées hébergées, l’AD-PA huit pour dix. Aujourd’hui, ce taux est de 5 pour 10. « C’est une moyenne, rappelle Pascal Champvert, le président de l’AD-PA. Dans certains cas, on peut avoir un aide-soignant pour 50 résidents la nuit, un pour 20 l’après-midi. »

Sous-dotation

Une enquête en ligne lancée en mars par la CFDT Santé à destination des personnels paramédicaux, à laquelle 2 587 ont répondu, a montré une charge de travail particulièrement lourde. Les personnes interrogées déclaraient avoir eu la charge de 28 patients en Ehpad dans la journée, et 35 patients en Ehpad avec unité Alzheimer, un record. « La sécurité et la dignité des patients ne sont pas assurées, affirme Nathalie Canieux, secrétaire générale de la CFDT Santé-sociaux. Une terrible angoisse monte de ces établissements. »

Les salariés font état d’amplitudes horaires considérables, et d’une frustration importante. « Nous ne sommes pas suffisamment pour bien s’occuper des résidents, relate une salariée anonyme. La plupart du temps, ils nous demandent de rester un peu plus longtemps, ils aimeraient parler, mais nous n’avons pas le temps pour cela. Et même les soins comme les toilettes, parfois nous les faisons vite, trop vite. »

Lire la suite de l’article : http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/10/20/le-cri-d-alarme-inedit-des-salaries-et-directeurs-de-maisons-de-retraite_5203669_3224.html

Lire aussi :   Les députés s’alarment des conditions de travail dans les maisons de retraite

21 septembre 2017

France 2: Quand les maisons de retraite manquent de bras

Filed under: Actualité, aides-soignantes, fonction publique, Infirmières, maisons de retraite, médecine, santé, TV — Étiquettes : , — Isabelle Aubert-Baudron @ 8:31

Problèmes d’effectifs, présence médicale insuffisante… Un rapport parlementaire pointe du doigt une « maltraitance institutionnelle » dans certains Ehpad. Une équipe de France 2 a filmé dans un établissement en caméra cachée.

Lire l’article et voir la vidéo en ligne à http://www.francetvinfo.fr/societe/document-france-2-on-a-l-impression-de-travailler-a-l-usine-quand-les-maisons-de-retraite-manquent-de-bras_2381319.html

29 août 2017

La Nouvelle République: L’inaccessible école d’infirmières pour Mélody

http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre/Actualite/Faits-divers-justice/n/Contenus/Articles/2017/08/26/L-inaccessible-ecole-d-infirmieres-pour-Melody-3204029

Châteauroux. Une jeune Castelroussine s’est mise en disponibilité pour intégrer une école d’infirmières. Elle se heurte, désormais, au mur du financement.

Malgré toutes ces difficultés, Mélody garde le sourire au côté de son chien, « Imo ».

J‘ai l’impression que je me bats sans arrêt et que je n’avance pas. Mélody n’est toutefois pas du genre à renoncer. A 27 ans, ce petit bout de femme a déjà franchi bien des obstacles, réussissant notamment le concours d’aide-soignante à Châteauroux ; puis en décrochant un CDI à l’hôpital Trousseau de Tours. « J’ai voulu alors progresser et m’inscrire dans une école d’infirmière », explique-t-elle. Mélody rouvrait ses livres de médecine, travaillait dur et finissait par réussir – en avril 2017 – le concours d’entrée à l’école d’infirmières de Châteauroux. « Pour y parvenir, poursuit-t-elle, je m’étais mise en disponibilité de la fonction publique ; puis j’ai vendu à perte la maison que je venais d’acheter à côté de Tours. »

L’ennui, c’est que l’hôpital Trousseau lui faisait comprendre qu’il n’avait pas les financements nécessaires pour son inscription dans un institut de formation en soins infirmiers. Pour le conseil régional qui finance également ces formations, « je n’entrais plus dans les critères, étant désormais en disponibilité ». L’impasse totale pour Mélody, dont le papa n’a pas de ressources suffisantes et la maman est lourdement handicapée : « Elle souffre de fibromyalgie ».

670 € par mois et des droits d’inscription

Quant à l’école d’infirmières, « son coût est de 670 € par mois » auxquels, il faut ajouter les droits d’inscriptions pendant trois années. « Comment puis-je faire, alors que je touche désormais 900 € par mois de Pôle emploi et que les banques ne veulent pas me faire de prêt, car j’ai déjà un emprunt pour ma voiture. » Mélody en est là. « J’ai tout arrêté pour faire cette école et désormais, je suis dans une totale impasse financière. »
Mercredi 30 août – jour de la rentrée – Mélody sera tout de même sur les bancs de l’Ifsi Châteauroux pour ne pas lâcher ce qui représente pour elle, un rêve, mais aussi… un métier d’avenir.

Pour aller plus loin:

Infirmières : évolution des frais d’inscription aux concours d’entrée aux IFSI et des coûts des formations (1)

Infirmières : évolution des frais d’inscription aux concours d’entrée aux IFSI et des coûts des formations (2) 

et le CHAPITRE III : LES RISQUES DE DERIVES DANS LE SECTEUR DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE   du RAPPORT 1998 –1999 du SERVICE CENTRAL DE PREVENTION DE LA CORRUPTION

9 novembre 2016

I. Aubert-Baudron: Infirmières : évolution des frais d’inscription aux concours d’entrée aux IFSI et des coûts des formations

Cette enquête (2006-2016), permet de comprendre, à travers l’observation de l’évolution des études d’infirmière depuis les années 80, comment les réformes réalisée par les gouvernements successifs ont mis en place une pénurie progressive du nombre des soignants, via une administration omnipotente et hypertrophiée, qui a assujetti fonction soignante et la santé publique à des intérêts privés, dénaturant ainsi les services publics en privilégiant les critères financiers aux critères scientifiques et humains, au mépris de la constitution de la nation qui les emploie.

Première partie: Infirmières : évolution des frais d’inscription aux concours d’entrée aux IFSI et des coûts des formations (1) http://semantiquegenerale.free.fr/19infi9.htm

Deuxième partie: Infirmières : évolution des frais d’inscription aux concours d’entrée aux IFSI et des coûts des formations (2) http://semantiquegenerale.free.fr/19infi9B.htm

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