Pour une économie non-aristotélicienne / For a non-Aristotelian economy

11 novembre 2014

France Culture: La recherche à qui perd, perd

Filed under: Actualité, Recherche — Étiquettes : , , , , — Isabelle Aubert-Baudron @ 10:35

Ce qui nous arrive demain: Nicolas Martin http://www.franceculture.fr/emission-ce-qui-nous-arrive-demain-la-recherche-a-qui-perd-perd-2014-11-11

11.11.2014 – 08:45

« Je voulais profiter de la présence de Jean-Pierre CHEVENEMENT pour amener à votre connaissance un travers dans l’organisation de la recherche en France que de nombreux scientifiques dénoncent depuis de longs mois, voire de longues années et que Rue89 a remis en lumière dans un article publié hier soir.

laboratoire de l’école polytechnique Jérémy Barande © Creative Commons

Pourquoi profiter de votre présence, Jean-Pierre CHEVENEMENT ? Et bien parce que vous aviez publié dans Libération il y a un peu plus d’un an une tribune, co-signée avec Robert BADINTER, Michel ROCARD et Alain JUPPE, tribune dans laquelle vous regrettiez que la recherche dans notre pays soit entravée, je cite, par des minorités bruyantes, parfois provocantes, voire violentes, et qu’on ne puisse pas, en France, conduire comme on le voudrait des recherches apaisée sur des sujets sensibles comme le gaz de schiste, les OGM, le nucléaire, les nanotechnologies ou les ondes électromagnétiques – dans le désordre – sans faire ruer dans les brancards, je parle sous votre contrôle, ces fameuses minorités qui font systématiquement prévaloir les études de risque et le principe de précaution.

Outre le fait que les différents domaines de recherches que vous citiez dans cet article, n’impliquent pas tous le même type d’approche, disons, prophylactique, ou de réduction des risques et qu’il y a un univers entre les recherches de prospection de gaz de schiste et celles sur les nanoparticules… je voulais amener ce matin à votre connaissance un obstacle, une entrave bien plus importante, à mon sens, à la recherche française.

Il s’agit du système de publication des recherches.

Vous savez sans doute, et c’est même parfois dénoncé comme étant un travers de la communauté scientifique, qu’un chercheur DOIT publier s’il veut obtenir des crédits ; qu’il y a dans le milieu scientifique une course à la publication que les anglo-saxons désignent par l’expression « Publish or Perish »… « Publier ou Mourir ».

Or, ce que révèle cet article de Rue89, c’est que la France a la particularité de payer 2 fois pour avoir accès aux articles de ses propres chercheurs.
Et pas une petite somme… le ministère a passé un accord de plus de 170 millions d’euros avec une société d’édition néerlandaise, pour pouvoir donner à nos établissements, à nous, l’accès aux articles qui ont été rédigés par NOS chercheurs.

Quand la dotation des présidents d’universités est baissée de 400 millions d’euros, ça fait forcément un peu grincer des dents dans les laboratoires.

Comment est-ce que cette organisation par l’absurde est-elle rendue possible ? Eh bien parce que le milieu de l’édition scientifique est un milieu très particulier, dans lequel il faut payer pour être publié.

En clair, je suis scientifique, je veux publier un article – et c’est important pour avoir des dotations d’argent public pour mon laboratoire… « Publish or Perish » – j’envoie donc ma proposition d’article à un éditeur, qui le renvoie à un comité de lecture d’autres scientifiques… mes pairs… qui le relisent et le valident, ou non, à titre bénévole : personne n’est rémunéré pour ces relectures.

Mettons que mon article soit fameux, et que le comité de mes pairs l’ait validé. Il faudra alors que je paye la revue pour qu’il soit publié. Et oui, valider ses recherches, ça a un coût. Or, l’argent qui va payer cette publication, c’est de l’argent public, qui vient de mon laboratoire de recherche. Premier versement à l’éditeur de la revue.

L’article figure donc dans une revue prestigieuse… mais voilà, ces revues ne sont pas gratuites. Leur abonnement est même hors de prix – situation d’oligopole oblige : le milieu compte 4 grands éditeurs, qui se répartissent la manne et dégagent des marges allant de 30 à 40%.

Or, la France vient de passer un contrat, ce fameux contrat à 170 millions d’euros, pour que NOS établissement de recherche puissent avoir accès à ces fameuses revues dans lesquelles sont publiées, entre autres NOS articles. Deuxième passage à la caisse.

Voilà donc comment, dans une période de diminution des crédits alloués à la recherche, nous nous retrouvons à engraisser un secteur oligopolistique là où d’autres pays voisins, comme les Pays-Bas par exemple, ont décidé de rendre l’accès à leur recherche gratuit.

Ne pensez-vous donc pas, monsieur CHEVENEMENT, que bien plus que de principe de précaution ou de minorités bruyantes qui sont autant de gardes-fous sur des secteurs de recherche sensibles… ne pensez-vous pas que notre recherche nationale gagnerait avant tout à être rendue libre et accessible à tous, et au premier chef… à nos propres chercheurs. »

Suite dans l’enregistrement de l’émision : 3 minutes.

Sur le même sujet:

Rue 89 :  La France préfère payer (deux fois) pour les articles de ses chercheurs Pierre-Carl Langlais | wikipedien
Rayna Stamboliyska | Chercheuse indépendante, experte open data

Amis chercheurs, vous vous faites arnaquer trois fois (merci Elsevier)  Pierre-Carl Langlais

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